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Le film le plus sanglant sur les Mayas - Apocalypto est-il réaliste ?

Le film le plus sanglant sur les Mayas - Apocalypto est-il réaliste ?

Nota Bene32 minJan 20, 2025
20 chapters
  • Introduction et contexte du film Apocalypto(0'003'44)
    Apocalypto combine les éléments d'un film d'horreur et d'histoire, avec des scènes de kidnapping, meurtres, traques et beaucoup de sang.
    Mel Gibson maîtrise la technique cinématographique et crée une tension perpétuelle à travers une caméra embarquée dans un mouvement constant, comme un engrenage ou un cycle mortel.
    Au-delà d'un simple film historique, Apocalypto présente une vision philosophique de l'histoire humaine où Gibson explore le concept de cycle destructeur et de progression civilisationnelle.
    • Film tourné entièrement en langue maya des Basses Terres • Tournage en jungle avec pluies diluviennes retardant la production • Premier grand blockbuster à utiliser une langue mésoaméricaine autochtone
  • Contexte historique et controverse du film(3'448'07)
    • Les Conquérants (1917) de Cecil Blount DeMille • Les rois du soleil de John Lee Thompson avec Mayas fantasmés • Nuevo Mundo (1978) utilisant des répliques en langue indigène • La otra conquista se concentrant sur l'évangélisation • Mission de Roland Joffé offrant un point de vue des deux camps
    Le cinéaste Juan Mora Catlett accuse Apocalypto de plagier des scènes entières de son film de 1990 'Retour à Aztlan', un film en langue nahuatl élaboré en collaboration avec l'Université de Mexico et l'Institut National d'Anthropologie et d'Histoire.
    • Accusations de véhiculer des stéréotypes • Soupçons au Guatemala que le film soit ouvertement raciste • Sentiments d'humiliation et de moquerie parmi les descendants des Mayas
    Le film a catalysé une dynamique positive avec plus de langues mésoaméricaines dans les productions cinématographiques majeures, incluant des films comme Ixcanul, La llorona, Roma, Hernán et Prey de 2015 à 2022.
  • Représentations linguistiques et nominatives des personnages(8'0710'02)
    • Distinction entre maya des Hautes Terres (maya tzeltal) et des Basses Terres (maya yucatèque) • Acteurs d'autres origines (Rudy Youngblood avec origines Yaqui, Comanches et Cree) ayant du mal avec l'accent yucatèque • Locuteurs natifs trouvant l'accent insuffisant dans le film
    Les personnages utilisent des noms combinatoires inspirés de vrais noms mayas comme K'inich Janaab' Pakal qui signifie 'Bouclier Solaire Fleur', créant des noms comme 'Patte de jaguar', 'Ciel de Silex' et 'Nez courbé'.
    Le méchant nommé 'Zéro Loup' utilise un système de noms numérotés typique des Aztèques (Mexicas) du plateau central, non des Mayas du Yucatán où le zéro ne s'utilise pas seul mais pour signifier l'absence d'unité.
    Les auteurs ont privilégié l'impact esthétique ('Zéro Loup c'est stylé, ça fait méchant') sur l'authenticité historique, tandis que 'loup' n'aurait pas le même impact que jaguar, coyote ou la mort elle-même chez les Mayas.
  • Stéréotypes et représentations culturelles des Mayas(10'0213'03)
    • Mayas transformés en guerriers sauvages poussant de grands cris et des éclats de rire • Visages percés d'os bruts au lieu de pierres précieuses, jade et coquillages • Chefs portant des mâchoires humaines sales à l'épaule • Musique réduite à de la grosse percussion basique
    Le scénario sépare les Mayas 'civilisés' de la cité des Mayas 'primitifs' du village, présentant les villageois comme sales, peu évolués et obsédés par la reproduction.
    • Les Mayas étaient très propres avec des systèmes d'acheminement d'eau développés • Utilisation quotidienne de bains et bains de vapeur par tous • La saleté des Espagnols les a extrêmement choqués lors de leur rencontre
    Gibson utilise les difformités et physiques atypiques pour créer du malaise, notamment avec un shaman manchot présenté de manière grotesque, réduisant les couleurs du village contrairement à la cité resplendissante.
