
Femme, vie, liberté - Une révolution iranienne | ARTE
17 chapitres
- Les voix cachées de la rébellionIdentités masquéesInterviews avec des activistes iraniens dont l'identité doit rester cachée par crainte de représailles du régime. Mina, une femme iranienne, explique qu'elle ne peut pas montrer son visage car les conséquences pourraient être terribles pour elle et sa famille.Climat de répressionEn Iran, il est impossible de parler de politique ouvertement. Quiconque exprime une opinion qui déplaît aux autorités s'expose à de gros ennuis, ce qui force les dissidents à chercher l'anonymat.Prisonnière de conscienceNarges Mohammadi, défenseure des droits humains, est détenue par le régime. Elle a réussi à envoyer une lettre de sa cellule en prison d'Evin, exprimant sa rage face à la mort de Mahsa Amini.Appel à la conscienceNarges Mohammadi affirme que personne ne devrait rester silencieux face à l'injustice. Même en prison, elle refuse d'être réduite au silence par la dictature iranienne.
- La mort de Mahsa Amini et l'étincelle révolutionnaireUn crime banalMahsa Amini, 22 ans, est interpellée par la police morale pour un foulard jugé insuffisant. Elle sort du poste de police dans le coma et meurt trois jours plus tard à l'hôpital.Symbole de l'oppressionLa mort de Mahsa devient le symbole de l'oppression des femmes en Iran. Son nom cristallise la rage contre la République islamique et inspire un mouvement national.Réaction populaire• Les Iraniens ressentent une colère viscérale, beaucoup ayant l'impression de perdre un membre de la famille • Les manifestations commencent et donnent de l'espoir au peuple • La mort de Mahsa devient l'étincelle qui allume une révolutionDocumenter l'indocileFace au silence des médias officiels, les Iraniens prennent le risque de filmer eux-mêmes les événements pour que le monde entier les voie.
- Les femmes se lèvent et brisent les interditsUn mouvement inéditPour la première fois en Iran, les femmes mènent la contestation, brisant les interdits imposés par le régime. Des écolières se mobilisent spontanément dans un acte de rébellion.Dévoilement de protestation• 90% des femmes participant aux manifestations retirent leur voile • Des femmes de milieux traditionnels participent aux manifestations • Elles n'hésitent pas à retirer leur chador, geste symbolique d'insoumissionLutte symboliqueMassie Alinjade, journaliste activiste, explique que la lutte ne porte pas sur un bout de tissu mais contre l'un des symboles les plus visibles de l'oppression. Le voile obligatoire est un des piliers de la dictature religieuse.Rejet de la divinisationLes femmes rejettent le guide suprême Khamenei et sa théocratie. Elles combattent un système où tout doit être conforme aux ordres religieux et aux dogmes du régime.
- La structure du pouvoir dictatorialPyramide du contrôle• Le guide suprême Khamenei est au sommet de la pyramide et détient plus de 80% du pouvoir • Il est considéré comme le représentant de Dieu sur terre • Il nomme le chef du pouvoir judiciaire, qui à son tour nomme tous les procureurs et jugesManipulations électoralesLe guide suprême choisit les membres du Conseil des gardiens et a une mainmise totale sur les élections. Chaque candidat doit être adoubé par ce conseil pour pouvoir se présenter.Contrôle médiatiqueLe guide désigne le directeur de la radio et de la télévision nationale iranienne. La télévision ne montre que des mollas et des femmes en hijab, servant de vitrine du mode de vie de la République islamique.Appareil répressifLe régime est protégé par le Corps des gardiens de la révolution islamique, une force paramilitaire qui forme la base du système dictatorial.
