Chine : les rêves brisés de la jeunesse | ARTE Reportage

Chine : les rêves brisés de la jeunesse | ARTE Reportage

ARTE24 min11 nov. 2024
13 chapitres
  • La crise immobilière et ses conséquences économiques(0'001'56)
    • Les gratte-ciel de Pékin symbolisaient autrefois le rêve chinois et la prospérité promise par le président Xi Jinping • Depuis 3 ans, la chute du secteur immobilier paralyse une partie de l'économie chinoise
    • La dette publique est croissante • Le taux de chômage chez les jeunes dépasse les 20%, un niveau record • À peine un jeune sur 5 ne trouve pas de travail
    Xi Jinping refuse de parler de crise. Son gouvernement censure les bilans économiques et fait pression sur les experts. Les journalistes qui évoquent les difficultés économiques sont placés sous surveillance.
    • Les experts économiques interviewés subissent des intimidations • L'équipe de tournage s'est vu refuser l'accès à un simple salon de l'emploi • Sur 300 jeunes chômeurs contactés, seuls trois ont osé s'exprimer face à la caméra
  • Chen Ching : les études prestigieuses sans débouchés(1'565'33)
    Chen Ching a 24 ans et a terminé ses études de journalisme dans une université prestigieuse de Pékin. En tant que premier de sa famille à avoir fait des études supérieures, il aspire à gagner suffisamment d'argent pour aider sa famille et leur offrir une meilleure vie.
    • Diplômé depuis un an, il n'a toujours pas trouvé d'emploi stable • Il travaille occasionnellement en tant qu'indépendant • Il doit retourner dans sa province natale, le Henan, car vivre à Pékin est au-dessus de ses moyens
    Ses 4 années d'études à Pékin ont représenté un investissement énorme de 20 000 euros pour sa famille, alors que les 600 millions de personnes vivant dans les campagnes ne gagnent en moyenne pas plus de 130 euros par mois.
    Le rêve de Chen Ching serait un emploi de bureau dans une région chinoise prospère pour pouvoir rembourser cet investissement et améliorer la situation familiale.
  • Tien Tien : la responsable marketing qui prie pour un emploi(5'338'00)
    Tien Tien, 30 ans, est à la recherche d'un emploi à Pékin depuis 3 mois en tant que responsable marketing. Contrairement à Chen Ching, elle vient d'une famille aisée dont les parents attendent d'elle qu'elle trouve un travail bien rémunéré.
    Elle visite le Temple des Lamas pour prier, croyant que cela augmentera ses chances d'avoir une carrière bénie. Elle espère que cette démarche lui donnera du courage face aux difficultés.
    • Dans le passé, elle trouvait très rapidement un emploi sans avoir besoin de faire beaucoup d'efforts • Cette fois, c'est tout à fait différent : elle peaufine son CV et est en recherche active • Elle n'a rien trouvé jusqu'à présent malgré ses efforts intensifs
    Elle doit trouver du travail rapidement pour payer son loyer et son assurance maladie. Elle a pratiquement épuisé toutes ses économies et commence à être sous pression financière.
  • Chen Wei : livreur et travailleur itinérant(8'0010'43)
    Chen Wei, 28 ans, est l'un des 20 000 coursiers-livreurs de Pékin. Il apporte quotidiennement le petit-déjeuner, le déjeuner et parfois le café à des employés de bureau de la classe moyenne. Son employeur le contrôle via reconnaissance faciale.
    • Un Chinois sur 3, soit près de 500 millions de personnes, ne dispose toujours pas d'un diplôme d'études secondaire • Beaucoup quittent le pays en tant que travailleurs itinérants • Les secteurs de l'entretien, du massage ou de la livraison sont devenus leur réalité
    • Chen Wei travaille 8 heures par jour mais cela peut aller jusqu'à 12, 13 ou 14 heures • Son revenu dépend de son temps de travail • Il gagne environ 1 500 euros par mois, un très bon revenu pour un travailleur non qualifié • La Chine compte environ 200 millions de personnes employées dans le secteur des petits boulots
    • Il envoie la majeure partie de son revenu à sa famille restée au village • Depuis l'âge de 14 ans, il multiplie les petits boulots • Sa femme et leurs trois enfants sont restés dans leur village • Tous les deux mois, il retourne les voir • Il essaie d'économiser pour sa retraite et paie lui-même ses soins médicaux
  • Le vlog culinaire : échappatoire ou illusion(10'4312'50)
    Pour occuper son temps libre, Chen a créé un vlog culinaire sur TikTok, l'application que pratiquement tous les Chinois utilisent. Il teste les restaurants de son quartier en filmant ses visites.
