Les travailleurs chinois : les oubliés de 14-18 | Documentaire | ARTE

Les travailleurs chinois : les oubliés de 14-18 | Documentaire | ARTE

ARTE51 min9 feb 2026
Entre 1916 et 1918, les Français et les Britanniques ont recruté environ 140000 travailleurs chinois pour soutenir l'effort de guerre sur le front de l'Ouest.
9 capitulos
  • Hommage et oubli : la mémoire des 140 000 travailleurs(0'001'58)
    Un descendant rend hommage à son grand-père et aux 140 000 ouvriers chinois qui ont travaillé en Occident, affirmant que leur mérite et leurs services resteront gravés éternellement dans l'histoire.
    Entre 1916 et 1918, les Français et les Britanniques ont recruté environ 140 000 travailleurs chinois pour soutenir l'effort de guerre sur le front de l'Ouest. Le sort de ces hommes est longtemps resté dans l'oubli.
    Le narrateur a décidé de partir sur les traces de ces travailleurs en Europe car sa génération ignore tout de leur existence, comme si ces ouvriers avaient vécu pour rien.
    Un journal intime d'un interprète chinois nommé Kusinching, qui avait le même âge que le narrateur en 1917 et a étudié à l'université, servira de guide pour raconter cette histoire oubliée.
  • Origines et motivations : les villages de Shandong(1'588'41)
    La province du Shandong, d'où vient le philosophe Confucius, est réputée pour les forces, franchises et hospitalité de ses habitants. On dit aussi que ce sont de bons conteurs.
    L'histoire d'un homme du Shandong qui épouse une femme de son village en hiver 1916 et part peu après pour rejoindre le bureau de recrutement britannique dans le port de Weihai, abandonnant ainsi les champs avec son père.
    • La mémoire et l'histoire sont liées, mais les souvenirs finissent par s'effacer ou se transformer. • En Chine, connaître le passé, c'est comprendre le présent, et sans passé, il n'y a pas de présent. • Ce qu'on garde du passé et ce qu'on choisit de retenir sont des questions fondamentales.
    Le narrateur vient d'un village du Shandong et d'origine paysanne, ce qui le rapproche émotionnellement de ces travailleurs chinois qu'il respecte profondément.
  • Le contexte géopolitique : la Chine au siècle de l'humiliation(8'4114'41)
    La Chine traverse une période de trouble politique, crise économique et guerre connue comme le siècle de l'humiliation, après avoir perdu les guerres de l'opium face aux puissances occidentales.
    • Le gouvernement chinois déclare sa neutralité au début de la Première Guerre mondiale mais laisse finalement les alliés recruter des travailleurs. • En 1915, Yan Shikai se proclame empereur et engage des négociations avec les Britanniques. • Son conseiller Liang Chi propose en juin 1916 d'envoyer des travailleurs chinois à la place de soldats pour renforcer la position internationale de la Chine. • La Chine espère ainsi participer à la conférence de paix d'après-guerre.
    Les Britanniques, désespérés, cherchent de l'aide auprès de nations même lointaines. Winston Churchill aurait dit qu'il fallait maintenant chercher de l'aide auprès d'autres nations, même auprès des Chinois.
    On assiste à la rencontre de deux cultures qui avaient eu peu de contact jusque-là. Les Britanniques ne voulaient pas être perçus comme ceux qui avaient entraîné les Chinois dans la grande guerre des civilisations.
  • Le recrutement : processus et conditions de contrat(14'4122'38)
    Au cours de la dernière décennie, famine et sécheresse ont fait des millions de morts en Chine. Beaucoup d'hommes voient dans la perspective de partir à l'étranger l'espoir d'un bon salaire pour subvenir aux besoins de leur famille.
    • Les hommes sont examinés par des médecins et doivent se déshabiller pour être épouillés et rasés. • On leur coupe la tresse traditionnelle en usage depuis la dynastie Ching. • Ils reçoivent un simple uniforme et un bracelet en laiton gravé de leur nom et d'un numéro. • La plupart sont analphabètes et signent avec leurs empreintes digitales.
