Edad Media/10 clichés sur les croisades qu'il faut absolument oublier
10 clichés sur les croisades qu'il faut absolument oublier

10 clichés sur les croisades qu'il faut absolument oublier

Nota Bene20 min30 abr 2026
Les croisades, c'est quand même un sacré morceau d'Histoire
12 capitulos
  • Introduction et contexte des croisades(0'001'28)
    Les croisades marquent profondément notre mémoire collective, associées aux chevaliers du Moyen Âge et formant une part majeure de notre imaginaire historique.
    • Un grand choc des civilisations entre la chrétienté et l'islam • Des fanatiques religieux engagés dans une guerre ultra violente • Une quête motivée par l'appât du gain
    Examen direct et détaillé des clichés sur les croisades pour poser les bases d'une compréhension plus nuancée.
    Financement participatif en cours pour un nouveau livre richement illustré sur les chevaliers, incluant des chapitres sur les croisades, la littérature arthurienne et la pop culture.
  • Les croisades ne sont pas seulement au nombre de neuf(1'283'16)
    On énumère généralement neuf croisades, de la première en 1095-1099 aboutissant à la prise de Jérusalem jusqu'à la neuvième en 1272, une classification pratique mais totalement artificielle.
    • Il y a eu des dizaines, voire des centaines de croisades au-delà de ce classement • Chaque année, des croisés partent pour l'Orient après avoir prêté leur vœu • Certains y restent quelques semaines, d'autres plusieurs années
    Des milliers de combattants débarquent menés par de grands seigneurs, comme le roi Sigurd de Norvège arrivant à Jaffa avec plusieurs centaines d'hommes en 1110, ou le comte de Flandre en 1158.
    Les croisades ne s'arrêtent pas avec la prise d'Acre en 1291 ; au XIVe siècle, les papes organisent encore des croisades contre l'avancée ottomane dans les Balkans.
  • Les croisades ont lieu partout, pas seulement en Orient(3'164'43)
    Dès le début du XIIe siècle, les papes prêchent et organisent des croisades vers la péninsule Ibérique avec les mêmes privilèges juridiques et spirituels que pour les croisades en Orient.
    À la fin du XIIe siècle, la papauté organise des croisades vers le nord-est de l'Europe dans des régions pas encore chrétiennes, conquises et évangélisées par des seigneurs allemands et des ordres religieux-militaires.
    • Croisades contre les Albigeois, hérétiques du Languedoc • Croisade contre les Hussites deux siècles après • Croisades contre des adversaires politiques, comme des familles de nobles romains contestant l'autorité papale
    Les croisades ont lieu au Languedoc, aux Flandres, de Londres à Rome ; les croisés combattent contre des musulmans en Égypte et en Terre Sainte, contre des chrétiens à Albi, contre des paysans révoltés en Allemagne et des païens dans la Baltique.
  • Au-delà des grandes figures : la diversité des acteurs(4'436'20)
    Notre imaginaire historique retient quelques grandes figures comme Godefroy de Bouillon, Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste, Saint Louis et Frédéric II, une ou deux par croisade mais toujours des souverains.
    Pendant la première croisade, le comte Étienne de Blois est d'abord élu chef mais déserte au siège d'Antioche ; il a été remplacé dans la mémoire collective par Bohémond de Tarente et Godefroy de Bouillon.
    • Des milliers d'hommes et de femmes : soldats, prêtres, muletiers, lavandières • La plupart demeurent anonymes car les sources s'intéressent surtout aux nobles • Quelques noms subsistent comme Bernard Raimon, Robert de Clari et Sibylle d'Anjou
    Les sources historiques se concentrent sur les élites, créant une fausse impression que les croisades étaient l'œuvre de quelques grands chefs, alors qu'elles impliquaient des milliers de participants anonymes.