- L'underground politique et la prise de parole publiqueRompre le silencePour la première fois en 15 ans, certains activistes comme Massie Alinjade prennent publiquement position politique. La mort de Mahsa provoque une réaction irrationnelle, viscérale, comme un cri du cœur.Viralité mondiale• En trois mois, le compte Instagram de Massie a explosé • Plus de 350 millions de personnes ont vu et réagi à ses messages • Le mouvement devient mondial et inspire la diaspora iranienneMobilisation diasporique5 à 8 millions d'Iraniens vivent hors du pays et amplifient les revendications. Des manifestations sont organisées à Toronto, Berlin et d'autres villes du monde.Pouvoir des réseauxL'underground compte désormais plus que les médias d'État. Tout le monde peut s'exprimer sur les réseaux sociaux, ce qui fait peur au régime qui avait l'habitude de museler les voix.
- Victimes du régime et appel à la justiceCrime d'État ignoréLe 8 janvier 2020, les gardiens de la révolution ont abattu l'avion civil PS752, tuant 176 personnes dont la femme et la fille de Hamed Ismaelun. L'avion a été touché par un missile en plein vol.Mensonges et maquillageLe régime a menti sur les circonstances de l'abattage de l'avion. De même, les autorités ont maquillé des meurtres en suicides pour cacher leurs crimes.Détermination inébranlableHamed Ismaelun se lève chaque matin en se répétant qu'il doit se battre pour que justice soit rendue. Non seulement pour sa femme et sa fille, mais pour tous les passagers et victimes du régime.Mobilisation pour l'actionLes familles des victimes refusent d'accepter l'impunité. Elles poussent la communauté internationale à reconnaître les crimes du régime et à obtenir justice.
- L'éruption des rues et la jeunesse en première ligneL'alliance inattendue• Des femmes retirent leurs voiles et des hommes se rassemblent autour d'elles pour les protéger • Les agents civils renoncent à arrêter les femmes face à cette mobilisation masculine • Pour la première fois, les hommes rejoignent massivement les femmes dans la rueGénération Z en avantLa jeune génération, celle née après 1979, descend dans la rue avec courage malgré le risque de mort. Elle crie 'Donnez-moi ma liberté ou tuez-moi'.Surprise du régimeLe régime croyait que cette génération apolitique ne prendrait jamais le risque de manifester. Les dirigeants sont totalement tétanisés face à cette force absolue de la jeunesse qui reprend les rues.Racines souterrainesCette génération de l'underground, qui vivait ses concerts et fêtes clandestins, représente les racines souterraines qui émergent et s'élancent vers le ciel pour fleurir à l'air libre.
- Répression féroce et bilan tragiqueMachine répressive• L'appareil répressif s'articule autour de quatre éléments: le ministère du Renseignement et l'organisation du renseignement du Corps des gardiens • La police exécute les ordres de répression • Les Basij, miliciens volontaires des gardiens, agissent en tant que civils • Le Corps des gardiens de la révolution islamique forme la base de cette machineViolences brutalesDurant les quatre premiers mois de révolte, 522 personnes sont tuées dont 44 enfants. Les manifestants, armés de simples pierres, font face à des forces militarisées et bien équipées.Meurtres d'étudiantsNik Shakarami, 17 ans, est kidnappée par des agents civils. Elle est torturée, violée puis tuée. Sa mort est ensuite maquillée en suicide. Après cela, les étudiants promettent de participer à toutes les manifestations.Martyrs du peupleChaque victime devient une icône, un martyre célébré aux yeux du peuple. Les cérémonies de deuil deviennent l'occasion de vastes rassemblements contre le régime.
- Le massacre de Zahedan et l'unité nationaleViolences cibléesDans la région de Sistan, celle de la minorité Baloutche, le viol d'une adolescente par un commandant de police met le feu aux poudres. Zahedan, la capitale régionale, devient le foyer de la rébellion.Vendredi sanglantLa police a préparé son offensive. Des agents civils sont cachés dans la foule et des tireurs isolés sont prêts à tirer. Pour simplement crier des slogans, les manifestants font face à environ 100 morts et 300 blessés.Solidarité interethnique• L'Iran ne se compose pas d'un seul groupe ethnique: Perses, Turcs, Arabes, Loris, Baloutches et Kurdes • Le système n'a jamais intégré ces minorités et la discrimination existe depuis longtemps • Ce massacre provoque un élan de solidarité nationale inédit entre toutes les ethniesReconnaissance tardiveAprès ce vendredi sanglant, les Kurdes et d'autres ethnies scandent 'Baloutchistan, la prunelle de nos yeux'. Pour la première fois, l'Iran reconnaît le Baloutche comme son enfant, pas comme un enfant bâtard.
