
Les Sex-shops de nos arrières-grands-parents
8 chapters
- Introduction aux sex-shops historiquesContexte contemporainLes sex-shops modernes sont généralement situés près des gares dans les grandes villes, caractérisés par des néons vifs.Existence historiqueCes boutiques existaient déjà au 19e siècle, vendant des contraceptifs, accessoires sexuels, remèdes pharmaceutiques, ouvrages et photographies érotiques.Sources documentairesLes procédures judiciaires conservées aux archives permettent de redécouvrir qui, quand, comment et pourquoi on entrait dans les sex-shops à l'époque.Origine de l'enquêtePauline Mortas a écrit cet épisode en révélant l'existence ancienne de ces commerces.
- Émergence des ligues de moralité et durcissement législatifEssor de la pornographieÀ la fin du 19e siècle, de plus en plus d'écrits et d'images obscènes se divulguent en Europe.Organisations de censure• Association Suisse Contre La Littérature Immorale créée en 1883 à Genève • Société De Protestation Contre La Licence Des Rues créée en 1894 en France, dirigée par le sénateur René Bérenger surnommé 'Père la Pudeur'Évolution des lois• Loi de 1882 interdisant l'affichage, la vente et la distribution de contenus obscènes • Loi de 1898 élargissant l'interdiction à tout ce qui est 'contraires aux bonnes mœurs', incluant les envois privés • Loi de 1908 rendant illégale toute offre ou vente, même privéeCoordination internationaleParis accueille en 1910 une conférence diplomatique internationale visant à créer des accords entre pays signataires pour réprimer les publications obscènes.
- La France, capitale européenne de la pornographieDomination françaiseLa France est le principal fournisseur de pornographie d'Europe et Paris est la capitale de l'érotisme, attirant même des acheteurs étrangers.Plaintes internationalesPlusieurs gouvernements voisins se plaignent que leurs pays sont envahis par des obscénités franco-françaises.Cas emblématiqueEn mars 1914, Scotland Yard découvre des photos interdites à Londres provenant d'une certaine madame parisienne Miranda Connors, qui s'avère être Herbert Trafford, un Anglais vivant en France depuis 1911.Succès commercialAvec son épouse Violet, Trafford tient un gros commerce par correspondance de photographies clandestines apprécié des Londoniens.
- L'empire diversifié de Herbert TraffordSecteurs d'activité• Tourisme sexuel : guide des clients anglais à Paris vers le Moulin Rouge, le Monico et les bordels • Commerce de photographies érotiques par correspondance, vendues par séries montrant les étapes d'un acte sexuel • Livres érotiques et albums illustrés comme le 'Carnet de Bal' • Cartes postales grivoises changeant selon leur pliageProduits contraceptifs• Préservatifs fabriqués à Paris, parfois emballés pour ressembler à des cigarettes • Cachets spermicides à insérer dans le vagin avant le rapport • Pilules régulatrices présentées comme ramenant les règles, en réalité abortifsProduits stimulants• Pastilles stimulant le désir • Dragées pour vaincre l'impuissance • Accessoires comme 'le chatouilleur', étui en caoutchouc texturé à placer sur le doigt ou le pénis pour 'amuser les dames'Volume commercialEntre 1870 et 1900, on estime que 2 à 4 millions de clichés érotiques circulaient en France, grâce à l'industrialisation de la production.
- Démographie et expansion de la clientèleOrigine des clients• Moitié anglaise : majoritairement des centres urbains ou industriels comme Liverpool et Birmingham • Monde anglophone : colonies, Irlande, Ghana, Afrique du Sud, Inde • Continent américain : Idaho, Pennsylvanie, ChiliInfrastructure logistiqueLe business s'appuie sur le développement des services postaux internationaux via les steamers, gros navires à vapeur faisant des liaisons régulières entre les continents.Démocratisation du marchéGrâce à l'industrialisation, les livres et photographies érotiques deviennent abordables et se démocratisent au-delà de la clientèle fortunée, attirant la classe moyenne.Profil des acheteurs• Clientèle massivement masculine • Au moins une femme parmi les clients • Possibilité d'achats concertés en couple restant discrets • Annonces publicitaires dans des journaux populaires
- Techniques de dissimulation et de fidélisationStratégies d'anonymat• Allusions jamais explicites : photos 'parisiennes' • Nombreux pseudonymes : Vera Ford-Camille, Myrtle Evans, Madeleine Villiers • Codes pour les clients : 'W510' pour Wainwright, 'J. Mackay' pour John KearneyPrécautions postales• Courrier renvoyé chez divers commerçants du quartier • Évite les lettres recommandées • Enveloppes opaques pour livrer les commandes • Recyclage d'enveloppes ou boîtes avec en-têtes d'autres entreprisesPersonnalisation commercialeRépond à chaque demande spécifique du client : photos avec plus ou moins de baisers, nudité, types de vêtements, garantissant une relation personnalisée.Création du personnage• Construction d'un faux profil entièrement imaginaire pour Miranda • Histoire : jeune Anglaise de bonne famille, ancien modèle photo, éprise de liberté menant une vie de bohème à Paris • Photos convaincantes pour rassurer les clients sceptiques • Messages rassurants créant une illusion de relation spéciale avec chaque client
- Croissance du réseau et techniques de parrainageBouche à oreilleAvec le durcissement des législations, le bouche à oreille devient progressivement le seul moyen d'attirer d'autres clients sans faire trop de publicité.Système de parrainageTrafford propose aux clients d'ajouter des articles à leurs commandes en échange de leur apporter d'autres clients, créant une sorte de système pyramidal.Expansion géographiqueTrafford demande à chaque client dans un nouveau pays s'il existe des journaux non contrôlés qui publieraient des petites annonces, étendant ainsi son réseau.Support des fidèlesLorsqu'il se fait prendre par la justice française, des clients très attachés lui envoient des chèques bancaires et même une bague pour assurer sa défense.
- Interruption judiciaire et fuite aux États-UnisIntervention de la guerreLa Première Guerre mondiale interrompt la procédure judiciaire qui ne reprend qu'en 1917, trois ans plus tard.Condamnation par défautTrafford ne se présente pas à l'audience publique qui le condamne à 6 mois de prison.Disparition supposéeIl quitte son domicile depuis 1914 et la police croit qu'il est rentré en Angleterre, croyance erronée.Nouvelle vie• Trafford embarque avec toute sa famille vers les États-Unis • Ses noms sont retrouvés dans les registres de passagers du port de New York • Il tire une croix sur son passé et trouve du travail dans une maison d'édition • Les bénéfices du commerce illégal lui ont permis de payer largement le voyage





