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USA : avortement, le prix de la douleur | ARTE Reportage

USA : avortement, le prix de la douleur | ARTE Reportage

ARTE26 min21 oct. 2024
12 chapitres
  • Le calvaire de Page : victime de viol et mère malgré elle(0'163'20)
    Page a trois enfants des deux premiers mariages. Elle a accouché de Ren, née d'un viol, dans le Wisconsin où l'avortement était interdit même en cas de rapport non consenti.
    Plus de 65 000 femmes ont connu un tel calvaire dans les états où l'IVG est proscrite depuis 2022, suite à la suppression d'une loi qui protégeait ce droit dans tout le pays.
    • Page est ancienne sapeur-pompier, actuellement sans emploi et vit de ses économies • Elle reçoit une aide de l'État pour les dépenses médicales et des coupons alimentaires • Elle doit assurer seule la sécurité de sa famille face au père de Ren qui a été libéré sous caution
    Deux ans après la décision de 14 États conservateurs d'interdire l'avortement, ce droit divise toujours l'Amérique et reste l'un des grands enjeux de l'élection présidentielle.
  • Violences et menaces : la peur quotidienne de Page(3'205'30)
    Page a documenté les violences subies : bleus sur le cou, empreinte de main sur le visage, tentatives d'entrée au domicile, coups de poing et strangulation.
    Le père de Ren l'a menacée à plusieurs reprises, promettant de la tuer et menaçant également les membres de sa famille. Il a été libéré sous caution dans l'attente du procès qui traîne en longueur.
    Page possède une arme pour se protéger elle-même et sa famille en raison des agressions répétées. Elle vit dans la peur constante d'une vengeance de la part du père de Ren.
    Page a connu une première grossesse issue d'un viol. Son compagnon l'a forcée à avorter dans un état voisin où la procédure est légale. Cette expérience a été très traumatisante pour elle.
  • La deuxième grossesse : un choix ôté(5'307'03)
    Page ne voulait pas revivre le traumatisme de son premier avortement. Elle qualifie la deuxième grossesse de pire décision à prendre de sa vie.
    • L'avortement était illégal dans le Wisconsin, ce qui a eu un énorme impact sur sa décision de garder le bébé • Si elle avait décidé d'avorter, elle aurait dû voyager, trouver le temps, prendre un jour de congé, faire garder ses enfants et payer pour tout • Le choix lui a été en partie enlevé en raison des restrictions légales
    Page a finalement décidé de garder Ren. Cette décision a été largement influencée par l'impossibilité légale d'avorter dans son état plutôt que par un choix libre et éclairé.
    En seulement deux ans, plus de 65 000 femmes ont dû faire face à ce dilemme dans les États où l'avortement est interdit.
  • Recherches et chiffres : les vraies conséquences(7'038'39)
    La sociologue Carry White, qui travaille au Texas (l'État avec le plus grand nombre de grossesses issues d'un viol), explique qu'on ne sait pas combien de ces grossesses ont donné lieu à des naissances car il n'existe aucune donnée sur le sujet.
    • L'avortement est souvent vécu comme un soulagement pour les femmes victimes de viol, permettant de tourner la page • Les femmes qui n'ont pas pu avorter à cause des interdictions ont plus de chance de rester en relation avec leurs violeurs
    Malgré les efforts des conservateurs pour réduire les avortements, le nombre total d'IVG pratiquées aux États-Unis n'a pas diminué. En 2023, plus de 170 000 américaines ont voyagé à travers le pays pour bénéficier de la procédure.
    Le Kansas, État frontalier de plusieurs États du Sud qui interdisent l'IVG, est devenu l'endroit le plus proche pour de nombreuses femmes qui souhaitent avorter.
  • Le Dr Sandoval au Kansas : en première ligne(8'3910'55)
    Le Dr Sandoval, gynécologue-obstétricienne, a choisi d'exercer au Kansas après avoir senti que le vent allait tourner pour l'avortement avec l'élection de Trump. Le Kansas est devenu un endroit stratégique du fait de sa position frontalière.
    • Le Dr Sandoval travaille dans une clinique du planning familial, organisme à but non lucratif • La clinique accueille en moyenne 35 patients par jour, les trois-quarts venant d'États où l'avortement est interdit • Tous les agents de sécurité sont armés en raison du contexte de menaces
    Un gynécologue a été assassiné au Kansas en 2009. Les militants anti-avortement sont payés pour être présents chaque jour devant la clinique, tentant de harceler les patients et d'intimider le personnel pour les dissuader de venir travailler.
    En moyenne, le trajet prend entre 6 et 9 heures de voiture pour les patientes du Texas ou de l'Oklahoma. La clinique n'arrive à traiter que le quart des patients qui l'appellent.
  • Témoignage d'une jeune mère du Texas(10'5514'46)
    Une jeune Texane de 23 ans, déjà mère de deux enfants de moins de 2 ans, a parcouru 800 km pour venir à Kansas City. Elle élève ses enfants seule bien qu'elle soit en couple, ce qu'elle trouve épuisant physiquement et mentalement.
    • Elle a dû payer l'avion ce qui a coûté près de 2000 euros au total • Sa mutuelle du Texas ne prend rien en charge pour cette procédure • Elle est femme au foyer sans revenu personnel
    Elle a décidé de ne pas dire à sa mère où elle allait. C'est un secret qu'elle devra garder, ce qui sera difficile pour elle car elle ne pourra en parler à personne.
    Lors de la consultation avec le Dr Sandoval, elle exprime se sentir paralysée, stressée et effrayée. Elle demande que le son soit coupé et l'écran tourné pour ne rien voir ni entendre, de peur de se sentir coupable.
