Edad Media/Jeanne d'Arc : Sainte ou hérétique ?
Jeanne d'Arc : Sainte ou hérétique ?

Jeanne d'Arc : Sainte ou hérétique ?

Nota Bene20 min6 nov 2023
Jeanne d'Arc
11 capitulos
  • Introduction et contexte du financement participatif(0'001'41)
    Financement participatif pour un livre sur les Samouraïs, suivi du succès du projet Vikings en 2022.
    Huit auteurs spécialistes réunis pour couvrir l'histoire des Samouraïs et du Japon.
    • Histoire des Samouraïs du 11e siècle à nos jours • Explication du Bushido et du code d'honneur • La fin des Samouraïs et leur utilisation dans la pop culture • Approche scientifique, précise et accessible
    Campagne jusqu'au 7 décembre avec livraison en juin 2024. Goodies inclus et contenus supplémentaires sur Twitch.
  • Présentation du sujet : les procès de Jeanne d'Arc(1'412'35)
    L'épopée militaire de Jeanne a duré 2 ans, mais ses aventures juridiques se sont étendues sur presque 500 ans.
    • Condamnation en 1431 par l'Église • Réhabilitation de 1455 à 1456 • Béatification et canonisation de 1894 à 1920
    Chaque procès contribue à transformer Jeanne d'Arc de hérétique en sainte, tout en révélant le contexte politique de son époque.
    Les procès participent à la construction de la légende mais nous apprennent aussi beaucoup sur le contexte de chaque époque.
  • Capture et début du premier procès(2'354'00)
    Jeanne est capturée en mai 1430 devant Compiègne par les troupes du duc de Bourgogne, alliées des Anglais, après avoir levé le siège d'Orléans et participé au couronnement de Charles VII.
    • Son sexe, son statut symbolique et sa mission divine diveine excluent une libération contre rançon • Les Français utilisent Jeanne pour prouver que Dieu soutient Charles VII • Henri VI et ses partisans veulent discréditer Charles en la déclarant hérétique
    Le roi d'Angleterre rachète Jeanne aux Bourguignons et la livre à des religieux pour un procès d'Inquisition présenté comme objectif mais dès le départ faussé.
    • Procès tenu à Rouen, une ville anglaise • Plusieurs juges sont partisans d'Henri VI • L'évêque de Beauvais Pierre Cauchon préside les débats
  • Déroulement et charges du premier procès(4'006'52)
    Jeanne, jeune femme laïque sans maîtrise du latin, se retrouve seule face à 43 hommes d'élite reconnus, respectés et craints, sans avocats ni système de défense.
    • S'être habillée en homme, sortant de sa condition de femme et de l'ordre social établi • Prétendre être en contact direct avec Dieu sans passer par l'intermédiaire des religieux, ce qui représente un danger d'hérésie
    Le tribunal menace Jeanne de torture et de bûcher pour la forcer à reconnaître ses erreurs. Le but est qu'elle se soumette à l'autorité de l'Église, pas nécessairement son exécution.
    Jeanne abjure le 24 mai 1431 et est condamnée à la prison à perpétuité. Le 28 mai, elle se rhabille en homme, ce qui est perçu comme une nouvelle rébellion.
  • Condamnation et exécution de Jeanne d'Arc(6'527'16)
    Après son retour en vêtements masculins, Jeanne est déclarée relaps, c'est-à-dire qu'elle a retombé dans l'erreur après avoir reconnu ses torts. Cette situation est très grave et entraîne généralement l'échafaud.
    Jeanne est jugée très rapidement le 30 mai 1431 et condamnée le même jour.
    Le même jour, Jeanne est conduite au bûcher et ses cendres sont dispersées dans la Seine pour éviter qu'on ne reparle d'elle.
    La procédure d'Inquisition du 9 janvier au 24 mai 1431 est documentée par des actes en latin conservés à la Bibliothèque Nationale de France.
  • Procès de réhabilitation de 1450-1456(7'1610'04)
    Charles VII a repris Rouen en 1449 et gagne la bataille pour la Normandie. Un nouveau procès permettrait d'affirmer son pouvoir et de le laver du soupçon de devoir sa couronne à une hérétique.
    • En 1455, le pape Calixte III Borgia ordonne un procès en nullité dirigé par Jean Juvénal des Ursins, archevêque de Reims • La famille de Jeanne, notamment sa mère Isabelle et son frère Pierre, se porte plaignante et est représentée par des avocats
    Les avocats utilisent la tactique médiévale de la réputation. Ils prouvent que Jeanne a mené une vie exemplaire, sans taches, donc ne pouvait pas être accusée d'hérésie. La cour ordonne des enquêtes de moralité dans plusieurs lieux.
