
DU DÉNI À L'ÉVEIL DE L'HUMANITÉ ?! - Olivier De Schutter | LIMIT
Analyse des limites planétaires, de la pauvreté et de la transition écologique avec Olivier De Schutter, Rapporteur spécial de l'ONU
18 capitulos
- Introduction et contexte de l'invitéBienvenuePrésentation du contexte de la chaîne LIMIT qui traite des limites planétaires, du climat et de la transition écologique avec des experts engagés.Profil expert• Enseigne à l'université de Louvain en Belgique et à Science Po Paris • Rapporteur spécial de l'ONU sur l'extrême pauvreté et les droits de l'homme • Anciennement rapporteur spécial sur le droit à l'alimentationAnxiété constructiveLes études sur l'écoanxiété montrent que ceux qui s'en sortent le mieux sont ceux qui s'investissent collectivement, qui militent et se réapproprient leur avenir plutôt que de rester passifs.Appel auditeursInvitation à s'abonner, commenter et explorer la chaîne pour apprendre sur les sujets cruciaux relatifs à la survie de la planète et de l'humanité.
- Définition et mesure de la pauvretéPauvreté extrêmeDéfinie dans les Objectifs de développement durable comme un revenu inférieur à 2,15 dollars par jour par personne, seuil arbitraire qui considère moins de 50 euros par mois au Portugal comme acceptable.Définition relativeLa pauvreté moderne se définit comme l'exclusion sociale résultant d'inégalités, où on ne peut pas équiper ses enfants pour l'école, payer les loisirs ou suivre le niveau de vie général de la société.Statistiques mondiales• Environ 700 millions de personnes en extrême pauvreté, principalement en Afrique subsaharienne • Crise du COVID-19 et augmentation des prix ont plongé 75-95 millions de personnes supplémentaires dans l'extrême pauvreté • Les progrès de 40 ans en réduction de pauvreté sont remis en causeParadoxe des inégalitésLe niveau de vie moyen a augmenté spectaculairement en 40 ans mais les inégalités au sein des pays se sont creusées, créant une pauvreté relative persistante même quand les besoins essentiels sont satisfaits.
- La pauvreté en Europe et ses définitionsTrois critères européens• Privations matérielles sévères : incapacité à offrir aux enfants ce dont ils ont besoin, impossibilité de partir en vacances ou manger convenablement • Revenu insuffisant : moins de 60% du revenu médian créant une exclusion sociale • Faible intensité de travail : ménages où les deux parents ne travaillent pas, dépendant des allocations socialesExemple bruxelloisÀ Bruxelles-Capitale, environ 30% de la population est à risque de pauvreté ou d'exclusion sociale, ce qui reflète des gens se sentant victimes d'exclusion plutôt que ne pouvant survivre.Chômage de longue duréeLes études montrent un lien entre chômage prolongé et criminalité légèrement plus élevée, mais ce discours est dangereux car il stigmatise les populations précaires comme class dangereuse.Exclusion persistanteLes personnes au chômage longue durée font face à la discrimination à l'embauche, créant un cycle d'exclusion durable affectant la cohésion sociale même quand les allocations sociales assurent la survie.
- Inégalités, décroissance et solutionsFausse dichotomieLa réduction des énergies fossiles ne mène pas nécessairement à la pauvreté si on répond aux besoins par les services publics plutôt que par la consommation matérielle.Mesures triple dividende• Isolation des bâtiments : réduit les émissions, crée des emplois, baisse les factures d'électricité • Agroécologie : diminue l'empreinte écologique, génère de l'emploi agricole, rend l'alimentation plus abordable • Transports en commun : satisfait le besoin de mobilité de façon plus efficace que les voitures individuellesRésilience localeLa production alimentaire locale et les chaînes d'approvisionnement résilientes permettent de faire face aux crises climatiques et géopolitiques tout en créant de l'emploi et de la souveraineté alimentaire.Changement de paradigmeIl faut accepter que l'alimentation durable coûte plus cher initialement mais que cela se justifie par la rémunération juste des producteurs agricoles pour des systèmes plus intensifs en main-d'œuvre.