    • Il a un diplôme mais n'a pas d'emploi fixe • Il doit rendre des comptes à ses parents sur ce qu'il fait de son temps • Il leur a expliqué qu'il avait ouvert un vlog culinaire car il avait besoin de faire quelque chose
    • Les termes 'glandé' et 'trasser' sont actuellement très prisés par les jeunes Chinois pour décrire leur frustration face au manque d'opportunité • Beaucoup ressentent le besoin de sortir du système et refusent de devenir des hamsters condamnés à faire tourner leur roue • Ils refusent de répondre aux attentes de leurs parents, de la société et du gouvernement
    Pour le moment, ces vidéos ne sont vues que par une poignée de personnes et ne lui rapportent pas d'argent. Rares sont les Chinois qui ont les moyens financiers de permettre une telle démarche d'indépendance.
  • Tien Tien : candidature intensive et doutes existentiels(12'5014'29)
    • Elle postule pour un emploi dans une bibliothèque • Elle écrit à des gens qui proposent des postes sur Boss, l'application chinoise de recherche d'emploi • Elle a envoyé une centaine de candidatures
    Elle est diplômée de l'Université de Tsinghua à Pékin depuis 2016. Elle a travaillé dans le domaine des vidéos sur les réseaux sociaux, commençant par le marketing avant de passer au scénario et à la réalisation. Elle a acquis une expérience dans plusieurs secteurs : le prêt-à-porter, l'alimentation, les produits numériques, les appareils ménagers et les livres.
    • Cette année, il devient encore plus compliqué de trouver un emploi dans les grandes entreprises • Beaucoup de gens ont démissionné, ce qui augmente la concurrence • Le fait d'avoir travaillé pour une grande entreprise est un atout important • Les grandes entreprises privilégient les candidats ayant déjà travaillé dans une entreprise de la même taille
    • Quand elle n'est pas convoquée à un entretien ou quand elle n'est pas prise après avoir bien préparé une candidature, cela la décourage énormément • Elle doute d'elle-même et craint que tout continue à aller en empirant • Elle perd confiance en elle et ne partage pas ses difficultés avec ses amis
  • Absence de filet social et absence de dialogue(14'2915'50)
    En Chine, le chômage temporaire et autres aides de l'État n'existent pour ainsi dire pas. Au contraire, Xi Jinping invite les jeunes à prendre exemple sur lui, envoyé à la campagne durant la Révolution culturelle pour y travailler au champ dans le dénuement le plus extrême.
    • Tien Tien ne discute pas vraiment avec ses amis de ce qu'elle ressent ou des difficultés qu'elle rencontre • Quand elle va bien, elle n'en parle pas non plus • En Chine, on n'aime pas ennuyer les autres avec ses problèmes et ses états d'âme • La majorité des Chinois sont comme ça
    Les jeunes chômeurs ou sous-employés portent seuls le poids de leur situation sans soutien institutionnel ni solidarité interpersonnelle. Cette isolation renforce le sentiment d'abandon face à la crise.
    Pour les générations précédentes comme les parents de Chen Ching, il n'y avait pas d'aide de l'État non plus, mais la structure agricole traditionnelle offrait au moins une sécurité minimale. Aujourd'hui, les jeunes diplômés se trouvent entre deux mondes sans filet de sécurité.
  • Chen Wei : perspectives limitées et rêves modestes(15'5017'47)
    Chen Wei retrouve un collègue livreur pour sa pause déjeuner. Ils discutent de leurs projets pour l'avenir et de la possibilité de retourner dans leur région natale.
    • Chen Wei a parlé à ses parents de retourner dans sa région, mais ils lui ont dit de rester • La famille sera heureuse qu'il revienne mais il n'y a aucune perspective d'évolution • La livraison de repas est un boulot stable, contrairement à la campagne où les revenus ne sont pas réguliers
    Ses parents l'ont conseillé d'attendre un an ou deux avant de rentrer. À la campagne, les revenus ne sont pas réguliers, alors qu'à Pékin, c'est une grande ville où il y a des opportunités d'amélioration.
    • Le rêve de Chen Wei serait d'ouvrir son propre restaurant où il serait son propre patron • Pour lui, l'essentiel est de ne pas travailler dans les champs comme ses parents • Il croit à la patience et au travail dur pour réaliser son rêve
  • Contraction des libertés et censure du storytelling national(17'4718'21)
    • Au cours des dernières années, la Chine a connu une croissance exceptionnelle • Inversement, les espaces de liberté se sont considérablement réduits • Les voies les plus critiques disparaissent des réseaux sociaux
    Les manifestations ont été réprimées par la violence. Chen Wei préfère ne pas s'exprimer à ce sujet et est convaincu qu'en gardant la tête baissée et en travaillant dur, le rêve chinois reste possible.
