
Caravage : un chef-d'oeuvre sort de l'ombre | ARTE
9 chapitres
- La découverte du tableau à ParisArrivée du tableauUn tableau d'une qualité exceptionnelle arrive dans un atelier de restauration de peintures anciennes à Paris.Identification initialeLe tableau s'appelle la Madeleine en extase, représentant Marie-Madeleine touchée par la grâce.Premières observations• Le visage est intact et très beau • La peinture est presque monochrome avec des fonds très sombres et du rouge • Des détails fins comme une larme révèlent un grand raffinementQuestions d'authenticitéLe tableau découvert il y a quelques années dans une collection privée pourrait être une œuvre authentique de Caravage ou la version originale de la Madeleine en extase, un tableau disparu à Naples en 1610.
- L'enquête et les origines de CaravageProcessus de nettoyage• Un gel dissout tout ce qui s'est déposé au cours des siècles sur la surface de la peinture • Le nettoyage révèle la technique de l'artiste et ses particularités • Les chemises blanches montrent un geste nerveux avec un pinceau presque sec pour rendre la réflexion de la lumièreSignature de CaravageLes chemises de coton blanc peintes avec une façon particulière de représenter les plis et les lumières constituent une marque de fabrique de Caravage.Rome en 1606Caravage a 35 ans et est célèbre pour sa manière révolutionnaire de peindre, mêlant ombre et lumière, et pour sa personnalité sombre et ombragueuse.Caractère de l'artiste• Caravage est violent et scandaleux dans son art comme dans sa vie • Il ne dessine pas et peint avec ses tripes, chose impensable pour l'époque • Il fréquente les tavernes et les mauvais garçons plutôt que la haute société
- Le duel et la fuite de RomeLa tragédie de 1606Un soir d'été 1606, Caravage est entraîné dans un duel près de son atelier qui va mal tourner et il tue Ranuccio Thomasoni.Condamnation et exilCaravage est condamné à un bando capitale, un bannissement avec peine de mort exécutable partout, et se réfugie dans les domaines des Colonna, une famille puissante.Protection aristocratiqueLa marquise Costanza Colonna le protège depuis son enfance et joue un rôle clé dans les années qui suivent, lui permettant d'être soigné et de peindre.Refuge à Naples• Caravage se réfugie à Naples, alors la deuxième ville d'Europe avec environ 280 000 habitants • Il reçoit immédiatement des commandes très importantes et bien payées • Il peint les Sept Œuvres de miséricorde, concentrant plusieurs actes de charité dans une seule image très puissante
- Malte et l'ordre des chevaliersArrivée à MalteEn juillet 1607, Caravage se présente devant les fortifications de La Valette, espérant recevoir la croix de Malte et obtenir le pardon du pape.Nomination exceptionnelleLe grand maître Alof de Wignacourt demande au pape l'autorisation exceptionnelle de nommer Caravage chevalier malgré son crime, ce que le pape accepte.Chef-d'œuvre signéCaravage peint la Décollation de Saint-Jean-Baptiste, l'unique tableau jamais signé par lui, où son nom est inscrit dans le sang du Baptiste, interprété comme un signe de pénitence.Emprisonnement et évasion• Caravage est arrêté après une bagarre avec un chevalier important et emprisonné dans la forteresse réputée inexpugnable • Il s'évade le 5 ou 6 octobre avec des cordes et une embarcation l'attend • L'ordre le condamne à l'exclusion totale et définitive, le privant de son statut de chevalier
- Sicile et retour à NaplesExil en SicileAprès son évasion de Malte en octobre 1608, Caravage débarque à Syracuse et y reste un an, se rendant ensuite à Messine et Palerme.Nouvelle manière de peindre• Sa peinture change : gamme de couleurs restreinte, teintes pâles • Les personnages semblent s'effacer dans un univers qui les dépasse • Il peint des œuvres en à peine 3 jours, synthétisant ses idées en quelques coups de pinceauPoursuite et blessuresCaravage est pourchassé par ses nombreux ennemis. À Naples, il est défiguré par des hommes armés, peut-être envoyés par l'ordre de Malte ou par la famille Thomasoni.Quête de grâce• Son seul espoir s'appelle Scipione Borghese, neveu du pape • Caravage lui envoie un David brandissant la tête tranchée de Goliath, montrant son autoportrait décapité • Il promet également un Saint-Jean-Baptiste et la Madeleine en extase au cardinal
- Les documents et la trajectoire du tableauPièce à conviction énigmatiqueLes propriétaires découvrent un petit papier avec l'inscription « madele renversé de Caravage » et la mention « Aka », localisation très intéressante car la protectrice de Caravage, Costanza Colonna, était associée au cardinal Borghese de Rome.Inventaires de succession• Une première liste de 1844 mentionne une Madeleine mourante école de Caravage à 100 écus • Une deuxième liste de 1844 attribue le tableau au Guerchin • Ces inventaires aident à retracer le chemin du tableau à travers les famillesReconstitution généalogiqueEn examinant les registres de paroisse de Pérouse, les chercheurs découvrent que le tableau a été transmis par Pietro Canali à sa mort à son neveu Francesco Patelli.Lien avec CaravageGiovanni Andrea Canali, magistrat royal au tribunal de Naples, s'occupait des héritages contestés au moment même de la mort de Caravage, établissant un lien possible avec l'acquisition du tableau.
