
Le calvaire des esclaves qui traversent l'Atlantique
Londres, 1781. La canne à sucre à un prix : celui du sang
6 capitulos
- Introduction et contexte économiqueActualité contemporaineEn juin 2020, des institutions financières britanniques comme la Royal Bank of Scotland et Lloyds ont reconnu l'enrichissement de leurs fondateurs dans le commerce des esclaves. Ce sujet reste sensible et présent dans l'actualité, notamment en France où le commerce triangulaire est enseigné à l'école.Objet de l'étudeL'épisode examine les conditions de traversée de l'Océan Atlantique des esclaves africains, appelé le passage du milieu, en se concentrant sur leur embarquement, les conditions du voyage maritime et les taux de survie.Origines coloniales• Les Européens explorent le Nouveau Monde au XVIe siècle et découvrent son potentiel économique • Au Brésil, les Portugais développent les premières colonies organisées • Le système de plantation s'étend avec les cultures de tabac, indigo, café et sucre destinées à l'exportationEssor du sucreLa canne à sucre, rare et réservée aux riches au XVe siècle, devient populaire en Europe. Entre le XVe et le XVIIIe siècle, la consommation moyenne passe de très peu à 4 kilos par personne et par an, créant une demande massive en Amérique.
- Crise de main-d'œuvre et solutionsEffondrement amérindien• Les maladies apportées par les Européens causent un choc microbien sur les organismes des Indiens • Les maladies bénignes deviennent mortelles pour les populations non immunisées • Les violences et mauvais traitements s'ajoutent aux épidémies • La population indienne s'effondre de manière impressionnante, comme les Taïnos qui disparaissent complètement des AntillesPremiers travailleurs européensLes planteurs utilisent d'abord des Européens engagés par contrat pour 3 ans, avec gîte, couvert et un petit pécule. Cependant, les mauvais traitements et les conditions difficiles font décroître le nombre d'engagés en métropole.Basculement vers l'esclavageDes planteurs proposent d'utiliser des esclaves africains, costauds et habitués au climat, sans avoir besoin de les payer. Toutes les puissances européennes (Portugal, Espagne, France, Royaume-Uni) arrivent à la même conclusion économique.Mise en placeLa traite négrière atlantique, commerce des esclaves africains vers l'Amérique, se met en place pour répondre à cet impératif économique. Une logistique très industrielle se déploie pour embarquer des millions de femmes et d'hommes.
- Capture et acheminement des esclavesProvenance des captifs• Les régions d'embarquement (golfe de Guinée, Angola, Sénégal) ne correspondent pas aux lieux de vie des esclaves • Les esclaves viennent principalement de l'intérieur du continent africain, loin des côtes • Les Européens ne s'aventurent pas en Afrique en personne, craignant les animaux dangereux et les maladiesRôle des intermédiairesLes Européens s'appuient sur des intermédiaires africains qui capturent des esclaves lors de razzias sur des villages. Ces intermédiaires organisent des caravanes reliant l'intérieur à la côte à raison de 40 km par jour.Négoce et échange• Les Européens pratiquent le troc avec les rois africains et intermédiaires, proposant des tissus, barres de fer, lingots de plomb, armes, bijoux et alcool • Ces biens de troc sont des produits coûteux ; en 1780, armer un navire coûte 200 000 à 300 000 livres tournois • Les capitaines étalent leur marchandise sur la plage ou le navire et négocient selon le nombre, l'état physique et l'âge des esclaves • Les jeunes hommes vigoureux de 18-25 ans sont les plus recherchés, appelés pièces d'IndePréparation au voyageUn chirurgien examine les esclaves pour vérifier leur santé, puis ils sont marqués au fer rouge avec un signe distinctif. Embarqués en chaloupes, ils attendent à bord 1 à 4 mois que la cargaison soit complète, se lamentant sur leur sort.