  • Les centres de grossesse non désirée : une stratégie de désinformation(14'4615'48)
    Les militants anti-avortement ont financé un centre qui ressemble en tout point à une clinique, situé juste en face du planning familial. Cette stratégie a déjà induit en erreur de nombreuses patientes.
    Ces lieux, appelés centres de grossesse non désirée, existent par milliers aux États-Unis. Quand les gens arrivent, le premier panneau qu'ils voient indique 'information sur l'avortement', créant une confusion sur le bon endroit.
    • Accompagnement des femmes enceintes • Renseignements sur l'adoption • Tentative de convaincre les femmes de ne pas avorter • Pour certains centres, services d'adoption habilités avec procédures pouvant être facturées jusqu'à 19 000 euros aux familles adoptantes
    Derrière les croyances religieuses se cache un business. Une fraction seulement des 4000 centres du pays possède une habilitation d'agence d'adoption, mais tous proposent de faciliter les démarches.
  • Enquête cachée : la propagande dans les centres(15'4818'29)
    Une journaliste de l'équipe se fait passer pour une femme enceinte dans un centre de grossesse non désirée, équipée d'une caméra cachée. La consultation est sans rendez-vous et totalement gratuite.
    • La conseillère énumère une longue série de risques liés à l'avortement : saignements importants, infections, avortement incomplet, nausées, vomissements, diarrhée, fièvre, frissons, étourdissements • Elle mentionne que certaines femmes ont beaucoup souffert en réalisant après coup qu'elles avaient créé un lien avec leur bébé
    La conseillère présente progressivement l'adoption comme alternative, notamment l'adoption ouverte où les familles adoptantes peuvent payer tous les frais médicaux liés à la grossesse.
    Le centre est aussi une agence d'adoption habilité, ce qui crée un conflit d'intérêts évident. La conseillère peut ainsi proposer ses propres services d'adoption.
  • Réaction des médecins : propagande versus faits(18'2919'26)
    Les Drs Kins et Palmer examinent les documents remis par le centre de grossesse non désirée et les qualifient de propagande. Ils soulignent que l'avortement est une procédure très sûre.
    • Les risques listés (infections, complications) peuvent se produire pendant n'importe quelle grossesse et sont beaucoup plus fréquents si on poursuit la grossesse • Une grossesse peut être mortelle, mais pas l'avortement • L'avortement est moins risqué qu'une grossesse
    Le Dr Palmer compare le centre à un lieu où on vole les bébés, car ces femmes ne voulaient pas les garder à l'origine. C'est le dernier endroit où elle a adopté.
    Face à la puissance du mouvement anti-avortement dans les États conservateurs, les Drs Kins et Palmer refusent de céder à la peur et s'expriment publiquement, contrairement à de nombreux gynécologues qui n'osent plus le faire.
  • Les lois répressives du Texas : un piège juridique(19'2622'22)
    • Au Texas, les gynécologues qui pratiquent un avortement peuvent aller en prison pour meurtre et perdre leur licence immédiatement • Les peines sont expéditives et très sévères
    • Une loi incite à la délation : si quelqu'un aide une femme à avorter ou lui indique où aller, il peut être attaqué au civil par n'importe qui • Le délateur peut recevoir une amende de 10 000 dollars • Cela peut être le chauffeur Uber, le grand-père, la sœur, le voisin de la femme
    • L'avortement n'est légal au Texas que si la vie de la mère est en danger, mais il n'existe aucune définition précise • Les lois sont si compliquées et vagues que les médecins sont complètement perdus • Plusieurs patientes se sont vu refuser une IVG alors qu'elles étaient en danger de mort à cause d'une grossesse extra-utérine
    Si les médecins décident d'intervenir pour sauver la vie d'une femme, ils doivent signer un document qui dit qu'ils ont violé la loi. Les documents sont conservés mais on ne sait pas ce qu'on en fait.
  • Procès du père de Ren : quête de justice(22'2225'05)
    Un groupe de femmes a récemment poursuivi l'État du Texas pour lui demander de clarifier la loi. La Cour suprême de l'État a refusé de statuer, laissant dans l'incertitude les médecins et leurs patientes. Dans le Wisconsin, le droit à l'avortement a été temporairement rétabli.
    Page doit comparaître à une audience de mise en accusation. Son oncle vient lui apporter son soutien. Le père de Ren a 22 charges retenues contre lui et plaide non coupable pour tous les chefs d'accusation.
    Page craint que le père de Ren ne cherche à gagner du temps et à faire traîner la procédure. Elle le qualifie de fou et exprime son inquiétude : elle n'est pas en sécurité tant qu'il est en liberté.
    En attendant le verdict du procès qui doit avoir lieu dans les prochains mois, le père de Ren a une interdiction d'approcher Page et ses enfants.
  • L'avenir de Ren : questions d'amour et d'acceptation(25'0526'22)
    Page se fait du souci pour sa fille Ren. Elle s'interroge sur le fait que les gens vont l'accepter et si elle va s'accepter elle-même.
    Page ne sait pas encore comment et quand elle devra annoncer à Ren la vérité sur ses origines. Elle sait que ce sera à elle de le lui dire.
    Page veut que Ren sache qu'elle sera toujours aimée, même si elle est l'enfant d'un viol, même si elle est née de la violence. Elle sera toujours aimée.
    Malgré les violences et les traumatismes, Page voit Ren comme la lumière au bout d'un très sombre tunnel causé par ce que le père lui a infligé.