  • Géographie, faune et environnement naturel(13'0314'37)
    • Cenotes de la péninsule du Yucatán présents dans le film • Grottes avec eaux mélangées douces et salées représentées correctement • Jungle dense et paysages naturels fidèles à la région
    • Cours d'eau beaucoup plus rares dans la région que ce qui est montré • Film tourné près de Veracruz à 200 km des zones mayas concernées • Scénario entassant fleuve, océan, cité, village et jungle dans un petit espace
    • Bien représentés : grenouilles venimeuses, tapirs, fourmis, jaguars • Manquants : crocodiles dans le fleuve et iguanes qui pullulent côtiers • Jaguar symbolique comme animal-totem du héros avec pertinence historique (grade militaire jaguar chez les Mexicas)
    Le jaguar était animal nocturne aquatique important chez les Mésoaméricains, présent dans les grades militaires, offrandes de tombes et symbolisant la puissance nocturne et aquatique.
  • Architecture et structures de la cité maya(14'3716'18)
    • Temples en travaux fidèles à l'architecture maya avec enduits de chaux • Aristocrates couverts de jade sur chaises à porteur • Couleurs plus présentes : peintures rouges de cochenilles et parures de plumes • Ajaw (seigneur maya) correctement porté, ne touchant pas le sol
    Les grandes cités mayas ont été progressivement abandonnées 5 siècles avant l'époque du film, avec débat continu sur les raisons : affrontements entre cités-états, instabilité économique, causes écologiques ou combinaison de tous.
    • Cités ensevelies de façon rituelle avec temples recouverts sur plusieurs dizaines de centimètres à 1m de terre • Offrandes d'abandon laissées sur place pour sceller le lieu • Pas un départ précipité lié à invasion subite
    Une cité maya aussi densément peuplée est impensable à cette époque, bien que Gibson vise à montrer la grandeur, splendeur et puissance, c'était plus le cas à d'autres moments de l'histoire maya.
  • Armements et équipements guerriers(16'1817'18)
    • Macuahuitl (épées d'obsidienne à deux tranchants) : typiques des Mexicas, non des Mayas • Propulseurs : utilisés principalement sur le plateau central, inadaptés à la jungle dense du Yucatán • Obsidienne : matériau rare et cassant qui ne fait pas long feu au combat
    • Lances à pointe en pierre • Arcs et frondes • Sarbacanes • Hachettes et poings américains avec silex (probablement objets rituels excentriques)
    La roche volcanique et les grands espaces pour tirer de loin concernent principalement les Mexicas du plateau central, pas le Yucatán où l'épaisse jungle sans visibilité rendrait un propulseur inutile.
    Les guerriers sont dépourvus de boucliers, une omission majeure dans la représentation militaire maya où les défenses étaient importantes.
  • Glyphes et écriture maya dans le film(17'1818'40)
    Les glyphes visibles sont trop simplistes comparés aux véritables glyphes de Palenque, présentés comme signes uniques et isolés, trop dépouillés pour représenter correctement l'écriture maya.
    L'écriture maya se compose de 700 à 800 signes, où la plupart des mots combinent 2 ou 3 signes imbriqués les uns dans les autres, pas des signes isolés.
    • Traits et points représentent des chiffres dans le film • Chiffres et signes se combinent pour écrire des dates • Six ou sept lignes de chiffres d'affilée sont réservées aux almanachs ou livres de divination
    Gibson a caché de nombreux plans de profil des personnages dans le film, imitant les représentations mayas toujours de profil avec nez typique, envisageant même des nez en silicone pour les acteurs.
  • Le temple et ses caractéristiques architecturales(18'4020'12)
    Le temple a une silhouette verticale typique des Hautes Terres guatémaltèques comme Tikal, alors que les Basses Terres devraient avoir une forme carrée et aplatie comme Palenque, Tulum ou Chichen Itza.
    • Façades inspirées d'Uxmal • Détails de Chichen Itza, notamment les crânes embrochés à la verticale • Crânes découverts archéologiquement sur ce site spécifique
    Le temple représente probablement Chac, dieu de la pluie, avec nez serpentin, forme de moustache, dents apparentes et yeux globuleux, inspiré par une statuette du Metropolitan Museum of Art.
    Gibson crée une composition cinématographique hybride piochant dans différentes sources mayas, faisant un 'joyeux mélange' plutôt qu'une représentation historiquement cohérente.
  • Divinités, cultes et confusion religieuse(20'1220'49)
    Les sacrifices sont adressés à Kukulkan, équivalent du dieu nahua Quetzalcoatl (serpent à plumes, dieu du vent), alors que le prêtre porte les attributs de Chac (dieu de la pluie) - deux divinités sans lien direct.
    À Chichen Itza existe un vrai temple à Kukulkan avec plan carré parfait, marches et gradins pensés selon le calendrier et les niveaux de l'inframonde maya, contrastant avec la création cinématographique.