- Mort de Caravage et destin du tableauDépart vers RomeAu début de juillet 1610, Caravage embarque enfin pour Rome avec deux représentations de Saint-Jean-Baptiste et la Madeleine en extase, porteur de l'espoir d'obtenir la grâce du pape.Arrestation et mort• À Palo, près de Rome, Caravage est arrêté par des policiers et emprisonné 3 jours • Le bateau repart sans lui avec tous ses tableaux, remis à sa protectrice Costanza Colonna • Caravage meurt d'épuisement à son arrivée à Porto Ercole quelques jours avant d'atteindre RomeCorrespondance diplomatiqueDeodato Gentili, représentant du cardinal Borghese, écrit des lettres confirmant l'arrivée des tableaux au palais Colonna et la saisie de trois pièces, dont deux Saint-Jean-Baptiste et une Madeleine.Hypothèse du papier cachéCostanza Colonna aurait dressé une liste de 19 objets incluant le tableau, le situant au numéro 3. Le papier aurait été plié et glissé entre les deux toiles du rentilage pour identifier le propriétaire en cas de saisie.
- Restauration et analyse techniqueTravail sur la toile• La toile a rétréci avec le temps, créant des déformations visibles • Jean-Luca ajoute de l'humidité pour relâcher les fibres naturelles • Il découvre que le rentilage (doublage) a été décollé et replacé de manière très inhabituelleDécouverte du fantômeEn dissociant le rentilage du châssis, on observe le fantôme de la Madeleine imprimé sur la toile de rentilage, preuve que les deux toiles ont été longtemps collées ensemble.Analyse de l'encre• L'examen par rayon X montre du sulfate de fer • L'infrarouge révèle du carbone, indiquant un mélange de noir de fumée et d'encre ferrogalique • Cette composition mixte suggère une période de transition entre deux techniques d'encre datée du début du 17e siècleAplatissement et restaurationAprès tension au châssis avec élastiques, la toile est humidifiée plusieurs fois et aplatie avec un petit fer à repasser. La réintégration des lacunes est effectuée pour mettre en valeur l'œuvre originale sans effacer les traces de son âge.
- Authentification par les expertsAvis de Mina GrégoriL'experte reconnue Mina Grégori identifie immédiatement l'œuvre comme authentique de Caravage en observant les passages extraordinaires de tonalité sur les doigts, chose qu'un copiste ne peut absolument pas répéter.Analyse de Pierre Cury• Pierre Cury émet d'abord des doutes sur le traitement des cheveux • En observant des détails sous lumière puissante, il découvre des éléments presque indiscernables • Il identifie une croix avec couronne d'épines et des feuilles vertes rappelant la grotte de Sainte-BaumeTechnique et maestriaLes mains sont très belles avec un travail de sculpteur, la chair est très maîtrisée, les vêtements ligneux avec de petits plis. La matière picturale garde la trace du geste et de la personnalité de Caravage.Doutes persistants• Le crâne intrigue Pierre Cury, qui le trouve moins réaliste que d'habitude chez Caravage • On ne peut jamais avoir la certitude absolue qu'un peintre a peint tous les éléments de son tableau • Il faudra peut-être des années avant que la main de Caravage ne soit reconnue unanimement





