HABLA/FAUT-IL PRODUIRE MOINS POUR VIVRE MIEUX ? (et pour la planète) - Dominique Meda | LIMIT
FAUT-IL PRODUIRE MOINS POUR VIVRE MIEUX ? (et pour la planète) - Dominique Meda | LIMIT

FAUT-IL PRODUIRE MOINS POUR VIVRE MIEUX ? (et pour la planète) - Dominique Meda | LIMIT

LIMIT48 min1 dic 2024
Faut-il produire moins pour vivre mieux et pour la planète
14 capitulos
  • Introduction à la croissance et ses limites(0'004'00)
    Dominique Meda, professeur de sociologie à l'université Dauphine, a commencé sa carrière dans l'administration en politique sociale et au ministère du travail avant de s'intéresser à l'écologie.
    Est-ce que la croissance mondiale fait toujours ses promesses en sortant les gens de la pauvreté, ou observe-t-on une centralisation des richesses et une augmentation de la pauvreté?
    Avec des collègues économistes, Dominique Meda travaille sur le concept de société post-croissance, libérée de l'obsession de la croissance économique.
    La croissance économique a un impact colossal sur la biodiversité et le vivant, soulevant la question fondamentale de la viabilité de ce modèle.
  • Les fondements historiques du fétichisme du PIB(4'0010'40)
    Le produit intérieur brut mesure la quantité totale de choses produites, en soustrayant ce qui est utilisé pour cette production. Depuis le 18e siècle, on a assimilé la croissance du PIB au progrès moral, scientifique et du bonheur.
    • Le travail domestique compte pour zéro dans le PIB • S'occuper de ses enfants, jardiner, avoir du lien social ne sont pas valorisés économiquement • Seul le travail salarié est considéré comme ayant une valeur économique
    Des économistes comme Jean-Baptiste Say affirmaient que plus on consomme, plus les facultés humaines s'affinent et on devient intelligent. Sans consommation, on deviendrait des brutes.
    On pensait que la croissance ruissèlerait vers tout le monde, mais c'est l'inverse qui s'est produit: certains pays permettent à peine à leur population de satisfaire leurs besoins essentiels tandis que d'autres produisent et consomment trop.
  • Les origines philosophiques et religieuses de notre rapport à la nature(10'408'00)
    L'historien Lynn White affirme que le problème vient de la religion judéo-chrétienne. Dans la Genèse, Dieu a autorisé Adam et Ève à dominer et à asservir les autres espèces parce que l'humain est fait à l'image de Dieu et transcendant la nature.
    • Hegel imaginait un esprit humain se déployant à travers les temps pour atteindre l'esprit absolu • La nature n'existe pas en elle-même, elle est juste une projection des humains • Marx disait qu'on doit transformer la nature pour la rendre humaine
    Bacon et Descartes au 17e siècle ont déclaré qu'il faut repousser les limites de la connaissance et extorquer à la nature ses secrets. La révolution scientifique a vidé la nature de sa puissance magique et de son vivant, la rendant inerte et disponible à la transformation.
    Pour sortir de cette situation catastrophique, on n'a pas seulement besoin de technique, mais de nouvelles représentations du monde où l'humain ne se place pas face à la nature, mais en fait partie, comme les autochtones d'Amazonie.
  • La croissance a-t-elle vraiment sauvé les gens de la pauvreté?(8'0015'00)
    La croissance a effectivement permis à des milliards de personnes de sortir de la pauvreté ces dernières décennies.
    On se demande si d'autres voies auraient pu sortir ces personnes de la pauvreté sans détruire complètement la nature et les fondations de notre monde.
    La croissance s'est systématiquement accompagnée de la destruction de la nature et de sa capacité à supporter la vie. Les scénarios climatiques des climatologues sont aujourd'hui dépassés par la réalité.
    Il ne s'agit pas de stopper brutalement tout, mais d'organiser la décroissance de la taille de l'économie et de notre empreinte matérielle, tout en maintenant la satisfaction des besoins essentiels.
  • Vers un avenir du travail post-croissance(15'0021'50)
    • Les sociétés ont longtemps été paysannes avec autoproduction de nourriture et habitat • La révolution industrielle a réduit drastiquement la population agricole en faveur du secteur secondaire puis tertiaire • Aujourd'hui, il faut inverser ce processus
    On aura besoin de beaucoup plus de personnes dans l'agriculture et le secteur secondaire. L'agriculture biologique requiert davantage de main-d'œuvre que l'agriculture conventionnelle. Le travail manuel et le travail de la terre seront valorisés comme métiers d'avenir.
