
Devenir plus fort en transformant chaque citoyen en soldat ?
12 capitulos
- Introduction et contexte historiqueSéparation moderneAujourd'hui en France, les fonctions de citoyen et de soldat sont complètement séparées car le service militaire n'existe plus et porter les armes ne correspond plus à l'idéal de la vie citoyenne.Lien historiquePendant toute l'existence de la citoyenneté, le citoyen et le soldat ont été intimement liés, le citoyen étant notamment celui qui se bat.Question fondamentaleLe vidéo explore comment ces deux fonctions ont été associées et comment cette association a évolué à travers l'histoire.Origine antiquePour comprendre cette association, il faut remonter aux origines de la vie civique en Grèce antique, plus de 2500 ans auparavant.
- La citoyenneté et l'armée en Grèce antiqueStructure politique• La Grèce au Ve et IVe siècle avant notre ère est composée d'environ mille cités • Ces cités entretiennent des rapports changeants avec des conflits constants • Un état de guerre quasi-permanent demande une force de défense efficaceStatut des citoyens• Les citoyens forment la classe supérieure, représentant environ 10% des habitants d'Athènes • Ils vivent de leur travail agricole, aidés par des esclaves • Tous ont le privilège de participer aux institutions politiquesRaisons du recrutement• Les morts au combat restent peu nombreux, contrairement aux idées reçues : à Marathon, seuls 192 Grecs sur 10000 sont morts • L'équipement militaire coûte cher et seuls les citoyens peuvent se l'offrir • Les citoyens ont le temps de s'entraîner, contrairement aux non-citoyensOrganisation militaire• La richesse du citoyen détermine son rôle : les plus aisés deviennent cavaliers, les citoyens de classe moyenne sont hoplites avec armures de bronze • Les plus pauvres deviennent fantassins légers, archers ou rameurs • La phalange est une formation ordonnée où chacun protège le flanc droit de son voisin
- L'éphébie et la formation militaire grecqueService obligatoireÀ Athènes, le jeune citoyen suit un cursus de deux ans appelé l'éphébie, au cours duquel il apprend le maniement des armes et intègre progressivement l'armée régulière.Exigence collectiveN'est pas soldat qui veut : l'honneur de la citoyenneté s'accompagne de devoirs militaires, et le citoyen se plie à l'effort collectif, anonyme et ordonné.Efficacité tactiqueLa phalange grecque, bien que complexe à manœuvrer, est redoutablement efficace et demande un entraînement long et contraignant.Couplage fonctionnelPour des raisons logiques et d'efficacité, le métier de soldat est couplé à celui de citoyen, créant une obligation réciproque.
- Le système romain et l'expansion de la citoyennetéHéritage grecLes Romains, très influencés par la culture grecque, décident de reprendre le même système de citoyen-soldat en y apportant des subtilités.Universalité citoyenne• Rome considère la citoyenneté comme un modèle universel, voyant sa diffusion comme une mission civilisatrice • Les hommes libres des territoires conquis sont reconnus comme citoyens • Les conquis fraîchement soumis portent le titre de pérégrins avant d'accéder à la citoyenneté romaineRecrutement militaire• La cérémonie du 'dilectus' permet de vérifier le statut de citoyen, la richesse et les aptitudes physiques et intellectuelles • À l'époque républicaine, tous les citoyens doivent le service militaire • Le 'tumultus' est un recrutement d'urgence en cas d'invasionAvantages du service• La solde importante, la retraite et la distribution de terres attirent les volontaires pérégrins • Le pérégrin devient citoyen romain après son service militaire • Ces mesures permettent de maintenir les effectifs de l'armée romaine
- Les risques du citoyen-soldat romainProblème politiqueEngager des citoyens éduqués et avertis de leurs droits présente des dangers majeurs par rapport à l'asservissement d'esclaves illettrés.Politisation militaireLes armées romaines développent une tendance à se politiser, les légions devenant des faiseuses d'empereurs.Rôle des générauxLes légions acclamaient leurs généraux qui se déclaraient légitimement élus par les citoyens, renversant ainsi le pouvoir établi.ConséquencesSi le citoyen-soldat permet la défense de l'Empire, il peut aussi favoriser les coups d'état et l'instabilité politique.
- Renaissance et redécouverte du modèle antiqueÉclipse médiévaleLe modèle de la cité et de la citoyenneté devient passé de mode au Moyen Âge dans une Europe majoritairement féodale.Retour humaniste• À la Renaissance, la redécouverte des auteurs anciens remet au goût du jour l'idéal de la vie civique grecque • Les théories politiques grecques inspirent les penseurs de l'époque • Le concept du soldat-citoyen réapparaît comme un idéal à poursuivreRêve philosophiqueCe qui n'est pendant longtemps qu'un idéal de philosophe devient un projet plausible avec la Révolution française et la fin de l'absolutisme.Transition époqueEntre la Renaissance et la Révolution française, le modèle du citoyen-soldat passe du statut d'utopie intellectuelle à celui de projet politique réalisable.
