
Van Gogh, deux mois et une éternité | Documentaire | ARTE
16 chapitres
- L'héritage de VincentLa découverteJohanna hérite des centaines de toiles de son beau-frère Vincent Van Gogh quelques mois après son suicide à l'âge de 37 ans. Les tableaux ne sont signés que du prénom Vincent et n'intéressent presque personne en 1891.La légendeVincent Van Gogh deviendra connu comme un artiste torturé, guidé par la folie, travaillant jusqu'à l'extinction de ses forces et révolutionnant l'histoire de la peinture par la fulgurance de ses chef-d'œuvres.La mission impossibleJohanna, qui n'est ni peintre ni critique d'art, doit accomplir une mission : exposer les toiles de Vincent et faire reconnaître son génie au monde entier.Le contexte personnel• Johanna vient de perdre son mari Théo, marchand d'art décédé seulement 6 mois après son frère • Elle a 27 ans et doit reconstruire sa vie avec un bébé et quelques toiles de son beau-frère • Elle quitte Paris et rentre en Hollande, son pays natal
- La première rencontreLes retrouvaillesJohanna revit l'arrivée de Vincent à Paris deux ans plus tôt, quand Théo va le chercher à la gare. C'est à la Cité Pigalle, au milieu de la foule parisienne, que la jeune épouse rencontre enfin ce fameux frère dont Théo lui a tant parlé.La première impression• Johanna s'attend à un homme malade, mais elle voit un homme solide, large d'épaule, avec un teint haut en couleur et un grand sourire • Vincent est même en meilleure santé que Théo • Il ressemble à l'autoportrait qu'il avait peint devant son chevaletLa fragilité cachéeJohanna est perplexe : Vincent vient de sortir de l'asile. Il s'est tranché l'oreille suite à une dispute avec Paul Gauguin à Arles. À l'asile de Saint-Rémi de Provence, il a souffert d'hallucinations et d'accès de démence.La persistance artistiqueMême au comble de l'abattement dans l'asile, Vincent n'abandonne pas la peinture et poursuit ses expérimentations sur la couleur.
- Le pacte des frèresLe partenariatQuand Vincent a choisi de devenir artiste à 26 ans, les deux frères ont scellé un pacte inviolable : Théo le marchand finance Vincent le peintre, et en échange, il devient propriétaire de ses toiles.L'admiration mutuelle• Johanna ressent la vive admiration qui lie le marchand au peintre • Théo s'enthousiasme devant les dernières œuvres de Vincent : ses effets de nuit, ses tourbillons, cette couleur jaune dominante • Ces créations sont inédites et révolutionnent la palette de VincentL'influence du sudLa lumière du sud a révolutionné la palette de Vincent et le place dans la lignée des impressionnistes que les deux frères admirent tant.La séparation nécessaireAprès seulement 3 jours à Paris, Vincent sent que l'excitation de la ville ne lui fait pas de bien. Il part le 21 mai pour Auvers-sur-Oise pour se remettre au travail.
- La mission de JohannaLe devoir héritéAprès la mort de Théo, Johanna veut gagner sa vie. Elle rénove sa villa pour tenir une pension de famille, mais elle a une promesse à honorer : montrer l'œuvre de Vincent et la faire apprécier au plus grand nombre.La stratégie initiale• Elle expose les toiles de son beau-frère partout : du salon jusqu'au grenier • Elle reprend le combat et les discours de Théo • Elle essaie sans relâche de faire pénétrer ses spectateurs perplexes dans l'intimité des œuvresLes obstacles• Médecins et peintres influents critiquent : les couleurs sont criardes, les traits mal définis, la pâte vulgaire • De son vivant, Vincent n'a connu aucun succès dans son propre pays, jugé mauvais en dessin et de caractère difficile • On l'a trouvé prétentieux de vouloir tenter sa chance à ParisLa conviction personnelleJohanna perçoit l'œuvre d'un homme obstiné et humble, animé par une passion dévorante, bien au-delà de ce que les critiques comprennent.
