🕺 Culture Hip-Hop/DJ Mehdi, le son du Prince | Profils, des récits uniques | ARTE Radio Podcasts
DJ Mehdi, le son du Prince | Profils, des récits uniques | ARTE Radio Podcasts

DJ Mehdi, le son du Prince | Profils, des récits uniques | ARTE Radio Podcasts

ARTE Radio54 min9 sept. 2021
14 chapitres
  • Présentation et rencontre avec DJ Mehdi(0'022'14)
    DJ Mehdi était quelqu'un d'hyper généreux sur la musique, les conseils et la bienveillance. Il avait réussi à être à la fois dans l'ombre et dans la lumière avec égalité.
    Le narrateur a rencontré DJ Mehdi vingt ans auparavant à Grenoble lors d'un festival où il jouait sous chapiteau avec la rappeuse Diam's. Ils ont parlé de musique, de cinéma et d'art en général.
    Quand le narrateur a demandé à Mehdi quelle machine acheter, sa réponse a été simple : l'important ce n'est pas les machines, c'est les idées. Le son de Mehdi dépendait uniquement de son imagination.
    Dix ans après la disparition tragique de Mehdi en septembre 2011, le narrateur a décidé de rencontrer ses compagnons d'aventure pour comprendre comment ce fan des Beatles, Timbaland, Metallica et Romain Tory a traversé le rap français.
  • Les débuts de Mehdi avec Mafia K' 1 Fry(2'144'33)
    Manuel Coudray, membre de Mafia K' 1 Fry depuis 1989, était à l'origine de la découverte de Kery James et de son association avec DJ Mehdi, qui a formé le groupe Idéal J.
    Mehdi était quelqu'un qui comptait beaucoup pour les jeunes artistes, une grosse influence. Il était un grand chercheur de musique qui s'extériorisait au-delà du hip hop, parlait de musique, de vie, d'amour et de choses essentielles.
    Mehdi et ses collaborateurs étaient complémentaires. Mehdi avait une façon de fédérer, de mener une journée compliquée vers une journée plus détendue. Il aimait parler de choses essentielles et de rigoler.
    Mehdi avait fait grandir les jeunes musiciens et leur avait fait voir la musique autrement. Il transmettait son savoir et sa passion pour l'art de manière généreuse.
  • Génialité sonore et production musicale(4'335'18)
    Ce qui rendait Mehdi unique et comparable à ses héros comme Pete Rock, Jay-Z et les premiers producteurs, c'était sa sensibilité particulière et sa façon de sampler. Il avait ce petit coup de génie d'aller sampler ce que d'autres ne semblaient pas.
    • Les filtres, les basses et les caisses claires marquaient le son de Mehdi • L'utilisation des synthétiseurs permettait de reconnaître l'empreinte de Mehdi • Son groove et son style personnel étaient immédiatement identifiables
    Mehdi avait la capacité à faire des beats qui possédaient un certain groove. À partir d'un beat simple, il savait ajuster, remettre des percussions qui faisaient swing le morceau de manière à ce que différents musiciens puissent s'y retrouver.
    Mehdi enrichissait sa musique en puisant dans le rock, la pop, l'électro et d'autres genres. Il avait la faculté de faire des beats qui te font voyager, tout en conservant cette capacité à faire swing le groove.
  • Rencontre avec Kery James et création de musiques pour Idéal J(5'188'47)
    Cut Killer avait parlé d'un petit jeune de 92 qui faisait du son. À ce moment-là, Idéal J cherchait un compositeur qui pourrait créer des musiques nouvelles et innovantes au lieu de rapper sur des bandes sonores conventionnelles.
    La rencontre avec Mehdi s'était déroulée en juillet au parc de Créteil. Bien qu'ils aient d'abord posé un lapin à Mehdi, ils ont décidé de se donner rendez-vous pour une nouvelle tentative au parc de Créteil Soleil.
