
La Commune de Paris - 1871
Aujourd'hui je vous propose de découvrir l'histoire d'une incroyable insurrection, que vous êtes nombreux à m'avoir demandé sur la chaîne et qui fête, durant la période où sort cette vidéo, ses 150 ans : la commune de Paris !
12 capitulos
- Le contexte politique avant la CommuneSituation avant 1870La France est gouvernée par l'empereur Napoléon III depuis le 2 décembre 1852. À la fin des années 1860, l'opposition républicaine s'intensifie et Napoléon III fait des concessions pour apaiser la tension : assouplissement du contrôle de la presse, autorisation des grèves et réunions publiques.Freins à la révolution• La police est plus nombreuse et l'accès aux armes plus difficile qu'en 1830 ou 1848 • La garde nationale, milice des citoyens en armes, a vu son importance diminuée • Les grands travaux du baron Haussmann ont rendu la ville plus contrôlable avec de grandes avenues • Les populations ouvrières ont été éloignées du centre vers les banlieuesContexte militaireÀ l'été 1870, suite à un incident diplomatique orchestré par Bismarck, la France déclare la guerre à la Prusse. Napoléon III espère renforcer son prestige et son autorité, mais le désastre de Sedan le 1er septembre voit l'armée française battue et l'empereur capturé.Proclamation de la RépubliqueLe 4 septembre 1871, suite à une manifestation massive, les députés républicains proclament la République à l'hôtel de ville et établissent un gouvernement de défense nationale composé essentiellement de républicains modérés.
- Le siège de Paris et l'armisticeEncerclement de la villeLe 19 septembre, Paris est encerclée par 500 000 Prussiens et leurs alliés. 500 000 hommes dont 340 000 de la garde nationale défendent la ville. Les Prussiens font le siège pour affamer la population et pousser les Français à capituler.Conditions terribles• L'hiver est terrible et la population manque de nourriture • Un marché du rat et de la souris s'installe devant l'hôtel de ville • Les deux tiers des chevaux de la ville finissent par être mangés • Les maladies se développent : tuberculose, variole, taux de mortalité 4 fois supérieur à la paix • Les bourgeois se font des repas de luxe avec les animaux du zoo : civet de kangourou, consommé d'éléphantAppels à l'actionLe 6 janvier est publiée l'affiche rouge qui critique le gouvernement pour son inaction militaire malgré la supériorité numérique. Elle réclame l'établissement de la Commune et l'organisation d'attaques en masse contre les Prussiens.Fin du siègeLe 22 janvier, une émeute éclate à l'hôtel de ville quand les Parisiens apprennent que le gouvernement a entamé des négociations avec Bismarck. L'armistice est signé le 28 janvier, les forts sont livrés à l'ennemi et l'armée désarmée, mais pas la garde nationale.
- Les élections et la provocation du gouvernementRésultats électorauxLes élections nationales portent au pouvoir une majorité de conservateurs et royalistes favorables à la paix, élus essentiellement par la province campagnarde. À Paris, on élit une majorité de républicains radicaux, avec 5 sièges aux révolutionnaires sur 43.Nouveau gouvernementAdolphe Thiers, conservateur qui avait voulu négocier la paix, prend la tête du gouvernement. Il intègre quelques républicains modérés, des monarchistes et des bonapartistes. Les Parisiens n'ont pas confiance en ce nouveau gouvernement.Mesures impopulaires• Le gouvernement remet en cause la solde des gardes nationaux, qui devront prouver être pauvres pour la toucher • Un premier accord de paix est signé avec Bismarck, incluant un défilé militaire allemand sur les Champs Élysées le 1er mars • L'assemblée déplace le siège du gouvernement à Versailles, le 10 mars • Les dettes de commerce reportées pendant le siège doivent maintenant être remboursées, causant des faillitesTension croissanteLes autorités interdisent 6 journaux de gauche dont le Cri du peuple. Thiers ordonne la récupération des 300 à 400 canons en possession de la garde nationale, ces canons ayant été payés en partie par les Parisiens eux-mêmes pour protéger la ville.