- L'Ancien Régime et ses structures militairesComposition de l'armée• Les armées des souverains sont composées de professionnels et complétées par des milices provinciales • Des compagnies de mercenaires à l'efficacité aléatoire renforcent les effectifsSystème de privilègesLe commandement est réservé exclusivement aux membres de l'aristocratie, seuls habilités traditionnellement à diriger les troupes.Absence de citoyennetéLe concept de citoyen-soldat disparaît sous l'Ancien Régime, remplacé par des structures purement professionnelles et hiérarchiques.Monopole royalLe roi détient le monopole absolu de la force militaire, aucun citoyen lambda n'ayant le droit de porter les armes légalement.
- La Révolution française et l'émergence du citoyen-soldatAbolition des privilèges• L'abolition des privilèges en 1789 et la proclamation de la République modifient l'organisation militaire • L'ensemble de la carrière militaire devient accessible aux hommes de basse extraction • Les sujets de Sa Majesté deviennent des citoyens de la République FrançaiseContestation du monopoleDès l'été 1789, les révolutionnaires contestent au roi le monopole de la force, affirmant qu'une force publique est nécessaire pour garantir les droits des citoyens.Constitution de la Garde Nationale• La Garde Nationale est d'abord créée spontanément comme une cohorte parisienne réservée aux bourgeois • Entre 1790 et 1791, elle devient une armée parallèle citoyenne prête à contrecarrer les armées royales • Le 30 juillet 1792, elle s'ouvre à tous les citoyens, y compris les pauvresActions révolutionnaires• Les Gardes Nationaux prennent d'assaut les Tuileries en août 1792 • Ils surveillent l'exécution du roi et participent à la répression des royalistes
- La Marseillaise et l'égalité citoyenneÉmancipation citoyenneLes citoyens de toutes origines, en servant dans ce corps d'armée révolutionnaire, avaient désormais la possibilité de défendre leurs intérêts et leur nation au lieu de servir un tyran.Symbolique révolutionnaire• La Marseillaise appelle les 'citoyens' et évoque un 'sang impur' qui abreuve les sillons • Ce 'sang impur' est celui des citoyens lambda par opposition au sang réputé pur des nobles • Le chant valorise le sang des citoyens versé pour la défense de leurs champs et leurs terresVision de l'auteurRouget de Lisle montre dans La Marseillaise les espoirs des nouveaux citoyens pour qui intégrer l'armée nationale représente une reconnaissance et l'égalité tant souhaitée.Renaissance du mytheAvec la Révolution renaît le mythe du citoyen-soldat : une élite instruite et policée œuvrant au bien de la communauté et prête à prendre les armes contre les oppresseurs.
- La conscription et le service militaire obligatoireExtension universelleEn 1792, la République accentue l'idéal du citoyen-soldat en associant potentiellement tous les hommes à ce rôle autrefois réservé aux plus riches.Intégration progressive• La Garde Nationale est peu à peu utilisée comme réserve d'hommes pour l'armée régulière • Les régiments de volontaires sont intégrés à l'armée par une série de réformes • Le système se base d'abord sur les levées en masse comme celle de 1793Loi de 1798En 1798, le tirage au sort remplace le volontariat : la loi stipule que tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie, avec un service obligatoire entre 20 et 25 ans.Fin du tirage au sortAprès la Révolution, le tirage au sort est abandonné en 1905, et en 1996, Jacques Chirac annonce la suspension du service militaire, marquant le retour à l'armée de métier.
- Évolution historique et transformations du conceptVariations historiques• Les Grecs voyaient dans le citoyen-soldat une évidence pratique couplée à un idéal démocratique • Les Romains y voyaient une manière de soutenir leur effort de conquête et de pacification • Les révolutionnaires français y voyaient une revendication d'égalité et un moyen d'émancipationChoix contemporainLa plupart des États démocratiques contemporains choisissent une population très largement instruite mais désarmée, éliminant le rôle militaire du citoyen.Raisons du changement• Cette suppression témoigne d'une chose : nos sociétés sont largement pacifiées • Les moyens technologiques modernes, notamment les missiles nucléaires, rendent inutile la mobilisation en masse • La technologie militaire surpasse désormais le besoin de troupes nombreusesConclusion généraleL'évolution des moyens militaires a fait évoluer la citoyenneté de manière assez définitive, transformant la relation entre le citoyen et le port des armes.





