Contemporary era/3 fraudes archéologiques made in France !
3 fraudes archéologiques made in France !

3 fraudes archéologiques made in France !

Nota Bene23 minAug 19, 2024
4 chapters
  • Jacques Boucher de Perthes et la découverte de la Préhistoire(1'049'21)
    Jacques Boucher de Perthes est né en 1788 à Perthes dans les Ardennes. Il a d'abord poursuivi la carrière de son père en devenant directeur des douanes à Abbeville. Il a publié près de 60 volumes au cours de sa vie, dont plusieurs pièces de théâtre qui n'ont pas eu de succès.
    • Son amitié avec le docteur Casimir Picard l'a initié à l'archéologie • Il a fondé le musée d'Abbeville et de Ponthieu avec Picard • À partir de 1837, il a lancé ses propres fouilles sur le site de la Portelette • Il a découvert des haches polies et des céramiques sous plus de 8 mètres de tourbe
    En 1842, des outils taillés ont été découverts à Menchecourt-lès-Abbeville à côté d'ossements de mammouths du Pléistocène, datant d'au moins 11 700 ans à 2,58 millions d'années. Boucher de Perthes a mis en place la méthodologie d'association stratigraphique, révolutionnant la datation de l'apparition de l'homme sur Terre.
    • En 1863, une mandibule humaine a été découverte sur le site du Moulin Quignon • Boucher de Perthes avait offert une prime de 200 francs pour tout vestige humain trouvé • Un comité franco-britannique a conclu que la mandibule était un faux, probablement enfoui par un ouvrier cherchant la prime • Cette fraude a mené à la mise en place de critères d'authenticité plus stricts
  • Jean-Pierre Dissard et la Serpe d'or du Pape des Druides(9'2115'57)
    Le Puy-de-Dôme est connu au 19e siècle pour ses nombreux tumuli, des tertres artificiels élevés au-dessus des tombes anciennes. En 1876, le Dr Coste découvre un tumulus particulièrement volumineux de 5 mètres de haut et 40 mètres de diamètre, bordé d'un fossé de 5 mètres de large.
    Jean-Pierre Dissard est un chanoine prébendé à la cathédrale de Laval, républicain convaincu et presque en rupture avec sa hiérarchie. Il veut démontrer que sa lignée remonte à l'époque gallo-romaine, affirmant que le druide suprême du tumulus serait son ancêtre, le Pape des Druides.
    • Dissard envoie une serpe d'or au Musée des Antiquités Nationales, prétendument du chef des druides • Jean Pagès Allary, président de la Société Préhistorique Française, défend l'authenticité de l'objet • Ernest Chantre, un savant lyonnais, s'oppose à Allary et remet en question toutes ses fouilles • Les deux savants proposent un duel archéologique sur le tumulus, mais le propriétaire refuse les fouilles
    Tous les objets de la collection Dissard se révèlent être des faux fabriqués entre la fin du 19e et le début du 20e siècle. Le but n'était pas le profit, mais uniquement idéologique et personnel : Dissard voulait donner de fausses origines à sa famille et combler son désir de grandeur. Le tumulus lui-même n'était qu'une motte médiévale sans intérêt archéologique.
  • Glozel : le site qui fait toujours débat(15'5722'37)
    En 1924, Émile Fradin et son grand-père découvrent des objets étranges en labourant un champ à Glozel, petit hameau de l'Allier. Au fil des années, près de 3 000 objets sont découverts : outils en pierre, poteries, haches polies, harpons, représentations de rennes, et surtout des tablettes d'argile gravées d'une écriture bizarre.
    • Les outils en pierre renvoient de 20 000 à 15 000 avant notre ère • Les poteries datent du Néolithique, de 6 500 à 6 000 avant notre ère • Les tablettes datent de 1 000 avant notre ère à peine • L'écriture mystérieuse ressemble au phénicien, bien que Glozel soit à 3 000 km de la mer
    En 1927, une commission internationale présidée par l'archéologue britannique Dorothy Garrot conclut que tous les objets sauf quelques silex et céramiques authentiques sont faux. La famille Fradin est attaquée en justice pour escroquerie, car elle faisait payer 4 francs la visite de son musée privé.
    • La Nouvelle Droite des années 60 à 90 récupère l'affaire Glozel pour appuyer ses théories sur les origines européennes • Ils voient dans l'écriture pseudo-phénicienne une preuve que l'écriture a été inventée par des peuples blancs d'Europe • Des fouilles supplémentaires en 1995 confirment qu'il n'y a pas de site archéologique réel • Le sol est tellement acide qu'aucun ossement ne pourrait s'y conserver, et seuls des fragments de vases romains ont été retrouvés
  • Conclusion : les fraudes collectives(22'3723'53)
    Les trois fraudes partagent une constante : aucune n'est possible grâce au seul talent du faussaire. On ne peut pas non plus simplement condamner l'incompétence d'un seul archéologue. À chaque fois, ces fraudes débouchent sur des constructions collectives impliquant la communauté scientifique et le contexte social.
    • Une mandibule déposée par des ouvriers alléchés par une prime • Un chanoine qui entraîne les savants dans son délire personnel et identitaire • Une communauté qui récupère un faux site pour appuyer ses théories politiques et culturelles • Des intérêts de musées, de rivalités académiques et de désirs de grandeur personnelle
    C'est ensemble qu'on peut se raconter les meilleurs mensonges. Les fraudes archéologiques ne sont jamais isolées, mais s'inscrivent dans des contextes collectifs où interviennent l'imaginaire, les rivalités savantes et les enjeux identitaires.
    Il existe un lot de consolation : c'est aussi ensemble, par un travail scientifique commun, qu'on peut finir par déceler la vérité historique. La mise en place de critères d'authenticité plus stricts et l'utilisation de nouvelles techniques comme la thermoluminescence permettent de démontrer les fraudes.