
Danton : TRAITRE corrompu ou MARTYR de la Révolution française ?
Danton en fait, c'est le mec sympa, c'est le bon vivant, franc du collier, c'est la victime innocente de la Révolution.
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- Introduction et paradoxe de DantonPersonnages sympathiquesCertaines figures historiques comme Mozart, Einstein ou Marie Curie sont universellement aimées, alors que d'autres leaders comme César, Napoléon ou Churchill ont des côtés sombres malgré leurs accomplissements.Réputation de DantonDanton est perçu comme le bon vivant, franc du collier et victime innocente de la Révolution, contrairement à Robespierre réputé froid et cruel.La complexitéMalgré sa corruption connue en plein contexte révolutionnaire, Danton a été largement pardonné, ce qui contraste avec Robespierre qui avait aussi des qualités et des défauts.Approche de l'analyseL'objectif n'est pas de faire un procès mais de dresser un portrait nuancé de ce personnage historique complexe.
- Origines et débuts professionnels de DantonNaissance et familleNé en 1759 à Arcis-sur-Aube en Champagne, Danton est fils d'un procureur de bailliage, un fonctionnaire judiciaire subalterne placé socialement sous les avocats, contrairement à Robespierre dont le père était avocat.Enfance et formation• Orphelin de père dès trois ans, il grandit dans un foyer aimant avec soutien financier stable grâce au remariage de sa mère • Étudiant passable à Troyes avec une réputation de bon vivant et de courage physique • Se destine au droit pour marcher sur les pas de son père et le dépasserInstallation à ParisÀ 20 ans en 1780, il devient clerc d'un procureur au Parlement de Paris où il rencontre Gabrielle Charpentier, fille d'un aubergiste limonadier aisé.Investissement personnelEn 1784 il s'inscrit comme avocat à Reims, puis avec l'aide financière du père de Gabrielle, il réunit 78 000 livres pour acheter une charge d'avocat aux Conseils du roi, lui offrant une belle clientèle et un début de carrière prometteur.
- Prise du pouvoir pendant la RévolutionIndifférence initialeJeune avocat fraîchement installé, marié et endetté, Danton ne participe pas aux événements pré-révolutionnaires comme les États Généraux ou la rédaction des cahiers de doléances.Engagement tardifCe n'est qu'après le 14 juillet 1789 qu'il prend conscience d'un vrai changement et décide de prendre le train en marche en s'autoproclamant capitaine de la milice bourgeoise de son quartier.Premier échec politiqueLe lendemain de la prise de la Bastille, il se rend à la forteresse pour arrêter son nouveau gouverneur, mais La Fayette balaie aussitôt sa tentative, qui s'avère être un beau raté.Ascension par les districts• À l'automne 1789, il devient président du district des Cordeliers, bastion révolutionnaire de la rive gauche • S'y fait de nombreux amis durables notamment Camille Desmoulins • Devient un tribun écouté mais aussi figure ambigüe aux actes improvisés sans stratégie politique bien réfléchie
- Influence croissante et premières accusationsRéputation ambivalenteDanton défend les causes radicales comme le journaliste Marat contre le tribunal du Châtelet et affronte même la garde nationale, ce qui lui fait une réputation de tribun écouté mais aussi figure ambigüe.Premières rumeursComme le travail ne va pas fort, des rumeurs courent sur la corruption : comment subvient-il à ses besoins ? Est-ce qu'il ne serait pas corrompu pour pouvoir parader en ville ?Changement d'attitudeEn 1790 quand il est élu à la Commune de Paris, celui qui était très radical dans son district devient soudain beaucoup plus souple et discret, devant mettre de l'eau dans son vin.Contexte politiqueL'Assemblée nationale constituante cherche à établir une monarchie constitutionnelle avec Louis XVI, ce qui pose des questions fondamentales quand le roi refuse clairement la Constitution et tente de fuir en juin 1791.
