LIMIT - PODCAST/Bruno Colmant - Le néolibéralisme est incompatible avec l’écologie ! | LIMIT
Bruno Colmant - Le néolibéralisme est incompatible avec l’écologie ! | LIMIT

Bruno Colmant - Le néolibéralisme est incompatible avec l’écologie ! | LIMIT

LIMIT42 min13 oct. 2022
15 chapitres
  • Présentation de Bruno Colmant et son parcours(0'001'55)
    Docteur en économie, 61 ans, membre de l'Académie royale de Belgique. A travaillé dans le secteur financier, enseigne dans plusieurs universités et est principalement passionné par l'écriture et les conférences.
    • Trois axes principaux : travail dans le secteur financier, enseignement universitaire (20% de son temps), écriture et conférences • A décidé à 60 ans de réorienter sa vie vers l'écriture • A publié 87 ouvrages, dont trois recueils de poésie
    Se concentre principalement sur l'économie et l'écologie, avec possibilité future d'explorer la littérature française et la poésie.
    Cherche à influencer les pensées à travers ses écrits en exposant ses idées avec humilité et vulnérabilité, sans les imposer, pour ouvrir le débat intellectuel.
  • La transformation idéologique : du néolibéralisme à l'écologie(1'555'13)
    Enfant de l'État-providence, influencé par une grand-mère américaine. A étudié aux États-Unis dans les années 80, travaillé à New York et a longtemps admiré le système américain pour sa simplicité apparente.
    • Le libéralisme américain n'est pas compatible avec l'État social et les équilibres sociaux européens • L'État a dû sauver l'économie plusieurs fois depuis la crise financière de 2008 • Une dimension écologique a été largement ignorée par sa génération
    Le néolibéralisme est incompatible avec une société qui respecte la nature. Le néolibéralisme privilégie la jouissance narcissique immédiate tandis que l'écologie exige la tempérance et le respect des générations futures.
    Référence aux traditions autochtones qui considèrent l'impact des décisions sur sept générations, contrairement au système néolibéral centré sur l'instantanéité.
  • Les limites du capitalisme face aux défis écologiques(5'1312'54)
    Croire que le capitalisme va s'auto-réguler ou corriger ses propres saccages est une erreur. Le capitalisme cherchera des solutions technologiques marginales mais ne peut pas réparer la nature à l'échelle requise.
    • Il faudra un rôle bien plus important de l'État et du dirigisme • Il faut intégrer le coût réel de l'utilisation des ressources naturelles dans la comptabilité des entreprises • Le PIB ne mesure que les transformations des ressources, pas leur disparition
    La taxation du CO2 est un début mais il faudra aller bien plus loin. Le capitalisme ne va pas se réguler volontairement car le capital n'accepte pas d'être appauvri aujourd'hui pour un danger qui sera concret dans 20 ou 30 ans.
    Besoin de réhabiliter la démocratie et les États pour imposer des limites au système capitaliste et intégrer les réalités écologiques dans les décisions économiques.
  • Les inégalités sociales face à la transition écologique(12'5417'38)
    45% de la population belge a du mal à payer ses factures d'énergie. L'augmentation du coût de l'énergie constitue un désastre social pour les plus pauvres, tandis que c'est bon pédagogiquement pour la prise de conscience globale.
    • Les rénovations énergétiques des logements exigent des investissements importants inaccessibles aux plus pauvres • L'achat de voitures électriques écologiques représente une inégalité socio-économique majeure • Les salaires belges relatifs ne permettent pas aux personnes de payer ces améliorations écologiques
    En Belgique, nation catholique, la pauvreté est cachée et honteuse. Il y a une souffrance anxiogène profonde chez ceux qui n'osent pas dire qu'ils ne s'en sortent pas, ce qui est pire que la révolte car c'est une destruction familiale.
    Il faut établir un nouveau contrat social et écologique qui repense la fiscalité, la gestion de la sécurité sociale et les mécanismes fondamentaux de la société, sans quoi l'inégalité restera camouflée et honteuse.
  • Le consumérisme comme addiction et vide existentiel(17'3820'52)
    • 40% des vêtements achetés ne sont jamais portés ou ne le sont qu'une seule fois • C'est la possession qui importe, pas l'utilisation • Le consumérisme repose sur l'accumulation pour assouvir des désirs temporaires
    Le système capitaliste a mis en évidence la jouissance de la consommation immédiate. Lorsqu'on reçoit un colis ou ouvre une boîte, on ressent une sorte d'émotion narcissique temporaire puis le cycle recommence.
    Les publicités et les réseaux sociaux nous manipulent en permanence. Contrairement aux années 60, on vit maintenant avec une surabondance de choix, de rayons de produits et de publicités qui alimentent les désirs artificiels.
