
Désastres et révoltes | Le temps des paysans | Épisode 2/4 | ARTE
Pendant plus d'un millénaire, l'Europe entière était paysane.
19 capitulos
- L'Europe paysanne et la gestion des terresLe peuple paysanPendant plus d'un millénaire, l'Europe entière était paysane. Des hommes et des femmes proches de la terre en prenaient soin pour se nourrir et nourrir leur semblable.Questions centrales• Que savons-nous de leur peine et de leurs rêves ? • Comment organisaient-ils leur solidarité et révolte contre les dominants ? • La question de la terre et de son usage traverse 15 sièclesGestion durableLes paysans modernes préservent leurs prairies en les fauchant au stade optimal, à trois feuilles, pour qu'elles durent 20 ans ou plus. Ils modèlent le paysage et laissent quelque chose d'intéressant et vivable aux générations futures.Deux visions• Gestion douce : respecter la nature et ses cycles naturels • Gestion forte : voir la nature comme un ennemi à vaincre, comme l'asséchage des marais de Rome en 1934 par le régime fasciste
- La grande croissance et ses conséquences (vers l'an 1000)Expansion agricoleVers l'an 1000, la croissance démographique et économique reprennent après des années de stagnation. Les dominants poussent à l'extension des terres cultivées conquises sur les forêts et zones marécageuses du nord de l'Italie.Concentration du pouvoir• Les grands monastères et seigneurs identifient ces nouveaux espaces comme des lieux de pouvoir • Ils y font venir des hommes pour travailler la terre • Ils s'enrichissent avec les profits générés par ces nouvelles terres cultivéesConséquences naturellesLa canalisation des fleuves pour cultiver leurs abords détourne l'eau des zones naturelles vers les champs cultivés. Les inondations deviennent dramatiques et préjudiciables pour les cultures et les villages installés sur ces terres transformées.Prospérité visibleLa construction des grandes cathédrales au 13e siècle est le signe le plus visible de cette prospérité, produit du travail paysan, seule source de richesse qui permet de les bâtir.
- Les paysans dans l'imaginaire chrétien médiévalLa fable du laitUne paysane rêve de s'enrichir en vendant son lait au marché, mais son pot se brise. Cette fable du 13e siècle est une leçon de morale chrétienne prêchée par les curés pour mettre les paysans en garde contre la tentation de s'élever au-dessus de leur condition.Participation au marché• Les paysans ne font que payer une redevance au seigneur et subsister • Ils vendent des céréales aux villes qui en ont besoin • En retour, ils achètent aux citadins des vêtements et objets en métal de meilleure qualité • À partir du 12e siècle, leur participation au marché crée une forte expansion commercialeAmélioration des conditionsLes paysans vivent mieux grâce à l'argent qui circule dans les campagnes. Les corvées et le servage disparaissent peu à peu car les seigneurs préfèrent toucher de l'argent plutôt que de recourir à une main d'œuvre de mauvaise volonté.Mépris des élites• Les paysans ne sont pas considérés comme tout à fait humains par les élites médiévales • Dans le Roman de la rose, le paysan s'appelle Danger • Dans Yvain, le paysan est décrit avec une tête énorme, des traits monstrueux et des oreilles comme un éléphant • Les chroniques médiévales manifestent un mépris absolu à l'égard des paysans
- La domination urbaine et les paysans côtiersL'ascension des villesAvec le retour de la croissance, la ville devient le nouvel acteur dominant. En Italie, les grandes villes du nord et du centre jouent le rôle de précurseur dans cette domination rurale.Concept de contadoLe contado italien ne désigne pas simplement la campagne, mais la campagne soumise à la ville. C'est l'espace rural sur lequel la ville exerce sa domination politique, sociale et économique.Image du paysan• Le paysan devient non seulement ignorant et illettré, mais aussi malhonnête et voleur • Cette image négative prend la forme du paysan fourbe qui dérobe au propriétaire citadin • Les dominants italiens valorisent le profit bien plus que la domination des personnesMenace des paysans richesLes paysans pauvres ne sont pas dangereux, mais quand ils deviennent riches et puissants, ils sont une menace pour les marchands de la ville. Il y a jalousie et peur vis-à-vis de ces paysans prospères qui deviennent des concurrents sociaux.
