
Pique-nique sur le plan complexe | Voyages au pays des maths | ARTE
Le pays des mathématiques est un endroit exotique et déroutant
10 capitulos
- Bienvenue au pays des mathématiquesDescription du voyageLe pays des mathématiques est un endroit exotique et déroutant où on y parle une langue bizarre avec des concepts comme morphisme de variétés et différentielAttractions principales• Paysages épiques • Idées vertigineuses • Choses utilesConditions de visiteIl faut un guide et un cerveau en état de marche pour visiter. On ne va pas vraiment faire de maths, juste jeter un oeil aux paysagesPoint de départLa sieste à l'ombre après une longue randonnée dans la jungle des nombres, notamment en observant un hamac dont le profil ressemble à une parabole
- Les paraboles et les solutions complexesConcept fondamentalPour une fonction du deuxième degré, si on représente x sur l'axe horizontal et f(x) sur l'axe vertical, le graphe obtenu sera une paraboleRacines et solutions• Aux endroits où la parabole coupe l'axe horizontal se trouvent les racines de f • Pour certaines valeurs des paramètres, la parabole passe au-dessus de l'axe horizontal • Une équation de degré 2 a toujours deux solutions, parfois des solutions complexesL'énigme poséeQuand la parabole ne coupe pas l'axe horizontal, il semble n'y avoir plus de solutions réelles, d'où la question : qu'est-ce qu'une solution complexe exactement?Transition vers l'aventureImpossible de faire une sieste avec une question qui trotte dans la tête, d'où la décision d'organiser un pique-nique sur le plan complexe
- Jérôme Cardan et les cas irréductiblesContexte historiqueL'Italie du 16e siècle voit les mathématiques se mêler à l'astronomie, l'astrologie, la mécanique et d'autres domainesProfil de Cardan• Mathématicien gagne sa vie comme médecin • Devient célèbre comme astrologue • Invente le calcul des probabilités pour gagner aux cartes • Publie des dizaines d'ouvrages sur sujets variésLa grande découverteEn 1545, dans son traité Ars magna, Cardan révèle comment résoudre une équation du troisième degré. Cependant, sa formule produit des résultats bizarres quand elle implique la racine carrée d'un nombre négatifL'impasseLes mathématiciens du 16e siècle, comme en Grèce antique, ne prennent au sérieux un objet mathématique que s'il possède une représentation géométrique. Puisqu'il n'y a pas de carré négatif, les équations contenant des racines de nombres négatifs sont classées comme irréductibles et abandonnées
- René Descartes et les nombres imaginairesBaptême des mystèresRené Descartes baptise les nombres étranges qui ne sont pas réels et qui résultent de l'extraction de racines carrées de nombres négatifsContributions de Descartes• Mathématicien autant que philosophe • Invente la notation où x et y sont les inconnues et a, b, c les paramètres • Classe les solutions en trois catégories : vraies (positives), fausses (négatives), et irréductiblesClassification des solutionsLes vraies solutions correspondent aux longueurs physiques. Les fausses solutions sont négatives. Les cas irréductibles de Cardan contiennent des racines carrées de nombres négatifs et sont appelés solutions imaginairesLe mystère persisteLes solutions imaginaires n'ont qu'une existence purement virtuelle. Pourtant, les équations ramènent sans cesse à ces entités imaginaires qui peuvent s'écrire comme des multiples de la racine carrée de -1
- Leonhard Euler et la notation iAcceptation formelleLe mathématicien suisse Leonhard Euler se résout à accepter la présence des nombres imaginaires en utilisant la notation i pour imaginaireDéfinition établiei égale la racine carrée de -1. Cette notation permet de manipuler systématiquement ces nombresLimite de la compréhensionEuler utilise cette notation sans parvenir à clarifier le mystère de l'existence de ces nombres imaginairesLa question persistantePourquoi ne pas abandonner simplement ces nombres imaginaires qui n'ont pas de sens? La réponse réside dans le concept de clôture