- Mondialisation, ressources et néocolonialismeSortir du paradigmeLe 20ème siècle a été fondé sur la production de masse et les chaînes d'approvisionnement mondiales créant une dépendance dangereuse; il faut désormais privilégier la résilience locale même au prix d'une moindre efficience.Accaparement des ressources• Concurrence croissante pour les ressources naturelles du Sud pour satisfaire la consommation du Nord • Déforestation de l'Amazonie pour produire du soja pour nourrir le bétail européen • L'Afrique reçoit les denrées alimentaires bas de gamme tandis que les meilleurs produits sont exportésHéritage colonialLa division internationale du travail héritée de la période coloniale persiste : la périphérie fournit les matières premières tandis que le centre (pays du Nord) capture la valeur ajoutée de la transformation.Spéculation foncièreDepuis une quinzaine d'années, la spéculation sur les terres arables s'intensifie, et les plus grandes perdantes de cette concurrence sont les populations aux revenus les plus faibles.
- Choix politiques et scenarii futursDeux trajectoires• Scénario pessimiste : États policiers fermant les frontières, perpétuant le système néocolonial, état de surexploitation des ressources du Sud • Scénario optimiste : économie sociale et inclusive réduisant les inégalités, partage équitable, justice climatique et environnementale pour tousCroissance climatiqueBusiness as usual mène à un réchauffement de 3,2°C d'ici la fin du siècle; avec les engagements de Paris, on atteindrait 2,1-2,2°C, mais ces chiffres sont trompeurs car certaines régions subiront 4-6°C.Zones habitablesL'augmentation de température combinée à l'humidité rendra certaines régions entières inhabitables, forçant 150-700 millions de personnes à migrer selon les estimations, ce scénario doit être évité à tout prix.Néolibéralisme en questionLe néolibéralisme de l'école de Chicago (Friedman, Hayek) a donné le pouvoir aux entreprises au détriment de l'État et des politiques sociales, paralysant notre capacité à répondre aux crises.
- Pouvoir des entreprises et démocratie captureInfluence politiqueLes grandes entreprises ont un pouvoir disproportionné sur les politiques car elles sont les championnes de l'économie low cost et peuvent exercer un chantage à l'emploi et au désinvestissement.Jeu mondial• Les entreprises choisissent où payer les salaires les moins chers et où les syndicats sont faibles • Elles polluent où les normes environnementales sont les moins strictes • Elles déclarent leurs bénéfices dans les paradis fiscaux pour minimiser les impôtsOtage de l'ÉtatLes États sont paralysés par le chantage à l'emploi et aux désinvestissements, et ne peuvent coordonner une réponse que difficilement, certains États bénéficiant même du système fiscal avantageux pour les entreprises.DédémocratisationDepuis 40 ans, la mondialisation, la privatisation des services publics et la décentralisation ont désarmé l'État, laissant les citoyens convaincus que leur vote ne sert à rien, alimentant le populisme.
- Alimentation, sol et limites planétairesModèle non tenableLa révolution verte reposant sur engrais azotés, pesticides et mécanisation dépend des énergies fossiles bon marché, détruit la biodiversité et la santé des sols, créant une dépendance croissante aux intrants chimiques.Émissions cachéesL'agriculture représente 11-12% des émissions directes mais 29-30% des émissions totales quand on inclut la production d'engrais, la transformation, l'emballage et le transport des produits alimentaires.Agroécologie solution• Utilise des légumineuses pour injecter l'azote naturellement dans les sols • Combines cultures, arbres et animaux dans des systèmes cycliques plutôt que linéaires • Reconstitue la fertilité naturelle des sols et la biodiversité tout en maintenant des rendements élevésObstacles systémiquesLes agriculteurs dépendent des subventions encourageant les monocultures, l'agroécologie est plus intensive en main-d'œuvre et donc plus coûteuse, nécessitant une rémunération juste pour les producteurs.
