Pourquoi les élections américaines posent problème ?

Pourquoi les élections américaines posent problème ?

Nota Bene11 min28 oct 2024
14 capitulos
  • Introduction et présentation du système électoral américain(0'001'39)
    Les élections présidentielles américaines approchent et fonctionnent de manière très différente du système français.
    En France, le président est élu au suffrage universel direct depuis 1965 : le candidat qui obtient plus de 50% des suffrages exprimés gagne. Aux États-Unis, le système est très différent.
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    L'explication détaillée du système électoral américain commence.
  • Les grands électeurs et le fonctionnement du collège électoral(1'392'22)
    • Les États-Unis sont composés de 50 États différents qui votent chacun séparément • Chaque État élit des grands électeurs selon ses résultats de vote • Le candidat qui obtient la majorité des suffrages dans un État remporte l'ensemble de ses grands électeurs
    En 2008, Barack Obama remporte 61% des suffrages en Californie et obtient les 55 grands électeurs de cet État, tandis que John McCain en a zéro.
    • Seuls le Maine et le Nebraska répartissent leurs grands électeurs par territoire • Pour tous les autres États, le système est tout ou rien
    Le nombre de grands électeurs de chaque État s'obtient en additionnant le nombre de représentants à la chambre et le nombre de sénateurs.
  • L'inégalité du poids électoral entre États(2'223'33)
    • La Californie avec 39,5 millions d'habitants envoie 52 représentants à la Chambre • Le Wyoming avec 576 000 habitants envoie seulement 1 représentant à la Chambre
    Chaque État envoie au Sénat un nombre égal de sénateurs : la Californie a deux sénateurs, tout comme le Wyoming.
    • La Californie a 55 grands électeurs, soit un grand électeur pour 730 000 citoyens • Le Wyoming a 3 grands électeurs, soit un grand électeur pour 192 000 citoyens • La voix d'un habitant du Wyoming pèse 3,5 fois plus que celle d'un Californien
    Les sénateurs et représentants ne sont pas nommés grands électeurs : les nombres correspondent mais ce sont des gens totalement différents.
  • Problèmes d'égalité et l'exemple de 2016(3'334'13)
    Les candidats n'ont pas besoin d'obtenir la majorité des suffrages populaires : ils ont seulement besoin de la majorité des 538 grands électeurs.
    En 2016, Donald Trump remporte l'élection alors qu'il a 3 millions de voix de moins que Hillary Clinton.
    Ce système pose un problème d'égalité : pourquoi un citoyen aurait plus de poids qu'un autre selon son État de résidence ?
    • Le Wyoming est majoritairement peuplé de blancs conservateurs • La Californie est plus mixte et progressiste • Le système en place favorise mécaniquement un électorat plutôt conservateur
  • Origines historiques du système des grands électeurs(4'135'01)
    Les États-Unis regroupent à l'origine 13 colonies britanniques, chacune avec son fonctionnement propre et ses intérêts particuliers.
    À la fin des années 1780, après avoir vaincu les Britanniques, tous les États cherchent à se doter d'une constitution commune.
    • Les États du nord, très peuplés, sont en grande partie contre l'esclavage • Les États du sud, bien moins peuplés, sont pour l'esclavage car leur économie repose sur les plantations • Ces intérêts divergents créent un blocage constitutionnel
    Sous la pression de grands leaders du sud comme James Madison, on imagine le système des grands électeurs pour résoudre ce conflit.
  • La clause des trois-cinquièmes et l'esclavage(5'015'57)
    Pour déterminer le nombre de grands électeurs, on compte non seulement tous les votants (citoyens blancs libres) mais aussi trois-cinquièmes des esclaves noirs, même s'ils ne votent pas.
    La clause des trois-cinquièmes favorise mécaniquement tout État comptant beaucoup d'esclaves.
    • La Pennsylvanie a aboli l'esclavage dès 1780 et est très peuplée, avec 10% de population libre de plus que la Virginie • La Virginie a un tiers d'esclaves sur son sol • Malgré sa plus petite population libre, la Virginie obtient 25% de votes de plus que la Pennsylvanie
    La voix d'un citoyen pèse plus ou moins lourd selon l'État où il vit ; les États esclavagistes sont vraiment favorisés.
  • Résultats de la clause des trois-cinquièmes sur les élections(5'576'29)
    Thomas Jefferson, candidat du sud et propriétaire d'esclaves, gagne contre John Adams, un homme du nord ouvertement critique sur l'esclavage.
    Sur les 12 premiers présidents des États-Unis, seuls deux n'ont jamais possédé d'esclaves.
    Il y a eu plusieurs tentatives pour abolir le collège électoral, notamment en 1816 quand le sénateur de Pennsylvanie Abner Lacock propose sans succès que le président soit élu au suffrage universel masculin direct.
    À l'issue de la guerre de Sécession, l'esclavage est aboli partout, mais le système des grands électeurs persiste.