- Les deux mois d'AuversLe refuge choisiThéo choisit pour son frère la bourgade tranquille d'Auvers-sur-Oise, à 30 km de Paris, non par hasard. Le docteur Gâchet, spécialiste des maladies nerveuses, y exerce et a promis de garder un œil sur Vincent.Le médecin artiste• Gâchet n'est pas seulement médecin, il est aussi artiste et ami des plus grands peintres • Pissarro, Cézanne et Guillaumin sont tous passés par Auvers et y ont trouvé de nouvelles inspirations • Il diagnostique que le travail éloigne les crisesLa création intensiveDurant ces deux mois à Auvers, Vincent reprend un rythme effréné, peignant jusqu'à deux toiles par jour. Il varie les motifs, revient au portrait, et explore des formats inédits et des idées novatrices.L'aspiration artistiqueVincent ne souhaite pas la ressemblance photographique pour ses portraits modernes. Il veut que ses portraits surgissent comme des apparitions devant ceux qui les observeront un siècle plus tard.
- La correspondance révélatriceL'immersion totaleJohanna se plonge à corps perdu dans 18 ans de correspondance des deux frères : plus de 600 lettres intimes jetées pêle-mêle, parfois sans lieu ni date.La consolation des lettres• Les lettres deviennent sa consolation, soir après soir • Elle les lit non seulement avec son cœur mais avec son âme toute entière • Elle les relit jusqu'à ce que Vincent apparaisse clairement devant elleLa révélationUne nuit, une intuition surgit : les lettres se superposent aux tableaux, leur répondent. Les mots et les couleurs dialoguent entre eux. En comprenant mieux l'homme, on comprend mieux son geste d'artiste.La convergenceAu gré des lettres et des carnets de croquis, Johanna découvre non seulement l'homme qui révèle ses états d'âme et son extrême sensibilité au monde, mais aussi l'artiste qui détaille sa vision de la peinture.
- La rencontre d'AuversLa visite paisibleLe 10 juin 1890, Johanna et Théo reçoivent une invitation à passer la journée à Auvers. Vincent vient les chercher à la gare et apporte en cadeau un nid d'oiseau pour son petit neveu Vincent.L'affection du tonton• Vincent insiste pour prendre le bébé dans ses bras • Il lui montre tous les animaux dans la cour • Il lui dit fièrement : 'Le coq fait cocorico'La journée heureuseIls déjeunent en plein air puis partent pour une longue promenade. La journée est si calme, apaisée et joyeuse que personne n'aurait soupçonné que leur bonheur serait détruit de manière si tragique quelques semaines plus tard.L'appréhension sous-jacenteDans sa lettre de remerciement, Vincent exprime son incertitude : il ne ose guère compter d'avoir toujours la santé nécessaire et demande à Théo de l'excuser si son mal revenait.
- Le stigmate fémininLe contexte socialLe 19e siècle relègue les femmes à un rôle domestique et réserve le prestige intellectuel aux hommes. Johanna fait l'expérience des préjugés de son temps.Les critiques paternalistes• Richard Roland Holst la critique : 'C'est du bavardage de collégiennes, rien de plus' • Jan Vet refuse de voir quelque chose dans les tableaux qu'elle lui montre • Elle endure la condescendance et le mépris des hommes influentsLa lucidité du journalDans son journal intime, Johanna écrit : 'Nous les femmes sommes pour une part considérable ce que les hommes attendent que nous soyons.' Elle reconnaît que Joanna n'est personne aux yeux de la société.L'héritage familial• Johanna est l'enfant poli d'une famille d'assureurs, pianiste accomplie et diplômée en littérature anglaise • Théo, issu de la famille Van Gogh, descend d'une lignée de pasteurs et de marchands • Vincent seul a osé s'écarter de la voie tracée
- Le rêve de ThéoLa galerie Goupil• À Paris, Théo devient une référence dans la célèbre galerie Goupil • Ses clients préfèrent investir dans les maîtres académiques • Quand il arrive à leur faire acheter la toile d'un peintre moderne, c'est une victoireLa nouvelle générationContrairement aux propriétaires de la galerie, Théo mise sur une nouvelle génération : Vincent, Henri de Toulouse-Lautrec, Émile Bernard, Paul Gauguin. Ces jeunes aventuriers de la peinture sont prêts à renverser les codes de l'art bourgeois.L'ambition partagéeThéo confie à Johanna son rêve : fonder sa propre galerie pour exposer ces artistes à sa guise et devenir leur mécène. Vincent y aurait toute sa place.Le premier reconnaissant• Gabriel Albert Aurier est un jeune critique qui reconnaît le génie de Vincent • Il écrit que Vincent perçoit le chromatisme des choses avec une intensité unique • Il déclare que Vincent sera pleinement compris seulement de ses frères, des artistes vrais et du petit peuple
