
Comment pratiquait-on la magie dans l'Antiquité ?
7 capitulos
- Introduction aux pratiques religieuses et magiques de l'AntiquitéContexte historiqueLa religion romaine officielle est bien connue grâce aux textes sur les sacrifices, augures et cérémonies publiques, ainsi que les vestiges de temples et leurs bas-reliefs montrant les processions.Lacune des sourcesLes sources traditionnelles permettent moins de cerner les pratiques quotidiennes au-delà des grandes manifestations religieuses publiques.Rituels du quotidienLes populations de l'Antiquité réalisaient de nombreux rites magiques plus ou moins occultes, révélés notamment par l'archéologie préventive.Approche archéologique• Les fouilles préventives avant construction de TGV ou immeubles révèlent le quotidien des anciens • L'INRAP et autres services archéologiques étudient les pratiques religieuses et magiques de la Gaule romaine
- Les ex-voto : offrandes et dévotionsDéfinition et usageL'ex-voto est une offrande faite à une divinité qui s'accompagne d'un vœu ou d'une demande particulière, cherchant à amadouer la divinité.Exemples remarquables• À Mesnil-St-Nicaise dans la Somme, quantités importantes d'ex-voto en bois retrouvés dans des puits près d'un fanum • À Orléans, ex-voto en bronze représentant des visages, fabriqués en série par des artisans et vendus aux pèlerins • Fragment de vasque dédié à Apollon par Iunianus indiquant un culte de guérisonDivinités localesLes Romains associaient une divinité à chaque élément du paysage ou de la vie, comme le fleuve Acionna adoré à Orléans.Évolution des offrandesAu IIe siècle, les ex-voto sont remplacés par des offrandes de monnaies, autre manière courante de montrer sa dévotion aux dieux.
- La magie noire : les tablettes de défixionConcept et matérielLa défixio est un rituel gravé sur des lamelles de plomb qui doit contraindre ou envoûter une personne ciblée. Le plomb est peu cher, malléable et symboliquement lié aux divinités souterraines.Mode opératoire• Inscrire le nom de la cible en référence à sa généalogie maternelle • Préciser les malheurs souhaités et formules magiques • Faire appel aux divinités comme Hécate ou Mercure, ou même à des dieux égyptiens ou hébraïques • Utiliser un objet appartenant à la cible comme morceau d'étoffe ou mèche de cheveux • Replier la tablette et la transpercer d'un clou, ou l'entourer de bandelettes de laine avec 365 nœuds • Jeter dans une tombe ou un puitsCaractéristiques linguistiquesLes tablettes contiennent des textes en latin, grec, gaulois ou en langues inconnues. Le texte n'a pas besoin d'être lisible car c'est l'empreinte symbolique qui compte, et certaines utilisent un langage magique codé.Pratiques courantes• Éliminer un rival amoureux ou obtenir des faveurs de l'être aimé • Nuire à l'adversaire dans un procès • Faire perdre l'équipe adverse dans les courses de chars • Envoûtements avec figurines en terre plantées d'aiguilles
- La magie blanche : l'atelier de ChartresDécouverte exceptionnelleÀ Chartres, dans la cave d'une maison antique près d'un sanctuaire, l'attirail complet d'un magicien pratiquant la magie blanche a été retrouvé, scellé par un incendie de la fin du Ier ou début du IIe siècle.Aménagements et mobilier• Pièce uniquement consacrée au rangement du matériel magique, un véritable atelier • Coffres, coffret et armoire en bois avec charnières en os et métal • Vases à décor de serpents, grand couteau pour sacrifices, lampes à huile • Quinze poteries entières pour potions et préparations liquidesInscription rituellesDeux vases gravés (turibula ou brûle-encens) portent des inscriptions avant cuisson. L'un d'eux découpé en quatre colonnes correspondant aux points cardinaux, répète une formule où C. Verius Sedatus demande l'aide des tout-puissants.Pratiques magiques• Formules magiques secrètes dotées de pouvoirs, avec sonorités gauloises inventées par le magicien • Brûlage d'encens dans les turibula • Figures de serpents suggérant un probable lien avec le culte de Mithra
- Le mithraïsme : un culte mystérieux et initiatiqueOrigines et diffusionCulte exotique d'un dieu d'origine iranienne ramené dans l'Empire romain par des légionnaires ayant combattu en Arménie ou en Asie Mineure. Il séduit particulièrement les légionnaires et reste répandu dans l'armée.Structure initiatique• Culte secret reposant sur l'initiation de ses membres exclusivement masculins • Recrute préférentiellement dans les élites, citoyens et vétérans • Sept étapes d'initiation • Membres enfilent une tenue cérémonielle pour boire en l'honneur du dieu et lui offrir des sacrifices • Comparable à une franc-maçonnerie antiqueRituels et dogmesL'initiation comporte des sacrifices d'animaux comme vaches, moutons et poulets. Les adeptes doivent rejouer le sacrifice du taureau par Mithra avant de s'asperger de sang.Architecture cultuelle• Mithraeum à Angers situé dans un îlot d'habitation aisé, pièce en sous-sol censée reconstituer la grotte où est né Mithra • Éclairage par lampes à huile renforçant l'aspect secret • Représentation de Mithra au fond de la chapelle avec banquettes aménagées pour les adeptes • Fouilles INRAP à Angers et près de Bastia en Corse
- Destruction du mithraïsme et triomphe du christianismeTraces de destruction• À Angers, le mithraeum est détruit volontairement au IVe siècle, tout le matériel brisé dont la tête d'une statue de Mithra martelée pour la défigurer • En Corse à Mariana, le sanctuaire est incendié à la fin du IVe siècle, le relief de marbre de Mithra égorgeant le taureau est brisé et brûléCause religieuseLes destructions portent la signature des chrétiens qui s'acharnent contre ce culte monothéiste concurrent. Un mithraeum est ensuite investi par une grande basilique chrétienne richement décorée.Rivalité doctrinale• Mithra et Jésus offrent tous deux une forme de sacrifice pour sauver les humains • Le mithraïsme promet le salut de l'âme après la mort comme le christianisme • Les adeptes de Mithra célèbrent l'eucharistie comme dans le culte chrétienSuppression officielleLes sacrifices sanglants sont interdits et le christianisme proclamé seule religion officielle de l'empire en 392. Le mithraïsme et les pratiques occultes sont définitivement rejetées.
- Conclusion : magie, religion et légitimité romaineDifférences essentiellesLa magie exagère à l'extrême les rituels religieux pour contraindre les divinités, tandis que la religion demande de l'aide aux dieux en leur témoignant un prudent respect.Similitudes profondes• Magie et religion partent de croyances communes et s'entremêlent • Toutes deux viennent régler des affaires sociales où la méthode classique a échoué • Officiellement dénigré, la magie n'est pas fondamentalement différente de la religionTolérance romaineLes Romains tolèrent les pratiques magiques tant qu'elles ne troublent pas l'ordre public et qu'il n'y a pas mort d'homme.Héritage médiéval• La diffusion du christianisme bouleverse cet équilibre mais les pratiques perdurent jusqu'au Moyen Âge en se transformant • L'écriture se perd car monopolisée par les religieux, les sortilèges deviennent oraux ou utilisent des figurines • Les sorciers du Moyen Âge sont les héritiers des mages de l'Antiquité





