Phantasia | La revista de la creación con IA/Interroger la création par intelligence artificielle | PhantasIA #4 | ARTE
Interroger la création par intelligence artificielle | PhantasIA #4 | ARTE

Interroger la création par intelligence artificielle | PhantasIA #4 | ARTE

ARTE28 min25 sept 2025
10 capitulos
  • Pierre Zandrovic et la fusion entre réalité et images générées(0'021'32)
    Pierre Zandrovic réalise des films générés par IA depuis 4 ans, basés sur ses interactions avec la machine et des scènes de New York capturées quotidiennement.
    Zandrovic a toujours été fasciné par la science-fiction, intrigué par ses prédictions et ses possibilités infinies.
    Les images produites par son ordinateur deviennent troubles, brouillant les limites entre le monde réel et celui généré numériquement.
    La frontière entre la fiction et la réalité s'est faite plus floue que jamais, créant un océan d'images où les habitants semblent dériver.
  • Rencontre avec Finis Musica et la musique générée(1'324'06)
    Finis Musica est un collectif de musiciens qui utilise les signaux biologiques humains pour faire jouer des instruments à des machines grâce à l'IA.
    • Frédéric s'inspire d'une combinaison d'étude et d'écoute de musique expérimentale et contemporaine • Référence à Nan Caro qui crée une musique impossible à jouer pour des mains humaines
    Sage traduit les rêves musicaux au langage machine. Derrière chaque mélodie mécanique se trouve le code composé par Sage pour construire un orchestre robotique.
    Charlotte, ancienne guitariste virtuose, compose désormais une musique pure libérée du geste, directement issue de son cerveau via les signaux biologiques.
  • Les biosignaux comme source créative et la philosophie du cyborg(4'068'12)
    • Charlotte portait un cardiofréquencemètre avec électrodes EMG suite à des problèmes cardiaques lors du mixage de son album • Elle réalise que le corps est électrique et qu'on pourrait connecter les signaux biologiques à un synthétiseur
    Les ondes cérébrales réagissent à l'heure du jour, à la faim et à d'autres facteurs incontrôlables, ce qui crée une création involontaire et imprévisible.
    • Finis Musica convertit les biodonnées en partition musicale • Leur projet capture les biosignaux d'un fetus pour les convertir en musique • Leur devise « Mutate or die » reflète l'intérêt pour la coévolution humaine avec la technologie
    Le collectif compare les machines à la prochaine vague de mitochondrie, suggérant une fusion évolutive où les machines ne sont pas externes mais deviennent partie intégrante de l'humanité.
  • Réflexions philosophiques : de la musica universalis au cyborg(8'1211'32)
    Pauline Nadrini, philosophe et fondatrice de Laus Press, aide à comprendre comment les technologies transforment l'expérience artistique à travers le prisme du Finis Musica.
    • Le romantisme du Finis Musica renoue avec le topos ancien de la musica universalis, une harmonie préexistante • C'est l'idée d'une harmonie possible entre la technologie et les humains à travers une composition pacifiée
    Finis Musica se rapproche des théories du cyborg développées par Donna Haraway, figure du féminisme qui conçoit le cyborg comme une figure dépassant les oppositions entre technologie et humanité, genre, classe et espèces.
    La vraie question n'est pas si le cyborg apporte quelque chose à la musique, mais s'il y a un ou deux interprètes, et si le bras animatronique fusionne avec l'interprète initial dans une nouvelle forme d'identité musicale et organique.
  • Le technosolutionnisme et l'ambivalence des technologies(11'3215'09)
    Le technosolutionnisme est l'idée selon laquelle les technologies seraient des solutions à différents types de problèmes, chaque nouvelle technologie résolvant un nouveau problème et apportant amélioration ou augmentation.
    C'est l'idéologie des entrepreneurs de la Silicon Valley qui innovent en permanence et produisent de nouveaux dispositifs technologiques censés résoudre des problèmes sociaux, politiques, médicaux et environnementaux.
    • Platon décrivait la technique de l'écriture comme à la fois remède et poison dans le dialogue du Phèdre • Le mythe égyptien raconte que l'écriture est d'abord un remède pour la mémoire, mais le roi craint qu'elle ne nous dépouille du besoin de mémoriser et comprendre par nous-mêmes
    • Jacques Derrida explique que le terme grec 'pharmacon' est intraduisible : il signifie à la fois remède et poison • Bernard Stiegler applique ce concept à toutes les technologies pour souligner leur ambivalence : il n'y a jamais de pure augmentation, l'augmentation est toujours potentiellement une diminution
  • L'IA générative comme nouveau pharmacon(15'0916'26)
    L'IA générative et la génération automatique de texte représentent un nouveau type de pharmacon, car ce sont des machines d'écriture basées sur le code informatique et générant du texte automatisé.
