
Venezuela, la loi du plus fort ? | ARTE
10 capitulos
- L'arrestation de Nicolas Maduro et les intérêts américains au VenezuelaÉvénement majeurLe 3 janvier, le président américain Donald Trump a ordonné l'arrestation du président vénézuélien Nicolas Maduro dans son propre pays, marquant un tournant géopolitique significatif et symbolisant l'établissement de la loi du plus fort.Accusations officielles• Nicolas Maduro est poursuivi à New York avec sa femme pour des faits de narcoterrorisme • Les États-Unis lui reprochent des liens avec les cartels de la drogue • Il est accusé d'avoir une responsabilité dans l'afflux de drogue aux États-UnisMotivation déclaréeDonald Trump a répété le mot « pétrole » une vingtaine de fois lors d'une conférence de presse à Mar-a-Lago, révélant clairement que l'objectif économique est au cœur de cette intervention, sans justification basée sur des valeurs démocratiques.Nouvelles stratégiesCette intervention marque un changement avec l'administration Trump : abandonnant les justifications passées fondées sur les valeurs occidentales et la démocratie, elle assume ouvertement une logique transactionnelle et commerciale.
- Les réserves pétrolières du Venezuela : potentiel versus production réelleRéserves mondiales• Le Venezuela possède plus de 303 milliards de barils en réserve, les plus grandes du monde • C'est un peu plus que l'Arabie Saoudite et environ trois fois plus que la Russie • Les États-Unis ont des réserves moins importantes, presque 69 milliards de barilsProduction réelleLe Venezuela ne se classe qu'au 21e rang des producteurs de pétrole mondiaux. Le premier producteur mondial est les États-Unis avec plus de 20 000 barils par jour, suivi par l'Arabie Saoudite et la Russie.Causes du déclin• Décennies de corruption et de sous-investissement dans l'industrie pétrolière • L'année précédente, le Venezuela n'a produit qu'1 % du pétrole mondial • Souffrance des sanctions américaines et de l'embargo imposé par Trump lors de son premier mandatAvis des VénézuéliensLes partisans de Maduro s'opposent à cette prédation perçue comme impérialiste. L'opposition et les travailleurs du secteur pétrolier voient une opportunité : meilleurs salaires, emplois pour les ingénieurs en chimie et pétrochimie, possibilité pour les expatriés de revenir.
- Les véritables enjeux : contrôle géopolitique face à la Chine et la RussieObjectif stratégique• Les États-Unis cherchent à empêcher la Chine et l'Iran d'établir une présence forte au Venezuela, pays stratégiquement situé dans leur voisinage • Empêcher que la Chine ne contrôle les ressources pétrolières du Venezuela, dont elle était le principal acheteur • Retirer cette ressource à un compétiteur stratégique cléLe pétrole comme armeLe pétrole est une arme géopolitique permettant d'établir un monopole et d'écarter les compétiteurs stratégiques de ressources sécurisées. La compétition principale entre États-Unis et Chine est avant tout économique et géoéconomique, plutôt que militaire.Interceptions en mer• Le 7 janvier, les gardes de côtes américains ont intercepté le super tanker M Sopia soupçonné de transporter du pétrole vénézuélien vers la Chine • Le même jour, les États-Unis ont intercepté le Marinera, affichant le drapeau russe et escorté par la marine militaire russe et un sous-marin • Ces interceptions ont été filmées et diffusées sur les réseaux sociaux, envoyant un message clairMessage géopolitiqueLe message adressé au reste du monde est : ne touchez pas au jardin américain, ne venez pas dans notre précarré, sinon nous riposterons. Cette doctrine s'inspire de la doctrine Monroe, rebaptisée « Donro » par Trump.
