Edad Media/Ninjas, dans l'ombre des samouraïs ?
Ninjas, dans l'ombre des samouraïs ?

Ninjas, dans l'ombre des samouraïs ?

Nota Bene19 min20 mar 2025
15 capitulos
  • Introduction aux rôles guerriers(0'000'56)
    Les jeux multijoueurs et activités collectives requièrent une répartition des rôles : ravitailleur, protecteur, observateur, tank et éclaireur. Cette organisation existe dans les légions romaines, les armées médiévales et modernes.
    • Le samouraï bourrin plein d'honneur qui se fait remarquer et se sacrifie • Le shinobi assassin déguisé avec des pouvoirs magiques qui reste invisible
    • Samouraïs et shinobis étaient-ils vraiment si différents ? • Étaient-ils ennemis ? • Se croisaient-ils sur le champ de bataille ?
    Explorer les différences réelles entre ces deux figures historiques et démystifier les clichés de la culture populaire.
  • L'émergence des samouraïs (8e-17e siècle)(0'562'04)
    Du 8e au 12e siècle, le Japon médiéval connaît l'âge d'or de la période Heian. À partir du 10e siècle, le Kantô et la région environnant Tokyo subissent plusieurs transformations majeures.
    • Révolte de 939 de Taira no Masakado contre l'empereur Suzaku • Guerriers issus de la petite noblesse d'épée du Kantô • Distinction entre fantassins légers et puissants daimyô
    Une éthique commune émerge exaltant les prouesses martiales des héros, en opposition aux mœurs raffinées de la cour impériale. Une culture guerrière se crée chez les combattants de métier.
    Le terme samouraï signifie 'celui qui sert son seigneur'. La noblesse devient une classe sociale à part entière avec une culture propre et distincte.
  • Évolution des samouraïs à l'époque Edo(2'042'57)
    Au début du 17e siècle, les guerres civiles prennent fin. Le samouraï ne peut plus se contenter d'être un combattant et s'adapte en devenant un fonctionnaire armé dans une société pacifiée.
    Le samouraï est fier de sa paire de sabres, qu'il est le seul à pouvoir porter. Les deux sabres deviennent le marqueur visible de son statut social.
    • Les guerriers de la classe dirigeante s'endettent auprès des marchands qu'ils méprisent • Un déséquilibre qui s'aggrave tout au long de la période Edo • Effondrement du régime shogunal en 1868
    Du 10e au 17e siècle, les samouraïs apparaissent, connaissent le triomphe, puis subissent le déclin jusqu'à leur disparition complète. Rien ne dure éternellement.
  • Origines des shinobis dans le Kinki(2'573'58)
    Le Kinki correspond à la région centrale du Kansai actuelle. Au 14e siècle, bien après les changements ayant engendré les samouraïs, des troubles politiques affectent cette région avec une grave querelle de succession dynastique.
    • Des guerriers de condition modeste rejoignent les communautés montagnardes isolées • Installation au sud du grand lac Biwa et dans les massifs de la péninsule du Kii
    Ces hommes subissent l'influence d'ermites et d'ascètes adeptes du courant mystique Shugendô. Ils fréquentent aussi des parias et des hors-la-loi établis dans les hauteurs, en marge des grands centres politiques.
    Ils développent un ensemble de tactiques de dissimulation et de guérilla, qu'ils vendent ensuite comme services de mercenaires aux chefs de guerre. Le terme shinobi signifie 'ceux qui se cachent'.
  • Déclin des shinobis au 16e siècle(3'584'38)
    Dès le 16e siècle, les shinobis sont persécutés par Oda Nobunaga, le premier artisan de la réunification de l'archipel.
    Pour balayer toute concurrence à son pouvoir, Oda Nobunaga repère et soumet tous les refuges des shinobis. Ils disparaissent presque entièrement de la vie politique et militaire.
    Au siècle suivant, seule une poignée de shinobis s'illustre encore au service des Tokugawa, une dynastie issue de la caste des samouraïs eux-mêmes.
    • Différences régionales : Kantô pour les samouraïs, Kinki pour les shinobis • Différences temporelles : émergence à des époque différentes • Différences d'objectifs : service contre dissimulation
  • Philosophies contraires du combat(4'386'11)
    L'opposition radicale entre samouraïs et shinobis est surtout artificiellement soulignée par la culture pop, notamment par les productions japonaises et hollywoodiennes. En réalité, ils n'ont pas souvent de raison de croiser le fer.