    • Mayas sont polythéistes avec très large panthéon • Ek Chuah : divinité de la guerre, des marchands et du cacao • Arbre Ceiba : au centre du monde maya • Rituels quotidiens vénérant différentes divinités
    Gibson concentre tous les rituels complexes dans une seule séquence impactante avec architecture atypique, décors monstrueux et le nom Kukulkan, créant du 'grand cinéma percutant' sans sens historique réel.
  • L'éclipse solaire et les connaissances astronomiques(20'4923'42)
    Beaucoup de critiques ont condamné l'éclipse solaire comme facile et insultante pour les Mayas, une civilisation à la pointe de l'astronomie capable de calculer les éclipses à l'avance.
    La foule semble surprise mais nous aussi serions surpris sans bulletins d'infos; sans expertise technique, calculer la prochaine éclipse est difficile, et si elle se déroule lors d'un rituel religieux intense, la réaction serait similaire.
    Les prêtres ne semblent pas surpris et se sourient même, ayant fait leurs calculs, suggérant une critique de Gibson des élites réservant expertise et savoir pour surfer sur les peurs d'un peuple ignorant.
    Gibson lie l'éclipse à l'apaisement de Kukulkan via une logique flue : si les divinités s'affrontent et sont liées à l'ordre cosmique, et si Quetzalcoatl joue un rôle dans la création solaire nahua, pourquoi pas Kukulkan maya.
  • Pratiques de sacrifice et contexte mésoaméricain(23'4225'28)
    • Sacrifices existaient bien chez les Mayas mais pas à la chaîne comme dans le film • Sacrifices en chaîne sont plutôt mexicas (aztèques) • Pratique réelle chez les Mayas mais différente en échelle et contexte
    • Analyses dentaires révèlent que les victimes sacrifiées ont eu un régime nahua longtemps avant leur mort • Soit elles vivaient à Teotihuacan depuis toujours, soit elles y restaient plusieurs années avant d'être sacrifiées • Un quartier maya complet découvert à Teotihuacan montre contacts réguliers commerce et guerre
    Les prisonniers de guerre mayas à Teotihuacan étaient curieusement valorisés : le sacrifié et son ravisseur pouvaient entretenir un lien particulier et s'appeler 'père' et 'fils'.
    Selon Tzvetan Todorov : 'les Mésoaméricains, la civilisation du sacrifice, rencontrent les Espagnols, la civilisation du massacre' - une dichotomie définissant les deux approches de la violence.
  • Rituels, préparation et symbolique des sacrifices(25'2826'16)
    • Les victimes étaient souvent couvertes de peinture, plus souvent blanche qu'en bleu • Variantes selon l'occasion de la cérémonie • La victime pouvait reproduire un sacrifice divin, devenant le dieu avec valeur supplémentaire • Pendant plusieurs jours, la victime était bien nourrie et traitée comme un roi
    Le mot ixiptla désigne l'image du dieu, pouvant être un codex, une statue, la victime elle-même ou l'officiant l'incarnant, créant une ambiguïté symbolique au cœur du rituel.
    • La poitrine était tranchée sous la cage thoracique pour extraire le cœur palpitant • Le cœur était brûlé en offrande • La tête avait valeur particulière et était conservée
    Dans les croyances mésoaméricaines, le soleil et Chac avaient besoin du sang des sacrifiés pour assurer leur parcours dans le ciel - c'est la contrepartie du don des dieux permettant un monde durable.
  • Tzompantli et conservation des crânes(26'1627'17)
    • Tzompantli : râteliers de crânes chez les Mexicas • Le tzompantli de Mexico contenait 650 crânes d'hommes, de femmes et d'enfants • Sources espagnoles longtemps vues comme exagérées mais preuves archéologiques confirmées
    Moins impressionnant chez les Mayas mais illustrations et tombes prouvent que le crâne était très mis en avant dans leur culture.
    • Passage plus souvent par les tempes, plus fragiles que le sommet de la boîte crânienne • Brochettes de Mexicas hachés percées sur le côté • Alternance avec têtes de cervidés entre les crânes humains
    Lors de la défaite espagnole du 30 juin 1520, chevaux subissaient le même sort de tzompantli, alignés avec têtes de cerfs, d'autochtones et d'Espagnols, tous sur le même râtelier de crânes.
  • Écorchement et pratiques rituelles extrêmes(27'1728'05)
    L'éviscération et l'habillage avec la peau du sacrifié existaient bien, mais c'est plutôt une pratique mexica que maya.