    Il faut se demander ce qui est vraiment important : se reposer, lire, réfléchir et échanger, ou ressentir la dopamine éphémère de la consommation? Le vrai bonheur personnel et collectif pourrait résider ailleurs que dans l'accumulation.
  • La méprise historique sur Adam Smith et l'État(20'5222'10)
    Adam Smith n'était pas le promoteur du néolibéralisme débridé. Il considérait que l'État était important pour tempérer l'économie et la plupart des philosophes historiques de l'économie voulaient un État tempéré au centre du système.
    • Les Américains ont promu l'idée de disqualifier l'État et les corps intermédiaires • Volonté d'institutionnaliser l'économie et d'atomiser les individus • Suppression des syndicats et de tout ce qui pourrait limiter le marché
    L'objectif était de transformer l'homme politique en homme économique, puis en homo digitalis. Le marché se compose maintenant d'individus isolés livrés à eux-mêmes devant leurs écrans, en interaction consumériste permanente.
    Il y a une ironie historique : pendant la révolution industrielle, le colporteur est devenu boutiquier; aujourd'hui avec les livraisons à domicile, on est revenu au colporteur numérique, ce qui permet un contrôle parfait des achats et des envies.
  • Atomisation sociale et pensée politique fragmentée(22'1027'00)
    Même si nous sommes conscients des choses, nous sommes manipulés. Les réseaux sociaux nous rendent sectaires et tribaux, renforçant nos propres convictions sans les confronter à d'autres points de vue.
    Il est très difficile d'avoir une pensée politique qui fasse école dans un système où les humains sont atomisés et individualisés, confortés dans leurs certitudes par des algorithmes.
    Les êtres humains ont l'impression d'avoir un vide au fond d'eux et essaient de le combler avec du matériel. C'est une addiction, souvent liée à des traumatismes familiaux et personnels transmis d'une génération à l'autre.
    Il faut résoudre les traumatismes personnels pour trouver une zone d'apaisement durable. Le vrai bonheur réside dans le temps long et dans les relations authentiques, pas dans la frénésie consumériste.
  • Conscience milliardaire et responsabilité collective(27'0028'57)
    • Beaucoup de milliardaires ne sont pas indécents et sont reconnaissants envers la société • Aux États-Unis surtout, la tradition protestante du don et du contre-don pousse les plus riches à redonner à la société • Ces personnes investissent dans des actions philanthropiques
    Beaucoup de personnes riches sont conscientes que les périls écologiques et géopolitiques touchent la planète entière et ne sont pas diversifiables, sauf pour quelques élus qui envisagent de fuir en Nouvelle-Zélande.
    Ce n'est pas un problème de jeunes contre vieux ou de rentiers contre pauvres, c'est un problème de prise de conscience collective. Beaucoup de personnes de tous les horizons comprennent le besoin de changement.
    Sans que l'État crée un nouveau pacte clair et une vision de société, on ne résoudra pas les problèmes. Il faut une direction politique, pas seulement une agitation d'idées sans fondement.
  • Le rôle stratégique de l'État dans la transition(28'5737'30)
    Bruno Colmant a écrit un livre intitulé 'La réédification de l'État stratège' pour expliquer pourquoi il faut un projet de société clair avec l'État au centre du processus.
    • L'État doit dialoguer de manière partenariale avec les grandes entreprises • Quand des décisions importantes sont prises (délocalisation, création d'emplois), il faut un dialogue avec les autorités publiques • Exemple : Amazon utilise les infrastructures publiques gratuitement et doit participer à leur amélioration
    Le Danemark a nommé un ambassadeur auprès des GAFAM, acceptant l'idée que ces entreprises sont plus puissantes que les États. Cela permet un dialogue concret et la co-création de solutions.
    Il faut réinstaurer le principe des compensations industrielles : quand il y a un don (utilisation d'infrastructure), il y a un contre-don. Cela concerne aussi l'intelligence artificielle dans l'éducation.
  • L'État n'est pas une entreprise : différences fondamentales(37'3036'44)
    Le néolibéralisme a commis une erreur gigantesque en postulant qu'on pouvait gérer un État comme une entreprise. C'est faux pour deux raisons essentielles.
    • Une entreprise n'est pas démocratique, un État doit l'être • Une entreprise cherche le monopole et l'optimisation du gain à court terme dans un espace spécifique • Un État gère des valeurs sociétales dans le long terme et prépare les générations futures
    L'État est un continuum dans le temps. L'État belge célèbrera bientôt ses deux siècles d'existence grâce à des générations qui ont passé le relais les unes aux autres. Un État se gère complètement différemment d'une entreprise.
