Egipto/Comment les Égyptiens fabriquaient une momie ?
Comment les Égyptiens fabriquaient une momie ?

Comment les Égyptiens fabriquaient une momie ?

Nota Bene18 min31 mar 2022
13 capitulos
  • Les origines de la momification égyptienne(0'491'54)
    Les premières traces de momification remontent à la fin du IVe millénaire avant notre ère, pendant la période prédynastique de l'Égypte ancienne. C'est à cette époque que se mettent en place la plupart des traditions rituelles, dont les premières pratiques funéraires.
    • Découverte archéologique de sépultures avec des traces de démembrement des corps • Premières marques de bandelettage des cadavres • Utilisation de résines diverses et de bandes de tissu pour recouvrir les corps
    Les égyptologues pensent que les Égyptiens ont mis en place un rituel de reconstitution du corps qui a évolué vers le mythe d'Osiris, connaissant un grand essor un millénaire plus tard.
    Contrairement à la croyance populaire, les Égyptiens n'auraient pas découvert la momification en observant des momies naturelles créées par le sable et la chaleur. Dès les premières traces de rites funéraires apparaissent des corps couverts de résines et de bandes de tissu.
  • La signification spirituelle de la momification(1'544'32)
    La momification répond à une volonté précise : préserver le corps de la putréfaction et le maintenir au complet pour l'éternité. Cette intégrité du corps était indispensable pour permettre au défunt de régénérer après la mort et d'accéder au monde d'après.
    • L'enveloppe charnelle : le corps physique • Le ka : l'énergie vitale de l'individu • Le ba : l'esprit ou essence, souvent comparé à l'âme mais sans équivalent exact dans d'autres cultures
    À la mort, l'enveloppe physique cesse de fonctionner, mais le ka et le ba s'extirpent du cadavre et attendent que les rites funéraires soient accomplis pour réintégrer le corps et permettre sa renaissance dans l'au-delà.
    La momification ne servait pas seulement à préserver le corps ; elle créait une toute nouvelle enveloppe pour le défunt, celle qu'il utiliserait pour l'éternité.
  • Les sources historiques et contexte du Papyrus Boulaq III(4'325'55)
    Les Égyptiens n'ont pas laissé de traités précis détaillant le processus de momification, mais le papyrus Boulaq III, conservé au musée du Caire, nous en apprend beaucoup. Ce texte porte ce que les égyptologues appellent le « rituel de l'embaumement ».
    Le papyrus Boulaq III date de l'époque romaine, au Ier siècle de notre ère, à un moment où la momification avait déjà au moins 3500 ans et avait connu de nombreuses évolutions. Bien que ce texte soit incomplet, une part suffisante est conservée pour comprendre la momification tardive.
    • Récits d'Hérodote, Diodore de Sicile et Plutarque : témoignages de seconde main auxquels on ne peut accorder qu'un crédit limité • Ces auteurs prétendent avoir reçu les témoignages de prêtres égyptiens • Leurs autres récits montrent qu'ils racontent parfois inexactement
    La concentration sur le texte égyptien et les travaux des égyptologues, qui ont étudié des dizaines de momies, offre la meilleure compréhension du processus.
  • Extraction du cerveau et des viscères(5'557'17)
    La momification prenait entre 40 et 70 jours selon les procédés employés, un processus relativement long comparé à ce qu'on voit dans la culture populaire.
    • Nettoyage initial du corps avec de l'eau • Retrait du cerveau en brisant l'os séparant la cavité nasale du crâne avec un crochet • Le cerveau s'écoule ou est récupéré directement avec le crochet
    Une fois le cerveau évacué, la boîte crânienne était embaument avec du natron et des onguents. Le natron, un minéral naturel, permettait la déshydratation des chairs et tuait les bactéries, avant que le crâne ne soit rembourré avec du lin enduit de résine parfumée.
    Le cerveau n'était pas considéré comme le siège de l'intelligence, de la conscience ou des émotions en Égypte ancienne : c'était le cœur et les viscères qui s'en chargeaient. Son évacuation ne posait donc pas de problème et il n'était même pas nécessaire de le conserver.
  • Vases canopes et préservation des organes(7'178'38)
    Les embaumeurs incisaient le corps sur son côté gauche, correspondant à l'occident, le point cardinal lié à la mort et réservé aux nécropoles. Les viscères étaient retirés, nettoyés, enduits de résine et emballés dans du lin.