  • Persistance du système après l'abolition de l'esclavage(6'297'21)
    • Le collège électoral est bien entré dans les mœurs • Avec la fin de la clause des trois-cinquièmes, on pense que l'équilibre entre grands électeurs et vote populaire est rétabli
    Pendant tout le 20e siècle, le système fonctionne plutôt bien : le candidat qui reçoit le plus de votes est aussi celui qui reçoit le plus de grands électeurs.
    Parfois, un résultat populaire très serré ne se reflète pas dans le vote des grands électeurs, comme en 1960 quand John F. Kennedy bat Richard Nixon de seulement 100 000 voix mais reçoit 303 grands électeurs contre 219.
    La clause des trois-cinquièmes disparaît mais le système perdure, ancré dans les institutions américaines.
  • Problèmes modernes depuis 1992(7'218'29)
    Depuis 1992, les candidats républicains ont gagné la présidentielle trois fois alors qu'ils n'ont remporté le vote populaire qu'une unique fois, en 2004.
    • La sociologie des États fait que la plupart basculent automatiquement dans un camp plutôt que dans un autre • La Californie vote constamment Démocrate depuis 30 ou 40 ans • Le Texas vote toujours Républicain depuis 30 ou 40 ans
    • Seuls quelques rares États restent indécis comme la Pennsylvanie ou la Géorgie • Ces États pivots sont décisifs car à eux seuls, ils peuvent déterminer le résultat de l'élection au niveau national • Les candidats à la présidentielle se concentrent à fond sur ces États
    Joe Biden gagne de justesse les 3 États pivots de Géorgie, Pennsylvanie et Arizona à seulement 100 000 voix près, alors qu'au niveau national, Biden a battu Trump de 7 millions de voix.
  • Les citoyens américains exclus du système électoral(8'299'02)
    Il y a 4 millions de citoyens américains qui ne peuvent pas participer à l'élection présidentielle américaine. Jamais. Ils ne votent pas du tout.
    • Porto Rico • Guam • Les îles Mariannes du Nord • Les Samoa américaines • Les îles Vierges des États-Unis
    Ces territoires font partie des États-Unis mais n'ont pas le statut d'État : ils ont zéro sénateur, zéro représentant à la chambre, et donc zéro grand électeur.
    Les citoyens de Porto Rico paient des impôts et partent à la guerre, mais ne votent pas pour les élections présidentielles.
  • Origines raciales de l'exclusion des territoires(9'029'46)
    Ces territoires ont été colonisés au 19e et au 20e siècles et depuis, on ne les a pas reconnus comme des États.
    La question derrière cette exclusion est raciale, selon ce que déclare la Cour Suprême des États-Unis en 1901.
    La Cour Suprême déclare que les nouvelles possessions sont habitées par des races étrangères ayant une religion, des coutumes, des lois différentes, et que les pratiques gouvernementales anglo-saxonnes y sont impossibles à mettre en place.
    • La démocratie est réservée aux membres de la race anglo-saxonne et aux gens dits intégrés • Les autres n'auront accès à ces droits que lorsqu'ils seront suffisamment éduqués • Les Amérindiens, Afro-Américains et Asiatiques sont carrément exclus du système
  • Représentation satirique et persévérance de l'exclusion(9'4610'26)
    Le magazine satirique Puck en 1899 représente cette situation avec un Oncle Sam en professeur, des bons élèves blancs pour les États de l'Union, et des mauvais élèves à la peau sombre pour les nouveaux territoires.
    De nos jours, ce vieux système perdure malgré son caractère anachronique.
    C'est méga ironique quand on sait que c'est à cause du refus anglais de donner une représentation aux colonies que les États-Unis sont devenus indépendants.
    Les Américains ont combattu pour la représentation mais continuent à en priver 4 millions de leurs propres citoyens.
  • Réformes proposées et accord du vote populaire national(10'2611'08)
    Plus de 60% des Américains sont pour qu'on passe au suffrage universel direct selon les sondages.
    Depuis longtemps, des voix s'élèvent en faveur de Porto Rico et de Guam pour qu'ils obtiennent le droit de voter aux élections présidentielles.
    • En 2006, un projet d'accord inter-États du vote national populaire a été lancé • Chaque État adhérent promet que ses grands électeurs voteront automatiquement en faveur du candidat ayant le plus de votes citoyens à l'échelle de tous les États-Unis
    Malheureusement, seuls 17 États sur 50 ont signé cet accord, et il reste encore du travail à faire.
  • Conclusion et perspectives pour 2024(11'0811'36)
    L'accord du vote populaire national ne concernera pas l'élection de 2024 car il n'a pas été ratifié par suffisamment d'États.
    On verra bien si le vainqueur de l'élection 2024 est élu par une minorité ou par une majorité des votes populaires.
    • William Blanc pour l'expertise historique • Jan Sekal pour sa relecture et ses corrections attentives
    Si vous avez des questions ou des remarques, n'hésitez pas à les partager en commentaire et l'équipe verra ce qu'on peut faire.