
Le « négrillon » de Versailles | Quelle histoire ! Enquête sur la toile (1/6) | ARTE
7 chapitres
- Le portrait énigmatique de la Comtesse du BarryDécouverte initialeUne gravure de 1771 représente la Comtesse du Barry, maîtresse du roi Louis XV, réalisée par Gautier d'Agoti et conservée au château de Versailles. À la bordure du cadre en profil, apparaît un garçon à la peau noire.Questions soulevées• Pourquoi ce jeune garçon apparaît-il sur le portrait de la femme la plus puissante de France? • Quel est son rôle auprès de la Comtesse du Barry?Méthode d'enquêteL'investigation analyse des centaines d'archives sur Internet pour retracer la vie de cet enfant et comprendre son parcours.Révélation centraleL'investigation montre comment cet enfant né au bout du monde a été vendu comme esclave pour finir en toute illégalité à la cour de Versailles.
- L'identité de Zamor et ses originesNom et documentsSon nom est Zamor, plus exactement Louis Benoît Zamort selon son certificat de baptême daté de 1772 conservé aux Archives départementales de Paris.Statut à la courÀ environ 10 ans lors de son baptême, Zamor est mentionné comme attaché à Madame du Barry et faisant partie de ses serviteurs. Aucune précision ne mentionne son lieu de naissance.Origines géographiquesSelon l'historien Charles Vatel dans sa biographie de Madame du Barry, Zamor était un homme de couleur né dans l'Inde au Bengal, enlevé à sa famille à l'âge de 4 ans.Qualification servileDans les documents administratifs, Zamor est qualifié de terme péjoratif. Le dictionnaire de l'Académie française de 1762 précise que ce mot est utilisé pour qualifier les esclaves.
- Le commerce d'esclaves et l'achat de ZamorSystème économiqueAu 18e siècle, la France pratique le commerce triangulaire depuis une centaine d'années. Elle trouve l'essentiel de ses esclaves en Afrique mais une partie provient de l'océan Indien.Tarification des esclaves• Les hommes jeunes et vaillants sont les plus chers: Jean-Baptiste, 17 ans, gardien d'animaux, vaut 3000 livres coloniales • Les esclaves blessés n'ont plus de valeur marchande • Simon, 4 ans, le même âge que Zamor lors de sa vente, est vendu 800 livresDestination de ZamorContrairement aux autres esclaves partant travailler dans les exploitations agricoles ou comme domestiques aux colonies, Zamor est envoyé en France à Versailles selon son certificat de baptême.Prix de ZamorZamor, enfant de 4 ans, est vendu au prix d'environ 800 livres, similaire à celui des jeunes enfants esclaves de l'époque.
- L'illégalité de l'esclavage en France métropolitainePrincipes juridiquesLe magistrat Jean Baudin exprime dans un ouvrage du 16e siècle le principe que l'esclave est libre sitôt qu'il a mis le pied en France.Paradoxe françaisSur le territoire français, l'esclavage est théoriquement interdit, ce qui crée un paradoxe avec la présence de Zamor à la cour de Versailles.Pratiques clandestines• Des petites annonces dans la ville de Nantes en janvier 1761 proposent la vente d'un niggre indien âgé de 18 à 19 ans, servant proprement à table • Même si c'est illégal, des êtres humains se vendent donc sur le sol de FrancePreuves visuellesDans une peinture de 1753 du Musée d'histoire de Nantes, un jeune garçon noir accompagnant le couple d'armateurs les Dbrook porte un collier de servitude et l'uniforme imposé aux esclaves.
- Zamor, cadeau royal et objet de prestigePratique aristocratiqueUne lettre du gouverneur français du Sénégal montre qu'offrir des enfants noirs se pratique dans la haute société. Il dresse la liste des présents qu'il ramène du Sénégal: une perruche pour la reine, un cheval pour le maréchal de Saxe, une petite captive pour Monsieur de Beauvau.Usage portraituaireLes souverains se font peindre avec leurs serviteurs noirs pour afficher leur puissance et faire ressortir la blancheur de leur peau. Zamor est un faire-valoir qui se doit d'être vêtu luxueusement.Dépenses vestimentaires• Les livres de comptes de Madame du Barry mentionnent de nombreuses factures de tailleur pour des costumes destinés à Zamor • La Comtesse commande un bonnet à plume pour souligner ses origines exotiques • Sur la gravure, Zamor est représenté avec un turban et des boucles d'oreillesPortraiture officielleLes factures mentionnent l'achat d'un portrait de Zamor au célèbre peintre de cour François Hubert Drouet. Une revue d'art publie l'unique trace de ce portrait, confirmant son authenticité selon les comptes de la Comtesse.
- La Révolution: de serviteur à témoin, puis aux arrêtsChangement de fortuneEn 1774, Louis XV meurt. Louis XVI prend sa succession et Madame du Barry est chassée de la cour. La Comtesse s'installe au château de Louveciennes où elle vit avec Zamor jusqu'en 1793.Arrestation de la ComtesseEn septembre 1793, pendant la Terreur, Madame du Barry est arrêtée et emprisonnée. Son procès s'ouvre devant le tribunal révolutionnaire.Zamor acteur révolutionnaire• Zamor, devenu proche des cercles révolutionnaires après 20 ans de service auprès de la Comtesse, dénonce ses fréquentations monarchistes • Il témoigne que la majeure partie des personnes qui venaient chez la du Barry n'était pas patriotes et se réjouissait des échecs des armées de la République • Son témoignage est décisif: le 8 décembre 1793, la du Barry est condamnée à mortInversion du sortZamor est ensuite arrêté à son tour, présenté comme agent de la du Barry et considéré comme très suspect. Incarcéré à Paris, il reçoit des lettres de soutien de ses amis révolutionnaires. Libéré six semaines plus tard, il échappe à la guillotine.
- Épilogue: la fin de Zamor et son héritage historiqueDernier documentLe dernier document sur Zamor est l'inventaire de son décès. L'ancienne esclave est mort à l'âge de 58 ans sans descendance et pauvre.Contraste de destinéeSa fin contraste fortement avec sa vie auprès de la Comtesse: bien loin de la vie luxueuse à la cour de Versailles.Parcours remarquable• Arraché des bras de sa famille à l'âge de 4 ans en Inde • Vendu comme esclave et amené en Europe • Devenu ornement et jouet de la maîtresse du roi • Transformé en acteur de la Révolution françaiseQuestions historiographiquesL'histoire de l'art cherche à attribuer plusieurs portraits à Zamor, un simple domestique, soulevant la question de son rôle majeur au 18e siècle dans l'imaginaire historique.