    Il faut trouver l'équilibre entre utiliser des technologies qui allègent le travail humain tout en augmentant la quantité de travail humain. Les machines doivent consommer moins d'énergie fossile et être moins destructrices pour l'environnement.
    La transition nécessite de nouvelles institutions pour accompagner les reconversions professionnelles. Si les gens se retrouvent au chômage, la transition écologique ne marchera pas. Il faut anticiper ces mouvements et les gérer de manière juste.
  • Restructuration économique et entreprises de demain(21'5029'00)
    Dominique Meda imagine les villes du futur comme des biorégions qui ne vivent pas en autosuffisance complète mais avec des ceintures maraîchères autour des villes et des circuits courts.
    Il faut sortir des immenses entreprises multinationales avec des chaînes de valeur extrêmement longues. Les entreprises doivent devenir de taille plus humaine et se replier sur des territoires plus petits pour satisfaire les besoins locaux.
    Il faut cesser la valse des produits et éléments autour du monde. Les chaînes d'approvisionnement mondiales seront fortement impactées par le changement climatique selon les études, causant des pertes colossales.
    On doit réduire la production de choses inutiles et la consommation matérielle. L'objectif doit être de continuer à produire et satisfaire les besoins essentiels de tous, pas de produire des biens dont on n'a pas besoin en espérant un ruissellement qui ne vient pas.
  • Système de valeurs et consommation ostentatoire(29'0036'00)
    La consommation est un langage qui signale à quel groupe on s'affilie et de qui on se distingue. Un vêtement de marque communique quelque chose sur ce qu'on est et qui on est, pas seulement un besoin physique satisfait.
    • Les besoins physiques sont rapidement satisfaits • Mais les besoins de comparaison sont infinis - c'est du mauvais infini • C'est comme boire de l'alcool: plus on en boit, plus on s'habitue et veut une dose plus forte
    La fable de Mandeville (1740) montre que les vices privés sont devenus une source d'enrichissement public. Au 18e siècle, on a abandonné la vertu de tempérance valorisée par Aristote et la philosophie chrétienne pour embrasser la consommation ostentatoire et la compétition.
    On a besoin d'un changement de valeurs collectif où ce qui sera apprécié et récompensé sont les comportements de coopération, solidarité et collectif, pas la compétition et l'accumulation individuelle.
  • Risques politiques et dangers de l'inégalité extrême(36'0039'10)
    Vince Vinces craint que le mécontentement des perdants du système capitaliste actuel ne mène à l'émergence de nouveaux autoritaires. On voit déjà Trump, Bolsonaro et des mouvements d'extrême droite en Europe exploiter cette frustration.
    Quand les gens se sentent malheureux et laissés pour compte, cherchant un responsable à leurs malheurs, des groupes violents peuvent émerger. Récemment en Angleterre, des personnes ont été attaquées par des groupes qui les tenaient responsables de leurs problèmes.
    La solution principale est d'augmenter l'égalité. Faire payer plus et consommer moins les plus riches est nécessaire. Aucun individu n'a rendu des services tellement éminents qu'il mérite de gagner 100 000 fois plus qu'un autre.
    La redistribution doit être organisée collectivement par les impôts, pas par la charité des riches. Au-delà d'une certaine somme, les revenus doivent être repris par les impôts pour financer la collectivité et réduire l'inégalité source de conflits.
  • Nouveaux indicateurs de mesure du progrès(39'1024'50)
    Le produit intérieur brut comme indicateur majeur doit être mis de côté ou au moins encadré. Il ne mesure pas ce qui compte vraiment pour une vie bonne et durable.
    La production doit être enserrée dans les limites planétaires en termes d'empreinte carbone. On ne peut pas dépasser les limites écologiques du système terrestre, quelle que soit la richesse créée.
    Il faut un indice de santé sociale montrant que la transition se fait en respectant l'égalité entre les gens. Les plus pauvres et les travailleurs des secteurs à fermer ne doivent pas seuls en supporter le poids pendant que d'autres prospèrent.
    Des entreprises comme Patagonia montrent qu'on peut fonctionner différemment. Le PDG de Patagonia a décidé que l'entreprise ne devait pas générer des profits démesurés, mais contribuer à la société de manière équilibrée.
  • La nécessité d'une action européenne immédiate(24'5027'30)
    Si un seul pays agit, les autres lui piquent des parts de marché. Sans accord international pour une action climatique coordonnée, aucun gouvernement ne peut prendre le risque de changer seul.