- Les digues et la confiscation des terres (11e-17e siècles)Ouvrage collectif• Dès le 11e siècle, les communautés paysanes indépendantes construisent des digues pour assécher les zones marécageuses côtières • Ces digues étaient bâties à l'initiative de la communauté villageoise et maintenues collectivement grâce à un ciment de solidarité • Chaque famille avait la charge de l'entretien d'une section proportionnelle à la taille de ses champsFragilité et réparationLes digues ne résistaient pas aux grandes tempêtes de la mer du Nord. Mais les ruptures étaient prévues, faciles à réparer et limitées par la taille modeste des ouvrages.Fiction juridiqueDe nouvelles lois disposent que si une terre ne peut pas être remise en culture dans les 12 mois suivant une inondation, les anciens propriétaires sont déchus de leur propriété. C'est une fiction juridique inventée par les juristes au service des rois et princes.Confiscation systématiqueLes dominants se servaient des inondations pour confisquer les terres aux communautés paysanes en prétextant que la communauté n'était pas capable de maintenir ses digues en bon état. Ces zones n'étaient pas des friches mais occupées par des paysans.
- La Grande Famine et les révoltes du 14e siècleFin de la croissanceAprès 300 ans de progrès constant, la croissance prend fin au début du 14e siècle. L'Europe s'enfonce alors dans une succession de crises : famine, guerre, maladie.Dépendance fatale• L'économie était portée avant tout par l'extension continue de la culture des céréales • Une succession de mauvaises récoltes provoque une famine comme l'Europe n'en a pas connue depuis des siècles • Cette Grande Famine fera plusieurs millions de mortsPerte de diversitéL'économie paysane misait sur la diversification : agriculture associée au silvopastoralisme, et variété de céréales comme le froment, sègle, millet, engrain, épée, orge et avoine. Par la suite, cet éventail de ressources s'est resserré sur la seule agriculture.Déshumanisation• Les paysans mélangent de la terre avec ce qui reste de farine pour un pain de famine • Arrive un moment où les hommes ne sont plus des hommes et se mettent à manger de l'herbe comme des animaux • Tant qu'ils pouvaient confectionner une sorte de pain, ils conservaient leur identité humaine et leur appartenance culturelle
- Les révoltes paysanes du 14e siècleTensions urbainesLa famine exacerbe les tensions entre ville et campagne. Les villes ont des réserves de céréales mais les bourgeois ne veulent pas partager. À Troyes, on annonce une distribution de pain aux réfugiés, puis on referme les portes de la ville.Premières révoltes• Les paysans flamands des zones côtières se révoltent en 1325 contre les abus du comte de Flandre et du roi de France • C'est la première grande révolte paysane du 14e siècle, durant trois ans avant d'être écrasée à la bataille de Cassel • Les chroniques royales omettent de montrer les paysans, jugeant indigne de montrer le roi combattant de simples rustresIncompréhension des élitesLes chroniqueurs sont désemparés face aux révoltes paysanes car elles témoignent d'une initiative paysane non dirigée par un seigneur, forcément contre les seigneurs ou l'État. Elles sont traitées comme dénuées de sens et irrationnelles.Représentation médiévaleAujourd'hui encore, on appelle jaquerie toute explosion de colère populaire dont on ne voit pas ou ne veut pas voir les causes, comme la manifestation de paysans bretons en 1967 où l'on retient les images d'affrontement mais oublie la chute brutale du cours de la viande de porc.
- La Grande Jacquerie de 1358DéclenchementLa révolte commence en mai 1358 par le massacre de quatre nobles en pleine campagne, suivi d'une explosion antiféodale en Île-de-France que personne n'avait prévue ni ne pouvait maîtriser. Pendant trois semaines, les paysans insurgés chassent les nobles et pillent leurs châteaux.Causes réelles• Les débuts de la Guerre de Cent Ans sont la cause véritable de la révolte • Les paysans savent qu'ils sont les principales victimes de la guerre tandis que les nobles y voient l'occasion de prouver leur vaillance • Les nobles dépensent en parures l'argent qu'ils extorquent aux paysans censément pour leur protection • C'est le fondement même du pacte féodal qui est rompuExtravagance nobiliaireLes enluminures de l'époque donnent raison aux paysans qui reprochent à la mafia seigneuriale de transformer le fruit de leur travail en étoffe chatoyante et bas de soie.RépressionEn juin 1358, les nobles se reprennent et écrasent la jacquerie, tuant les révoltés par milliers. Les chroniqueurs de l'époque décrivent la sauvagerie des paysans dont la révolte leur semble absurde.
