Antigüedad/Bataille de Carrhes : une des pires défaites de l'armée romaine
Bataille de Carrhes : une des pires défaites de l'armée romaine

Bataille de Carrhes : une des pires défaites de l'armée romaine

Nota Bene27 min23 ene 2025
17 capitulos
  • Introduction et légende de la légion romaine(0'000'48)
    Les légions romaines sont souvent classées parmi les armées invincibles de l'histoire, capables de vaincre les éléphants de Carthage, les phalanges grecques et même les Gaulois d'Astérix.
    La bataille de Carrhes représente l'une des pires défaites de l'armée romaine avec 30 000 soldats perdus en 24 heures.
    Cette catastrophe n'a pas été causée par des barbares comme les Pictes, Wisigoths ou Burgondes, mais par un peuple méconnu à l'époque.
    Découvrir qui a infligé cette défaite majeure et comprendre les circonstances d'un tel désastre militaire.
  • Marcus Licinius Crassus : l'homme le plus riche de Rome(0'482'08)
    Crassus est l'un des plus grands milliardaires de l'Antiquité et le plus opulent magnat du capitalisme romain, sa fortune provenant notamment du contrôle des sociétés de publicains en Orient.
    • Perception des revenus fiscaux des provinces asiatiques via les publicains (fermiers d'impôts) • Plus grand promoteur immobilier de Rome : achat à bas prix d'immeubles incendiés ou effondrés, reconstruction par ses esclaves, puis perception des loyers
    Crassus organise de splendides représentations théâtrales où tous les acteurs et figurants portent de riches costumes cousus d'or pour entretenir sa réputation et accéder aux plus hautes fonctions.
    Selon Plutarque, Crassus est entièrement motivé par l'argent, parfois généreux mais souvent cupide, envieux, et intraitable en affaires.
  • L'ambition militaire de Crassus et le triumvirat(2'083'53)
    La richesse financière ne suffit pas à Rome pour s'imposer politiquement ; la vraie gloire exige de faire ses preuves dans le domaine militaire.
    • Commandement pendant la guerre civile de 82 avant notre ère aux côtés de Sylla • Écrasement de la révolte de Spartacus et de son armée d'esclaves
    Crassus partage le pouvoir avec César et Pompée depuis 60 avant notre ère, mais ces derniers accumulent des victoires prestigieuses contre des ennemis extérieurs que Crassus envie.
    À la fin de son consulat en 55 avant notre ère, Crassus réclame le gouvernement de la Syrie pendant 5 ans, riche province gardée par plusieurs légions sur sa frontière orientale.
  • L'Empire parthe : une puissance méconnue(3'535'38)
    • Installés au Turkménistan à l'est de la mer Caspienne, les Parthes déferlent sur l'Iran vers 250 avant notre ère • Remplacent la dynastie séleucide par la dynastie arsacide • Conquièrent la Mésopotamie vers 130 avant notre ère et établissent leur capitale à Ctésiphon
    Depuis 96 avant notre ère, Parthes et Romains entretiennent des relations pacifiques ; en 66 avant notre ère, Pompée devient ami du roi Phraate III.
    Les Romains, loin de percevoir la véritable puissance parthe, les considèrent comme des guerriers médiocres, ce qui les incite à envisager une conquête facile.
    Crassus s'imagine qu'à l'instar d'Alexandre le Grand qui a anéanti l'Empire perse en une campagne-éclair à 21 ans, il peut facilement conquérir les Parthes, même à plus de 60 ans.
  • Les forces parthes : archers et cataphractaires(5'388'00)
    • L'arc composite parthe tire en moyenne à 400 mètres contre 200 mètres pour l'arc romain • Ses branches sont couvertes de corne à l'intérieur et de tendons de bœuf à l'extérieur ; sa corde est un tendon de cerf ou de gazelle • Possède des pointes barbelées qui empêchent de l'extraire des blessures • Selon Plutarque : avant d'apercevoir le tireur, on est transpercé
    Les cavaliers parthes font semblant de fuir, se retournent à 180 degrés sur leur monture et tirent sur l'ennemi ; cette tactique existe depuis le 8e siècle avant notre ère et sera affinée par les Huns et Mongols.