- La tragédie inévitableLe dernier momentEn juillet 1890, Vincent revient voir la famille à Paris. Les journées sont marquées par l'inquiétude et l'anxiété. Plusieurs amis passent le voir. La présence de Guillaumin est de trop pour Vincent, qui repart précipitamment pour Auvers, épuisé et énervé.L'appel urgentPeu après, Johanna rentre aux Pays-Bas avec son bébé pour l'été. Elle attend Théo, mais le docteur Gâchet l'appelle d'urgence au chevet de Vincent. Vincent vient de se tirer une balle dans la poitrine.Les dernières paroles• L'un de ses derniers mots a été : 'C'est ainsi que je veux partir' • Après un petit moment, il s'éteint et trouve enfin la paix qu'il ne parvenait pas à trouver sur terre • Le lendemain, ses amis accrochent ses tableaux dans la salle où repose le cercueilLa succession rapideThéo est dévasté. Seulement 3 mois après la mort de Vincent, il est victime d'une crise violente. Johanna doit le faire admettre dans une maison de santé, puis dans un asile. Il décède le 25 janvier 1891 à 33 ans, mort de surmenage et de tristesse.
- Le tournant décisifL'attente interminableCe n'est que 2 ans après la perte de son mari que Johanna sent enfin le vent tourner. À la fin de 1892, les critiques Jan Vet et Richard Roland Holst changent soudainement d'avis sur les œuvres de Vincent et d'attitude envers elle.La première grande exposition• Chez Johanna, les critiques sélectionnent 85 tableaux et 20 dessins • Ils organisent à Amsterdam la toute première exposition d'envergure consacrée à Vincent • Richard Roland Holst en assure le commissariat et rédige l'introduction du catalogueLa légende émergenteSur la couverture du catalogue, Vincent est représenté comme un tournesol tombant au crépuscule, entouré d'une aura. Richard Roland Holst sème les premières graines d'une légende : Vincent, un martyre sacrifiant sa vie pour la cause de l'art.L'invisibilité stratégiqueJohanna laisse parler les hommes influents et n'intervient pas. Dans le catalogue, son nom n'est même pas mentionné. Elle se rend ainsi invisible aux yeux de l'histoire.
- La publication des lettresLa quête du biographeJohanna est désemparée : Gabriel Albert Aurier, qui avait promis d'écrire une biographie, est mort à 27 ans de la fièvre typhoïde. Elle doit trouver un autre biographe.Émile Bernard l'éditeur• Elle s'adresse à Émile Bernard, ami de longue date des frères Van Gogh • Émile Bernard fait éditer à Paris en 1893 une sélection de lettres de Vincent • Il y ajoute sa propre correspondance avec Vincent et en fait une présentation enthousiasteLa révolution compréhensivePour la première fois, le public découvre les origines de la peinture de Vincent. Son geste n'est plus celui d'un aliéné, mais le fruit d'une conception longuement réfléchie que les mots rendent enfin accessibles.L'effet transformateur• La publication d'Émile Bernard agite le monde de l'art • De nouveaux critiques se manifestent • Désormais, la couleur de Vincent n'est plus dénoncée comme une aberration, mais célébrée comme une révolution artistique
- L'ascension vers la gloireLes nouveaux admirateurs• Paul Cassirer, l'un des plus grands marchands allemands du moment, sollicite Johanna • De Berlin à Paris et dans tous les hauts lieux de l'art moderne, l'héritière s'est enfin fait un nom • Johanna devient la représentante incontournable des œuvres de VincentLa stratégie d'affaires• Fin stratège, Johanna fixe soigneusement les prix et indique les toiles qui ne sont pas à vendre • Elle crée l'envie chez les acheteurs et fait monter la cote de Van Gogh • Johanna se métamorphose en femme d'affairesL'engagement politique• En ce début du 20e siècle, Johanna affiche ses idées progressistes • Elle milite au Parti du travail social-démocrate néerlandais • Elle écrit dans une revue féministe et rêve d'obtenir le droit de vote pour les femmesLa vision humanisteJohanna veut que l'art soit accessible à tous et que Vincent devienne une icône du peuple, du tout petit peuple. Elle se souvient que Vincent se sentait si proche des paysans, des mineurs, des prostituées et des employés.