- Transition en cours et inertie du systèmeConscience progressiveLes politiques prennent conscience que les sols sains sont essentiels comme puits de carbone et que la transition alimentaire est nécessaire, mais l'inertie du système reste très forte.Dépendance de sentierLes agriculteurs sont dépendants des subventions qui encouragent la production intensive en monoculture plutôt que durable, créant un cercle vicieux difficile à briser.Stratégies européennesL'Union européenne a annoncé en mai 2020 la stratégie Farm to Fork promouvant l'agroécologie, réduisant les engrais et pesticides, mais les intérêts économiques en face restent extrêmement puissants.Potentiel de réussiteNourrir 10 milliards de personnes en 2050 avec l'agroécologie est possible et même plus facile qu'avec le modèle conventionnel qui prépare l'effondrement.
- Déni, techno-optimisme et communicationÉtat du dénisMalgré les avertissements répétés des scientifiques, les rapports du GIEC et les grèves Fridays for Future, on reste dans le déni et on s'en remet naïvement à la technologie pour nous sauver.Illusion technologiqueLe techno-optimisme nous réconforte en pensant que la technologie des entreprises nous sortira de cette trajectoire insoutenable, évitant d'examiner le système économique lui-même.Renoncement perçuLes écologistes ont commis l'erreur de présenter le changement comme du renoncement et du sacrifice, alors qu'il s'agirait en réalité d'une société plus apaisée, avec moins de travail, plus de convivialité et solidarité.Paradoxe de l'effondrementLa seule manière d'éviter l'effondrement est de le présenter comme inévitable pour créer un choc psychologique, mais une fois ce choc provoqué, il faut proposer des solutions pour éviter la dépression écologique.
- Barrières psychologiques au changementRéactance mentaleQuand on touche aux fondements de la vie moderne, les gens se braquent immédiatement car on semble menacer leur mode de vie, identité et ce en quoi ils ont toujours cru.Logiciel de croissanceDepuis nos grands-parents, nous sommes programmés pour la croissance économique continue, rendant difficile d'imaginer un monde fonctionnant différemment basé sur d'autres valeurs.Communication stratégique• Tenir compte des valeurs et croyances des gens pour les toucher • S'adresser aux émotions pas seulement à la raison • Film Climat mon cerveau fait l'autruche explore les biais psychologiques nous empêchant d'agirDépassement du systèmeL'apprentissage scolaire et les institutions sont construites autour du modèle de croissance économique, rendant la refondation de nos mentalités nécessaire mais complexe à tous les niveaux.
- Au-delà de la rareté et du bonheurBug de la richesseUne fois que les besoins essentiels sont satisfaits (alimentation, logement, travail significatif), plus de richesse matérielle n'augmente pas le bonheur mais davantage de liens sociaux et solidarité le font.Peur ancestraleL'humanité a vécu pendant des siècles avec la menace de rareté et la peur de manquer, ce qui rend difficile de changer cette mentalité même quand la profusion est réelle.Transformation personnelle• L'orateur a lui-même transitionné de trouver du plaisir dans l'accumulation à trouver du plaisir dans la simplicité • Il retrouve du plaisir à prendre son vélo malgré la pluie plutôt que voiture • Il ressent de l'anxiété face aux nouveaux gadgets technologies au lieu de l'excitationConfort de cohérenceAvoir un comportement cohérent avec ce qu'on sait être juste crée un confort psychologique profond, tandis que l'écart entre connaissance et action crée une dissonance cognitive très pénible.
