La Révolution française/Robespierre était-il méchant ?
Robespierre était-il méchant ?

Robespierre était-il méchant ?

Nota Bene23 min26 jul 2020
Robespierre est devenu le révolutionnaire par excellence mais ne laisse personne indifférent
9 capitulos
  • Introduction et contexte historiographique(0'003'09)
    Robespierre est devenu emblématique de la Révolution française mais fait l'objet de deux portraits symétriquement opposés : pour beaucoup, il est le responsable de la Terreur et un buveur de sang ; pour d'autres, il est un héros injustement blâmé incarcération d'une révolution juste et sociale.
    • Les sources historiques sur Robespierre sont très partiales, émanant de ses soutiens ou de ses ennemis • Robespierre n'a pas laissé de mémoires, contrairement à beaucoup d'autres acteurs de la Révolution • Ses principaux écrits sont des articles et discours politiques, qui doivent être manipulés avec précaution et distance
    Les discours et articles politiques demandent à être critiqués, recoupés et contextualisés. Beaucoup d'analyses écrites sur Robespierre se révèlent être bancales ou très mauvaises, tandis que des travaux universitaires récents et de qualité permettent de mieux aborder le personnage.
    Cette vidéo n'a pas la prétention de dire toute la vérité sur Robespierre : personne ne le peut. Elle essaie d'expliquer ce qu'on sait de lui et comment son image s'est déformée avec le temps.
  • Origines et débuts de carrière (1758-1789)(3'095'09)
    Robespierre est né dans une bonne famille d'Arras, issu d'une lignée d'avocats, situé dans la bonne bourgeoisie à la frontière de la noblesse. Son enfance est marquée par la mort de sa mère et le départ de son père, le rendant orphelin, mais il est bien entouré par le reste de sa famille.
    Ayant obtenu une bourse conséquente, Robespierre fait de brillantes études au lycée Louis-Le-Grand à Paris avant de retourner à Arras où il devient avocat et plaide plusieurs affaires assez médiatisées.
    • Dans ses plaidoiries, une tendance assez constante apparaît : la lutte contre les préjugés et l'arbitraire • Il participe à des concours, soumettant des écrits pour proposer des évolutions du droit sur le droit des bâtards et l'honneur des familles des condamnés
    Sensible à la question sociale, Robespierre rédige le cahier de la corporation des savetiers d'Arras, l'une des plus pauvres. En avril 1789, il est l'un des huit députés élus pour représenter le Tiers état de l'Artois et se rend à Versailles, totalement fondu dans la masse des députés inconnus.
  • La Constituante et le rôle du jeune patriote (1789-1791)(5'097'11)
    Robespierre se classe clairement parmi les patriotes, ces députés attachés au tournant révolutionnaire, opposés à ceux pour qui le roi doit garder une place prépondérante. Même parmi les patriotes, il se démarque comme quelqu'un de très radical et populaire, aux côtés du député Pétion.
    • Il fait partie d'une petite avant-garde de députés dénonçant fermement la peine de mort • Il se démarque surtout par sa dénonciation du marc d'argent, une somme très importante pour avoir le droit d'être élu • Il lutte fermement contre le suffrage censitaire, ne voulant que ceux qui payent puissent voter, mais sans être écouté
    Robespierre s'est fait un nom et devient très populaire à Paris, notamment avec le peuple parisien. Cependant, il s'est aussi fait des ennemis politiques qui le trouvent trop radical, et son influence reste très modeste : il est l'un des députés les plus appréciés du peuple mais loin d'être le plus puissant.
    Avant la fin de la Constituante, Robespierre propose une loi importante : l'interdiction aux membres de la Constituante de se représenter pour l'assemblée suivante, la Législative. Cette proposition est votée, mais elle signifie la fin de sa carrière de député.
  • Les Jacobins et le débat sur la guerre (1791-1792)(7'119'18)
    Après la fin de la Constituante, Robespierre devient président du club des Jacobins, une société qui réunit initialement les députés les plus attachés à la Constitution. Suite à la tentative de fuite de Louis XVI en juin 1791, le club connaît une scission : les modérés créent le club des Feuillants, ne laissant aux Jacobins que les plus radicaux, dont Robespierre est l'un des plus en vue.
    Dans la nouvelle assemblée, la Législative, les Feuillants modérés dominent. Un petit groupe de députés plus radicaux, jacobins opposés au roi, existe autour du député Brissot. Très vite, les débats se polarisent sur la question de la guerre contre les puissances étrangères.