    • Le gouvernement chinois met en garde sa population contre tout contact avec les étrangers, les qualifiant de potentiels espions • Pékin compte bien garder la maîtrise de son récit national • Une histoire où les mauvaises nouvelles n'ont pas leur place
    • Pendant l'été 2024, le gouvernement a fixé de nouveaux objectifs • Au lieu de combattre activement l'endettement et le chômage, il s'est contenté d'égrainer des slogans éculés • La solution proposée : une croissance de haute qualité et davantage d'investissement dans les technologies d'avenir
  • Chen Ching retourne au village : projet entrepreneurial familial(18'2121'36)
    En Chine, beaucoup de bourgades vivent encore dans une grande pauvreté. Il y a 4 ans, quand Chen Ching a été admis dans l'une des meilleures universités du pays, ses parents étaient très heureux car une place à l'université était la garantie d'accéder à la classe moyenne.
    • Chen Ching revient au village avec l'idée de convaincre ses parents d'ouvrir un restaurant • Il a calculé que chaque mois on arrive à vendre plus de 800 repas avec un seul fournisseur • Avec un service de livraison, on pourrait multiplier le chiffre par trois • Pour commencer, on peut tabler sur 1 000 commandes de livraisons de repas
    • Il faudrait investir entre 6 000 et 10 000 euros pour le loyer et les équipements • Selon Chen Ching, on ne perdra pas d'argent avec les calculs qu'il a faits • Neuf fois sur 10, ce genre de projet échoue, mais si la 10ème fois ça fonctionne, on en profite toute sa vie
    • Chen Ching souligne que ses parents commencent à être âgés et ne devraient plus travailler autant • Ils se lèvent à 5h du matin et travaillent dur comme travailleurs journaliers • Le restaurant ne le rendra pas riche mais peut générer des entrées d'argent régulières de plusieurs centaines à plus de 1 000 euros par mois
  • Réalité paysanne et absence de protection sociale(21'3623'05)
    • Les parents de Chen Ching travaillent dans les champs depuis leur enfance • La nouvelle richesse chinoise des grandes villes, ils ne la connaissent qu'à travers leur télévision • C'est une vie de paysans modestes au champ tous les jours de la semaine
    En tant que paysans, ils n'ont jamais bénéficié d'aide de l'État. Ils travaillent aussi longtemps qu'ils en sont capables et quand ils ne pourront plus travailler, ils seront dépendants de leurs enfants.
    • À la campagne, on ne touche pas de retraite • En ville, c'est différent : les personnes âgées qui ont travaillé touchent une retraite tous les mois • Cette disparité massive renforce la pression sur Chen Ching de réussir
    La mère de Chen Ching espère que son fils ne devra pas travailler aussi dur qu'eux. Elle aimerait qu'il trouve au moins un travail qui corresponde à ses compétences et qu'il ait une sécurité sociale, contrairement à eux qui n'ont rien.
  • Censure du tournage et rupture communicationnelle(23'0523'57)
    À Pékin, le tournage avec Chen Wei s'arrête soudainement. Son employeur interdit à l'équipe de continuer à le filmer à son travail, montrant les limites du contrôle gouvernemental sur la documentation de la réalité.
    • Chen Wei parle à sa femme et ses enfants par téléphone • Il a un premier, un deuxième et un troisième enfant • Il rentre demain et espère que sa famille lui manque
    Le gouvernement chinois met en garde sa population contre tout contact avec les étrangers, craignant qu'ils ne soient des espions. Cette paranoïa institutionnalisée limite la possibilité même de documenter les réalités du pays.
    Pékin compte bien garder la maîtrise de son récit national, une histoire où les mauvaises nouvelles n'ont pas leur place. Cette censure systématique empêche une compréhension honnête des défis auxquels font face les jeunes Chinois.
  • Promesses creuses et réalité inchangée(23'5724'47)
    • Selon les autorités, les Chinois sont un peuple travailleur qui ne ménage pas ses efforts • Actuellement, l'économie ne va pas bien, mais dans quelques temps, quand on regardera en arrière, on verra que ces difficultés ont été surmontées • Les vies ne cessent de s'améliorer selon les promesses officielles
    Les mesures immédiates pour aider des jeunes comme Chen Ching et Tien Tien font toujours défaut. Le gouvernement préfère les promesses générales aux solutions concrètes.
    • Quelques semaines après le tournage, la vie des jeunes contactés ne s'est pas vraiment améliorée • Faute de travail, Chen Ching a décidé de reprendre ses études • Tien Tien n'a trouvé qu'un mi-temps de serveuse dans un café
    Le fossé persiste entre les promesses du rêve chinois et la réalité quotidienne des jeunes Chinois. Malgré tous leurs efforts, l'économie en crise offre peu de débouchés concrets, transformant les rêves de mobilité sociale en attentes frustrées.