    Mehdi avait sorti une cassette avec neuf titres marquants pour Idéal J. Après l'avoir écoutée, Cut Killer et Kery James ont trouvé ça fou. Les musiques correspondaient parfaitement avec ce qu'ils faisaient et ont mené directement à une collaboration décisive.
    Mehdi avait composé un beat en live et les membres d'Idéal J étaient assez impressionnés. Il a fait plusieurs séances de travail intensif avec le groupe, dormant chez lui et se mettant à créer des beats la nuit avec l'inspiration.
  • Apprentissage et apprentissage collaboratif chez Mehdi(8'4711'35)
    Mehdi enseignait sur le tas comment mettre des boucles, comment faire avec des mélodies et combien de temps elles devaient durer. Il cherchait des samples avec sa collection de disques et apprenait en expérimentant.
    • Kery James venait tous les mercredis après-midi chez Mehdi pour travailler • La mère de Mehdi était partie en Tunisie, laissant l'espace libre pour créer • Ils avaient pris l'habitude de descendre acheter un sandwich et continuer le travail
    Au début, la mère de Mehdi se méfiait de ce grand noir qui venait à la maison. Cependant, quand Kery James s'est présenté à elle et a expliqué son amour pour la musique, elle a compris et l'a accepté. Mehdi était quelqu'un qui était en paix et la mère l'a bien aimé.
    Mehdi avait gardé un côté un peu poétique sur toute sa partie en prime et en rap. Il y avait un choix conscient de ne pas être finalement dans des standards un peu FM, mais de chercher quelque chose de plus authentique et personnel.
  • L'album Combat Continuer et l'évolution artistique(11'3518'59)
    Sur l'album Combat Continuer, Mehdi a pris de l'ampleur et a mieux accompagné son son rap. Le son était à la fois brut et fin, il n'y avait pas de gap entre ce qu'on avait entendu sur les maquettes et ce qui est arrivé sur disque.
    Mehdi avait fait venir des cordes de violon et d'autres musiciens pour enrichir l'album. Bien que financièrement impossible de prendre tout le monde, il avait quand même fait venir cinq ou six personnes pour apporter une dimension supplémentaire à ses productions.
    Combat Continuer représentait un équilibre entre Kery James qui maîtrisait sa rage sur les titres que Mehdi produisait. C'était un moment où Mehdi avait passé un cap en travaillant avec un ingénieur du son professionnel et en étant entouré d'une équipe de qualité.
    La leçon française de Mehdi était différente du fond américain. Cela se voyait dans les choix des samples et dans les choix de son, de grosses caisses, de caisse claire. Mehdi avait réussi à intégrer ses influences très new-yorkaises tout en se faisant confiance et en créant quelque chose d'unique.
  • L'époque 113 et les princes de la ville(18'5927'08)
    Romain Gavras était réalisateur de films et de clips. Un peu plus tard, après les premiers albums du 113, l'album des Princes de la Ville était sorti. Cet album avait apporté quelque chose de très moderne que même les Américains n'avaient pas fait à l'époque.
    • On avait écouté plusieurs sons du 113 comme Face à la Police et on avait dit que ce serait bien de faire un EP • Mehdi venait de faire une palette de sons et quand Romain est arrivé chez lui, il a entendu des sommets, des OVNIs musicaux • Les beats de Mehdi n'étaient pas trop rap, il y avait une espèce d'évasion et une complémentarité avec les voix du groupe
    Ils avaient un mois pour faire un album complet. Mehdi, Prince et autres membres ont pris l'avion pour Toulouse. En arrivant, Mehdi avait déjà 5-6 trucs intéressants. Les studios à Toulouse étaient incroyables avec une console impressionnante.
    Les Princes de la Ville était un morceau réussie qui parlait de la double identité et de la double culture. Le côté traditionnel et le côté Mehdi du futur décomplexé se rencontraient dans ce titre. C'était un morceau qui annonçait ce que Mehdi pouvait faire dix ans après.