    • Imsét (tête d'homme) : accueillait le foie • Douamoutéf (tête de canidé) : protégeait l'estomac • Hâpy (tête de babouin) : recevait les poumons • Qébéhsénouf (tête de faucon) : gardait les intestins
    Ces 4 personnages correspondent aux 4 fils du dieu Horus. Le nom « canope » vient de Jean-François Champollion qui identifie les récipients à une divinité osiride en forme de vase vénérée à Canope dans le Delta du Nil.
    Au début de l'histoire égyptienne, les 4 vases avaient une forme identique avec un couvercle sans forme particulière. Ils ont ensuite pris la forme de 4 divinités pour renforcer la protection magique accordée aux entrailles du défunt, indispensable à leur bon fonctionnement dans l'au-delà.
  • Le cœur : symbole de conscience et d'éternité(8'389'19)
    Le cœur était laissé en place dans l'abdomen du mort. En tant que siège de la conscience et des émotions, les Égyptiens préféraient le laisser dans le corps afin de ne pas rompre la connexion entre l'enveloppe physique et la partie spirituelle de l'individu.
    Certaines momies avaient le cœur retiré, mais c'était pour le remplacer par une amulette en forme de scarabée, appelée « scarabée de cœur » en égyptologie.
    Le scarabée était la forme donnée au dieu solaire Rê lorsqu'il renaissait au petit matin derrière l'horizon. Remplacer le cœur du défunt par un scarabée permettrait d'identifier le mort à Rê.
    Cette identification au scarabée/Rê permettait au défunt de mourir et renaître éternellement, comme le soleil parcourt son cycle journalier.
  • Déshydratation, remodelage et traitements cosmétiques(9'1910'54)
    Une fois les entrailles retirées, le corps entier était déshydraté à l'aide de natron pendant environ quarantaine de jours pour les momifications les plus longues et soignées. Le cadavre était ensuite exposé au soleil pour être desséché, donnant aux momies l'aspect tanné observable aujourd'hui.
    Le processus de dessiccation rendait le corps rigide, compliquant considérablement le bandelettage. Pour rendre au corps sa souplesse, les embaumeurs l'enduisaient d'huiles parfumées.
    • L'abdomen était rempli avec des sachets de sable, de natron ou de sciure de bois • Ballots de lin enduits de résine • Cire d'abeille utilisée pour boucher les orifices ou combler certaines plaies • Résines odorantes appliquées pour repousser les insectes nécrophages
    Certaines momies se voyaient appliquer une perruque et du maquillage afin de rendre au défunt l'aspect qu'il pouvait avoir de son vivant. Les yeux étant desséchés, ils étaient remplacés par de petites balles de tissu ou de faux yeux faits de matériaux plus ou moins précieux.
  • Emmaillotage et protection magique(10'5412'01)
    Les bandelettes de lin étaient trempées dans de la résine avant d'être appliquées sur le corps pour assurer une bonne adhérence. L'emmaillotage commençait par la tête et descendait jusqu'aux pieds, chaque membre étant d'abord bandellé individuellement pour maintenir l'union du corps.
    La résine était utilisée un peu partout et tout le temps par les embaumeurs, simplement parce qu'elle permettait de renforcer la conservation du corps à chaque étape du processus.
    • Quelques amulettes étaient glissées entre les bandes de lin • Assurait au mort une protection magique • Facilitait son voyage vers l'au-delà
    Les momies royales avaient généralement les mains croisées sur la poitrine, à l'image du roi tenant ses sceptres. Les particuliers avaient plutôt les bras le long du corps ou les bras tendus avec les mains sur leurs parties génitales.
  • Finitions luxueuses et masques funéraires(12'0112'57)
    À la fin du processus de momification, une fois le corps vidé, nettoyé, séché et emmailloté, les momies les plus riches étaient couvertes d'une résille faite de perles en faïence et décorées de différents bijoux comme des pectoraux en pierres précieuses.
    Un masque funéraire pouvait être ajouté à la momie, les plus grandioses exemplaires étant en or, en argent et en diverses matières précieuses. Le masque de Toutânkhamon est l'un des exemplaires les plus célèbres.