- La doctrine Monroe revisitée et les empires en compétitionDoctrine historiqueÉnoncée en 1823 par le président américain James Monroe : le vieux continent pour les Européens, le nouveau monde pour les Américains. L'objectif était de protéger le nouveau monde des visées impérialistes du vieux continent.Application actuelleTrump applique la doctrine Monroe revisitée (« Donro ») : la zone d'influence américaine comprend tout l'hémisphère occidental, du continent américain du nord au sud jusqu'à Hawaii dans le Pacifique et le Groenland dans l'Arctique.Zones d'influence rivales• Russie : l'ex-espace soviétique, de l'Ukraine à la Pologne, du Caucase à l'Asie centrale • Chine : l'Asie du Sud-Est, les eaux du Pacifique, empire millénaire avec ambitions régionales • États-Unis : l'hémisphère occidental et au-delàStratégies différentesLes États-Unis et la Russie utilisent la force armée pour imposer leur volonté. La Chine utilise une arme économique : les Nouvelles routes de la soie pour étendre une domination économique en sécurisant ses influences en Asie, en Afrique, en Amérique latine et en Europe.
- Le cas de Taiwan : risques et incertitudesPosition chinoiseLa Chine considère Taiwan comme son propre territoire et tous les observateurs de la vie politique chinoise et taïwanaise se préparent littéralement à une invasion de l'île d'une manière ou d'une autre.Stance américaine ambiguëIl existe autant de déclarations de Donald Trump indiquant qu'il soutendrait Taiwan que de déclarations indiquant qu'il ne soutendrait pas Taiwan, créant une grande incertitude sur la position américaine.Précédent du VenezuelaCe que Trump a réussi avec Nicolas Maduro au Venezuela suggère que Poutine a tenté une stratégie similaire avec Zelenski en Ukraine en février 2022, bien que l'invasion se soit éternisée sans succès rapide.Moralité internationalecorrompueAprès que les États-Unis ont piétiné le droit international au Venezuela, ils ne peuvent plus crédiblement sermoner la Chine ou la Russie concernant Taiwan, l'Ukraine ou d'autres interventions militaires.
- Le Groenland : ressources stratégiques et ambitions arctiquesContexte politiqueLe Groenland est un territoire en partie autonome mais qui dépend du royaume du Danemark pour les questions de défense et les affaires étrangères. Trump a exprimé son intérêt pour l'acquisition du territoire.Ressources naturelles• Ressources fossiles inexploitées : 13 % du pétrole et 30 % du gaz naturel non encore découverts dans le monde • Minéraux et métaux critiques : graphite, lithium, cuivre, terres rares (36 millions de tonnes estimées, dont 1,5 million exploitable actuellement) • Essentiels pour les nouvelles technologies, smartphones, ordinateurs, turbines d'éoliennes, batteries de voitures électriques et armements militairesImportance arctique• Le Groenland est situé au cœur d'un nouveau carrefour hyper stratégique causé par la fonte des glaces et le changement climatique • Passer par l'Arctique réduit de 40 % la distance entre l'Asie et l'Europe, un gain de temps et d'argent pour le commerce mondial • Présence militaire : Russie compte quatre bases autour du pôle Nord, États-Unis plusieurs en Alaska et une au GroenlandAvantage concurrentielLa Chine domine 70 % de la production de terres rares dans le monde, ce qui la rend incontournable. Pour Trump, le Groenland offre la possibilité de réduire cette dépendance et d'assurer le contrôle des futures routes commerciales arctiques.