    Les travailleurs signent un contrat stipulant qu'ils seront payés un franc par jour, travailleront 10 heures quotidiennement 7 jours sur 7 et ne seront pas envoyés dans les zones dangereuses près du front. Pendant trois ans, ils seront appelés par leur numéro plutôt que par leur nom.
    • Les Britanniques installent la plupart de leurs bureaux dans la province du Shandong, notamment le long de la ligne ferroviaire de Diaoji. • Les Français s'établissent à Tianjin et Shanghai, ainsi que dans les provinces de Sichuan, Guangdong et Yunnan. • Les Français recrutent au total près de 40 000 ouvriers contre plus de 95 000 pour les Britanniques.
  • La traversée : du Canada à la France(22'3835'19)
    Le transport des ouvriers chinois vers la France ne se fait pas sans risque. En février 1917, des sous-marins allemands coulent le paquebot français Athos, tuant 543 des 1000 Chinois à bord. La Chine rompt alors ses relations diplomatiques avec l'Allemagne et lui déclare la guerre le 14 août 1917.
    • Après l'attaque du navire, on abandonne le canal de Suez et les travailleurs sont acheminés au Canada par le Pacifique, puis en train vers un port de l'Atlantique. • Un deuxième itinéraire passe par Singapour, l'océan Indien et le Cap de Bonne-Espérance pour atteindre Marseille.
    Les travailleurs arrivent au Canada le 9 mai après plus de 20 jours de traversée, ayant vu un ciel maussade et une mer agitée. Au moment de poser le pied à terre, ils ressentent une joie indescriptible. Certains souffrent de maux de ventre à cause du manque d'exercice dans les wagons exigus.
    • À leur arrivée au Canada, les travailleurs sont emmené à William Head, un poste de quarantaine devenu prison par la suite. • Les travailleurs chinois sont transportés en secret à travers le Canada par la compagnie du chemin de fer canadien pacifique avec quatre gardes armés par wagon. • Environ 85 000 travailleurs chinois sont transportés entre mars 1917 et la fin de la guerre. • Peu de gens savent que des travailleurs chinois sont enterrés à William Head, loin de leur famille.
  • En France : travail, conditions et intégration(35'1943'42)
    En août 1916, les premiers travailleurs chinois arrivent à Marseille. Contrairement aux Britanniques, les Français les affectent au soutien de leurs troupes en Belgique et en France. Les bataillons franco-chinois sont répartis aux quatre coins du pays, dans des usines, sur des chantiers et dans des ports.
    • Les officiers en charge des travailleurs chinois n'étaient généralement pas très qualifiés et avaient des idées racistes. • Ils n'étaient pas formés pour superviser de la main-d'œuvre étrangère et ne comprenaient pas la culture chinoise. • Les Britanniques et les Français cherchaient désespérément des interprètes, et les Chinois étaient dirigés par des hommes pour la plupart totalement incompétents.
    Pour ces hommes qui n'étaient que de simples paysans, voir Paris, ses monuments et son architecture, c'était comme être projeté en plein cœur de la civilisation occidentale. Pour toute une génération de Chinois, notamment les paysans, la France était un rêve inaccessible.
    • Certains travailleurs avaient le désir de pouvoir gagner leur vie. • D'autres espéraient faire fortune. • Certains étaient motivés par la curiosité, l'envie de nouveauté, le désir d'aventure. • La première raison était la volonté d'améliorer leur sort et celui de leur famille.
  • Révoltes et conditions difficiles : maltraitance et pertes(43'4247'23)
    Le fait d'avoir vu l'Europe et la guerre a transformé ces hommes pour toujours. Ils n'étaient plus comme avant, profondément affectés par leur expérience.
    • D'après leur contrat, les ouvriers chinois ne devaient pas être envoyés à proximité des zones de combat. • Certains ont pourtant perdu la vie sous les bombes allemandes. • Notre équipe était constamment bombardée par l'ennemi. • Des mutineries ont éclaté et lors de la révolte de décembre 1917, des soldats ont fait feu, tuant quatre Chinois dont l'un s'appelait Kong, un descendant de Confucius.