    • Lieux dédiés appelés pér-néfér (la demeure de la perfection) • Ou ouâbét (littéralement la place pure) • Plus ou moins vastes et développés selon les époques
    Le défunt, une fois momifié, devenait un être « parfait » au sens où l'entendaient les Anciens Égyptiens, c'est-à-dire purifié et prêt à recevoir les rites funéraires permettant d'accéder au royaume d'Osiris pour l'éternité.
  • Rôle des embaumeurs et patronage d'Anubis(12'5714'21)
    L'embaumeur lui-même était appelé « out », signifiant celui qui enveloppe, en rapport avec l'emmaillotage des corps. Comme la momification était composée de différentes étapes, plusieurs spécialistes participaient à l'embaumement avec des fonctions liées à la prêtrise et au culte funéraire.
    L'embaumement et tout le parcours du défunt jusqu'à son tombeau était placé sous la protection d'Anubis, le dieu à tête de chacal, protecteur des nécropoles depuis les plus anciennes époques.
    C'est Anubis qui, selon la légende, aurait modifié le corps d'Osiris afin de permettre à ce dernier de régénérer et de régner sur le royaume des morts. Cette connection explique pourquoi Anubis devient le patron de la momification.
    • Anubis est représenté penché sur la momie, effectuant les derniers rites • Le chef des embaumeurs pouvait porter un masque d'Anubis pendant les opérations • La momie elle-même était appelée « sâh », renvoyant à l'idée de dignité et de postérité
  • Accessibilité sociale et évolutions historiques(14'2115'40)
    Seuls les Égyptiens les plus riches pouvaient s'offrir une momification complète avec une tombe décorée et un culte funéraire complet. Cela ne signifiait pas que les personnes moins aisées n'avaient aucun espoir d'accéder à l'au-delà.
    Il n'existe aucun témoignage pouvant nous renseigner sur les pratiques funéraires des plus pauvres. Les coutumes funéraires sont connues par les découvertes archéologiques dans les tombeaux et les textes qui en ornent les parois, ce qui n'existe pas pour ceux dont la mort n'a laissé aucune trace.
    La momification a beaucoup évolué à travers l'Histoire égyptienne. Certaines périodes ont livré des momies de très grande qualité tandis que d'autres offrent des résultats plus discutables.
    • Ancien Empire : momies royales très bien réalisées avec bandelettes recouvertes de plâtre • Époque chrétienne : moines coptes se faisaient momifier mais sans le vidage initial • Époque romaine : pratique continue mais avec évolutions techniques
  • Fin de la momification et procession funéraire(15'4016'46)
    La momification est attestée en Égypte jusqu'à l'époque chrétienne au début de notre ère. Ce sont les invasions arabes qui ont mis un point final à la pratique de l'embaumement en Égypte en bouleversant beaucoup de traditions, notamment religieuses et funéraires.
    Une fois la momification terminée, le corps était placé dans un cercueil, le plus souvent en bois, avant de débuter la longue procession vers la tombe.
    • Le défunt était accompagné de sa famille • Des prêtres récitaient des formules rituelles • Port des offrandes par les prêtres • Pleureuses jouant le rôle d'Isis et Nephthys
    Parvenus à l'entrée de la tombe, les prêtres effectuaient le rituel d'« ouverture de la bouche ». Le cercueil était ensuite déposé dans le sarcophage. À côté étaient placés les vases canopes. Après avoir scellé le sarcophage, la chambre funéraire était fermée.
  • Momification animale et conclusion(16'4618'02)
    Les animaux, notamment les animaux de compagnie, pouvaient aussi être momifiés et enterrés avec leur maître ou dans des tombes faites spécialement pour eux. Certains de ces animaux de compagnie sont même représentés dans la tombe de leur maître avec leur nom inscrit à côté d'eux.
    Les Égyptiens aimaient tellement leurs petits compagnons qu'ils ne s'imaginaient pas passer l'éternité sans eux, ce qui explique la momification de nombreux animaux domestiques.
    La momification était un processus long et complexe dont les résultats impressionnent encore aujourd'hui avec une préservation des corps absolument incroyable.
    Les Égyptiens ont réussi leur coup en permettant aux défunts de traverser les millénaires, accomplissant ainsi leur objectif spirituel fondamental.