    • Les cataphractaires sont bardés d'une armure quasi intégrale en lames de fer ou en cotte de mailles • Leurs chevaux sont caparaçonnés, formant des chars de bataille mobiles • Armés d'une longue pique pouvant faire jusqu'à quatre mètres, tenue à deux mains, chargeant en formation serrée
    Les Romains perçoivent le tir parthe comme une traîtrise en raison de leur conception radicalement différente de la guerre, ce qui les incite à se laisser surprendre par cette tactique.
  • Le départ de Crassus et les présages funestes(8'0010'43)
    Fin novembre 55 avant notre ère, Crassus s'embarque pour son aventure, portant fièrement le paludamentum, le manteau rouge de général en chef.
    • Aetius Capito, tribun de la plèbe, adresse ses malédictions à Crassus et prédit le malheur pour son armée • En route, plusieurs vaisseaux sont perdus en mer agitée • À l'été 54 avant notre ère, il franchit l'Euphrate
    • Orage lors du franchissement du fleuve • Pont du bateau qui cède • Enseigne de légion plantée dans le sol qu'on ne peut retirer • Cheval et écuyer de Crassus qui se noient • Lapsus malencontreux du général lors de son discours aux soldats • Chute en passant devant un temple • Sortie de sa tente vêtu d'un manteau noir au lieu de pourpre
    Ces présages sont probablement forgés après coup par des chroniqueurs comme Dion Cassius pour prouver la désapprobation divine ; Crassus continue néanmoins sa route sans s'arrêter.
  • Les premiers succès et la fausse confiance(10'4312'54)
    • L'attaque surprise de Crassus prend les Parthes de court • Le gouverneur de Mésopotamie Silacès et sa garnison locale sont rapidement mis en déroute • Plusieurs cités grecques ouvrent leurs portes aux Romains, considérés comme de meilleurs maîtres que les Parthes
    Les Parthes sont empêtrés dans une querelle de succession : le roi Orode affronte son frère rebelle Mithridate qui occupe Babylone et Séleucie. Crassus aide Mithridate pour exploiter ces conflits internes.
    Crassus bénéficie du soutien des rois de Galatie, de Commagène, de Cappadoce, d'Osroène et d'Arménie, qui ont des traités avec Rome et fournissent troupes ou argent.
    À l'arrivée de l'hiver, Crassus se retire prudent, place des garnisons dans les villes occupées, et hiverne en Syrie. Son fils Publius le rejoint avec 1 000 cavaliers gaulois d'élite.
  • L'arrogance de Crassus et la contre-attaque d'Orode(12'5414'10)
    Crassus oublie sa promesse d'aider Mithridate, le frère rebelle d'Orode. Le roi Orode envoie des émissaires pour protester contre l'invasion romaine.
    Crassus refuse de parlementer et affirme qu'il imposera ses conditions une fois qu'il occupera la grande cité de Séleucie du Tigre. L'ambassadeur parthe lui montre sa paume ouverte et déclare : Il poussera des poils ici avant que tu ne sois dans Séleucie.
    Le roi Orode n'attend pas et contre-attaque pendant l'hiver. Il écrase Mithridate, qui s'était barricadé dans Babylone, puis marche vers le nord pour affronter les Romains.
    • 7 légions soit 35 000 fantassins lourds • 6 000 cavaliers du roi Artavasdès d'Arménie qui promet d'autres renforts s'il passe par les routes de montagne • Crassus refuse ce conseil et choisit la plaine de Mésopotamie
  • Le général Suréna et la stratégie parthe(14'1015'44)
    Le roi d'Arménie rentre chez lui avec tous ses hommes en réaction au refus de Crassus de suivre l'itinéraire de montagne qu'il proposait. Seul Abgar, roi d'Osroène, reste fidèle.
    • Au Nord : le roi Orode affronte l'Arménie, privant les Romains de tout renfort • Au Sud : le général Suréna bloque l'avancée romaine
    Plutarque dresse un portrait magnifique de cet officier parthe jeune mais expérimenté. Il avance accompagné de 1 000 chameaux portant ses bagages et de 200 chariots chargés de concubines (probablement exagéré). Sa réputation est si énorme qu'au 17e siècle, Corneille écrira une tragédie sur Suréna.