- Les universités comme foyers de libertéCentre d'engagementL'université est le foyer de la liberté en Iran. Elle a toujours joué un rôle moteur dans les mouvements sociaux. Les étudiants amplifient la contestation et élargissent la portée des revendications.Mobilisation étudiante• Les étudiants se joignent massivement au mouvement femme vie liberté • L'université devient un carrefour où toutes les classes sociales converge • La jeunesse instruite apporte théorie et organisation au mouvementGrèves et désobéissanceLes travailleurs rejoignent le mouvement. A l'appel des manifestants, les commerçants baissent leur rideau. Les grèves se propagent à l'industrie. Le peuple s'unit pour dénoncer le système tout entier.Répression dans les dortoirsLes autorités font des descentes régulières dans les dortoirs. Beaucoup d'étudiants sont arrêtés en pleine nuit, passés à tabac. Des vidéos d'arrestations circulent sur les réseaux, montrant les cris à l'aide des jeunes.
- Crise économique et corruption systémiquePauvreté endémiquePlus de la moitié des Iraniens vivent sous le seuil de pauvreté. La population souffre de l'inflation et du chômage chronique, alors que l'Iran possède la 4e réserve de pétrole et la 2e réserve de gaz au monde.Corruption systémiqueLa corruption en Iran est une cleptocratie: des gangs mafieux sous couvert d'institutions officielles ont une mainmise sur l'économie nationale. Les banques et grandes entreprises sont contrôlées par le guide suprême.Bombe socialeLa pauvreté est une bombe à retardement. Le régime est affaibli. Les gens refusent d'accepter un système où les richesses nationales bénéficient à une élite au pouvoir.Mobilisation économiqueLes grèves s'étendent à tous les secteurs: commerce, industrie, services. Le peuple utilise la désobéissance économique pour affaiblir le régime et forcer le changement.
- Torture et prisonniers politiquesDétentions arbitraires• Les autorités arrêtent les manifestants et les étudiants en pleine nuit • Les services de renseignement des gardiens de la révolution procèdent à des enlèvements • Certains détenus disparaissent sans trace, d'autres sont soumis à des interrogatoiresMéthodes de tortureLes prisonniers sont placés en cellule d'isolement où le temps ne passe pas et où le silence devient insupportable. La diagonale de la cellule fait trois pas. D'autres méthodes incluent les coups aux pieds avec câbles métalliques, causant une douleur extrême.Séparation des famillesNarges Mohammadi n'a pas vu ses enfants depuis plus de 8 ans. Elle espère que la souffrance imposée à ses enfants par l'absence de leur mère portera fruit et qu'ils la pardonneront.Régime basé sur la peurLe régime repose sur la peur: les gens doivent avoir peur. C'est ce qui maintient le contrôle. Khamenei définit son pouvoir par la citation: 'La victoire vient par la crainte du peuple'.
- Accusations religieuses et peine de mortAccusations coraniques• Les chefs d'accusation utilisés sont tirés du Coran • 'Moharebe' signifie entrer en guerre contre Dieu • 'Ifsad-e-fel-arz' signifie répandre la corruption sur terre • La condamnation pour ces faits est automatiquement la peine de mortLogique perverseQuand quelqu'un manifeste, le régime utilise ce raisonnement: vous vous opposez au gouvernement de droit divin, donc vous vous opposez à Dieu. Cette logique religieuse justifie la sentence capitale.Exécutions politiquesEn 6 mois, sept jeunes hommes engagés dans le mouvement femme vie liberté sont pendus. Ces exécutions visent à terroriser la population et à briser la rébellion.Limites de la répressionParadoxalement, le régime n'a pas osé exécuter des centaines de personnes, craignant une rébellion encore plus massive. Les exécutions testent les limites de ce qu'il peut faire avant de perdre complètement le contrôle.