- Débat sur la royauté et exil en AngleterrePosition révolutionnaireAu club des Jacobins, Danton fait clairement entendre que le roi doit être remis en question et qu'il faut réfléchir à une nouvelle constitution, certains parlant même de République.Décision de l'AssembléeL'Assemblée nationale constituante décide de maintenir le roi dans ses fonctions, ce qui provoque une division au sein de la classe politique.Fuite et réputationTrop dissident, Danton doit fuir en Angleterre, mais paradoxalement cela lui donne une réputation de patriote et pas de traître.Retour politiqueQuand il rentre à Paris au début 1792, il devient substitut du procureur à la Commune de Paris, un poste clé dans la vie de la capitale.
- La guerre et l'insurrection du 10 août 1792Double coup de bluff• Les Girondins et Louis XVI se sont mis d'accord pour aller défoncer l'Autriche • Si la France perd, le roi sait que l'Autriche lui rendra ses anciens pouvoirs royaux • Les Girondins suivent le mot d'ordre de Brissot qui veut piéger Louis XVI en prouvant sa traîtrise s'il aide trop l'AutricheÉvolution de la criseLes premiers mois de la guerre sont défavorables à la France et Louis XVI oppose son véto aux mesures d'urgence, ce qui fait perdre confiance à la population parisienne.Rôle de DantonEn tant que président de la section radicale du Théâtre français, Danton organise des pétitions et prépare l'insurrection, sans participer physiquement aux combats du 10 août mais en faisant beaucoup pour le renversement.Ascension ministérielleUne grande majorité de députés le désigne pour être ministre de la justice, logique pour un avocat et figure populaire liée à l'insurrection mais qu'on pense pouvoir contrôler.
- Ministre de la Justice et massacres de septembreDiscours d'audaceFace à la guerre qui tourne mal, Danton prononce un célèbre discours appelant les Français à de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace.Interprétation sanglanteLes Parisiens donnent à cette audace un goût de sang en envahissant les cellules des prisonniers aristocrates par crainte de complots et en massacrant tout le monde : nobles, prêtres et même prisonniers de droit commun.Position ambigüe de DantonReprésentant de la Justice, Danton attend que la violence se calme sans intervenir, ce que les partisans de Brissot lui reprocheront alors qu'eux-mêmes ne faisaient pas grand chose.Élection à la ConventionLe même mois de septembre, Danton est triomphalement élu à la Convention grâce à ses discours de tribun qui en font un homme clé de l'Assemblée, plébiscité par la capitale.
- Divisions politiques et vote contre le roiPrincipaux courants• Les Brissotins ou Girondins de Brissot : autrefois extrémistes, maintenant modérés après avoir atteint l'objectif de renverser le roi • La Montagne : parti de Robespierre et Marat, proche des clubs parisiens et de la commune insurrectionnelle • La Plaine ou le Marais : les députés indécis au milieuPositionnement de DantonDanton galère dans ce découpage car il a été Girondin autrefois et voudrait canaliser l'énergie populaire de la Montagne pour réconcilier les deux camps, ce qui est impossible.Basculement politiqueIl finit par basculer du côté Montagne en jouant un coup impensable : il demande que la mort de Louis XVI ne soit pas votée à la majorité absolue mais à la majorité simple, devenant un acteur crucial de la décision finale.Radicalisation du pouvoir• Au printemps 1793, il pousse à la création d'un Tribunal révolutionnaire pour réprimer la contre-révolution • Il crée aussi le Comité de salut public constitué de quelques députés, et en devient l'un des hommes clés en avril 1793 • Ces créations transforment profondément la Révolution mais Danton ne conserve ces positions que jusqu'en juillet
- Accusations de corruption et marginalisationProblème de réputationLa corruption de Danton devient légendaire et même les spécialistes d'aujourd'hui ont du mal à distinguer le vrai du faux et les rumeurs infondées.Accusations multiples• Est-ce que Danton a été corrompu par Mirabeau, La Fayette, le duc d'Orléans, le roi de France, et les Anglais à la fois ? • L'origine de son enrichissement pose question mais parfois ça ne colle pas avec ses actes, comme quand il facilite la mort du roi • Comparé à Robespierre l'incorruptible, Danton incarne une classe politique pour qui l'enrichissement personnel a fait partie du jobRumeurs compromettantesLors d'une mission en Belgique, Danton fréquente le général Dumouriez proche des Girondins, qui passe soudain à l'ennemi, ce qui le rend suspect par association avec tous ses proches.Construction de l'imageSes adversaires vont utiliser tout ça pour en faire une idole pourrie, un grand monsieur certes mais qui symbolise une révolution enlisée dans les compromis et la corruption.
