Edad Media/L'obésité du Moyen Âge à nos jours
L'obésité du Moyen Âge à nos jours

L'obésité du Moyen Âge à nos jours

Nota Bene28 min28 dic 2020
On a souvent l'image qu'avant, les personnes bien portantes étaient valorisées.
10 capitulos
  • La perception du corps au Moyen Âge(0'242'50)
    La grosseur est associée à la puissance et la richesse. Dans un monde où règne la faim, le fait de manger beaucoup et d'avoir du volume corporel est signe de bonne santé et d'opulence.
    • Gorges gloutes et ripailles à grant mesure • Festins à foisons avec plaisirs à farcir son ventre • Préférence pour la chair au végétal et le sang par rapport à la fibre
    Dès le Moyen Âge, un doute s'installe sur la vertu de la grosseur. On qualifie peu à peu le phénomène d'excès, notamment avec l'exemple du roi Louis le Gros qui ne peut plus monter à cheval à 46 ans.
    Distinction entre la première grosseur donnant des formes et de la force, signe d'opulence, et la seconde, par ses excès, synonyme de relâchement et d'amollissement.
  • Transformation à la Renaissance et aux Lumières(2'508'04)
    À la Renaissance, on valorise davantage l'efficacité et l'activité. Le gros devient synonyme de lourdeur, d'inutilité et de paresse, avec des critiques concentrées autour de la lenteur et de la fainéantise.
    • Ambroise Paré décrit une face plombine et bouffie avec un esprit lourd, grossier et stupide • On redoute des maladies comme la pléthore, l'apoplexie et l'hydropisie • Des confusions demeurent entre la graisse, le sang, le flegme et les humeurs
    Avec les Lumières, on commence à mettre en place des mesures rationnelles pour mesurer le corps. Buffon suggère que le poids doit être calculé en fonction de la taille, établissant une première moyenne comme critère mesurable.
    Développement d'une sensibilité littéraire qui dépasse le simple vocabulaire d'embonpoint. Franz Von Goez propose différents termes pour rendre compte de l'individualité des formes : le magnifique, l'appétissante, le gourmand, le financier, le méprisant, l'important.
  • Obésité comme pathologie au 18e siècle(8'0411'24)
    On utilise le mot obésité plutôt que corpulence. La grosseur devient une sorte de désordre, une dégradation interne qui provoque un déséquilibre. On s'intéresse à des cas particuliers comme celui d'une enfant de 3 ans morte d'un embonpoint excessif.
    • Le gros n'est plus qu'un simple balourd inculte, mais un personnage inutile et improductif • On compare ceux qui s'engraissent de la substance de la veuve et de l'orphelin • La grosseur représente l'accaparement du gain, le profit, voire l'escroquerie
    Les caricatures de la Révolution française exploitent le thème du ventre immense comme point focal. Le gros devient un prétexte pour orienter la critique politique et sociale, notamment contre Louis XVI.
    • Développement de toniques comme le savon dissolvant, pilules de savons et vinaigres • Promotion des exercices pour ranimer les fibres et entretenir la souplesse des muscles • Bains froids pour jouer sur les tensions et revitaliser le corps • Électricité comme traitement sous l'Abbé Nollet
  • Régimes et restrictions alimentaires(11'2412'14)
    • Manger de la perdrix ou de la grive pour renforcer l'estomac • Respirer la fumée des plumes de perdrix pour renforcer les nerfs • Éviter les animaux d'ordures comme les canards et les cochons • Éviter les viandes visqueuses et les poissons huileux
    James Boswell suit le régime de fermier anglais aux bouillons sobres et légers. On se dirige vers une cuisine plus fine et des mets plus délicats, abandonnant progressivement les pratiques médiévales de saignée et de purge.
    On utilise les ceintures et corsets pour contraindre le corps. Les restrictions alimentaires et la sélection des aliments s'accompagnent de mesures de plus en plus rationnelles, notamment via la ceinture comme premier objet de mesure de l'évolution de la taille.
    De plus en plus d'individus commencent à se peser régulièrement et à suivre leur poids dans le temps. John Wyatt invente vers 1760-1770 un appareil dont le plateau horizontal peut supporter une personne ou un animal.
  • Révolution industrielle et standardisation du corps(12'1415'12)
    La révolution industrielle introduit l'évaluation chiffrée qui commence à obséder. Ce ne sont d'abord pas les poids qui prennent de l'importance, mais les circonférences, les volumes et les contours liés au regard.
    On voit apparaître des traités sur l'obésité centrés sur des cas exceptionnels. Guillaume Dupuytren en 1806 analyse le corps d'une femme morte d'étouffement sous le poids de ses chairs et en fait un moule pour enseigner aux futurs médecins.
    Auguste Quételet en 1832 construit les premières grilles et tableaux reprenant les mesures de Buffon, en les étendant aux âges et aux sexes. Il établit des quotients permettant de chiffrer les écarts d'une personne avec une moyenne imposée comme norme.
    En 1860, William Banting publie A Letter on Corpulence où il décrit son processus de perte de poids. Le terme Banting devient synonyme de diète en anglais, désignant l'action de se lancer dans un régime faible en gras, en sucre et en glucides.