    L'État a été dépouillé par l'euro et les contraintes européennes de ses capacités d'investissement productif. Il n'a pas beaucoup investi dans l'économie depuis 40 ans, ce qui doit être réhabilité par choix politique.
  • Les problèmes multidimensionnels face au marché(36'4434'00)
    Le marché n'est capable que d'optimiser la valeur ici et maintenant, pas du tout de gérer des valeurs profondes dans le temps ou des problèmes structurels.
    • Écologie et changement climatique • Paupérisation progressive de la population • Guerres et conflits géopolitiques • Inégalités sociales, éducationnelles et fracture numérique • Vieillissement de la population et précarisation
    L'éducation n'a pas la même densité pour tous selon le milieu culturel. Les systèmes ne permettent plus une carrière de 50 ans avec les mêmes compétences. Il faut des individus adaptables et employables.
    C'est un impératif absolu pour la gestion de la société car les périls sont trop importants et gigantesques. Le marché ne peut pas résoudre ces problèmes multidimensionnels.
  • Écologie et cohérence des messages(34'0035'00)
    • Club de Rome et son rapport sur les limites planétaires (années 70) • René Dumont, candidat à la présidentielle française en 1974, qui apportait un verre d'eau à moitié rempli pour symboliser la rareté de l'eau • Rachel Carson qui s'était battue contre les pesticides et a mené à l'interdiction du DDT
    Ces penseurs n'ont pas été écoutés car c'était trop catastrophique, pas assez proche du quotidien des personnes, et incompatible avec le modèle occidental triomphant de l'époque.
    • Beaucoup de scientifiques travaillent sur ces questions aujourd'hui • L'écologie a émergé vraiment dans les années 70 • Le message écologique n'est pas toujours cohérent dans les actes de ses porteurs • Il existe une écologie militante qui ne répond pas toujours aux attentes de la population
    L'écologie ne porte pas toujours bien la préoccupation globale. La Belgique hésite sur le nucléaire, influencée par la guerre en Ukraine, ce qui pollue le message écologique.
  • Rupture écologique et transition juste(35'0039'30)
    Les ruptures supposent l'adhésion globale d'une population et il faut sécuriser une transition pour qu'elle soit rassurante et ne fasse pas peur aux gens.
    • D'un côté, des personnes qui ne veulent pas changer par peur de perdre leurs moyens et de devenir vulnérables • De l'autre, ceux qui disent qu'il faut absolument faire la transition malgré les risques existentiels • Un point médian doit être trouvé mais la synthèse n'est pas faite au niveau de l'État
    • D'un côté : 'Il faut changer radicalement du jour au lendemain', ce qui est intolérable pour certains • De l'autre : 'La science a trouvé une solution au problème que le capitalisme a créé', ce qui n'a pas de sens non plus
    Il faut absolument réhabiliter l'État stratège et sage pour trouver une voie intermédiaire. La vraie solution réside dans une approche d'État orchestrant une transition juste et rassurante.
  • Géopolitique, violence et fin de l'adolescence(39'3040'40)
    L'humanité a été un bébé, puis un adolescent irresponsable qui a fait n'importe quoi. Aujourd'hui, la Terre (la mère) doit donner une gifle à l'humanité pour la ramener dans le droit chemin et la responsabiliser.
    • En périodes de grandes intempérances et nervosité, les bruits de bottes ne sont jamais très loin • La guerre en Ukraine est une preuve concrète • Conflits en Iran, en Inde et problèmes majeurs réglés par la violence plutôt que par le dialogue
    En Inde, les problèmes gigantesques de stress hydrique ont d'abord suscité des livraisons d'eau, mais les manifestations ont été réprimées, annonçant une violence future autour de la rareté de l'eau.
    Il y aura sans doute de la violence qui entourera tous les problèmes écologiques et géopolitiques auxquels on va être confronté. C'est quasiment certain dans cette période de transition.
  • Références historiques et appel à la conscience(40'4042'35)
    Document publié le jour des Rameaux en Allemagne, écrit en allemand (rare), pour prévenir des dangers du nazisme. Clandestinement transmis, certains prêtres l'ont reçu et ont été déportés pour cela. C'était un signal important du pape.
    Bruno Colmant a repris ce titre pour honorer la mémoire de cet acte courageux. Le titre résonne fortement avec ce qu'on vit actuellement : la nécessité d'une mise en garde claire et courageuse.
    • Arrêtez le temps • Prenez du temps pour vous former • Gardez du temps pour la lecture et l'apprentissage des problèmes de limites planétaires, économie et géopolitique • Rapidement, on entre en conscience de ce qui se passe
    Cela commence par une phase de placidité personnelle pour voir un peu plus loin que le rythme infernal que la vie professionnelle nous impose. Une prise de conscience individuelle est le fondement du changement collectif.