    • Au moins 10 000 cavaliers, archers et cataphractaires • Contingents locaux mésopotamiens • Cavaliers légers arabes spécialisés dans les razzias, disposant de nombreux chameaux servant de transport de vivres et de réserves ambulantes de flèches
  • La marche vers Carrhes et le piège se referme(15'4417'16)
    Crassus garde confiance en son allié Abgar. Les éclaireurs de ce dernier affirment que l'armée parthe s'éloigne et la route est dégagée. Crassus décide de couper droit vers l'Est plutôt que de descendre l'Euphrate.
    Au matin du 9 juin 53 avant notre ère, les Romains sont près du Balih, un affluent de l'Euphrate situé à environ 40 km de Carrhes, à la frontière actuelle entre la Turquie et la Syrie.
    Les Parthes passent à l'attaque. Crassus envoie son fils Publius avec une cavalerie gauloise d'élite et 8 cohortes (4 000 hommes, 1 300 cavaliers et 500 archers) : presque une légion complète.
    Publius poursuit l'ennemi qui feint la fuite. Encerclé par des cavaliers cachés derrière le relief, son armée est taillée en pièces. La tête de Publius Crassus est tranchée et placée au bout d'une pique, montée près des lignes romaines.
  • Le carnage de Carrhes : bataille et désastre(17'1619'03)
    L'infanterie romaine est épuisée et démoralisée après de mauvais augures, une marche accablante, et la mort de Crassus le jeune. Elle forme un grand carré défensif harcelé par les archers montés.
    • Les flèches pleuvent de tous côtés ; les cavaliers tournent autour des Romains • Les légionnaires se serrent derrière leurs boucliers en formation défensive de tortue • Les arcs à double courbure des Parthes transpercent les boucliers, les bras et les visages à courte distance
    Crassus compte attendre que les Parthes vident leurs carquois. Cependant, les chameaux arabes réapprovisionnent continuellement les archers parthes, créant une pluie d'acier ininterrompue.
    • Surgissant du nuage de poussière, des charges de cataphractaires lourdement armés lancés à plein galop s'écrasent sur les lignes romaines • Un cuirassier peut embrocher deux hommes d'un coup d'épieu • Les légionnaires ne peuvent viser efficacement avec leurs pilum ces tueurs en mouvement
  • Trahison et dénouement de la bataille(19'0320'10)
    Abgar, roi d'Osroène, révèle sa véritable nature. En abusant de la confiance aveugle de Crassus, il les a guidés dans le piège et les attaque maintenant dans leur dos.
    Encerclés, transpercés, piétinés, brûlés par le soleil et étouffés par la poussière, les soldats de Rome vivent l'enfer.
    Selon l'historien Le Bohec, les Parthes ouvrent leurs rangs et laissent fuir les survivants qui s'étaient défendus avec courage, plutôt que d'achever complètement l'armée.
    • Crassus et ses officiers se réfugient dans Carrhes ; le moral est anéanti • Les contingents romains se dispersent dans ce pays inconnu • Les cavaliers parthes en rattrapent la plupart, les tuant ou les capturant en esclavage
  • La mort de Crassus et le bilan de la défaite(20'1021'42)
    Crassus fuit vers l'Arménie avec un guide local, mais le roi Orode avec sa seconde armée s'y trouve encore. Bloqué dans les montagnes et repéré par un détachement ennemi, la troupe est traquée.
    Ayant la force du désespoir, les Romains font bloc et parviennent à repousser leurs assaillants pour la première fois.
    Les Parthes proposent une trêve et avancent un cheval pour Crassus afin d'aller parlementer avec le roi Orode. Au moment de monter, le cheval s'emballe ; les flèches partent et Crassus et tous ses officiers sont tués sur le coup.