- Attaques chimiques et déceptions du peupleArmes chimiques ciblées• Des filles sont asphyxiées par des attaques chimiques orchestrées dans des écoles • On dénombre 230 attaques jusqu'en avril 2023 • Environ 5000 écoliers sont empoisonnés par ces gazCiblage des fillesCes attaques ciblent les écolières et lycéennes très actives dans les manifestations. Elles ont notamment déchiré les portraits du guide dans les écoles. Ce sont les ultraconservateurs qui attaquent les centres d'instruction.Perte de soutien populaireLa République islamique commence à perdre le soutien de la classe traditionnelle. Comment accepter qu'un jeune soit exécuté pour avoir mis le feu à une poubelle? Des gens qui refusaient de se positionner commencent à maudire le régime.Impossibilité de réduire au silenceMalgré les attaques chimiques, personne n'est réduit au silence. Cela ne fait qu'augmenter la rage et le dégoût. Les écoles deviennent des symboles de résistance plutôt que de capitulation.
- Dissensions au sein du régime et changement de peurCrise interneAprès des mois de répression, les dissensions surgissent et atteignent le sommet de l'État. Le haut commandement des gardiens de la révolution s'exprime au guide suprême le 3 janvier 2023.Défections militaires• Les officiers font état de défections au sein de leurs troupes • Il est difficile d'ordonner aux gardiens d'aller tuer le peuple • C'est encore plus difficile quand il s'agit de femmes et d'enfantsInversion de la peurLa peur a changé de camp. Le régime a désormais plus peur que le peuple. Bien sûr que le peuple a encore peur, mais la rage est plus forte et a changé de forme.Désobéissance civileAvant, les gens sortaient dans la rue pour exprimer leur rage. Aujourd'hui, ils portent le combat en eux, de manière viscérale. Cela se traduit par la désobéissance civile: ils humilient le pouvoir de manière quotidienne et silencieuse.
- Une brèche irréparable et l'avenir révolutionnaireRupture du systèmeLe mouvement femme vie liberté a ouvert une brèche irréparable dans les fondements de la théocratie. La résistance continue, elle brise les interdits grâce aux réseaux sociaux et à la désobéissance civile.Point de non-retour• La direction prise avec le mouvement de Mahsa est celle de l'avenir • Rien ne pourra faire revenir le peuple en arrière • Le mouvement a restauré la dignité des IraniensCertitude du changementLes activistes sont intimement convaincus que le régime sera renversé. La seule incertitude porte sur le moment et le coût en vies humaines. Cela dépendra de l'intensification des grèves et des contestations.Inévitabilité de la chuteLes dissensions au sein du régime s'aggraveront. Bientôt, ils ne pourront plus diriger. Peu importe si le régime cède, s'assouplisse ou durcisse la répression: le peuple n'en veut plus et ce rejet mène à un renversement.
- Victoire morale et lutte continuePremière bataille gagnéeQuel que soit leur avenir politique, les Iraniens ont déjà gagné une première bataille. Ensemble, partout, ils ont montré leur vrai visage: celui d'un peuple qui arrachera toujours sa liberté.Vision d'un avenir• Le peuple iranien lutte pour un grand changement historique • La transition envisagée est celle de la République islamique vers un gouvernement séculaire • Un régime fondé sur les droits humains et la démocratieEngagement inébranlableLe peuple ne doit pas fléchir. La mémoire des victimes et la rage du présent doivent être mélangées avec la passion de vivre et l'amour. La résistance et la lutte doivent continuer avec détermination et pas à pas.Préparation de la suiteIl faut être prêt pour la prochaine étape. La révolution en cours prépare le terrain pour une transformation radicale de la société iranienne et l'émergence d'une nouvelle forme de gouvernance.





