
Pourquoi la France a colonisé l’Algérie ?
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- La légende du coup d'éventail et ses vraies raisonsLa légende populaireLe consul français Pierre Deval refuse de rembourser un prêt au bey d'Alger Hussein le 30 avril 1827, ce qui provoque une gifle ou trois coups d'éventail. Cette insulte à l'honneur français est présentée comme le motif principal de la conquête de l'Algérie par Charles X.Les vrais motifs• Raison économique : exploiter les ressources supposément inépuisables de l'Afrique du Nord pour résoudre la pauvreté en France • Raison géostratégique : concurrencer l'Angleterre en Méditerranée et contrer la Royal Navy britannique • Raison idéologique : combattre la 'barbarie' selon l'esprit colonial de l'époqueContexte historiqueLes projets de conquête d'Alger investissaient depuis longtemps les esprits des dirigeants français, bien avant 1827. L'amiral Duquesne avait bombardé Alger en 1682 et 1683 sur ordre de Louis XIV, et Napoléon Bonaparte avait aussi envisagé de soumettre Alger.Le vrai poids du coupLe coup d'éventail de Hussein ne pèse que peu dans la balance : la France avait bien des intérêts à franchir la mer Méditerranée, et cet incident ne fait que servir de prétexte pour lancer une intervention militaire déjà planifiée.
- Le débarquement et la conquête militaire éclairLe chef de missionLe comte-général Louis Auguste Victor de Ghaisne de Bourmont est confié par Charles X une armée de 38 000 hommes supérieurement armés, incluant les derniers grognards de Napoléon Ier. Bien qu'il ne soit ni le plus compétent ni le plus célèbre officier, Bourmont est méticuleux et tient un journal détaillé de la campagne.L'opération militaireLe débarquement commence le 14 juin 1830 à 4 heures du matin dans la baie de Sidi Fredj, à 25 km à l'ouest d'Alger. La conquête est foudroyante : Alger est bombardée, le cœur de la vieille ville est rasé, des mosquées vieilles de plusieurs siècles sont détruites.La capitulationLe 5 juillet, soit 3 semaines après le débarquement, Alger capitule. Pendant que les derniers Ottomans fuient, beaucoup de maisons sont investies et pillées, y compris le trésor de la Casbah qui est entièrement volé.Changements politiquesAu même moment en France, Charles X est chassé du trône et remplacé par Louis-Philippe. La France adopte le drapeau tricolore bleu-blanc-rouge et se demande que faire de cette conquête.
- L'hésitation et la décision de coloniser définitivementLe dilemme françaisAprès le départ des Ottomans, la société algérienne se trouve sans direction. Paris hésite : maintenant maîtres du pays, faut-il garder seulement la côte ou pénétrer en profondeur ? Il n'y a quasiment pas d'idée de retrait total, car un simple raid sans installation serait sans intérêt.Les premiers colonsDans le sillage de l'armée débarquent des civils, mais ce ne sont pas des travailleurs honnêtes. Ce sont plutôt des aventuriers querelleurs et souvent ivrognes, clients des nombreux cabarets. C'est un peu le Far-West algérien.La commission d'enquêtePour remettre de l'ordre, Paris lance une commission d'enquête qui recommande une installation définitive. Le 22 juillet 1834, une ordonnance royale officialise la nouvelle politique pour 'les Possessions françaises dans le Nord de l'Afrique'.Statut officielL'Algérie devient officiellement une colonie vivant sous le contrôle d'un gouverneur général rattaché au ministère de la Guerre. Une population 'exogène' s'installe, ce qui pose problème à la population 'indigène' déjà présente depuis des siècles.
- La résistance algérienne et la Première Guerre d'AlgérieContexte algérienL'Algérie compte 3 à 4 millions d'habitants depuis plusieurs siècles, peuples fiers et attachés à leurs coutumes. La foi islamique les unit profondément, et l'Algérie constituait déjà une entité à part au sein de l'Empire ottoman, avec presque une identité nationale.Organisation de la résistanceAprès une période de choc, les chefs des tribus s'organisent en novembre 1832. Une assemblée réunissant les notables de l'ouest algérien confie la direction à la tribu des Hachem, dirigée par Mahi ed Din, qui propose que son fils Abd el-Kader, âgé de 24 ans et doté d'une aura religieuse, dirige les opérations.Les deux mouvements• Abd el-Kader mène la lutte au nom d'une identité algérienne naissante, avec des tactiques de guérilla • Le bey Ahmed de Constantine lève l'étendard de la révolte à l'est mais reste fidèle à l'Empire ottoman • Les deux mouvements ne s'allient jamais malgré leurs objectifs communsDurée et intensitéLa Première Guerre d'Algérie dure de 1830 à 1852, soit 22 ans, avec des moments de pause mais une violence globalement intense. C'est un conflit entre la conquête française et deux résistances algériennes distinctes.