- L'insurrection du 18 mars et la prise du pouvoirL'opération des canonsL'armée tente de récupérer discrètement les canons de Montmartre dans la nuit du 17 au 18 mars 1871. Mais sans assez de chevaux et sans faire de bruit, l'opération n'est pas terminée au petit matin.Réaction des ParisiensUne foule immense s'amasse autour des soldats. Les femmes se mettent en première ligne pour dissuader les soldats de tirer. Le général Lecomte ordonne le feu mais ses hommes refusent. La foule furieuse le met à mort immédiatement.Fuite du gouvernementThiers, panique à Paris, fuit à Versailles accompagné de l'administration et des troupes restantes. La garde nationale se retrouve au contrôle de Paris sans l'avoir vraiment prévu.Mise en place institutionnelleDébut mars, les délégats des bataillons de la garde nationale se sont accordés sur la création d'une fédération républicaine. Le comité de cette fédération s'installe à l'hôtel de ville et prend de facto le pouvoir à Paris. Le 22 mars, une fusillade éclate devant l'hôtel de ville entre des manifestants royalistes et la garde nationale, faisant 12 morts.
- Déclaration et programme de la CommunePremières décisions• Report des dettes de commerce • Rétablissement de la solde de la garde nationale • Interdiction aux propriétaires d'expulser leurs locataires • Convocation d'élections pour le 26 mars avec mandat impératif permettant la révocation des élusRésultats électoraux229 000 électeurs sur 482 000 inscrits participent. Les candidats révolutionnaires obtiennent une forte majorité : 66 sièges contre 19 aux républicains modérés, qui démissionnent après leur défaite.Proclamation officielleLe 28 mars, la Commune est déclarée avec une grande fête sur la place de grève. On tire du canon, on chante la Marseillaise, on danse. Jules Vallès raconte dans Le Cri du peuple que c'est une journée de fête révolutionnaire, pacifique et joyeuse.Vision politiqueLa Commune arbore le drapeau rouge et rejette le drapeau tricolore. Dans la déclaration au peuple français du 19 avril, elle demande la reconnaissance de la République, l'autonomie de la Commune et une fédération de toutes les localités de France, avec suppression de la police et de l'armée.
- Composition et factions de la CommuneLes jacobinsLe groupe le plus nombreux, ils se placent dans la continuité de la Révolution française et se veulent les héritiers de Robespierre. Leur modèle est la constitution ultra-démocratique de 1793 qui n'a jamais pu être appliquée.Les proudhoniensMoins nombreux, ils se réclament du penseur Proudhon et sont les ancêtres des anarchistes. Ils veulent moins d'État, plus d'auto-gestion et des mesures sociales.Les blanquistesLe groupe le moins nombreux, partisans du révolutionnaire Auguste Blanqui arrêté la veille du déclenchement de l'insurrection. Ils sont partisans d'une dictature temporaire pour changer radicalement la société avant de rendre le pouvoir au peuple. Ils sont très virulents contre l'Église.Actions communes• Abolition de la conscription • Obligation pour tous les citoyens valides de rejoindre la garde nationale • Annulation de tous les arriérés de loyers accumulés depuis le début de la guerre • Mise en place des décrets dès le 29 mars
- La vie culturelle et les symbolesFédération des artistesCréation d'une fédération des artistes sous l'impulsion du peintre Gustave Courbet, élu à la Commune. Elle prône la liberté totale des artistes vis-à-vis du pouvoir et milite pour que l'art ait sa place dans l'enseignement.Activités culturellesMalgré le siège par Versailles, la vie culturelle continue avec de nombreux concerts et spectacles organisés au profit des veuves et des blessés de guerre. Plusieurs concerts publics sont donnés dans le palais des Tuileries.Destruction de la colonne VendômeColonne de bronze de 44 mètres construite en 1810 par Napoléon Ier pour rendre hommage à la Grande Armée. La Commune la considère comme un monument de barbarie, symbole de force brute, de fausse gloire et du militarisme. Sa destruction, officielle et confiée par contrat à une entreprise locale, devient une grande fête avec environ 20 000 Parisiens.Autres actes symboliques• Brûlure d'une guillotine sur le boulevard Voltaire le 6 avril • Destruction de la maison parisienne de Thiers en mai • Références révolutionnaires pour qualifier les ennemis : zouaves pontificaux, chouans de Charette