    • Au moins 20 000 morts et 10 000 prisonniers romains • Les Parthes s'emparent des sept aigles des légions • La tête de Crassus est coupée et son corps laissé sans sépulture • Selon certains auteurs, de l'or aurait été versé dans la bouche de Crassus pour se moquer de sa soif de richesse
  • Conséquences immédiates et réactions à Rome(21'4223'26)
    Cassius Longinus, le questeur chargé du ravitaillement, parvient à regagner la Syrie avec quelques milliers d'hommes et devient gouverneur par intérim.
    • Les Parthes lancent plusieurs razzias pour piller les provinces romaines voisines, notamment la Syrie • Longinus repousse courageusement leurs incursions pendant deux ans • Son successeur Marcus Calpurnius Bibulus exploite les querelles internes en persuadant Orode que son fils Pacorus complote contre lui
    • Certains populistes comme César veulent venger Crassus par une invasion de la Mésopotamie • L'aristocratie voit dans cette défaite une punition divine pour une guerre injuste sans motif valable
    La disparition de Crassus bouleverse l'équilibre politique. Le triumvirat devient un duel entre César et Pompée, causant une guerre civile qui ne finit qu'en 45 avant notre ère à Munda.
  • Tentatives de vengeance et rapprochement diplomatique(23'2625'24)
    Après sa victoire en 45 avant notre ère, César lance ses préparatifs d'invasion babylonienne en 44 avant notre ère, mais il est assassiné le 15 mars. Parmi ses assassins figure Cassius Longinus, le survivant de Carrhes lui-même.
    • En 40 puis 38 avant notre ère, les Parthes sous Pacorus Ier continuent de harceler la Syrie • Les généraux Decidius Saxa, Publius Ventidius Bassus et Marc Antoine combattent pour sauvegarder la frontière • Marc Antoine en 36 avant notre ère essuie un lourd échec face aux Parthes en passant par l'Arménie
    Octave devient en 27 avant notre ère le premier empereur sous le nom d'Auguste. Malgré la pression publique, il refuse de risquer une nouvelle expédition et préfère la voie diplomatique.
    • En 20 avant notre ère, une succession parthe menace les fils du roi Phraate IV • Ce dernier envoie 4 de ses 5 fils à Rome pour les protéger, révélant de bonnes relations entre les empires • Auguste fait empoisonner Phraate IV et garde les fils en otage • Il négocie leur retour en échange des aigles des légions et d'une rançon pour les prisonniers
  • Le retour triomphal des aigles et la propagande d'État(25'2426'34)
    L'envoyé d'Auguste, Tibère, part en Orient pour récupérer les aigles des légions. Le retour fait vibrer tout Rome et représente un événement majeur.
    • Les prisonniers romains libérés de plus de 60 ans, ayant perdu l'espoir de revenir, retrouvent leur chère cité • Certains s'étaient intégrés à l'Iran comme mercenaires ; d'autres avaient été réduits en esclavage depuis la bataille de Carrhes • Leur retour en scène émeut tout Rome
    • Les aigles sont déposées en grande pompe dans le temple de Jupiter Férétrien sur le Capitole • Auguste fait bâtir un arc de triomphe célébrant leur retour • Des monnaies sont frappées montrant un guerrier parthe agenouillé rendant l'aigle à Rome • La statue d'Auguste à Prima Porta porte une cuirasse représentant cette scène
    • Certains affirment que les Parthes sont conquis, le déshonneur est lavé, l'armée romaine reste invincible • D'autres présentent les Parthes comme un peuple à conquérir pour venger Carrhes et Crassus • Cette propagande d'État fait naître deux courants dans la littérature latine
  • Conclusion et legs historique(26'3427'10)
    La bataille de Carrhes continue à marquer les esprits romains bien après l'événement, devenant un symbole majeur de l'impuissance face aux Parthes.
    Cette défaite ne restera pas isolée : en l'an 9, trois autres légions et leurs aigles disparaîtront dans les profondeurs de la forêt germanique lors de la bataille de Teutobourg.
    La bataille démontre les limites de la tactique légionnaire face à une cavalerie mobile combinée avec le tir à distance, et révèle la puissance réelle de l'Empire parthe.
    • Écriture de Lucas Pacotte, auteur régulier de Nota Bene • Relecture de la spécialiste de l'Empire parthe Alice Durand de la chaîne L'Histoire est humaine