La folle histoire du covoiturage

La folle histoire du covoiturage

Nota Bene24 min12 feb 2026
12 capitulos
  • L'importance du covoiturage en France aujourd'hui(0'001'29)
    900 000 trajets de covoiturage par jour en France, représentant moins de 1% des 100 millions de déplacements quotidiens en voiture. En 2025, 16 millions de personnes avaient covoituré au moins une fois dans l'année.
    • Bon pour la planète • Bon pour le portefeuille • Aide à éviter les bouchons
    Le covoiturage moderne avec Internet et les applis est récent, mais la pratique du voyage collectif et partagé existe depuis longtemps sous d'autres formes.
    La Matmut soutient et promeut le covoiturage comme pratique durable.
  • Les origines historiques du covoiturage(1'292'50)
    Le covoiturage n'a pas besoin de moteur : c'est simplement un conducteur et des passagers qui s'arrangent pour faire la route ensemble. Cette forme de solidarité existe depuis l'invention de la roue.
    À l'époque romaine, il n'existait pas de sites comme arretetoncharbenhur.com pour partager les trajets, mais rationaliser l'organisation d'un voyage à plusieurs n'était pas nouveau.
    L'historien lyonnais Olivier Zeller, spécialiste de l'histoire sociale à l'époque moderne, a découvert dans les journaux de petites annonces du 18e siècle des formes organisées de covoiturage.
    Les premiers modèles de voitures à moteur remontent à la fin du 19e siècle, mais la démocratisation de l'automobile ne commence que dans les années 1910-1920.
  • Le covoiturage au 18e siècle : l'exemple de Lyon(2'506'50)
    Dans les années 1760 à Lyon, il n'y avait pas de train ni d'avion. Les entreprises de transport comme le Bureau général des coches, carrosses, diligences à ressorts et messageries de Lyon proposaient un service très cher et lent.
    En 1760, il fallait dix jours de voyage entre Paris et Lyon avec des pauses dans 65 relais pour s'occuper des chevaux, pour manger et dormir. Les voitures étaient inconfortables et les compagnies facturaient chaque bagage en plus.
    • Économiser de l'argent • Obtenir un meilleur confort • Éviter les pratiques abusives des transporteurs
    Les petites annonces du 18e siècle contenaient les mêmes éléments que les applications modernes : date de départ, demandes spéciales pour les bagages, préférences de confort, et critères de sélection des compagnons de voyage, particulièrement pour les femmes soucieuses de convenance et de sécurité.
  • L'émergence du covoiturage moderne aux États-Unis(6'509'14)
    Le 5 août 1888, Bertha Benz, femme de l'inventeur allemand Carl Benz, réalise un trajet de 106 km avec ses deux enfants passagers, ce qui n'est pas vraiment du covoiturage. La démocratisation débute dans les années 1910 avec Henry Ford.
    En 1908, Henry Ford invente la Ford T à 825 dollars, équivalent à un an de salaire pour un professeur. En vingt ans, 15 millions de Ford T sont vendues, permettant la masse critique nécessaire au covoiturage organisé.
    À partir de 1914, aux États-Unis, des conducteurs proposent de partager les frais pour le prix d'un billet de tramway (cinq cents). Le terme jitney, nom de la pièce de monnaie, devient synonyme de ce premier covoiturage qui se répand de San Francisco au Maine en quelques mois.
    Les exploitants de tramway, craignant une perte de clientèle, font du lobbying auprès des pouvoirs publics en mettant en avant les questions d'assurance civile. En 1918, ce lobbying fait reculer le covoiturage de 90%.
  • Le covoiturage pendant la Seconde Guerre mondiale(9'1411'29)
    En décembre 1944, les États-Unis entrent en guerre et l'État fédéral doit concentrer les ressources vers l'industrie de l'armement. Il y a besoin urgent de pétrole, d'acier et de caoutchouc, ressources essentielles pour les voitures.
    L'administration Roosevelt lance une énorme campagne publicitaire pour inciter les conducteurs à prendre des passagers. L'affiche la plus célèbre affirme : Quand vous roulez seul, vous roulez avec Hitler.
    Les clubs automobiles, ancêtres des applications modernes, gèrent le covoiturage. Le Bureau américain de la défense civile crée le Car-Sharing Club Exchange avec un système de réservation appelé Self-Dispatching System utilisant des tableaux d'affichage dans les bureaux, ateliers, églises et écoles.
    Les volontaires remplissent une fiche avec leurs coordonnées et horaires. Les passagers consultent le tableau pour trouver des offres correspondant à leurs besoins. Ce système fonctionne bien pour les trajets réguliers comme domicile-travail et pour les trajets occasionnels gérés par les associations de parents d'élèves.
  • Le covoiturage en Europe et le rôle de l'autostop(11'2914'16)
    En Europe, le développement du covoiturage est décalé car la Seconde Guerre mondiale se déroule sur le continent. Le covoiturage se développe plutôt après la guerre, dans les années 50, en suite d'une autre pratique : l'autostop.
    • En Allemagne : Mitfahrzentrale • En Belgique : Taxistop • En France : Allostop, fondée en 1958
    Allostop fonctionne sur inscription moyennant 80 francs. On appelle le standard téléphonique au 246-00-66 où conducteurs et passagers se mettent en relation. Contrairement à l'autostop, le covoiturage n'est pas gratuit : les passagers partagent les frais de carburant et de péage.
    Le covoiturage se développe aussi spontanément lors des grèves. En 1957, lors d'une grève RATP et SNCF, Le Figaro lance un appel pour partager les voitures. Les automobilistes donnent leurs coordonnées affichées dans le hall du Figaro aux Champs Élysées, les gens se déplaçant physiquement pour trouver un trajet.
