L'Indochine : la Guerre d’Indochine, et ses mémoires (1946 à nos jours) - Partie 3

L'Indochine : la Guerre d’Indochine, et ses mémoires (1946 à nos jours) - Partie 3

Nota Bene22 min12 ago 2024
Cet épisode a été réalisé en partenariat avec l'ECPAD.
10 capitulos
  • L'offensive de décembre 1946 et l'organisation militaire française(0'004'17)
    En décembre 1946, l'Armée Nationale du Vietnam dirigée par le général Giáp a lancé une offensive massive qui a tout changé. La surprise a été totale et certaines garnisons françaises assaillies ne seront dégagées qu'en février 1947.
    • Les postes fortifiés sont l'unité de base du conflit, pouvant être une tour forte, une pagode fortifiée ou une véritable enceinte avec barbelés et tranchées • Les troupes mobiles courent ça et là pour protéger des têtes de pont et nettoyer les zones ennemies, menant une vie nomade à haut risque • Les parachutistes, mieux encadrés et équipés, deviennent les pompiers de l'Indochine et le symbole du courage militaire
    Le contrôle des montagnes du nord est la clef de la domination du pays. Le Việt Minh prend contact avec la Chine, d'où il peut recevoir du soutien à volonté.
    En automne 1950, la bataille de la RC4 (défaite de Cao Bang) marque un tournant : les deux colonnes dirigées par Charton et Lepage sont anéanties par l'APV, entraînant 4 000 pertes et l'abandon de matériel crucial.
  • La transformación du conflit en Guerre Froide (1950-1951)(4'176'02)
    À partir de janvier 1951, la Chine populaire et l'Union soviétique reconnaissent officiellement la République démocratique du Viêt Nam. L'Indochine devient l'un des fronts chauds de la Guerre Froide.
    • Côté français : soutien des Britanniques et du géant américain, reconnaissance des États Associés (Viêt Nam, Cambodge et Laos) • Côté communiste : soutien massif de la Chine, alliés aux Khmers Issarak au Cambodge et au Pathet Lao au Laos
    Dans chacun de ces pays se livre aussi une guerre civile ethnique et culturelle. Les chrétiens et les populations des hautes régions se battent contre la domination communiste.
    Le général Jean de Lattre de Tassigny accepte de prendre en main le problème indochinois, à condition d'avoir les mains libres et de cumuler les pouvoirs politiques et militaires.
  • L'intervention chinoise et le soutien américain (1950-1953)(6'027'19)
    • À partir de 1950, les hommes du Việt Minh sont formés, entraînés et équipés en Chine • En 1953-1954, le ravitaillement est conséquent : 4 000 tonnes de matériel chaque mois, notamment en camions, canons de 105 et orgues de Staline • La Chine intervient même directement dans les combats en 1949 et 1952
    Les États-Unis se montrent des donateurs aussi généreux que la Chine : sur les 2 000 milliards de francs que coûte cette guerre, les trois quarts viendront de la poche des États-Unis.
    Un État-Major chinois est présent auprès du général Giáp lors de la bataille de Diên Biên Phu. Plus de la moitié de ses conducteurs et mécaniciens sont chinois, idem pour les artilleurs de sa division lourde forte de 20 000 hommes.
    En 1951, de Lattre parvient à remonter le moral de sa troupe, à renforcer les armées des États Associés et à bloquer quatre assauts menés par Giáp, ce qui le convainc que la présence française est un atout pour les États-Unis.
  • Les opérations offensives et les défaites (1951-1953)(7'199'40)
    En novembre 1951, de Lattre lance une grande offensive vers Hòa Bình pour rassurer les alliés Muòng et couper les axes de ravitaillement de l'APV. Il tombe malade et son remplaçant le général Salan doit faire face à une énorme contre-attaque lors de la bataille de la Rivière noire.
    En octobre 1952, Giáp déclenche une offensive massive. Malgré l'action des parachutistes de Marcel Bigeard, les postes tombent ou se replient les uns après les autres.
    • La défense de Na San s'avère solide : l'APV essuie de lourdes pertes d'au moins 1 000 tués • L'armée française est vulnérable aux embuscades où les Vietnamiens excellent • Avec son artillerie et son aviation, la France prend largement le dessus en cas d'attaque massive sur une position
    Le général Henri Navarre devient nouveau commandant en chef. Il envisage un plan sur le long terme : rester sur la défensive jusqu'en 1955 pour développer les armées des États Associés, puis déclencher la vraie offensive.
  • Diên Biên Phu : le piège et la bataille (novembre 1953 - mai 1954)(9'4011'50)
    Le 20 novembre 1953, les parachutistes prennent la petite plaine de Diên Biên Phu. On réouvre l'ancienne piste d'aviation construite par les Japonais et les troupes installent partout des points d'appui au nom de jeunes filles comme Anne-Marie, Béatrice ou Claudine.
    • Une armée de milliers de travailleurs civils, hommes et femmes, sont recrutés et équipés de camions Molotova • Les civils creusent des casemates et ouvrent de nouvelles routes de ravitaillement • Toutes les divisions régulières de Giáp convergent vers Diên Biên Phu
    Le 13 mars 1954, quand Giáp attaque enfin, trois positions des FTEO sont submergées en quelques jours. Fin mars, la piste d'aviation devient inutilisable. Des pluies diluviennes transforment le combat en véritable guerre des tranchées digne de 14-18.
    • Pour seulement 5 000 morts français, les combats font 20 à 25 000 victimes dans les rangs du Việt Minh • Le 7 mai, la garnison française se rend, ajoutant 8 000 prisonniers de guerre aux pertes • L'APV restitue 853 blessés à la France, mais pour tous les autres commence une terrible captivité dont 70 % ne reviendront pas
  • La fin de la guerre et les accords de Genève (1954-1955)(11'5012'43)
    Les combats se poursuivent longtemps après Diên Biên Phu, parfois avec succès au Tonkin et parfois sans au Annam. La défaite de Diên Biên Phu n'est pas la fin de la guerre.