- La clôture mathématique et l'extension des nombresConcept de clôtureUn ensemble est clos pour une opération donnée quand cette opération ne nous fait jamais sortir de l'ensemble. Par exemple, l'addition de deux entiers naturels donne toujours un entier naturelÉvolution des ensembles• La soustraction ne marche pas avec les entiers naturels, d'où l'invention des nombres négatifs • La racine carrée d'un nombre réel négatif n'appartient pas à l'ensemble des réels • Les réels ne sont pas clos pour l'opération racineLe problème de la fuiteQuand une opération nous fait sortir d'un ensemble, il y a une fuite. Pour colmater cette fuite concernant les racines, on doit passer par les nombres imaginairesNécessité mathématiqueLes nombres imaginaires ne sont pas une curiosité abstraite mais une extension nécessaire pour maintenir la clôture mathématique
- Caspar Wessel et la géométrie des nombres imaginairesDécrouverte danoiseEn 1796, Caspar Wessel, auteur de la première carte précise du Danemark, soutient une thèse de mathématiques l'année suivante à 51 ans. Cette thèse passe inaperçue en EuropeRéussite majeureWessel découvre la signification géométrique des nombres imaginairesLa rotation et la multiplication• Sur l'axe horizontal, les nombres sont représentés comme des vecteurs partant de zéro • La multiplication par un nombre négatif inverse la direction, effectuant une rotation de 180 degrés • Pour qu'un nombre devienne négatif en se multipliant par lui-même, il doit être à mi-chemin du virage de 180 degrésNaissance du planPour que ce nombre étrange existe, le domaine des nombres doit s'étendre dans une seconde dimension, sur un axe perpendiculaire à celui des nombres habituels. Les nombres échappent à la droite et envahissent le plan
- Karl Friedrich Gauss et le plan complexeBaptême du planTrente ans après Wessel, le grand mathématicien allemand Karl Friedrich Gauss baptise plan complexe cette nouvelle entité mathématiqueLieu du pique-niqueNous voilà enfin au plan complexe, le moment de sortir le pique-nique et d'observer comment ça marcheComposition des nombres• Les nombres complexes sont composés de deux parties distinctes : une partie réelle et une partie imaginaire • Ces deux parties définissent ensemble un point sur le planOpérations principales• Pour additionner des nombres complexes, on les met bout à bout • Pour les multiplier, on additionne les angles et on multiplie les longueurs • Multiplier par i fait tourner de 90 degrés, et i au carré égale -1
- Propriétés de clôture et visualisation en 4DClôture complète• Tous les nombres complexes possèdent invariablement des racines carrées • Ces racines n'échappent jamais à l'ensemble des complexes • L'ensemble des complexes est bien clos pour l'extraction de racineRetour à la paraboleEn appliquant la fonction aux nombres réels, on obtient la parabole qu'on connaît déjà. Mais en l'appliquant aux nombres complexes, notre graphe se déploie dans un espace à quatre dimensionsReprésentation multicoloreLe hamac multicolore montre comment la fonction possède toujours deux solutions. Pour certaines valeurs des paramètres, ces solutions sont réelles. Pour d'autres, elles deviennent des solutions imaginaires ou complexesConfirmation mathématiqueNotre mathématicienne avait raison : une équation de second degré a toujours deux solutions, mais ce sont parfois des solutions imaginaires ou complexes
- Conclusion : du mystère à l'acceptationCritique du nomImaginaire est un nom décidément mal choisi pour des objets dont ni la physique ni les mathématiques ne peuvent plus passerDurée de la découverteDe Jérôme Cardan à Karl Friedrich Gauss, il aura fallu trois siècles pour parvenir à accepter et comprendre les nombres imaginairesÉchelle temporelleTrois siècles, c'est peu de chose à l'échelle du très long dialogue entre les mathématiciens et les objets mathématiques qui dure déjà depuis des millénairesBilan du voyageCe pique-nique sur le plan complexe montre comment une question mathématique a progressivement mené à l'acceptation et à la compréhension d'une nouvelle classe de nombres fondamentale pour les mathématiques modernes