    Aux Jacobins, Robespierre est bien plus dubitatif que Brissot : il craint que la guerre ne mette en danger la Révolution car un général victorieux pourrait revenir avec trop de pouvoir, pensant notamment à La Fayette. Brissot l'emporte et, en avril, la France déclare la guerre à l'Autriche. Les craintes de Robespierre se révèlent fondées quand La Fayette propose de réprimer les Jacobins.
    Louis XVI est renversé le 10 août 1792 par des Parisiens craignant sa trahison. Robespierre se tient à distance et n'organise rien, quoi qu'en disent ses ennemis, mais il défend ensuite les insurgés contre ceux qui voudraient les punir, reprochant à ces derniers de vouloir « la révolution sans révolution ».
  • La Convention et le procès du Roi (1792-1793)(9'1811'36)
    Suite au renversement de la monarchie constitutionnelle, une nouvelle assemblée est élue : la Convention. Robespierre y est élu triomphalement à Paris et devient l'un des membres influents du groupe de députés appelé la Montagne, opposé à Brissot et ses amis, les Girondins.
    À la fin de 1792, Robespierre, autrefois opposé à la peine de mort, a évolué : il considère que la trahison de Louis XVI est trop grave pour qu'il vive. À ses yeux, ceux qui représentent un danger pour la Révolution et la nation peuvent légitimement être condamnés à mort. Cependant, Robespierre est loin d'être l'unique responsable : la mort du roi est votée à une assez large majorité.
    Le débat sur la mort du roi polarise la Convention car il recouvre un enjeu plus large : l'articulation entre ce pouvoir élu et le mouvement populaire parisien des sans-culottes, bien plus radicaux. À la Convention, les sans-culottes sont plutôt défendus par les Montagnards, notamment Danton, Marat et Robespierre, même si tous trois sont bien moins radicaux que le mouvement populaire.
    Les Girondins optent pour une stratégie plus répressive et, au printemps 1793, tentent de s'en prendre à de grandes figures populaires, notamment Marat. La réponse des sans-culottes est très vive : fin mai et début juin, ils prennent d'assaut la Convention et demandent l'arrestation d'une vingtaine de députés girondins, donnant la domination à la Montagne.
  • Robespierre et les violences révolutionnaires (1793-1794)(11'3615'17)
    • Robespierre s'intéresse au sort des plus démunis mais ne croit pas à l'égalité des biens, qu'il voit comme une illusion • Il ne croit pas non plus au partage équitable des propriétés ou à la loi agraire, qu'il voit comme un outil contre-révolutionnaire • Robespierre s'oppose à l'esclavage et accepte l'idée de contrôler le prix de certains produits essentiels pour éviter la famine
    Robespierre s'oppose fermement aux exigences des plus radicaux, comme le prêtre Jacques Roux, leader des Enragés. Pour la Convention, il s'agit de donner assez de gages au mouvement populaire pour ne pas être renversée, sans aller trop loin, ce qui explique beaucoup d'exécutions de 1793 : donner aux Parisiens suffisamment de sang pour éviter qu'ils n'en réclament encore plus.
    À partir de l'été 1793 et pendant un an, Robespierre est membre du Comité de salut public, le comité le plus important chargé de gérer la guerre intérieure et extérieure. Robespierre est un membre parmi les douze, certainement l'un des plus influents avec Barère, mais il doit composer avec d'autres grandes personnalités, certaines proches (Saint-Just, Couthon), d'autres plus radicales (Billaud Varenne, Collot d'Herbois), d'autres plus modérées (Carnot).
    • Contrairement à la légende, Robespierre est totalement opposé à la déchristianisation de fin 1793 et juge l'athéisme contre-révolutionnaire, faisant tout pour y mettre fin avec l'exécution de plusieurs déchristianisateurs en mars-avril 1794 • Robespierre est aussi souvent associé aux violences des représentants en mission comme Carrier, auteur des noyades de Nantes, alors qu'il y était totalement opposé
  • Exécution de Danton et isolement croissant (1794)(15'1717'38)
    Début 1794, le Comité de salut public tente d'éliminer deux dangers : les ultra-révolutionnaires et les contre-révolutionnaires, tous accusés de causer la perte de la Révolution. Les ultras sont d'abord éliminés en mars avec l'exécution d'Hébert et de certains de ses amis, approuvée par tout le comité et par la Convention.