    Dominique Meda place ses espoirs dans l'Union européenne, un espace assez vaste pour mener des politiques de transition vraiment efficaces. Mais on voit que c'est très compliqué aujourd'hui à cause des règles budgétaires restrictives.
    • En 1971, Sicco Mansholt, vice-président de la Commission européenne, lit le rapport Meadows sur les limites à la croissance • Il écrit une lettre au président de la Commission proposant d'organiser la bifurcation écologique de l'Europe • Il faut réduire la consommation matérielle tout en augmentant la consommation immatérielle (services, loisir, promenades)
    • Faire un plan de descente énergétique et de réduction de production matérielle à niveaux européen, national et local • Atteindre une croissance zéro ou négative • Protéger les frontières pour prendre vraiment nos décisions sans être empêchés par les autres pays
  • Réactions politiques et sabotage du projet Mansholt(27'3029'50)
    La lettre de Mansholt fuite dans la presse et tous les partis politiques lui sautent dessus en criant au scandale. Ils attaquent l'idée même de croissance zéro.
    George Marchais, secrétaire du Parti communiste français, instrumentalise la lettre pour s'opposer à l'entrée de quatre nouveaux pays dans l'Union européenne. Il la utilise comme preuve que l'UE organise l'appauvrissement des ouvriers.
    En 1973, la crise pétrolière survient et Mansholt devient président de la Commission. Il ne pourra jamais mettre en place son plan visionnaire de transition écologique.
    Malgré ce rejet, le plan de Mansholt contient tout ce qu'il faut faire. Dominique Meda estime qu'il faut simplement le reprendre et le mettre en œuvre au niveau européen aujourd'hui.
  • Diffusion mondiale du matérialisme et aspiration à changer(29'5044'50)
    Vince a observé que même en Amazonie, la notion de croissance pénètre les villages. Des téléviseurs écran plat arrivent, le matérialisme rentre, les gens se comparent aux voisins et veulent le nouveau modèle.
    • Dans les communautés, il y a une sur-concurrence extrême • On parle beaucoup des jaloux qui empêchent la réussite • Les gens arnaquent leurs potes pour des gains rapides plutôt que de cultiver des opportunités long terme
    Quand un rappeur devient célèbre, ses collaborateurs préfèrent se faire rapidement 10 000 euros en le vendant à un festival plutôt que de construire ensemble et se faire peut-être un million sur plusieurs années. C'est un syndrome du court-termisme.
    Dominique Meda explique que ce n'est pas un trait humain inné mais un système de valeurs collectif. A l'école, on organise la compétition et la sélection par l'échec, ce qui force tout le monde à agir de manière égoïste et concurrentielle.
  • Reconnecter le travail à son sens véritable(44'5046'00)
    Aujourd'hui, le travail est mis au service de l'enrichissement de quelques personnes qui produisent des biens et services dont on n'a pas réellement besoin. Les gens sont entraînés à participer à la production de choses inutiles.
    Le travail devrait d'abord servir à la réparation de notre monde qui a vraiment besoin d'être réparé, puis au maintien de l'habitabilité de notre planète.
    Si le travail était organisé vers ces fins, il retrouverait son vrai sens. On participerait à quelque chose de beaucoup plus vaste et large que soi, ce qui donnerait une voie de sortie aux crises existentielles actuelles.
    Tim Lenton, climatologue britannique, affirme que les scénarios climatiques actuels reposent sur des hypothèses non valables. Il faut redonner la main aux climatologues qui ont les pieds sur le sol plutôt qu'à ceux qui rêvent que les choses s'arrangeront grâce à la technologie.
  • Conclusion et perspectives pour transformer le monde(46'0048'24)
    On n'a plus le temps. Les choses vont très vite et il faut maintenant prendre conscience que la situation est critique. Les impacts du changement climatique sur les chaînes d'approvisionnement mondiales seront colossaux.
    Beaucoup attendent que tout s'effondre (l'électrochoc) avant d'agir vraiment, comme dans une relation de couple où on ne change que quand l'autre menace de partir. Mais pendant ce temps, le Global Sud subit déjà les impacts les plus graves.
    Il faut un sursaut européen de solidarité pour faire la bifurcation écologique. Cela nécessite d'énormes investissements pour reconstruire les infrastructures, réorganiser la société et accompagner les reconversions professionnelles.
    Vince appelle les spectateurs à partager la vidéo, car l'objectif n'est pas la croissance des abonnements mais la croissance des partages d'idées essentielles pour transformer le monde ensemble.