    On peut poser les mêmes questions que Platon au 4e siècle avant notre ère : ces générateurs automatiques de texte vont-ils nous permettre d'écrire parfaitement mais nous déposséder de nos capacités d'expression ?
    Les générateurs de texte offrent une augmentation apparente (écrire plus, mieux), mais pourraient nous déposséder de nos moyens d'expression et de notre capacité créative.
    Zandrovic observe avec curiosité l'embrasement des potentiels et tentatives venues de tous horizons, sans certitude sur la dépossession réelle de nos moyens d'expression.
  • Total Pixel Space : l'existentialisme mathématique des images(16'2619'54)
    Total Pixel Space est un film lauréat du festival d'IA Runway en mai à New York, réalisé par Jacob Adler, un professeur de musique hanté par l'idée que nous vivons dans un monde de pixels préexistant.
    • Chaque pixel est défini par des chiffres : sa couleur et sa position • Toute image numérique peut être décrite comme une suite de nombres • Chaque combinaison possible de nombres correspond à une image unique existant mathématiquement
    En codage RGB 24 bits, il existe 16.7 millions de couleurs possibles par pixel. Pour une résolution de 1024 pixels au carré, le nombre total d'images possibles est incompréhensiblement grand mais fini : un 1 suivi de plus de 7,5 millions de zéros.
    • Chaque photographie qu'on pourrait jamais prendre existe déjà sous forme de coordonnée • Chaque film possible existe déjà mathématiquement • Quand nous photographions, nous ne créons pas, nous naviguons simplement vers des coordonnées préexistantes
  • L'espace pixel comme univers de possibilités(19'5423'07)
    • L'espace total des pixels contient toutes les images numériques possibles incluant des films de votre vie entière et des vies possibles jamais vécues • Il contient des portraits intimes de chaque être humain ayant existé et des films décrivant l'histoire complète de l'humanité • Il contient des images d'une véritable civilisation extraterrestre et chaque grain de poussière microscopique de l'univers sous tous les angles
    • Chaque partie de jeu vidéo jamais joué existe dans cet espace • Des images de découverte scientifique et d'invention future y sont présentes • Des images défiant les lois de la physique et de la logique coexistent avec les images réelles
    Dans cet océan d'éventualité pixellisée, les images naturelles ne forment qu'une goutte. Les scènes, visages et objets reconnaissables sont des îles extrêmement rares, perdus dans une vaste mer de bruit visuel.
    • Les lois de la physique, lumière et matière creusent des sillons étroits dans le néant mathématique • Notre monde s'écoule à travers ces sillons, laissant la plus grande partie de l'espace des pixels inconnue • Les régions apparaissent comme chaos visuel mais pourraient contenir des schémas nécessitant de nouvelles formes de perception pour être déchiffrés
  • La Bibliothèque de Babel de Borges et la génération d'images(23'0726'04)
    Jacob Adler a développé le concept une année avant la finition du film en se posant la question : comment expliquer le nombre infini de possibles images, notamment en extrapolant à partir de Midjourney.
    • Le film s'inspire de la Bibliothèque de Babel de Jorge Luis Borges, nouvelle du recueil Fictions parue en 1941 • La nouvelle raconte l'histoire d'un bibliothécaire dans une bibliothèque contenant un nombre infini de livres composés par combinaison aléatoire des 25 lettres de l'alphabet
    • La Bibliothèque de Babel paraît en 1941, moment de naissance de la cybernétique et des premiers ordinateurs • La question du rapport entre information, bruit et sens était centrale à ce moment de naissance de la cybernétique • Le concept d'intelligence artificielle date de l'immédiate après-guerre
    Contrairement aux lettres gibbeuses dans la nouvelle de Borges, Midjourney conjure des images qui ont du sens, comme un chat portant un chapeau mangeant une glace sous la pluie sur un bateau.
  • Distinctions entre l'infinité mathématique et la création sensée(26'0428'03)
    Bien que les modèles comme Midjourney génèrent une infinité d'images, cette infinité se concentre sur des choses très attendues et moyennes, pas une véritable infinité de possibles.
    On doit apprendre à promter ces modèles pour arriver à créer des combinaisons un peu inédites, mais ce n'est pas le sentiment d'être face à une infinité de possibles contrairement à la Bibliothèque de Babel.
    • On se retrouve plutôt dans le sentiment de revenir à des choses déjà vues, attendues, poncifs et canoniques • C'est du bruit de l'humanité, du hasard et de l'erreur dont on aurait besoin • Nous cherchons de l'humanité dans des variations d'un imaginaire très standardisé
    Les IA génératives donnent ce qui est statistiquement vraisemblable plutôt que ce qui est humainement éprouvé, créant un fossé entre la promesse mathématique et la réalité créative.