- La Peste Noire et la révolte anglaise de 1381Pandémie européenne• Survient la plus grande pandémie que l'Europe a jamais connue, la Peste Noire • Originaire d'Asie centrale, elle débarque à Marseille et ravage l'Europe pendant plus de deux siècles • La première vague frappe en 1348, faisant des dizaines de milliers de morts qui s'entassent dans les fosses communesInterprétations• On ne comprend pas la maladie et on accuse les Juifs d'avoir empoisonné les puits • D'autres y voient la colère de Dieu et des processions de flagellants cherchent à l'apaiserRévolte anglaiseEn 1381, le roi d'Angleterre impose une nouvelle taxe aux paysans qui refusent et se révoltent, marchant par milliers sur Londres. Ils pillent monastères et abbayes, notamment celle de Saint-Alban dont l'abbé avait confisqué toutes les meules à main des paysans pour les obliger à utiliser le moulin seigneurial.Vengeance symboliqueQuand les révoltés s'emparent de l'abbaye, ils dépavent le parloir et brisent les meules en petits morceaux que l'on partage à la manière de l'hostie à l'église, afin que le peuple sache qu'il a été vengé.
- John Ball et la théologie de la révolteDéfaite politiqueArrivés aux portes de Londres, les insurgés sont rapidement vaincus. Leur chef, le prêtre John Ball, est torturé puis exécuté. C'est une défaite de plus pour les paysans révoltés.Véritable voixPour la première fois, on entend la véritable voix d'une révolte paysane car les chroniqueurs ont recopié sans les comprendre les serments de John Ball qui appellent les insurgés à tuer les seigneurs comme on arrache les mauvaises herbes.Sermons énigmatiques• Les sermons de John Ball, rédigés en anglais, sont immortalisés dans des chroniques en latin comme exemple de discours paysans sans rime ni raison • Mais quand on les étudie, ils sont chargés de sens et construisent un monde que les paysans peuvent comprendre • Ils parlent de confiance et de solidarité mutuelleÉgalitarisme radicalLe sermon le plus célèbre remet en cause le principe même de l'inégalité sociale : 'Quand Adam bêchait et Ève filait, qui donc était le gentilhomme ?' Au jardin d'Éden, il n'y avait pas de seigneur. On peut rêver à un passé idéal sans seigneurs tout en refusant simplement un impôt.
- La Réforme et la Grande Révolte paysane allemandeContexte religieux• La revendication sociale prend pour cible l'Église catholique, accusée d'être au service des dominants • Au début du 16e siècle, Martin Luther devient chef spirituel d'une agitation menant à la Réforme protestante • Cette réforme inspire la plus grande révolte paysane que l'Europe a connue jusqu'alorsDéclenchement étrangeÀ l'été 1524, une comtesse de l'ouest de l'Allemagne ordonne à ses paysans de ramasser des coquilles d'escargot en pleine moisson. Les paysans refusent et leur révolte se propage rapidement dans toute l'Allemagne.Revendications• Des assemblées villageoises font la liste des revendications, plus de 300 qui recensent tous les abus du régime féodal • Les seigneurs galopent à travers les champs cultivés, piétinant les terres fraîchement semées • Les paysans doivent nourrir les chiens de chasse du seigneur au lieu de nourrir leurs propres enfants • Une revendication clé est que le seigneur doit descendre de cheval quand il vient visiter les paysansProgramme des 12 articlesAu printemps 1525, les assemblées paysanes s'accordent sur un programme de 12 articles résumant toutes leurs demandes. L'article le plus radical exige l'abolition du servage partout où il existe encore. Le manifeste, accompagné de renvois aux textes bibliques, se propage grâce à l'imprimerie, connaissant 20 tirages et 25000 exemplaires.