- Réponse danoise et implications pour l'OTANDéclaration fermeLa première ministre danoise a déclaré sans ambiguïté que si les États-Unis attaquaient militairement le Groenland (territoire danois), cela signerait tout simplement la fin de l'OTAN et de la sécurité apportée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.Fondation de l'OTAN• L'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord) a été créée en 1949 sous l'impulsion des États-Unis pendant la guerre froide • Objectif initial : protéger l'Europe contre une agression soviétique • Principe fondamental : défense collective - si un membre est attaqué, les autres peuvent intervenir pour le défendreRisques pour TrumpS'il attaquait un allié militaire de l'OTAN, Trump mettrait fin à une alliance de 75 ans. C'est un pari hyper risqué pour s'emparer d'un territoire, même s'il est stratégiquement important.Approches divergentes• Trump assume ouvertement la possibilité de recourir à la manière forte si nécessaire • Son secrétaire d'État, Marco Rubio, préférerait un accord commercial pour acheter le Groenland, conforme à la culture transactionnelle de Trump • Les experts militaires notent qu'une occupation serait militairement faisable mais politiquement très dangereuse et risquée
- Position européenne face aux prédateurs mondiauxPerception américaine• Le document de stratégie de sécurité nationale publié le 5 décembre par les États-Unis déclare que l'Europe est une puissance en déclin • Il y a un danger civilisationnel en Europe à cause de l'immigration • Les États-Unis ne voient plus l'Europe comme un allié mais comme un marché à conquérirRéactions groenlandaisesTous les partis groenlandais présents au Parlement, même l'opposition, ont signé une déclaration commune : « Nous ne voulons pas être américains, nous ne voulons pas être danois, nous voulons être Groenlandais ».Déclarations de principes• Leaders européens réaffirment la solidarité européenne et le respect de l'intégrité des États européens comme questions élémentaires • Refus du nouveau colonialisme et du nouvel impérialisme • Défense des valeurs de respect des frontières, de la volonté des peuples et de la démocratieLimite des principesLes belles paroles européennes n'ont de poids que si elles s'appliquent à tous les sujets et ne risquent pas de dissuader Trump ou Poutine d'agir sans des actes forts et une voix unie, ce qui est difficile à réaliser pour l'Europe.
- Capacités européennes et options d'actionDépendances et forces• Les Européens restent dépendants des États-Unis pour des aspects essentiels de leur sécurité • Mais les Européens sont plus forts qu'ils ne le pensent et disposent d'outils à leur disposition à condition de s'unir • Ils possèdent des outils économiques puissants qui pourraient être utilisés pour faire reculer les États-UnisStratégies possibles• Former des coalitions avec d'autres pays • Utiliser leur puissance économique comme levier • Maintenir leur projet tout en restant fidèles à leurs valeurs et méthodes, différentes de celles imposées par Trump et la ChineHiérarchie des menacesPour Bruxelles et les commissaires, la menace numéro 1 est l'Ukraine, pas le Venezuela ou le Groenland. Cette priorité explique les réactions européennes assez tièdes et pas vraiment tranchées sur les interventions américaines dans d'autres régions.Défi fondamentalLa grande difficulté pour l'Europe est de défendre et d'imposer son projet par des méthodes absolument pas alignées avec celles du monde imposé par Trump et la Chine, sans se renier elle-même.
- Implications globales et avenir du droit internationalNouvelle hiérarchie mondialeLes États-Unis revendiquent clairement de mettre la main sur les ressources d'autres pays comme le pétrole au Venezuela ou potentiellement les terres rares au Groenland, c'est une manière de se placer dans la course pour gagner la place de première puissance mondiale contre la Chine.Remise en question du droit• En piétinant le droit international et les lois internationales, les États-Unis renversent la table des règles établies • Les États-Unis ouvrent la voie à d'autres puissances pour justifier des interventions militaires similaires • Ils perdent leur crédibilité à condamner des interventions militaires comme en Ukraine depuis presque 4 ans, à Gaza ou potentiellement à TaiwanRôle potentiel européenSelon les chercheurs, l'Europe pourrait être la puissance capable de condamner de manière forte les interventions militaires et de défendre le respect du droit international, à condition de rester unie et de maintenir ses valeurs.Questions ouvertesLa question de savoir si l'Europe peut réaliste imposer sa place face à ces nouveaux empires et prédateurs reste vaste et mériterait une ouverture continue du débat, avec d'énormes choses à dire sur ce sujet.