    Le 7 juillet 1456, devant une assistance nombreuse, la cour annule la sentence prononcée 25 ans plus tôt. L'abjuration et la désobéissance sont écartées car obtenues sous tortures, menaces et extorsions d'aveu.
  • Après 1456 : attente et réapparition politique(10'0411'18)
    À l'époque, personne n'enquête pour savoir si Jeanne a accompli des miracles ou si elle est sainte. Après le jugement, on la range au second plan, derrière le roi Charles VII.
    Charles VII ayant presque entièrement chassé les Anglais du royaume après la conquête de la Guyenne en 1453, on n'a plus besoin d'une libératrice providentielle. L'affaire est close.
    Pendant quatre siècles, il n'y a pas de nouveaux procès concernant Jeanne d'Arc.
    Une nouvelle question surgit : les républicains du début du 19e siècle voient en Jeanne une incarnation du peuple de France, pas des rois.
  • Récupération politique au 19e siècle : républicains vs conservateurs(11'1813'04)
    Les républicains voient en Jeanne une sorte de Marianne avant l'heure, une incarnation du peuple qui s'est éveillé pour défendre son indépendance politique, pas une figure royale. L'historien Jules Michelet y voit une 'Liberté guidant le peuple' avant l'âge révolutionnaire.
    Les anticléricaux rappellent que c'est un tribunal d'Église, sous l'influence d'une puissance étrangère (l'Angleterre), qui a condamné cette Jeanne patriote et nationale.
    L'Église reste initialement indifférente au 17e siècle. Le très conservateur Félix Dupanloup, évêque d'Orléans depuis 1849, décide d'agir pour utiliser la figure populaire de Jeanne au profit de l'Église et des conservateurs.
    À partir de 1869, Dupanloup propose une riposte intelligente : prouver que Jeanne était une sainte catholique devient la preuve que les Français sont par nature des catholiques, servant ainsi l'Église contre les républicains.
  • Procès de béatification de 1894-1909(13'0416'29)
    En 1894, le pape Léon XIII ouvre le procès en béatification de Jeanne. Pour être béatifiée, il faut avoir eu une vie exemplaire, être mort en martyr ou qu'un miracle soit prouvé.
    • Organiser tout ça 400 ans après, quand tous les témoins sont morts • Remonter dans les archives et relire les témoignages de l'époque • L'Église doit faire un vrai travail d'historien
    À gauche, les anticléricaux tonnent. À droite, on applaudit. La vague d'antisémitisme qui frappe la France se cristallise autour du sujet : si Jeanne est sainte et la France catholique, les Juifs ont-ils leur place dans la communauté nationale ?
    En avril 1909, Jeanne d'Arc est béatifiée. Les nationalistes catholiques y voient une revanche, les républicains une absurdité. Les antisémites inventent des théories folles comme un complot judéo-maçonnique.
  • Canonisation et utilisation politique du 20e siècle(16'2919'06)
    • Mourir en odeur de sainteté, c'est-à-dire pas en état de péché mais réconciliée avec Dieu • Exemplarité démontrée s'étendant par-delà la mort avec une réputation durable • Preuve de deux miracles accomplís en son nom, même après sa mort
    Jeanne d'Arc est canonisée le 16 mai 1920. Les députés conservateurs créent une grande fête du patriotisme au nom de Sainte Jeanne d'Arc le 24 juin, célébrée le second dimanche de mai, réponse au 1er mai de la gauche.
    • Régime de Vichy utilise Jeanne par antisémitisme pour critiquer les Anglais • Front National reprend la tradition du défilé dédié à la Pucelle au début des années 1980 • La sainteté de Jeanne devient une arme contre les musulmans plutôt que les Juifs
    Ces deux procès compilent tous les faits et gestes historiques attribués à Jeanne. Mais les enjeux se focalisent sur qui possèdera la figure de la Pucelle, pas sur Jeanne elle-même.
  • Conclusion : au-delà de la légende politique(19'0620'13)
    L'accumulation de procès et d'usages politiques nous a progressivement éloignés de la Jeanne d'Arc historique, créant des portraits contradictoires : hérétique, sainte, héroïne populaire républicaine, ou figure catholique nationaliste.
    Chacune de ces visions construites après coup a surtout servi les intérêts de leurs créateurs, peu importe la réalité historique de Jeanne.
    Historiennes et historiens doivent recommencer un long et patient travail de recherche pour entrevoir, au-delà des polémiques, le visage plus probable de la vraie Jeanne d'Arc.
    Faut faire un sixième procès, un procès au temps qui passe, s'acharner à récolter les indices, les preuves, les sources et les vestiges qu'il nous reste pour connaître la véritable Jeanne d'Arc.