
La loi de Benford | Voyages au pays des maths | ARTE
Le pays des mathématiques est un endroit exotique et déroutant
8 capitulos
- Bienvenue au pays des mathématiquesPrésentation généraleLe pays des mathématiques est décrit comme un endroit exotique et déroutant où on parle une langue bizarre avec de nombreux concepts complexes comme le morphisme, les variétés différentielles.Caractéristiques• Paysages épiques et idées vertigineuses • Présence de choses utiles et pratiques • Un mélange entre complexité théorique et utilité concrèteObjectif du voyageNe pas vraiment faire des mathématiques mais simplement jeter un œil aux paysages mathématiques, avec un guide et un cerveau en état de marche.Point de départLa balade commence dans un cadre de trivialité absolue, en bas de chez vous, où un phénomène mystérieux est en train de se dérouler.
- Le mystère des prix du supermarchéObservation initialeEn examinant cent articles aléatoires du supermarché et en notant le premier chiffre de leurs prix, on découvre une distribution étrange où les petits chiffres apparaissent plus souvent que les grands.Le phénomène• Les petits chiffres (1, 2, 3) sont privilégiés par rapport aux grands (7, 8, 9) • Le hasard semble préférer les premiers chiffres bas • Le phénomène persiste peu importe la quantité d'articles examinésDistribution universelleCe phénomène ne se limite pas aux prix : que les prix soient en euros, dollars ou roubles, la distribution des premiers chiffres reste identique.Énigme poséeD'où vient ce phénomène étrange? Pourquoi les supermarchés semblent-ils préférer les petits chiffres?
- Un phénomène universelExploration mondialeLe phénomène s'étend bien au-delà des supermarchés et apparaît dans des contextes complètement différents.Exemples variés• Population des grandes villes • Chiffres d'affaires des sociétés du Nasdaq • Longueur des fleuves d'Europe • Distance entre les étoiles de la galaxie • Superficies des îles polynésiennes (de 1045 km² à 0,04 km²)Constance du schémaPeu importe les unités de mesure (kilomètres carrés, millions de dollars, centimètres, nombre d'habitants), le même schéma de distribution des premiers chiffres revient partout.Questions troublantesCe phénomène généralisé soulève des questions vertigineuses : notre monde serait-il un simulacre comme Matrix? Un bug se serait-il glissé dans le programme?
- Les deux façons de voir le mondePlanète SommeLes habitants voient le monde en termes d'addition. Pour classifier un gorille (1,60 m), un chimpanzé (70 cm) et une fourmi (1 cm), ils mesurent les différences absolues et regroupent le chimpanzé avec la fourmi plutôt qu'avec le gorille.Planète ProduitLes habitants voient le monde sur le mode de la multiplication. Un gorille est 2,2 fois plus grand qu'un chimpanzé, qui est 70 fois plus grand qu'une fourmi. Ils regroupent naturellement le gorille et le chimpanzé.Applications pratiques• Decibels pour mesurer le volume sonore • Échelle de Richter pour mesurer les secousses sismiques • Portées de musique qui utilisent des graduations multiplicativesChoix nécessaireIl existe deux façons absolument distinctes de mesurer le monde, et dans certains cas, la logique additive n'est pas la bonne.
- John Napier et les logarithmesContexte historiqueEn 1614, l'astronome et mathématicien écossais John Napier publie le Mirifici Logarithmorum Canonis Descriptio, établissant une correspondance entre le monde de la multiplication et celui de l'addition.Principe des logarithmes• À chaque nombre on associe un autre nombre appelé son logarithme • Le logarithme de 100 est 2 (car 100 = 10²) • Le logarithme de 1000 est 3 (car 1000 = 10³) • Le logarithme de 981456 est 4,99324 (car 981456 = 10^4,99324)Utilité pratiqueLes tables de logarithmes permettent de simplifier les multiplications de grands nombres en les transformant en additions, accélérant énormément les calculs scientifiques du début du XVIIe siècle jusqu'à l'invention de l'ordinateur au XXe siècle.Lien avec notre problèmeLes logarithmes établissent le pont mathématique entre les deux visions du monde (additive et multiplicative) et sont intimement liés au phénomène observé au supermarché.
- La découverte de la loi de BenfordPremière observationEn 1880, l'astronome Simon Newcombe remarque que les premières pages des tables de logarithmes, où figurent les nombres commençant par le chiffre 1, sont plus usées que les autres.Formulation mathématiqueNewcombe tire une formule donnant la probabilité qu'un chiffre n soit le premier chiffre d'un nombre quelconque, formule qui donne exactement la distribution étrange observée au supermarché.Reconnaissance tardiveLa découverte de Newcombe n'intéresse personne jusqu'en 1938, quand Frank Benford redécouvre la loi, la teste sur un grand nombre de collections de chiffres et réussit à attirer l'attention de ses contemporains.NommageLa loi porte maintenant le nom de Frank Benford, bien qu'elle ait été découverte en premier par Simon Newcombe en 1880.
- Explication du mystèreLa clé : changement d'échelleEntre un paquet de pâtes à 1 euro et un paquet de biscuits à 2 euros, le prix a doublé. Entre un fromage à 9 euros et une bouteille à 10 euros, le prix n'augmente que de 11%. L'intervalle de 9 à 10 est donc plus petit que l'intervalle de 1 à 2 sur une échelle multiplicative.Réalité de la distributionCe n'est pas la répartition des chiffres qui est bizarre ; c'est l'échelle additive avec laquelle on les regarde qui n'est pas bonne.Vision correcteEn passant l'échelle additive à une échelle multiplicative, on découvre que les chiffres sont répartis équitablement.Résolution de l'énigmeLe mystère du supermarché n'en était pas un ; c'est l'œil avec lequel on le regardait qui n'était pas le bon.
- Conditions d'application et usages pratiquesLimitations de la loiLa loi de Benford ne s'applique pas à toutes les séries de chiffres. Par exemple, la taille d'un adulte mesuré en centimètres commence presque toujours par 1, ce qui ne suit pas la distribution.Condition essentiellePour que la loi s'applique, il faut une série qui s'étend sur plusieurs ordres de grandeur.Application en détection de fraudeLes services fiscaux se servent de la loi de Benford pour détecter la fraude fiscale. Si les chiffres de la comptabilité n'obéissent pas à la loi, c'est le signe qu'ils sortent de l'imagination.Caractéristique des données inventéesLes chiffres inventés par le cerveau humain n'obéissent à aucune loi mathématique ; c'est justement par cette absence de régularité qu'on les reconnaît.