  • 19e siècle : muscle contre graisse(15'1217'56)
    La chimie transforme l'image du corps, loin du modèle antique lié aux humeurs. Le corps devient une machine dont la force unique tient à une combustion, c'est-à-dire à la brûlure des calories pour produire une force.
    • L'attrait pour les plages de Brighton, de Normandie et bientôt de Méditerranée dénude peu à peu les corps • Les tenues plus dépouillées installent le sentiment de corps exposés au jugement • On peut lire dans Le Charivari en 1876 que les adiposités luisantes s'étalent au soleil
    À partir des années 1870, l'observation dans le miroir devient normale et s'impose comme pratique courante. Les habits féminins mettent de plus en plus en valeur les formes naturelles, ce qui soumet les femmes considérées comme trop grosses à des critiques.
    Les médecins, ingénieurs et gymnastes suggèrent de mettre le corps en mouvement. On décompose les gestes et mouvements pour en expliquer l'utilité musculaire, prônant l'exercice comme remède à la grosseur.
  • 20e siècle : culte de la minceur(17'5622'09)
    L'avènement des loisirs et des sports au tournant du siècle amène la figure à s'amincir et à se tonifier. Celui et celle qui ne cadre pas dans les standards est mis au ban de la société, jugé comme responsable de son laisser-aller.
    • Dans les années 1920, la transformation du statut de la femme suggère une nouvelle minceur • Le profil en « S » accentuant la poitrine et les fesses cède face à un profil en « I » • Le modèle de la Garçonne devient une référence déterminante avec jambes hautes et bassin effilé
    La forme du corps n'est plus donnée par la chair mais par le muscle. Le muscle chasse la graisse, il lui fait la guerre. Le corps devient le témoin visible de cette guerre et de la volonté personnelle de respirer la santé.
    L'obésité devient une tare de civilisation. Le pauvre acquiert un volume physique dans la représentation parce qu'être gros symbolise la dégénérescence. La première édition du Cecil Text book of Medicine en 1927 considère l'obésité comme nuisant à la productivité humaine et l'espérance de vie.
  • Cinéma et mouvements fat-acceptance(22'0923'20)
    L'idéal de la minceur devient dominant dans le cinéma des années 1960 et 1970. Une étude de Garner et al. en 1980 constate qu'entre 1959 et 1979, le poids moyen des participantes à Miss America a diminué de façon aussi frappante que celui des mannequins de Playboy.
    • La balance devient une évidence pour mesurer quotidiennement sa silhouette • Les balances publiques se généralisent au point de permettre 500 millions de pesées annuelles aux USA au milieu des années 1920 • Les publicités des années 1920 proposent pour la première fois des réductions de poids scientifiques
    En 1947, la 7e édition du Cecil Text book of Medicine évoque l'hérédité comme facteur affectant le poids. On met l'addiction à la nourriture sur un pied d'égalité avec l'alcoolisme, la suggérant comme symptôme d'un manque d'adaptation psychologique émané de l'insatisfaction de besoins sociaux, professionnels ou sexuels.
    En 1969, l'association NAAFA pour National Association to Aid Fat Americans est fondée par Bill Fabrey. Les premiers mouvements liés au fat-acceptance, dont un fat in à New York, voient le jour en réaction à la stigmatisation croissante.
  • Épidémie moderne et stigmatisation(23'2025'55)
    Selon un rapport de l'OMS en 2017, plus de 1,9 milliards d'adultes sont en surpoids et plus de 650 millions sont obèses. La mesure de l'obésité, autrefois subjective, est aujourd'hui standardisée avec des normes universelles.
    • Le thème de l'obésité occupe le territoire de la santé publique avec ses normes et règlements • En France, les campagnes manger/bouger et les 5 fruits et légumes par jour sont matraqués partout • Les campagnes des 20-30 dernières années mettent l'accent sur la responsabilité individuelle
    Il existe des facteurs environnementaux en dehors du contrôle des individus qui causent l'obésité. Pourtant les campagnes de santé publique ont contribué à stigmatiser encore plus les personnes grosses en transmettant le message qu'elles sont seules responsables de leur poids.
    • Diminution de l'obtention des soins et services de santé • Réduction de la participation sociale • Conséquences socioéconomiques avec revenu personnel inférieur • Troubles de l'alimentation et stress chronique accru • Anxiété, dépression et motivation amoindrie pour l'activité physique
  • Conclusion : vers une compréhension nuancée(25'5528'14)
    L'obésité est une vraie maladie avec des causes complexes. Au-delà de l'alimentation, des maladies comme l'apnée du sommeil peuvent renforcer la prise de poids en affectant le repos et les besoins énergétiques.
    • Présence croissante de l'exigence du mince • Présence croissante de la dénonciation du gros • L'obèse perçu comme un malade social, un gêneur coûteux, un individu sans volonté
    La culture de l'obésité a basculé de l'accusation à la stigmatisation et à la victimisation. Ce qui est intolérable et blesse les personnes obèses, c'est le regard des autres, quelque chose que tout le monde peut contrôler.
    Chacun peut agir concrètement pour ne plus participer à la stigmatisation des gens en surpoids. Il est important de comprendre l'histoire pour mieux mettre une grosse balayette à cette culture de la grossophobie.