  • Les femmes dans les croisades(6'208'00)
    Bien que la majorité des croisés soient des hommes et que la papauté essaye d'interdire aux femmes de partir, cet interdit n'est jamais respecté et on trouve des femmes dans toutes les croisades.
    • Le mariage chrétien impose aux époux de vivre sous le même toit et partager le même lit • Aliénor d'Aquitaine suit son époux Louis VII lors de la deuxième croisade • Marguerite de Provence suit Louis IX et reste quatre ans avec lui en Orient
    Certaines femmes partent seules ; Margaret de Beverley se retrouve à Jérusalem en 1187 quand Saladin assiège la ville, est faite captive, relâchée et revient après avoir accompli son vœu.
    La plupart des femmes croisées ne sont jamais nommées dans les sources, qui mentionnent simplement des lavandières ou des prostituées sans donner d'informations sur leur nombre, origine et rôle précis.
  • Les croisades ne sont pas une défense contre l'islam(8'009'51)
    Au moment de la première croisade en 1095, l'Occident ne sait pas encore ce qu'est l'islam ; on pense que c'est un paganisme polythéiste ou une hérésie chrétienne, pas une vraie religion.
    • Les grandes conquêtes islamiques remontent à plusieurs décennies ou siècles • 30 ans avant, l'arrivée des Seldjoukides a infligé une défaite aux Byzantins en 1071 à Mantzikert • Mais les Seldjoukides se sont entre-temps divisés, et l'empereur Alexis Comnène regagne du terrain
    La première croisade s'inscrit à un moment où c'est la chrétienté occidentale qui passe à l'offensive, portée par un dynamisme économique et démographique et l'élan de la réforme grégorienne.
    Les Latins conquièrent Tolède et la Sicile, les rois normands combattent au Maghreb, le duc de Normandie s'empare de l'Angleterre ; la première croisade participe à cette expansion bien étudiée par les médiévistes.
  • Les croisades ne sont pas une guerre de civilisation(9'5112'05)
    L'extrême droite présente les croisades comme une étape dans une longue guerre des civilisations entre un Occident chrétien et un Orient musulman, justifiant des appels à de nouvelles croisades ayant conduit à des attentats comme celui d'Anders Breivik.
    • L'Orient n'est pas uniquement musulman ; les populations chrétiennes sont nettement majoritaires bien que politiquement minoritaires • L'islam lui-même est divisé entre sunnites et shiites • Quand les croisés arrivent à Jérusalem, la ville passe des mains d'une garnison sunnite à une garnison égyptienne shiite
    Aucune source de l'époque n'indique que le but est de faire disparaître l'islam ; il y a très peu de conversions forcées et aucune volonté d'évangélisation ; les croisés s'approprient le système des dhimmis en laissant les musulmans tranquilles contre une taxe.
    Très vite, il y a des alliances entre croisés et soldats musulmans, donnant des batailles entre émirs turcs employant chacun des seigneurs latins ; les Latins restants s'orientalisent et à la fin du XIIe siècle, l'émir Usama ibn Munqidh dit que les Templiers sont ses amis.
  • Les croisés ne sont pas un groupe unifié(12'0514'01)
    Les croisés ne forment pas un seul groupe unifié ; ce sont des dizaines de milliers de personnes venues de toute la chrétienté occidentale pendant près de trois siècles avec des motivations diverses.
    • Certains partent par appât du gain, ambition ou attrait des richesses légendaires de l'Orient • Mais ce n'est pas la majorité car partir en croisade coûte très cher • Il faut vendre des terres pour payer la nourriture, les chevaux et le salaire des hommes d'armes
    Godefroy de Bouillon vend son château en 1096 ; la majorité des croisés s'appauvrit plutôt que de s'enrichir et l'immense majorité n'obtient rien de concret, revenant chez elle après accomplir son vœu.
    La plupart sont partis pour faire leur salut, racheter leurs péchés et sauver leur âme ; jouent aussi des mécanismes de solidarité familiale quand un oncle, frère ou ancêtre a participé aux croisades.