- La stratégie militaire et les premières défensesOrganisation versaillaiseThiers organise les renforts de province et négocie avec Bismarck pour récupérer des prisonniers de guerre. L'armée versaillaise passe progressivement de quelques dizaines de milliers à 130 000 hommes. Thiers fait circuler de la propagande décrivant les communards comme des assassins, des brigands et des barbares.Défenses communardes• La garde nationale dispose de remparts hérités du siège, Paris étant la dernière capitale européenne ceinturée • Important système d'artillerie lourde forçant les Versaillais à creuser des kilomètres de tranchées • Bataillons organisés localement avec grande camaraderie et solidarité • Garde nationale élisant ses officiers et discutant les ordresDéfauts des communards• Indiscipline notable de la garde nationale, notamment due à l'alcool • Chaîne de commandement parfois confuse • Incapacité générale à prendre l'initiative, pouvant seulement réagir • Inexpérience des troupes et mauvaise organisationAméliorations apportées• Dissolution des bataillons politiquement douteux • Institution d'une meilleure discipline et rythme de vie • Refus des sanctions graves, pas d'exécutions de fédérés • Promotion d'officiers expérimentés aux grades plus élevés • Approvisionnement en munitions et nourriture bien organisé
- Les combats et la semaine sanglanteDébut des combatsLe 2 avril 1871, les combats commencent entre l'armée versaillaise et la garde nationale communarde. Le 21 mai, après un mois et demi de combats, les Versaillais parviennent à prendre la porte du point du jour dans le Sud Ouest de Paris, marquant le début de la semaine sanglante.Avancée versaillaise• Près de 900 barricades dressées, mais seulement une centaine vraiment défendues • Beaucoup de barricades inefficaces, les Versaillais les bombardant de loin et s'infiltrant dans les bâtiments alentour • Progression plus difficile à l'Est de Paris où se concentrent les fédérés les plus motivés • Grands incendies : certains par bombardement versaillais, d'autres par communards désespérésRépression terrifianteLes responsables versaillais déclarent vouloir purger le pays de la racaille. Des ordres informels fusilent tout combattant pris les armes à la main. Le mythe des pétroleuses, femmes arrosant les bâtiments de pétrole, ajoute des cibles pour les soldats. 20 cours martiales jugent les cas litigieux et exécutent les condamnés sur le champ.Bilan des mortsLes estimations du nombre de communards tués par les Versaillais oscillent entre 6 000 pour Robert Tombs et 30 000 pour Jacques Rougerie. Tous les historiens s'accordent pour souligner l'ampleur du massacre. Des correspondants étrangers et certains ministres versaillais sont choqués, tandis que les conservateurs comme Edmond de Goncourt l'applaudissent.
- Les exécutions d'otages et la fin de la CommuneDécret des otagesEn représailles aux exécutions versaillaises, la Commune vote le décret des otages prévoyant d'exécuter 3 otages pro-versaillais pour chaque communard fusillé. Malgré les arrestations dont celle de l'archevêque de Paris, la Commune refuse jusqu'au bout de mettre le décret en application.Exécutions réelles• L'archevêque de Paris et 3 otages exécutés le 24 mai • Une dizaine de moines dominicains soupçonnés d'espionnage emmenés construire une barricade le 25 mai, la plupart abattus • 50 otages, essentiellement gendarmes et prêtres, abattus le 26 mai par une foule d'hommes et de femmesDerniers combatsLe 28 mai, les derniers communards combattants dans Paris sont acculés dans le cimetière du Père Lachaise. 147 d'entre eux sont capturés et fusillés par les Versaillais le long du mur des fédérés. La Commune de Paris est terminée.Répression post-Commune• 40 000 personnes emmenées à Versailles dans des camps aux conditions très difficiles • Environ 10 000 déclarées coupables après procès, essentiellement délits politiques • 95 hommes et femmes condamnés à mort, 23 fusillés au camp de Satory • 4 000 déportés au bagne de Nouvelle-Calédonie, dont Louise Michel
- L'amnistie et l'héritage de la CommuneAppels au pardonÀ partir de 1875, la IIIème République s'installe. De plus en plus de voix se font entendre pour tourner la page de la Commune. Victor Hugo, qui n'était pas partisan de la Commune, n'avait pas approuvé non plus l'attitude de Versailles.Discours d'amnistieLe 22 mai 1876, Victor Hugo, alors sénateur, prononce un discours en faveur de l'amnistie des communards : L'oubli seul pardonne. L'amnistie ne se dose pas. Il faut fermer la plaie et éteindre toute la haine.Lois d'amnistieUne première loi d'amnistie partielle est votée en 1879. En 1880, une loi d'amnistie complète des communards est votée. Les derniers communards encore au bagne ou en exil peuvent rentrer en France.Réformes ultérieures• L'école gratuite puis obligatoire et laïque mise en place en 1881 et 1882 • Séparation de l'Église et de l'État en 1905 • La Commune devient référence pour les mouvements politiques de gauche • 150 ans après, l'association des amies et amis de la Commune continue de tenir une cérémonie d'hommage au mur des fédérés tous les mois de mai