- L'apogée et la défaite de la révolte paysane allemandeMobilisation massiveÀ leur apogée, les différentes armées paysanes comptent jusqu'à 300000 hommes. Elles s'emparent de châteaux et monastères particulièrement haïs et visés.Monastères ennemis• Les monastères sont incroyablement puissants, prêteurs et suzerains contrôlant d'immenses espaces • Ils ne cessent d'augmenter les charges exigées de leurs paysans • Visibles dans le paysage, ils représentent des concentrations de richesse, de récolte et d'abondanceTransformation du paysageQuand les insurgés s'emparent d'un monastère ou château, ils le pillent et le font sauter à la poudre à canon. Voir tout ce qui dominait l'horizon s'écrouler à vos pieds, c'est voir changer le paysage de la domination, un changement visible et gratifiant pour les révoltés.Expérience libératrice• Il y avait aussi le fait de traverser le territoire tous ensemble et d'entendre des prêches enthousiasmants • De se déplacer en groupe, de marcher vers des lieux bien plus éloignés que d'habitude • De vivre une vie différente hors du temps, hors de la féodalité, hors de toutes les contraintes quotidiennes
- L'écrasement de la révolte et la trahison de LutherConviction des paysansPragmatiques dans leurs revendications, les paysans sont mystiques dans leurs croyances. Persuadés d'avoir les astres et la providence divine de leur côté, ils sont sûrs de leur victoire sur l'ancien monde corrompu.Défaite militaireLes armées paysanes sont écrasées les unes après les autres par les soldats de métier au service des princes. Des dizaines de milliers de paysans perdent la vie dans les combats et la répression qui suit.Trahison religieuseMartin Luther, dont les idées avaient inspiré la révolte, prend le parti des vainqueurs. Il écrit : 'Cher seigneur, poignardez et égorgez à qui mieux mieux, car rien n'est plus venimeux, plus nuisible, plus diabolique qu'un rebelle.'Allégorie de la défaiteUn projet de monument du peintre Dürer montre le paysan vaincu assis sur un cageau à poule, une épée plantée dans son dos, dans la même position que le Christ dans un autre dessin de Dürer.
- Le servage en Europe de l'Est et le cas de la veuve TeschnerInvention du robotDans les années 30, un écrivain tchèque invente une machine capable d'imiter le travail humain, baptisée robot de l'ancien mot slave robota qui veut dire corvée et servage.Divergence Est-Ouest• En Europe de l'Ouest, la diminution de la main d'œuvre après la Peste met les paysans en position de force, leur accordant la liberté • En Europe de l'Est, pour contraindre une main d'œuvre rare, les dominants imposent le servage, jusque-là peu répandu • Il y a cinq siècles d'écart entre l'est et l'ouest dans l'abolition du servageConditions du servage• Travail obligatoire, interdiction de déménager • Interdiction de se marier sans la permission du seigneur • Pour les femmes, interdiction de rester célibataires ou veuves si elles veulent garder leur fermeExpulsion des femmesEn Europe de l'Ouest (16e-18e siècles), environ 15% des foyers paysans étaient tenus par des femmes. En Europe de l'Est où le servage restait répandu, ce pourcentage était d'environ 5% car l'oligarchie villageoise et les seigneurs collaboraient pour expulser les femmes de leurs fermes.
- La résistance de la veuve Teschner et l'abolition du servageCas exemplaireEn 1604, dans le domaine de Friedland en Bohème, une veuve paysane, Teschner, décide de résister à l'expulsion de sa ferme.Motifs d'expulsion• Les villageois cherchaient à la déloger car les hommes de sa famille voulaient récupérer la ferme • Le seigneur estimait que les fermes tenues par des femmes ne disposaient pas d'une force de travail suffisante pour accomplir la robota, 3 à 5 jours de corvée obligatoireRésistance prolongéeLa veuve Teschner a finalement perdu mais a réussi à garder sa ferme pendant encore 3 ans. Le seigneur lui propose finalement : soit l'expulsion, soit la vente, soit le mariage d'une de ses filles pour qu'un homme dirige l'exploitation.Abolition tardive• Il faut attendre la fin du 18e siècle pour que Joseph II, empereur d'Autriche, abolisse le servage • 50 ans de plus sont nécessaires pour que l'abolition devienne effective • Ce retard est une des raisons du décrochage économique et social entre l'est et l'ouest de l'Europe
- Proto-industrie paysanne et l'arrivée du maïsActivités secondaires• Avant la révolution industrielle, une grande part de la proto-industrie était aux mains des paysans • Ils fabriquaient du tissu, des clous, des chapeaux de paille • Les seigneurs imposaient des taxes sur le filage, le tissage, la clouterieFrein économiqueCes taxes ont freiné le développement économique. Dans les régions d'Europe pratiquant le servage, le dynamisme économique des paysans a mis beaucoup plus de temps à se libérer car il était supprimé par les seigneurs.Arrivée du maïs• À partir du 16e siècle, le maïs arrive en Europe, appelé blé d'Inde, blé de Turquie, blé d'Égypte • Les paysans commencent par le cultiver dans leur potager pour le soustraire à l'impôt seigneurial • Le potager était un lieu franc réservé à l'usage exclusif des paysans et exempté de taxesExpansion et inégalitéPeu à peu, le maïs s'installe dans les champs, surtout à l'initiative des seigneurs qui le voyaient comme un bon produit pour nourrir leurs paysans. Cela permet aux seigneurs d'enlever les autres céréales plus appréciées et mieux adaptées à la revente, creusant davantage l'écart entre la nourriture des paysans et celle des citadins.