  • Le fanatisme religieux n'explique pas les croisades(14'0116'13)
    Faire son salut est une préoccupation constante pour les hommes et femmes du Moyen Âge, pas une caractéristique de fondamentalisme ; c'est une pratique religieuse normale de l'époque.
    • Les croisades vers Jérusalem sont vécues comme une grande aventure spirituelle marquée par des miracles et des apparitions de saints • Le but est de marcher dans les pas du Christ sur la terre même où il a vécu, est mort et ressuscité • Cela couple exaltation et enthousiasme à une volonté pénitentielle de racheter ses erreurs
    Les croisades sont bien des guerres avec batailles, sièges, massacres, famines et mutilations ; la violence vient de l'excitation spirituelle dirigée contre ceux perçus comme infidèles qu'on veut chasser ou éliminer.
    Il ne faut ni avoir honte de cette violence ni la minimiser ; c'est de l'histoire complexe ; les chroniques de croisade sont ultra violentes avec diabolisation de l'ennemi, notamment pogroms contre les Juifs durant la première croisade.
  • Les croisades ne sont pas qu'un phénomène français(16'1318'10)
    Même à l'époque des croisades, des chroniqueurs français tentent de faire croire que les croisades sont surtout françaises, tandis que des chroniqueurs non-français protestent contre cette injustice.
    • Au XIIe siècle, la notion même de Français est mal définie • Pour la première croisade, Foucher de Chartres cite Francs, Flamands, Frisons, Gaulois, Bretons, Lorrains, Allemands, Bavarois, Normands, Écossais, Anglais, Aquitains, Italiens, Apuliens, Ibériens, Daces, Grecs et Arméniens • Les Scandinaves débarquent quelques mois après
    Parmi les rois croisés se trouvent plusieurs rois de France mais aussi de nombreux empereurs germaniques, des dizaines de nobles espagnols, des princes anglais, des centaines de bourgeois et marins vénitiens ou pisans.
    • Vers 1160, un pèlerin allemand rapporte que les Français effacent les épitaphes des croisés allemands • Au XIXe siècle, les identités nationales se figent et devient un enjeu d'identifier qui était français • Cet héritage crée les récits modernes présentant les croisades comme une affaire française
  • Les ceintures de chasteté n'ont jamais existé(18'1019'32)
    Les croisés ne mettaient pas de ceintures de chasteté à leurs épouses quand ils partaient ; c'est simplement faux.
    • Un engin en métal bouclé au niveau de l'entrejambe n'est pas viable pour la santé • Aucune source médiévale ne mentionne une ceinture de chasteté • Le seul texte mentionnant cela est le Bellifortis de Konrad Kyeser à la fin du XIVe siècle, un catalogue de machines de guerre fantaisistes
    L'objet apparaît dans des fables et historiettes comme motif narratif revisitant l'histoire du mari jaloux, de la femme adultère et de l'amant ingénieux, mais jamais comme usage réel.
    • Toutes les ceintures de chasteté visibles dans certains musées ont été créées au XIXe siècle • Certaines pour duper les touristes crédules, d'autres à des fins érotiques ou pornographiques • Ce sont en réalité des sex-toys du XIXe siècle
  • Conclusion et remerciements(19'3220'12)
    Merci à Florian Besson, spécialiste des croisades, pour son travail d'expertise sur cet épisode.
    Florian Besson offre une utilité publique régulière en apportant des éclairages sur les usages politiques de l'histoire et du Moyen Âge, rectifiant les affirmations incorrectes de personnalités politiques et médiatiques.
    Le travail de Besson sur son compte Actuel Moyen Âge montre comment identifier et corriger les distorsions historiques présentes dans les débats contemporains.
    • Merci pour le soutien de la communauté • À très vite sur Nota Bene pour de nouveaux épisodes • N'oubliez pas de soutenir le livre sur les chevaliers sur Ulule