- Conditions de la traversée atlantiqueStructure du navire• Les navires négriers sont des navires de commerce aménagés, mesurant 1,40 m de hauteur dans l'entrepont • Des plate-formes permettent d'embarquer plus d'esclaves ; ceux-ci ont 83 cm de hauteur et 40-43 cm de largeur • Les esclaves sont enchaînés 2 par 2 aux mains et chevilles, quasi-nus, couchant sur des planches • Une rambarde haute avec lames métalliques sépare femmes/enfants à l'arrière des hommes à l'avant, la porte restant fermée à cléEffectifs et équipageUn bateau négrier embarque en moyenne 400 à 600 esclaves, soit 2 par tonneau. Ils sont encadrés par 40-45 hommes d'équipage recrutés pour leurs connaissances maritimes et capacité à maintenir l'ordre par la force.Routine quotidienne• Les esclaves montent sur le pont supérieur par groupes vers 8h du matin pour la toilette à l'eau de mer et rinçage au vinaigre • Un chirurgien inspecte les malades et plaies ; deux fois par semaine, le corps est enduit d'huile de palme • Le premier repas vers 9-10h comprend fèves, haricots, riz, maïs, igname, manioc et bananes, bouilli et partagé par 10 esclaves • L'après-midi, on les incite à danser pour la santé ; le second repas vers 15-16h précède la redescente à l'entrepont jusqu'au lendemainSouffrances durant le voyage• En mauvais temps, les panneaux de bois remplacent le caillebotis ; les esclaves étouffent et ne voient plus rien • Avec les fortes vagues et tangue du bateau, les esclaves sont projetés les uns sur les autres • Les baquets de déjection se renversent, rendant l'air irrespirable ; les navires se repèrent de loin à l'odeur • Les femmes subissent des violences sexuelles ; 15% des esclaves meurent durant le trajet, certaines traversées dépassant 40% de mortalité
- Arrivée en Amérique et fin du voyageProcédures sanitairesÀ l'approche des côtes américaines, le capitaine dirige vers le port le plus lucratif. Il faut accomplir des formalités fiscales et sanitaires, puis attendre 40 jours de quarantaine pour éviter les maladies.Préparation à la venteDurant la quarantaine, les esclaves sont lavés, rasés, huilés et mieux nourris pour être rafraîchis. La vente est annoncée par des affiches, à la criée ou par des coursiers envoyés dans les plantations.Processus de vente• Les esclaves sont regroupés par lots de 4-10 et montent sur une estrade ou tonneau pour observation • Les pièces d'Inde sont les plus recherchées ; au-delà de 35 ans, un esclave est considéré trop vieux • La vente se fait aux enchères avec un tiers payé comptant ; les esclaves sont fréquemment échangés contre sucre, tabac ou caféBilan économique et humain• Le commerce est très aléatoire avec profits variant de -100% à +150% selon les expéditions • Le profit moyen reste modeste : 5-10% pour les Hollandais, 6% pour les Nantais, 10% pour les Anglais • Plus de 12 millions d'hommes, femmes et enfants ont été arrachés à leur terre (90% entre 1700-1850) • 1,8 million meurent durant le voyage ; 1,5 million décèdent durant leur première année de travail
- Conclusion et contexte globalParole abolitionWilliam Wilberforce, abolitionniste britannique, déclare à propos des navires négriers : Le monde n'a jamais connu autant de misères dans un espace aussi petit.Contexte comparatifAu-delà de la traite atlantique européenne, la traite orientale organisée par les pays africains et arabes concerne plus de 17 millions d'esclaves et dure du VIIe siècle au début du XXe siècle, bien plus longue que la traite atlantique.RemerciementsL'épisode reconnaît la contribution de Stéphane Genêt à la préparation et remercie les viewers qui soutiennent la chaîne à travers des vidéos légères ou sérieuses comme celle-ci.Recommandation littéraireBlood and Sugar de Laura Shepherd Robinson, éditions 10*18, est un thriller historique sur une enquête d'un abolitionniste mutilé, révélant les secrets du commerce des esclaves côté britannique. Élu roman de l'année 2019 par le Guardian et Telegraph.