    Après les ultras, le Comité élague à sa droite en exécutant les Indulgents comme Danton. Robespierre n'est pas seul : à part Robert Lindet, tout le comité approuve l'idée. Il ne s'agit pas de la folie d'un Robespierre tyrannique mais de calculs politiques plus larges dans le cadre d'une vaste lutte entre factions.
    Après la mort de Danton, Robespierre devient la grande figure encore vivante, qui fait légitimement de plus en plus peur à ses ennemis. La fête de l'Être suprême en juin, très attendue par Robespierre, renforce l'impression qu'il est désormais trop puissant du fait de son rôle central.
    La loi de Prairial, préparée par Couthon avec la participation de Robespierre, centralise les exécutions à Paris et les rend plus rapides. Le but était sûrement de limiter les exécutions, mais dans les faits, celles-ci se multiplient en juin et juillet sous l'action de ses ennemis comme Barère et surtout Vadier. Ces exécutions sont attribuées à Robespierre, qui perd en popularité, bien qu'il n'y soit pour rien et même les dénonce dans ses discours.
  • La chute de Robespierre et la Terreur Blanche (1794)(17'3820'03)
    Durant la plus grande partie du mois de juillet, Robespierre cesse de paraître au comité, sentant que les divisions sont trop fortes. Ses ennemis usent de nombreuses méthodes pour salir sa réputation. À la fin du mois, les tensions entre Robespierre et ses ennemis au sein du comité, notamment Collot et Billaud, sont trop fortes, s'ajoutant des députés qui craignent d'être les prochaines cibles d'exécutions.
    Le 8 Thermidor (26 juillet), Robespierre fait un discours remarqué à la Convention puis aux Jacobins dans lequel il dénonce sans les nommer tous ceux qu'il voit comme des ennemis de la Révolution. Dès la nuit suivante, ceux-ci préparent sa chute.
    Le lendemain, Robespierre et ses soutiens ne peuvent s'exprimer et sont arrêtés. Pour une raison mystérieuse, les geôliers du palais du Luxembourg refusent de l'emprisonner. Robespierre se retrouve libre mais hors la loi, se rendant à l'hôtel de ville où la Commune lui est favorable, face à la Convention et à ses troupes. On envisage l'insurrection, mais la confusion est totale et Robespierre est réticent à violer la légalité.
    • L'hôtel de Ville est investi dans la nuit, et dès le 10 Thermidor, Robespierre, son frère Augustin, et plusieurs de leurs proches dont Couthon et Saint-Just sont exécutés • Dès le 11, 70 autres personnes les suivent : la plus grande fournée de guillotinés n'est donc pas le fait de Robespierre, qui en est même la victime • Très vite, ses ennemis contribuent à fabriquer son image comme responsable de la Terreur, permettant à des gens aux mains sales comme Fouché et Tallien de passer pour innocents
  • Bilan historiographique et réhabilitation(20'0323'26)
    Robespierre n'est certainement pas le protocommuniste que certains voient en lui : en réalité, ses idées politiques sont souvent difficiles à définir, tant elles ont fluctué avec le temps et les enjeux. Il n'est pas non plus un buveur de sang : comme tous les acteurs de la Révolution, il a accepté cette violence et y a participé, mais certainement moins que beaucoup d'autres oubliés ou glorifiés aujourd'hui.
    Robespierre a joué à la perfection le rôle de bouc émissaire. Ses ennemis, notamment Fouché (le mitrailleur de Lyon) et Tallien (qui avait fait régner la terreur à Bordeaux), ont rejeté toutes les violences sur Robespierre, mort et accusé de tous les torts. Des légendes apparaissent alors : il aurait voulu devenir roi, aurait conçu des guillotines à sept fenêtres, aurait porté des vêtements en peaux humaines.
    • Fouché aura une belle carrière sous Napoléon et sera même un temps ministre de Louis XVIII • Tallien et Carrier, autres représentants en mission violents, causeront la chute de Robespierre pour éviter de rendre compte de leurs exactions
    Ces dernières années, beaucoup d'ouvrages universitaires tentent de remettre Robespierre à sa juste place. L'ouvrage collectif « Robespierre, Portraits croisés » dirigé par Michel Biard et Philippe Bourdin essaie de revenir sur de nombreux aspects du personnage : ses idées sociales, son rapport à la peine de mort, à l'éducation, à l'esclavage et à la politique. Hervé Leuwers et Jean-Clément Martin ont aussi produit récemment d'excellentes biographies replacant Robespierre dans son contexte comme acteur parmi d'autres.