- Aversion à la perte et intérêts économiquesBiais cognitif humainL'aversion à la perte : on a peur de perdre ce qu'on a et on valorise moins ce qu'on pourrait gagner par le changement, créant un biais favorable au statu quo documenté par Daniel Kahneman.Intérêts corporatifsLes actionnaires des entreprises pétrolières, gazières et pétrochimiques voient la valeur de leurs actions chuter avec la transition énergétique, créant une opposition massive au changement.Courage politique requisIl faut du courage politique pour affronter les grands acteurs économiques qui ont beaucoup à perdre, même si la majorité de la population aurait beaucoup à gagner par la transition.Présentation positiveIl faut présenter la transformation écologique comme quelque chose de désirable et de mieux, pas comme un renoncement et un sacrifice, pour dépasser ces obstacles psychologiques.
- Greenwashing, responsabilité et culpabilitéGreen shiftingLes grandes entreprises reportent la responsabilité du changement sur les consommateurs individuels, les laissant libres de façonner nos désirs par la publicité et l'obsolescence programmée.Stratagème corporatifCette stratégie rappelle celle des producteurs de tabac dans les années 70-80 qui disaient que le problème n'était pas la cigarette mais les gens qui fumaient trop.Empreinte carbone personnelleLe calcul de l'empreinte carbone individuelle vient d'une stratégie d'entreprise pour dire le problème c'est votre comportement, pas notre production et système de consommation.Politiser les gestes• Attaquer les grandes entreprises et remettre en cause leur modèle de consommation • Arrêter de croire que la demande est indépendante de l'offre que les entreprises créent • Exiger des alternatives durables et abordables plutôt que de culpabiliser les individus
- Économie stationnaire et imagination politiqueDébat piégéLe mot décroissance suscite trop de fantasmes (s'éclairer à la bougie, marcher partout) et fait perdre la bataille sémantique, d'où la préférence pour économie stationnaire.Économie stationnaireUne économie qui refuse de se fixer la croissance comme objectif et trouve des solutions aux crises environnementales et de pauvreté sans passer par la croissance.Déblocage imaginaireFixer comme objectif de se passer de croissance force à être beaucoup plus imaginatif plutôt que de recourir à la solution paresseuse d'augmenter le gâteau.Phase de transitionL'économie doit d'abord redescendre sous le seuil des capacités de la biosphère actuellement dépassé avant de se stabiliser, ce qui fait de l'étape de décroissance une nécessité.
- Sources d'espoir et engagement civiqueJeunes mobilisésContrairement aux générations précédentes, les jeunes d'aujourd'hui ne sont pas politisés par les partis mais créent des alternatives concrètes, s'investissent de manière très encourageante.Énergie renouveléeEnseigner à l'université et voir ces jeunes qui font des choses concrètes donne beaucoup d'énergie et d'espoir quand les combats contre les grandes entreprises semblent durs.Pouvoir distribué• Le pouvoir n'est pas détenu uniquement par les élus mais partout où les gens osent prendre la parole • Poser des questions qui dérangent sur la nourriture servie à l'école ou les investissements de l'université • Le pouvoir est liquide et non solide concentré entre quelques mainsCitoyenneté quotidienneIl faut exercer son rôle de citoyen au quotidien dans sa vie, pas seulement une fois tous les 4-5 ans au moment des élections, c'est comme cela qu'on accélère le changement.
- Conclusion et message finalBonheur du combatOlivier se sent très heureux dans ses combats et sa fonction de rapporteur spécial à l'ONU qui lui donne la liberté et les ressources pour faire quelque chose qui a du sens.Invitation à l'actionChacun doit prendre conscience du pouvoir qu'il a de changer le monde autour de lui plutôt que de croire que le pouvoir est détenu uniquement par les politiques.Société désirableLa transition doit être présentée comme menant à une société plus conviviale et solidaire, basée sur d'autres fondements que le toujours plus, plutôt que comme un sacrifice.Appel finalS'abonner à LIMIT, commenter, engager le dialogue sur les limites planétaires et explorer ensemble comment construire un futur plus durable et juste pour tous.