- La férocité de la conquête et les tactiques militairesLes officiers françaisLa Monarchie de Juillet envoie ses officiers les plus expérimentés : Bugeaud, Clauzel, Saint-Arnaud, Lamoricière et Pélissier. Tous sont persuadés que seule la terreur permet de briser les résistances, y compris en s'en prenant aux populations civiles.Les pratiques de guerre• Les razzias : des colonnes mènent des raids soudains qui emportent vivres, grains et bétail, dévastent les habitations et tuent les paysans • Les enfumades : les populations réfugiées dans les grottes sont brûlées ou asphyxiées, femmes et enfants compris • Les viols : pratique généralisée lors des guerres contre les populations civiles • Les décapitations : pratique non secondaire avec compétition pour les primes en fonction des têtes rapportéesStratégie algérienneAbd el-Kader ne cherche pas le combat frontal contre l'Armée d'Afrique bien trop puissante. Il adopte la guérilla en refusant l'affrontement direct, en harcèlant l'ennemi et en entretenant l'insécurité permanente.Respect mutuelParadoxalement, certains officiers français expriment du respect pour leurs ennemis. Le général Saint-Arnaud écrit que les Arabes sont 'de rudes soldats' et que le combat ressemble à 'celui du lion contre le moucheron'. Abd el-Kader devient un symbole pour les générations d'Algériens et au-delà.
- La fin de la résistance et le triomphe de la colonisationLa capitulationIl faut 15 années pour venir à bout de la résistance, en passant par le Maroc voisin pour prendre à revers les troupes de l'Émir en 1844. Bugeaud n'hésite pas à envahir cet État souverain sans déclaration de guerre, bombardant Tanger et Essaouira. En décembre 1847, Abd el-Kader dépose les armes avec des promesses formelles de finir ses jours en terre d'Islam.Le sort des émirsAbd el-Kader est fait otage à Toulon, Pau et au château d'Amboise, contrairement à la promesse. Louis-Napoléon Bonaparte le libère finalement et il va vivre à Damas où il sauve beaucoup de chrétiens. Le bey Ahmed capitule quelques mois après Abd el-Kader.Nouvelles politiques• La Seconde République redouble d'efforts en envoyant massivement de nouveaux colons • Le Second Empire pense asseoir la domination par une politique équilibrée du 'Royaume arabe' • Napoléon III se veut l'Empereur des Arabes mais les colons le méprisentPersistance de la révolteLe peuple algérien n'a pas définitivement déposé les armes. En 1871 éclate la grande révolte kabyle, durement réprimée avec déportation à vie en Nouvelle-Calédonie. La conquête n'est jamais réellement achevée à 100 pourcent, mais elle est officiellement terminée en 1852.
- L'accaparement des terres et le drame humainLe processus de colonisationAprès la victoire militaire, il faut passer de la domination politique à la prise de possession concrète des terres pour leur exploitation. L'Algérie est présentée comme une terre hospitalière et nourricière aux portes du continent pour attirer des migrants européens.Les mensonges fondateurs• Les terres sont présentées comme d'une fertilité inouïe, un véritable Eldorado, alors que ce n'est pas le cas • On fait croire aux gens que ces terres sont libres parce que les fellahs ne peuvent plus présenter de titres de propriété • On applique le Code forestier français qui empêche les pratiques séculairesLes premiers colonsDurant les 15 premières années, les colons sont surtout des Espagnols, Maltais, Italiens et Allemands : les Français sont minoritaires. Ce ne sont pas des gens riches mais des déracinés jetés par la misère, par familles entières, espérant une vie meilleure.Les conditions réellesÀ l'arrivée, la désillusion est amère : les lieux ne sont pas préparés, sans bétail, semences ni outils. Certaines familles se réfugient dans des grottes. En l'absence de médecins, les maladies, fièvres et choléra emportent par dizaines de milliers, environ un sur dix meurt.
- Le bilan humain cataclysmique et l'héritage mémorielLes victimes algériennes• Massacres, razzias et enfumades contre les populations civiles • Famines de masse et exil forcé de centaines de milliers de familles privées de ressources • Maladies inconnues qui débarquent avec les Européens • Perte des terres cultivées et impossibilité de vivre ou même de survivreLes victimes européennesBeaucoup de migrants européens croient à l'Eldorado mais découvrent un calvaire : épidémies, conditions de vie épouvantables, marches harassantes et brutalités des officiers. Un sur dix meurt également.Les combattantsLes soldats français, qui n'avaient pas tous demandé à partir en Algérie, subissent aussi les épidémies et les conditions horribles. Victor Hugo note en 1852 que cette armée est 'faite féroce par l'Algérie'.Mémoires divergentesPendant 6 régimes successifs, les enfants de France apprennent que Bugeaud était le pacificateur et brave homme, tandis que les enfants d'Algérie ont une autre version : leur mère les menace en disant 'Si tu n'es pas sage, je vais appeler Bouchou'. Le héros des uns est le monstre des autres.
- Les questions pour la suite et annonce des épisodes suivantsEnjeux citoyensAuront un jour les Algériens la même citoyenneté et les mêmes droits que les Européens ? Comment gérer ces différences, notamment religieuses ?Infrastructures et vie quotidienneLes Français ont-ils vraiment construit beaucoup d'infrastructures ? Comment était la vie au quotidien dans cette 'Algérie colonisée' ? Les colons eux-mêmes adopteront-ils des coutumes locales ?Format de la sérieCet épisode est le premier d'une série de trois sur l'Algérie. Le deuxième traitera de 'l'Algérie française', c'est-à-dire l'Algérie rattachée à la France. Le dernier expliquera comment l'Algérie s'est décolonisée.Promesses et conclusionL'auteur promet zéro polémique et un maximum de recul et de distance avec différents auteurs, relecteurs et sources. Les réponses aux questions seront données au prochain épisode.