  • The Story of Espion et l'émergence solo(27'0833'36)
    Après le succès du 113, Mehdi avait réussi à être dans l'ombre et dans la lumière avec égalité. Il commençait à se lancer dans la preuve de son talent avec son premier album solo The Story of Espion en 2002.
    • L'album incluait Diam's, Remy, Kalil d'AP et d'autres artistes français réputés • Pedro Winter, fondateur du label Ed Banger Records, avait monté une équipe autour de Mehdi • C'était un album beaucoup plus personnel que ce qu'on pouvait s'attendre
    Mehdi était dans le partage et dans la création. Sur le morceau Partir avec Diam's, tous les éléments du morceau étaient ouverts sur la table de mixage. Mehdi avait gardé une version sans beat qui était géniale, montrant son approche collaborative.
    The Story of Espion avait été un succès commercial et un succès d'estime. L'album avait été bien accueilli et Mehdi était tellement attachant que pratiquement aucun journaliste n'était pas tombé amoureux de lui lors des interviews.
  • Formation d'Ed Banger Records et Lucky Boy(33'3639'21)
    Mehdi avait dit à Pedro Winter qu'il voulait transformer son nom de société de management Red Boys Girls Entertainment en un label. Ils ont créé un personnage qui s'appelle Edward Banger, et le nom Ed Banger Records était né.
    • Le premier maxi était Mr Flash et d'Art • Le deuxième était Justice avec un morceau qui a impressionné Mehdi • Mehdi s'est retrouvé en face B de la deuxième référence du label, montrant l'importance du projet
    Lucky Boy était le premier album du label et le deuxième album solo de DJ Mehdi, sorti en 2006. C'était l'album qui l'avait fait un peu plus connaître à l'international et qui avait pris un envol plus électronique.
    Après Lucky Boy, Mehdi avait vraiment commencé à mixer aux quatre coins du monde et à faire danser les gens. Son influence s'était étendue à un niveau international avec un nouveau style plus électronique.
  • Collaborations avec Justice et Daft Punk(39'2141'35)
    Xavier de Rosnay s'apprêtait à sortir son premier vrai single chez Ed Banger. Gaspard et lui avaient fait un morceau appelé 'On Attendant' qui était volontairement désagréable et c'était du bruit pendant deux ou trois minutes, suivi d'une sorte d'orgue d'église.
    Romain Gavras était la première personne qu'on appelait pour écouter les nouveaux morceaux parce qu'il avait toujours un regard intéressant sur les choses. Quand il a écouté le morceau avec Mehdi, il s'était serré la main de toutes ses forces tellement ils étaient impressionnés.
    Mehdi avait demandé à Pedro s'il connaissait quelqu'un avec un vocoder. Pedro a parlé du truc à Thomas Bangalter de Daft Punk et Thomas a proposé d'y aller directement. Ils se sont retrouvés au studio et Thomas a fait un jam qui a trouvé le groove avec Mehdi.
    C'était un grand moment pour Mehdi puisqu'il était fasciné par le génie de Thomas et de Daft Punk. Pour Pedro, c'était satisfaisant que les deux mondes se réunissent, montrant l'importance de cette collaboration dans l'histoire musicale.
  • Signature et reconnaissance artistique(41'3545'58)
    Mehdi avait une culture musicale très développée. Son père, décédé, avait laissé une grosse collection de vinyles avec du jazz, de la soul et d'autres genres. Ses cousins qui travaillaient aux puces avaient aussi des disques et Mehdi avait accès à une richesse musicale considérable.
    • Dès qu'il avait un truc - une boîte à rythmes, une MPC, une table de mixage - Mehdi mettait ses doigts dedans pour comprendre • Il arrivait toujours à s'en sortir et c'est comme ça qu'il avait été DJ aussi • Son cousin Samat lui avait construit un sampler Roland qui lui avait permis d'avoir une qualité de son vraiment hip hop
    Signature était un morceau qui montrait les influences de Mehdi - il avait les couplets de Djeroudji et Dame Hadja, une guitare avec tous les accords du White Album des Beatles, et en même temps l'énergie de Moody. C'était une jolie histoire de collaboration et de créativité.