    Les ouvriers chinois sont venus travailler pour subvenir à leurs besoins. Certains sont morts de maladie, d'autres ont été fauchés par les bombes. Beaucoup ont péri lors de l'explosion d'obus enfouis dans le sol après la guerre.
    Kaunj venait tout juste de se marier quand il est parti en Europe. Les gens de son village disaient que c'était le mal du pays qui l'a tué. En réalité, il est mort de maladie ou d'épuisement. Un ouvrier portant le matricule 2964 est décédé le 24 mars 1918, avec l'inscription sur sa tombe : dévouée jusqu'à la mort.
  • Après-guerre : nettoyage, démobilisation et déception politique(47'2339'03)
    • Après la guerre, les travailleurs chinois ont une dernière tâche à accomplir : nettoyer les champs de bataille et ramasser les morts. • Bon nombre d'entre eux périssent lors de l'explosion d'obus enfoui dans le sol. • Les Chinois formaient le plus gros contingent de travailleur en provenance d'un pays neutre et ce sont eux qui sont restés le plus longtemps. • Tandis que les occidentaux profitaient de la paix retrouvée, les Chinois continuaient à risquer leur vie.
    En janvier 1919, les négociations de paix s'ouvrent à Versailles. La Chine envoie ses diplomates de haut rang pour réclamer la restitution des territoires de la province du Shandong et des territoires occupés par le Japon, mais les grandes puissances se rangent du côté du Japon.
    • La délégation chinoise refuse de ratifier l'accord de Versailles, dont il manque la signature de la Chine. • Les Chinois n'ont pas pu récupérer la ville de Tingtao occupée par les Japonais. • Ils ont été attirés que les puissances occidentales les empêchent de retrouver leur souveraineté. • S'ils avaient été traités équitablement, les choses se seraient sans doute passé autrement.
    • Ce fut un rendez-vous manqué avec les Chinois qui s'en sont encore plus éloignés des occidentaux qu'auparavant. • Les historiens occidentaux estiment qu'environ 5 000 travailleurs chinois ont péri pendant la Première Guerre mondiale. • Les experts chinois avancent un nombre bien plus élevé, estimé jusqu'à 20 000 victimes. • Tout ce qui reste de leur présence en Europe, ce sont des inscriptions sur des douilles d'obus et quelques tombes.
  • Héritages et témoignages : les descendants racontent(39'0351'22)
    La vie était dure à l'époque et les affaires ne marchaient pas bien. Un père a décidé de se présenter au bureau de recrutement au sud de la gare de Weihai en disant qu'il ne savait pas se battre et qu'il n'était jamais allé à la guerre, mais on lui a répondu qu'il irait travailler, pas sur le front.
    • Un père était le pilier du foyer et subvenait aux besoins de la famille, alors quand il est parti à l'étranger, la charge est retombée sur l'oncle et le frère restés. • Certains ont eu de la chance et sont rentrés indemnes ; leurs familles ont organisé des fêtes en leur honneur avec des troupes d'opéra. • D'autres familles étaient en deuil ; quand quelqu'un est mort à l'étranger, c'était l'une des choses les plus douloureuses qui puisse arriver.
    Un travailleur chinois nommé Chang Changson, né le 8 mai 1897 dans le village de Tingirang du Shandong, a décidé de rester en France après la guerre. Il s'est marié non officiellement en 1920 avec une Française, car le code Napoléon stipulait que les Françaises ne pouvaient pas épouser un étranger sans complications légales.
    • Les descendants font des recherches pour reconstituer le parcours de ces travailleurs chinois. • Ils veulent que les petits-enfants sachent exactement ce qui s'est passé et pourquoi. • Il est important de ne pas avoir honte de ses origines mais d'en être fier, d'avoir deux cultures. • Cette histoire est importante à raconter aux enfants et petits-enfants pour préserver la mémoire collective.