    Alors que Diên Biên Phu était encore en cours, des négociations de paix commençaient déjà en Suisse. En juillet 1954, la conférence aboutit à l'indépendance de tous les pays de la péninsule.
    • Du 27 juillet au 7 août, les cessez-le-feu se succèdent • Les Français évacuent Hà Nội le 9 octobre • Évacuation du Tonkin en mai 1955 • Évacuation de Sài Gòn en septembre 1955
    • 115 000 morts du côté de l'Union Française, dont 21 000 Français • Entre 400 et 500 000 morts du côté communiste • 500 000 morts civiles à ajouter au total
  • Le traumatisme français et les leçons d'Indochine(12'4315'01)
    • Les vétérans rentrant au pays font face soit à l'indifférence soit à la haine des militants communistes • Ils ont l'impression d'avoir été abandonnés par les politiques de Paris qui leur ont refusé des moyens • Il aurait fallu 5 250 000 combattants pour être sûr de gagner, sachant que l'APV comptait 350 000 hommes sans compter sa masse de coolies et d'espions
    On sent une forte déconnexion entre Français d'Indochine et Français de métropole. Africains et Maghrébins ne sont pas du tout influencés par la campagne politique du Việt Minh.
    Seuls les cadres militaires tireront des leçons de l'Indochine qu'ils appliqueront en Algérie. On peut difficilement comprendre l'Algérie sans connaître d'abord l'Indochine.
    La mémoire postcoloniale liée à l'Indochine est étonnamment apaisée, contrairement aux mémoires à vifs de l'Algérie ou de l'esclavage. Le souvenir de la première guerre est dilué dans un front international de Guerre Froide, et en plus la France vit aussitôt le conflit algérien.
  • La mémoire préservée et les associations de vétérans(15'0117'12)
    • L'ANAI et l'ANAPI s'occupent de la mémoire des anciens combattants • Il existe aussi des associations des Médecins sans Frontière, des Boat People et des Land People qui fuient les dictatures rouges • Ces Cambodgiens, Laotiens ou Vietnamiens forment des associations distinctes, chacune tissant des liens avec son propre pays d'origine
    • Les 87 hectares du 13e arrondissement de Paris reçoivent 16 400 nouveaux logements en 1966 • Les Chinois du Việt Nam s'y installent à partir de 1978, rejoints par les populations chinoises du Laos et du Cambodge jusqu'en 1986 • On s'organise en communautés dialectales et on monte commerces et restaurants
    • Dès 1986 on orchestre des fêtes dont le célèbre Nouvel An avec ses danses du dragon • Le quartier devient un véritable chinatown touristique, lieu d'échange et de découverte culturelle • Le Bánh mì, sandwich asiatique dans une baguette de pain française, se mange en France, au Việt Nam et aux États-Unis
    Quand Viêt Nam, Laos et Cambodge souffrent économiquement, ils décident de renouer avec l'Europe. Les échanges économiques, académiques et touristiques se multiplient et le mot Indochine devient un slogan de marketing touristique avec l'émergence de l'Indo-Chic.
  • La réappropriation cinématographique et contemporaine(17'1219'11)
    • Le film « Indochine » de Régis Warnier, « L'Amant » de Jean-Jacques Annaud et « Diên Biên Phu » de Pierre Schoendoerffer font le point sur le passé • En 2008, le réalisateur cambodgien Rithy Panh réalise l'adaptation du roman de Marguerite Duras « Un barrage contre le Pacifique » • Pour 2023, on peut citer le film « Les derniers hommes »
    Ces films traitent le passé avec amertume et nostalgie, mais aussi du recul et une analyse critique qui permet de digérer le passé.
    • En 2018, à Hà Nội, le ministre Édouard Philippe affirme que le Viêt Nam sera le partenaire stratégique principal de la France en Asie du Sud-Est • Le Viêt Nam a fait de la Francophonie sa stratégie d'ouverture à l'international • En 2021, une jeune lycéenne vietnamienne gagne le concours d'éloquence de la Francophonie
    L'affaire Boudarel marque les esprits : ce professeur de philosophie à Đà Lạt avait refusé le service militaire français et rejoint le Việt Minh en 1948, mais critiquant le Parti Communiste, il rentra en France en 1966. Accusé en 1991 d'avoir été commissaire politique du camp 113, il subit un lynchage médiatique et meurt isolé.
  • Le Jardin tropical de Nogent-sur-Marne : mémoire et patrimoine(19'1122'12)
    Créé à l'est du bois de Vincennes en 1889, il sert aux recherches et expérimentations visant à améliorer les cultures exploitées dans l'empire colonial.
    • En 1907, une exposition coloniale organisée dans le Jardin mène à la construction d'un Đình, une maison communale cochinchinoise • En 14-18, ce Đình sert d'hôpital pour les troupes coloniales et devient un lieu de mémoire • En 1919, l'Empereur Khải Định le consacre en faisant ainsi un temple aux mânes des Vietnamiens tombés pour la France
    • On ajoute un stupa bouddhiste pour les Lao et les Khmers • On ajoute un monument portant la croix pour les Vietnamiens catholiques
    • Classé en 1965 à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques, le Đình est incendié par des squatteurs en 1984 • En 1991, grâce à une souscription de l'ANAI, un nouveau monument est élevé de style indochinois • Désormais en grande partie restauré, le Jardin tropical accueille les visiteurs qui veulent retrouver un petit morceau d'Indochine en France