    Romain Gavras avait réalisé le clip de Signature basé sur la culture du tuning. Mehdi avait beaucoup apprécié le clip et ils avaient travaillé ensemble pour créer quelque chose qui était à la fois hors sujet mais génial, montrant leur complémentarité artistique.
  • Influence et collaborations tardives(45'5847'40)
    Mehdi collaborait souvent avec des artistes qui ne cherchaient pas de tube mais qui cherchaient une couleur particulière, qui voulaient donner de la teneur à leur propos. Il était très apprécié pour sa capacité à enrichir les projets musicaux.
    Sur le morceau Couleur Ébène avec Booba, c'était clairement du rock. C'était ce qu'on pouvait espérer d'une collaboration entre Mehdi et Booba. Le morceau était complètement dingue et c'était génial que Booba, déjà une star à l'époque, sorte un son aussi différent et moderne.
    Il y avait quelque chose de pas bougé en termes de modernité dans le style de Mehdi. C'était un style à lui qui avait été un peu pompé ici et là mais qui était vraiment à lui. C'était impossible à reproduire - c'était un truc de ressenti, de technique, de textures de son et d'alchimie.
    C'était une rencontre hyper intéressante entre Mehdi et d'autres artistes. Son approche était toujours constructive, optimiste et motivante, montrant l'importance de sa présence dans la musique française.
  • Disparition tragique et héritage(47'4050'25)
    Dans la nuit du 12 au 13 septembre 2011, DJ Mehdi faisait une soirée chez lui où on dansait sur son plancher de verre. Celui-ci s'est effondré et le musicien de 34 ans a trouvé la mort dans une chute accidentelle.
    Sa famille de coeur et d'art était en deuil. Elle s'est attachée à faire vivre son oeuvre et même à la rendre plus vivante que jamais, montrant l'importance de Mehdi pour tous ceux qui l'avaient connu.
    • Pedro Winter avait eu l'idée folle de faire une grande fresque orchestrale pour les 15 ans d'Ed Banger • Thomas Bangalter avait composé une suite symphonique reprenant plein de tubes des deux longueurs • 42 à 44 morceaux phares avaient été sélectionnés pour résumer bien l'épopée de Banger
    Le concert au Grand Rex avait été un moment très émouvant avec une vraie communion positive autour des morceaux de Mehdi. L'orchestre symphonique avec une centaine de personnes jouait les pièces majeures, créant une atmosphère respectueuse et musicalement puissante.
  • Réflexions finales et impact durable(50'2554'12)
    Romain Gavras avait vraiment senti la perte de Mehdi. Heureusement que la musique s'en remettrait, mais cette famille artistique avait perdu quelqu'un avec qui on vivait, on travaillait et on créait. La cassure était profonde pour tous ceux qui l'avaient côtoyé.
    • Mehdi avait une mémoire de dingue et une grande passion pour la musique • Il parlait de musique toute une journée, partageait ses exigences et ses visions pour l'avenir • Les moments passés ensemble à parler de musique et à créer restaient gravés dans les mémoires
    Après la mort de Mehdi, ses compagnons avaient eu besoin de physiquement sortir les vinyles et les disques pour se souvenir. Quand on réécoutait son espionnage et les sons qu'il avait faits, c'était trop émouvant. Les gens se souvenaient particulièrement de ses remixes et des morceau des princes de la ville et jackpot.
    L'idée de témoigner, de partager et de parler de Mehdi continuait à motiver les gens. Son influence s'était étendue bien au-delà de sa vie, montrant l'importance de son apport à la musique française et mondiale. Sa capacité à innover et à créer des sons uniques restait un modèle pour les générations futures.