  • Le covoiturage et les mouvements sociaux américains(14'1616'12)
    Après la Seconde Guerre mondiale, le carpooling s'était bien développé, mais la croissance économique des Trente Glorieuses casse la dynamique. Le pouvoir d'achat explose, l'essence ne coûte rien, et tout le monde veut sa voiture. Le covoiturage devient marginal.
    Le 1er décembre 1955, Rosa Parks, femme de ménage noire, refuse d'obéir au conducteur du bus blanc qui lui ordonne de laisser sa place à un passager blanc. Cet acte lance un immense mouvement de boycott des bus à Montgomery en Alabama, durable près d'un an.
    • Organisation spontanée entre voisins • Arrangements le dimanche à l'église • Organisateurs informels le soir devant les écoles • Coordination par le Women's Political Council dirigé par Jo Ann Robinson
    Le covoiturage devient une arme politique dans la lutte contre la ségrégation raciste, permettant aux femmes noires de refuser les vexations des chauffeurs blancs pendant des mois.
  • Les chocs pétroliers et la relance du covoiturage(16'1218'28)
    En octobre 1973, la guerre du Kippour provoque le premier grand choc pétrolier. Les prix du carburant explosent, impactant mondialement les sociétés organisées autour de la voiture. La croissance américaine passe de 5,6% en 1973 à 0,5% en 1974.
    • En 1974, le président Nixon signe une loi sur la conservation de l'énergie avec soutien financier aux initiatives de covoiturage • Le président Jimmy Carter crée la National Task Force on Ridesharing • Mesures structurelles incluant navettes, minibus et parkings relais
    Apparition des carpool lanes ou voies HOV (high-occupancy vehicle lane) réservées aux véhicules multioccupants, aux États-Unis et en Angleterre.
    En 1980, après le deuxième choc pétrolier de 1979, 23,5% des Américains pratiquent le covoiturage, soit quasiment une personne sur quatre. Les mesures de soutien gouvernemental fonctionnent réellement.
  • Le covoiturage en Europe dans les années 80 et 90(18'2819'54)
    En Europe, le covoiturage reste perçu comme un truc d'étudiant fauché, tandis que la voiture est un marqueur de réussite et de statut. Les gens sont fiers d'en avoir une et d'être seuls au volant.
    • Union Européenne finance des programmes comme ICARO • Parkings spéciaux aux péages autoroutiers pour rencontres conducteurs-passagers • Voies réservées testées en Angleterre • Pays-Bas investissent dans les lifters plaats, trottoirs spéciaux sur kilomètre aux entrées d'autoroutes
    La France prend du retard dans le covoiturage jusqu'au milieu des années 90, quand les grandes grèves de 1995 paralysent le pays pendant plusieurs semaines, relançant la pratique timidement.
    C'est paradoxalement en France qu'une des applications les plus célèbres du monde va voir le jour, malgré le retard du pays en covoiturage.
  • BlaBlaCar et la révolution numérique du covoiturage(19'5421'07)
    En 2005, l'entrepreneur Frédéric Mazzella, coincé pour Noël sans billet de train, observe un paradoxe : les trains sont blindés mais les voitures sur l'autoroute sont vides. Il fonde Covoiturage.fr, qui change de nom en 2013 pour devenir BlaBlaCar.
    BlaBlaCar devient l'un des leaders mondiaux du covoiturage avec environ 100 millions de passagers par an dans une vingtaine de pays.
    • Smartphones et applications rendent le covoiturage plus facile et réactif • Un quart des réservations se font le jour même du départ • Photos de profil, notes et évaluations rassurent les utilisateurs • Statut des conducteurs crée la confiance entre inconnus
    Au-delà de BlaBlaCar, les grandes entreprises développent leurs propres applications pour faciliter les déplacements des salariés, et les gros campus font pareil, bien que ce décollage ne soit pas complet à grande échelle.
  • Défis actuels et avantages du covoiturage(21'0722'30)
    Le taux d'occupation moyen des voitures en France n'a pas trop bougé : il reste à 1,24 être humain par voiture en moyenne.
    • Réduit les émissions de CO2 par partage du même véhicule • Réduit l'engorgement sur les grands axes • Joue sur la sécurité routière : 70% des conducteurs disent être plus prudents avec passagers
    Le covoiturage est moins cher que tous les autres types de transports, permet de rencontrer des gens, de tisser des liens voire des amitiés, et permet d'économiser quelques euros.
    Pour que le covoiturage se développe vraiment et devienne autre chose que du dépannage, il faut que tout le monde s'y mette. Depuis les années 70, on sait que quand les pouvoirs publics accompagnent le mouvement, cela aide.
  • Assurance et accompagnement Matmut pour le covoiturage(22'3024'17)
    La Matmut promeut le covoiturage car cela réduit l'impact carbone par partage du véhicule, permet de rencontrer des gens et de tisser des liens, et permet d'économiser de l'argent.
    Le contrat Matmut inclut une assistance panne où en cas de défaillance mécanique, le conducteur, ses bagages et ceux des covoiturés sont raccompagnés vers la destination d'arrivée ou vers le domicile.
    Si le conducteur est fatigué et veut passer le volant à un covoitureur ayant son permis de conduire, cette personne a les mêmes garanties que le conducteur original, sans questions à se poser en cas de coup de barre.
    Le contrat auto Matmut couvre les blessures causées par le conducteur aux covoiturés, ainsi que les blessures que les covoiturés peuvent causer à d'autres personnes en cas d'accident.