    • Quête constante du grand fait d'armes pour attirer l'œil du suzerain • Recherche de récompense ou promotion • Le champ de bataille est son domaine principal • Cherche à se faire remarquer
    • Effort pour se fondre dans la masse et se faire oublier • Mission première : collecte d'informations • Sabotage secondaire et assassinat rare • Utilise une fausse identité (valet, dame de compagnie, moine)
    Le shinobi tire le sabre en tout dernier recours pour ne pas faire sauter sa couverture. Contrairement au samouraï, il évite l'affrontement direct.
  • Arsenal du samouraï(6'118'15)
    • Lance courte devenant de plus en plus longue au fil du temps • Nagae-yari imposée au 16e siècle, pouvant atteindre 7 mètres au sein du clan Oda • Naginata, sorte de fauchard très polyvalente • Bâtons cloutés associés à la force physique
    • Étonnantes armes de police de la période Edo avec crochets et fers barbelés • Sasumata utilisé pour accrocher et désarmer sans tuer • Encore employé de nos jours par la police japonaise • Pratique pour maîtriser un individu violent sans danger
    Introduites au milieu du 16e siècle, employées en masse par les échelons modestes de la classe combattante. Les armes de chasse ou d'apparat ne sont pas rares dans les palais des grands féodaux de la période Edo.
    • Sabre avec haute fonction symbolique dès les origines • Katana long de trois pieds • Wakizashi de deux pieds • Tantô, une dague courte
  • Arsenal du shinobi(8'1510'14)
    • Sabre à lame droite pouvant servir de marche-pied planté dans un mur • Adaptations d'outils agricoles comme les faucilles ou griffes • Faciles à dissimuler et servant au franchissement d'obstacles • Origine populaire expliquant ces adaptations pragmatiques
    • Shuriken réels : simples pointes ou aiguilles métalliques, non des formes fantaisistes • Servent à incapaciter la cible, non à la tuer • Chausse-trappes appelées makibishi éparpillées pour blesser les pieds • Pattes de corbeaux plantées au sol
    • Effets pyrotechniques et fumigènes • Principalement utilisés pour fausser compagnie à l'adversaire • Rompre le combat plutôt que de le chercher • Permettre la fuite plutôt que l'affrontement
    Usage de divers poisons d'origine végétale attesté dans le Shoninki, la principale source livresque. La strychnine en particulier. Permet de tuer à distance quand l'ennemi est déjà loin.
  • Honneur et éthique martiale(10'1411'48)
    • Une des armes nobles par excellence, aux côtés du sabre célèbre • Utilisée à la chasse comme au combat • Associée au duel dans sa forme pure et aux rituels shintô • Aucun déshonneur à l'utiliser
    À l'époque Sengoku, les guerriers de haut rang sont des officiers de commandement sans temps pour l'archerie équestre. L'arc devient une arme de subalterne avec des archers à pied tirant des volées sans souci de précision.
    Le shinobi a son shuriken qui blesse et ralentit sans tuer. S'il veut donner la mort, il poignarde et parfois dans le dos, privilégiant l'efficacité au respect des conventions.
    • L'honneur au Japon consiste à tuer son adversaire • Le déshonneur réside dans l'échec ou survivre à l'échec • Approche pragmatique : les moyens importent peu • Pas de fair play : attaque à plusieurs ou ruse acceptées
  • Tabous religieux et castes sociales(11'4812'44)
    À la période Heian, les guerriers professionnels sont perçus comme impurs et repoussants car en versant le sang, ils violent les interdits bouddhiques et shintoïstes.
    Cette vision évolue à mesure que les samouraïs s'emparent des leviers du pouvoir et imposent leur culture. Une certaine idée de la 'violence légitime' apparaît.
    • Tuer au service du suzerain est entièrement justifié • Tuer au service de l'empereur est encore plus prestigieux • Les anciens tabous contre certaines castes existaient • Les eta ('pleins de souillures') et hinin ('non humains') étaient parias
    Heureusement pour les assassins shinobis, ils ne sont pas considérés comme une caste à proprement parler et ne sont donc pas frappés par ces tabous, en tout cas pas en tant que groupe.
  • Habitats et modes de vie distincts(12'4414'05)
    • Vivent majoritairement sur leurs terres au cœur de leur fief • Habitat similaire à un paysan aisé, demeure rurale • Parfois ceinte d'un fossé et d'une palissade • Au mieux, un manoir assez faiblement protégé
    Les moins fortunés sont très perméables à la paysannerie et partagent de nombreux traits communs. Comme la petite aristocratie européenne, le guerrier est souvent également cultivateur.