- Les risières et la malaria en Italie du NordNouvelle culture• Les riches citadins profitent de l'apparition des nouvelles cultures • Les moustiques aussi en bénéficient en proliférant grâce au développement de la culture du riz très rentable • Le rendement du riz est supérieur à celui des céréales traditionnellesFermes spécialiséesDès le 15e siècle apparaissent dans le nord de l'Italie de gigantesques fermes marécageuses comme celle à Colombara dans la région de Vercelli. Les élites urbaines ont les capitaux tandis que les paysans réduits au statut d'ouvriers agricoles fournissent le travail.Maladies meurtrièresSous-produit des risières, les moustiques propagent la malaria, la fièvre des marais ou la peste des risières, une maladie mortelle.Ségrégation sanitairePendant ce temps, l'aristocratie urbaine s'enrichit et se régale de risotto raffiné tout en interdisant l'implantation des risières à proximité des villes pour se protéger des miasmes et de la pestilence. Des milliers de petites mains sont condamnées à patauger dans ces marais jusqu'aux années 1950 du 20e siècle.
- Les nouveaux paysages : géométrie, rationalité et destructionTransformation côtièreLes côtes flamandes offrent un raccourci saisissant des grands bouleversements entre le 11e et le 15e siècle, contrastant les zones humides du passé avec le paysage tel qu'il a été remodelé au seuil des temps modernes.Rationalisation radicale• Ce qu'on voit dans les nouveaux paysages créés grâce aux capitaux des marchands est une simplification radicale de la nature • Ces nouvelles terres côtières sont très rationnelles, entièrement géométriques • Tracées sur une table à dessin puis plaquées sur le paysageMonoculture intensiveCes terres servent une nouvelle agriculture concentrée sur un seul produit avec les avantages de l'économie d'échelle pour produire une denrée unique avec un maximum de rentabilité.Laboratoire du capitalismeC'est le laboratoire où l'on met au point les méthodes dont se servira le capitalisme pour remodeler la nature de façon radicale et particulièrement destructrice.
- Les nouvelles digues et les catastrophes (16e-20e siècles)Les tempestaires• Les nouveaux tempestaires dans la Flandre du 16e siècle sont des ingénieurs hydrauliciens • Leurs ouvrages de plus en plus imposants et sophistiqués visent à résister aux terribles tempêtes de la mer du Nord • Ils promettent des digues tellement sûres qu'on peut habiter à leurs piedsFragilité persistanteAu bout de 20 ou 30 ans, ces nouvelles digues cèdent exactement comme celles du Moyen-Âge. Sauf que maintenant, il y a des gens qui vivent à côté comme si elles ne pouvaient pas s'effondrer.Catastrophes humaines• Des dizaines de milliers de victimes ont été déployées suite aux grandes inondations du 16e, 17e et 18e siècles • La dernière grande inondation en 1953 a encore tué 2000 personnes • Ce sont toujours les mêmes processus, une différenciation sociale entre paysans les plus pauvres vivant près des dunes sur des terres basses très exposées et les grandes fermes installées au milieu des pôles à 2-3 mètres plus hautQuestion de survieÊtre à 2-3 mètres plus haut en cas d'inondation c'est la différence entre se noyer et avoir la vie sauve.