    • Xipe Totec signifie 'Notre seigneur l'écorché' • Dieu souvent représenté vêtu d'une peau humaine • Poignets et jambes du mort ballant sur les côtés du vêtement
    Pratique aussi médicale : utilisée pour soigner les maladies de peau ou aider à maigrir, le port du cuir de cadavre frais supprimant l'appétit pendant quelques jours.
    C'est radical et ça marche : porter du cuir de cadavre frais pousse à manger peu pendant plusieurs jours, une solution extrême mais documentée historiquement.
  • Vision philosophique de Gibson sur l'histoire(28'0529'31)
    Dans le making-of, Gibson parle de concepts d'enfer, paradis et damnation - complètement hors-sol pour parler des Mayas où vie et mort sont influencées par la date de naissance.
    • Pour La passion du Christ, Gibson a déclaré vouloir que ce soit choquant et extrême • Il voulait pousser les spectateurs à bout • Même approche dans Apocalypto : plaque ultra-violence sur les Mayas
    Gibson a une vision pessimiste de l'histoire où l'humanité est prise dans un engrenage infernal et un cycle destructeur - pas de sauvage primitif se civilisant grâce au progrès, au contraire plus on est civilisé plus on justifie la violence de masse.
    Gibson reprend le 'mythe du bon sauvage' datant de l'époque du film, par navigateurs comme Pedro Alvares Cabral et Jacques Cartier, passé aux philosophes des Lumières comme Diderot et Rousseau.
  • Progression narrative et escalade de la violence(29'3130'15)
    • Début : tuer l'animal pour sa chair • Humiliation de l'homme sans virilité • Guerre frappe le village • Captifs jugés encombrants jetés dans le vide
    La mort cesse d'être militaire ou accidentelle : des élites politiques la systématisent et l'instrumentalisent pour un sacrifice populaire dément.
    À la fin, les survivants sont tués sans raison, pour le plaisir, avant d'être amassés dans d'immenses charniers.
    Plus le film avance, plus la civilisation est avancée, plus l'horreur augmente - à la fin, la vie humaine individuelle est dépouillée de toute valeur, culminant avec l'arrivée de l'Européen et le 'super prédateur final'.
  • Héros, survie et rencontre finale(30'1530'34)
    Patte de Jaguar refuse de rester une proie et affronte tous ses prédateurs, montrant une résistance individuelle face au système oppressif.
    Happy end de façade : le héros réunit sa famille et espère fuir, mais tombe sur le super prédateur final - l'Européen.
    Arrivée d'une violence encore pire : le génocide et la 'civilisation du massacre' européenne face à la 'civilisation du sacrifice' mésoaméricaine.
    Le film illustre la vision de Gibson où le progrès = cruauté : le héros fuit la civilisation, se place à rebours du progrès, remonte le temps pour rejoindre le noyau familial originel disparaissant dans la jungle comme Adam et Eve au jardin d'Eden.
  • Critique finale et ambiguïté artistique(30'3432'08)
    Gibson ne dédouane pas le film de ses clichés et erreurs historiques nombreuses, mais les erreurs paraissent accidentelles voire volontairement placées au service d'un propos plus général.
    • Gibson instrumentalise l'histoire de manière très maladroite • Semble raciste et plaque sa vision chrétienne du Péché et du Salut sur une réalité historique sans lien • Critique les sources alternatives qui offrent contexte artistique du réalisateur
    Au-delà de la maladresse, le fond du discours de Gibson reste la critique de la domination, des conquêtes, de la violence et des élites corrompues - propos légitime malgré l'exécution problématique.
    Gibson baptise son film Apocalypto, croyant que cela veut dire 'Nouveau Commencement', comme si l'histoire devait retourner en arrière pour annuler le grand gâchis du progrès - l'unique espoir face au système restant la fuite et recommencer ailleurs.
  • Conclusion et questionnement final(32'0832'38)
    Question du début sur le cinéma monte d'un cran : en histoire, êtes-vous plutôt fleur bleue ou rouge sang ? Marche vers le progrès ou cycle destructeur ?
    Apocalypto ne peut pas être jeté à la poubelle : le film mérite analyse nuancée distinguant le vrai du faux, même si ses erreurs historiques sont nombreuses.
    Bien que maladroit, Gibson plaque sa vision du monde sur un peuple qui ne demandait rien, mais son intention critique des élites, domination et violence reste valide même si exécution problématique.
    Chacun doit déterminer sa propre vision : célébration du progrès ou avertissement sur son coût destructeur - Apocalypto force cette question fondamentale à travers histoire et cinéma.