    • Édits de séparation des années 1590 obligent à choisir • Soit carrière des armes, soit métier de la terre • Fin de la période Sengoku et exode urbain commence • Samouraïs rémunérés en boisseaux de riz (koku)
    • Demeurent auprès de leur maître dans des quartiers réservés • Organisation en cercles concentriques selon le rang des vassaux • Centralisation et hiérarchisation des peuplements • Architecture militaire transformée par Oda Nobunaga
  • Architecture fortifiée et contexte urbain(14'0515'27)
    L'architecture militaire connaît une transition majeure au même moment. Oda Nobunaga fait bâtir le château d'Azuchi, père des places fortes japonaises, passant d'ouvrages défensifs sommaires à des ensembles bien maçonnés.
    • Villages montagneux de l'Iga et du Kôga offrent un confort rudimentaire • Éloignés des lieux de création de richesse • Constitués de huttes et cabanes spartiates • Possiblement rassemblés autour de petits sanctuaires shintô
    La fameuse 'maison traditionnelle' nippone au sol de tatamis est réservée à une élite restreinte et essentiellement citadine. Les conditions de vie des classes populaires sont bien moins enviables.
    Avec le temps, la séparation entre samouraïs et shinobis se marque davantage. Pendant longtemps, l'un et l'autre n'ont pas vraiment formé une caste à part.
  • Recrutement et transmission du statut(15'2717'16)
    À la toute fin du 16e siècle, la transmission du statut de samouraï devient héréditaire, même pour ceux d'humble naissance. On sélectionne des garçons et non des filles pour une éducation militaire dès l'enfance.
    • Dès l'adolescence, capables de participer à leurs premiers combats • Parfois sous supervision d'un aîné • Le genpuku (rite d'entrée dans l'âge adulte) accompli à 12 ou 13 ans • Très jeune entrée dans la vie combattante
    • Plusieurs femmes de noblesse guerrière marquent l'histoire du Japon • Tomoe Gozen et Hangaku dans les chroniques de la guerre des genpei • Tomoe présentée comme commander militaire à force colossale • Aurait remporté un duel en arrachant un jeune arbre
    • Les femmes prenant les armes le font souvent par circonstances • Jamais vraiment considérées comme des professionnelles de la guerre • Nakano Takeko tuée en 1868 à la tête d'une unité exclusivement féminine • Absence de sources nombreuses ou de preuves archéologiques
  • Femmes et espionnage chez les shinobis(17'1618'22)
    Selon le professeur Yogi Yamada de l'université de Mie, les femmes shinobis n'existent tout simplement pas si on considère le shinobi sous l'angle d'un combattant adepte des opérations subversives.
    Les shinobis ne constituent pas une classe guerrière bien déterminée. Ils ne transmettent pas un statut social mais un ensemble de techniques faisant partie de leur identité.
    • Aucune action d'infiltration ou d'espionnage n'a été confirmée par des femmes • Le Bansenshukai, traité du début de la période Edo, semble indiquer le contraire • Activités occultes, impossible de généraliser • Tout se joue dès l'enfance comme chez les samouraïs
    • Après la pacification du pays, shinobis restants se mêlent au reste de la société • Se rapprochent du pouvoir • Évoluent dans l'entourage direct des seigneurs • Intègrent les cercles des metsuke, police secrète du shogunat
  • Institutionnalisation et fin des traditions(18'2219'56)
    • Dès le 14e siècle, pour missions d'espionnage d'État, on emploie des inspecteurs secrets • Appelés Shinobi-metsuke • Recrutés principalement dans les provinces d'Iga et Kôga • Fiefs traditionnels des shinobis intégrés au système officiel
    • Le régime des Tokugawa s'efforce de garantir l'imperméabilité de la classe • Tentative vaine face aux adoptions • Fils de marchands fortunés ajoutés aux rangs • Statut de samouraï se dilue et perd en prestige
    Fin de ces héros du passé, célèbres ou anonymes. Ils ne seront plus jamais vus, sauf dans les films et jeux vidéos permettant d'en avoir un aperçu ou de les incarner.
    • Culture pop véhicule son lot d'idées reçues à mettre de côté • Permet néanmoins de transmettre la mémoire attachée à ces figures • Films et jeux vidéos gardent vive la légende du samouraï et du shinobi • Mémoire historique préservée par la fiction moderne