- Retrait politique et mouvements indulgentsÉpuisement politiqueÀ l'été 1793, Danton est à bout de souffle politiquement, quitte le Comité de salut public et refuse d'y retourner même après réélection.Nouvelles dominantesLa place est désormais dominée par Carnot, Barère, Saint-Just, Couthon, Billaud, Collot et Robespierre, tandis que le retrait de Danton fait jaser sur sa dépression après la mort de son épouse.Position stratégiqueLe plus probable est que Danton voulait se refaire une santé pendant que d'autres prenaient les coups à sa place, tout en continuant à s'exprimer par lui-même et par ses amis comme Camille Desmoulins dans son journal Le Vieux cordelier.Alliance contre Hébert• À l'automne 1793, Danton, Desmoulins et le Comité s'allient pour accuser les ultra-révolutionnaires Hébertistes de complot contre-révolutionnaire • Les Hébertistes appelaient à toujours plus de répression et ils en obtiennent : leur exécution • Cette alliance est provisoire et Danton reste menacé, les spécialistes l'appellent alors un indulgent
- Procès et condamnation à mortMise en accusationÀ peine le cadavre d'Hébert est-il froid que Danton et ses proches sont mis en accusation par le Comité de salut public et le Comité de Sûreté générale, Robespierre virant complètement après l'avoir défendu.Logique du rééquilibrageIl faut rétablir l'équilibre politique : la droite est contente de la mort d'un ultra, maintenant il faut nourrir la gauche avec la tête d'un indulgent pour maintenir l'équilibre.Méthode de l'amalgame• On regroupe des gens divers et on imagine un complot monté de bric et de broc pour les accuser en groupe • Danton est mouillé à cause de l'article d'untel ou l'embrouille financière d'un autre • Pas besoin de preuve contre lui personnellement puisque c'est tout un groupe qu'on accuse • Tous savent que ce procès est politiqueExécution de Danton• Danton le tribun prouve qu'il en a encore dans le bide en plaidant, se défendant et parlant sans arrêt, ce qui pourrait retourner le jury • Le Comité demande à la Convention de voter d'urgence l'exclusion des accusés de leur propre procès • Incapable de se défendre, Danton est condamné à mort et guillotiné le 5 avril 1794 • Il aurait déclaré au bourreau : Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine ! Une belle punchline qui va marquer les mémoires
- Héritage historique et débats historiographiquesRéactions immédiates• Pour certains révolutionnaires, la mort de Danton est la goutte de trop et ils la reprochent à Robespierre, condamné à mort en juillet suivant • Avec la mort de Danton, la Révolution prend un virage à droite et on réhabilite certaines figures du mouvement indulgent comme Camille Desmoulins • Danton n'est pas réhabilité car trop associé aux massacres de Septembre et à la répressionParadoxe de son classementCondamné car trop modéré pour l'année 1794, Danton n'est pas réhabilité car trop terroriste pour l'année 1795, ce qui le rend difficile à situer et à classer.Historiographie du 19e siècle• Au 19e siècle, l'historien Alphonse Aulard réhabilite Danton pour en faire une figure tutélaire de la Troisième République • Son propre élève Albert Mathiez prend le contrepied en favorisant Robespierre et en fondant la Société des études robespierristes • Mathiez consacre une bonne part de son œuvre à démolir DantonTravaux récents• Les historiens prennent leurs distances et Danton fait moins couler d'encre que Robespierre • En 2016 sort un excellent ouvrage collectif appelé Danton, le Mythe et l'histoire, un bouquin nuancé pour des débats enfin apaisés • Le livre a même été édité par des membres de la Société des études robespierristes, témoignant d'une réconciliation historiographique