- La rétrospective définitiveL'apogée du projetEn 1905, les doutes de jeunesse de Johanna se sont envolés. Ses lectures toujours plus engagées ont fait mûrir ses idées et la poussent vers l'action. Elle décide de monter elle-même sa propre exposition.L'exposition monumentale• Le célèbre musée du Stedelijk d'Amsterdam accepte de lui ouvrir ses portes • C'est elle qui en assume les frais et qui est aux commandes • Johanna organise la plus grande rétrospective de Vincent jamais réalisée dans l'histoireL'envergure sans précédent• En un seul lieu, elle réunit 455 œuvres de Vincent : 255 tableaux et 200 dessins • Ces œuvres ont été réalisées en quelques années de sa vie d'artiste • Elle les accompagne astucieusement d'extraits inédits de la correspondance entre les deux frèresLe succès populaire• Plus de 2000 curieux viennent arpenter les salles du musée • Son exposition signe l'avènement de Van Gogh comme artiste total • La jeune femme qu'on regardait de haut est de plus en plus courtisée
- La pérennité des œuvresLa sélection exclusive• Certains proposent de lui racheter sa collection personnelle. Elle dit non • D'autres surenchérissent pour acquérir l'étoile de son salon, ses préférés. Elle dit non • S'il doit y avoir des acquéreurs, ce ne seront que les plus influentes institutionsL'objectif ultimeCe que veut Johanna, c'est que l'œuvre de Vincent rejoigne la collection permanente d'un grand musée européen. Elle refuse les transactions privées au profit des institutions publiques.L'édition intégrale• Pendant 10 ans, Johanna relie et ordonne les lettres • Elle retire les passages qui pourraient choquer la morale de l'époque • Elle s'attelle à une introduction biographique révélant l'enfance de Vincent, ses premiers dessins et ses désarrois intimesL'héritage générationnel• De son vivant, Johanna voit apparaître une nouvelle génération de peintres revendiquant l'héritage de Vincent • Monk, Kandinski, Matisse, Klee, Picasso et partout dans le monde, une foule d'admirateurs érige Van Gogh en icône absolue de l'art moderne
- Le dernier gesteLa réunion finaleÀ 51 ans, Johanna accomplit un dernier geste symbolique. Elle s'adresse au fils du docteur Gâchet pour l'aider à transférer la dépouille de Théo à Auvers-sur-Oise.L'union éternelleÀ Auvers-sur-Oise, les frères inséparables reposent enfin l'un près de l'autre. Grâce à la discrète et tenace Johanna, les vies de Vincent le peintre et Théo le marchand sont à jamais unies dans l'histoire de l'art.L'effacement volontaireLe rôle de Johanna a été oublié. Elle s'est rendue invisible aux yeux de l'histoire, préférant que les projecteurs restent sur les œuvres de Vincent et sur le dévouement de Théo.L'héritage symbolique• Sur les tombes des deux frères, aujourd'hui encore, des admirateurs viennent déposer des tournesols jaunes éclatants • La couleur favorite de Vincent, symbole préféré de Johanna • Un témoignage silencieux de l'amour et du dévouement de celle qui a sauvé l'héritage du génie





