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Les Sex-shops de nos arrières-grands-parents

Les Sex-shops de nos arrières-grands-parents

Nota Bene11 minJan 23, 2023
8 chapters
  • Introduction aux sex-shops historiques(0'001'04)
    Les sex-shops modernes sont généralement situés près des gares dans les grandes villes, caractérisés par des néons vifs.
    Ces boutiques existaient déjà au 19e siècle, vendant des contraceptifs, accessoires sexuels, remèdes pharmaceutiques, ouvrages et photographies érotiques.
    Les procédures judiciaires conservées aux archives permettent de redécouvrir qui, quand, comment et pourquoi on entrait dans les sex-shops à l'époque.
    Pauline Mortas a écrit cet épisode en révélant l'existence ancienne de ces commerces.
  • Émergence des ligues de moralité et durcissement législatif(1'042'49)
    À la fin du 19e siècle, de plus en plus d'écrits et d'images obscènes se divulguent en Europe.
    • Association Suisse Contre La Littérature Immorale créée en 1883 à Genève • Société De Protestation Contre La Licence Des Rues créée en 1894 en France, dirigée par le sénateur René Bérenger surnommé 'Père la Pudeur'
    • Loi de 1882 interdisant l'affichage, la vente et la distribution de contenus obscènes • Loi de 1898 élargissant l'interdiction à tout ce qui est 'contraires aux bonnes mœurs', incluant les envois privés • Loi de 1908 rendant illégale toute offre ou vente, même privée
    Paris accueille en 1910 une conférence diplomatique internationale visant à créer des accords entre pays signataires pour réprimer les publications obscènes.
  • La France, capitale européenne de la pornographie(2'493'47)
    La France est le principal fournisseur de pornographie d'Europe et Paris est la capitale de l'érotisme, attirant même des acheteurs étrangers.
    Plusieurs gouvernements voisins se plaignent que leurs pays sont envahis par des obscénités franco-françaises.
    En mars 1914, Scotland Yard découvre des photos interdites à Londres provenant d'une certaine madame parisienne Miranda Connors, qui s'avère être Herbert Trafford, un Anglais vivant en France depuis 1911.
    Avec son épouse Violet, Trafford tient un gros commerce par correspondance de photographies clandestines apprécié des Londoniens.
  • L'empire diversifié de Herbert Trafford(3'476'09)
    • Tourisme sexuel : guide des clients anglais à Paris vers le Moulin Rouge, le Monico et les bordels • Commerce de photographies érotiques par correspondance, vendues par séries montrant les étapes d'un acte sexuel • Livres érotiques et albums illustrés comme le 'Carnet de Bal' • Cartes postales grivoises changeant selon leur pliage
    • Préservatifs fabriqués à Paris, parfois emballés pour ressembler à des cigarettes • Cachets spermicides à insérer dans le vagin avant le rapport • Pilules régulatrices présentées comme ramenant les règles, en réalité abortifs
    • Pastilles stimulant le désir • Dragées pour vaincre l'impuissance • Accessoires comme 'le chatouilleur', étui en caoutchouc texturé à placer sur le doigt ou le pénis pour 'amuser les dames'
    Entre 1870 et 1900, on estime que 2 à 4 millions de clichés érotiques circulaient en France, grâce à l'industrialisation de la production.
  • Démographie et expansion de la clientèle(6'097'37)
    • Moitié anglaise : majoritairement des centres urbains ou industriels comme Liverpool et Birmingham • Monde anglophone : colonies, Irlande, Ghana, Afrique du Sud, Inde • Continent américain : Idaho, Pennsylvanie, Chili
    Le business s'appuie sur le développement des services postaux internationaux via les steamers, gros navires à vapeur faisant des liaisons régulières entre les continents.
    Grâce à l'industrialisation, les livres et photographies érotiques deviennent abordables et se démocratisent au-delà de la clientèle fortunée, attirant la classe moyenne.
    • Clientèle massivement masculine • Au moins une femme parmi les clients • Possibilité d'achats concertés en couple restant discrets • Annonces publicitaires dans des journaux populaires
  • Techniques de dissimulation et de fidélisation(7'379'37)
    • Allusions jamais explicites : photos 'parisiennes' • Nombreux pseudonymes : Vera Ford-Camille, Myrtle Evans, Madeleine Villiers • Codes pour les clients : 'W510' pour Wainwright, 'J. Mackay' pour John Kearney
    • Courrier renvoyé chez divers commerçants du quartier • Évite les lettres recommandées • Enveloppes opaques pour livrer les commandes • Recyclage d'enveloppes ou boîtes avec en-têtes d'autres entreprises
    Répond à chaque demande spécifique du client : photos avec plus ou moins de baisers, nudité, types de vêtements, garantissant une relation personnalisée.
    • Construction d'un faux profil entièrement imaginaire pour Miranda • Histoire : jeune Anglaise de bonne famille, ancien modèle photo, éprise de liberté menant une vie de bohème à Paris • Photos convaincantes pour rassurer les clients sceptiques • Messages rassurants créant une illusion de relation spéciale avec chaque client
  • Croissance du réseau et techniques de parrainage(9'3710'31)
    Avec le durcissement des législations, le bouche à oreille devient progressivement le seul moyen d'attirer d'autres clients sans faire trop de publicité.
    Trafford propose aux clients d'ajouter des articles à leurs commandes en échange de leur apporter d'autres clients, créant une sorte de système pyramidal.
    Trafford demande à chaque client dans un nouveau pays s'il existe des journaux non contrôlés qui publieraient des petites annonces, étendant ainsi son réseau.
    Lorsqu'il se fait prendre par la justice française, des clients très attachés lui envoient des chèques bancaires et même une bague pour assurer sa défense.
  • Interruption judiciaire et fuite aux États-Unis(10'3111'35)
    La Première Guerre mondiale interrompt la procédure judiciaire qui ne reprend qu'en 1917, trois ans plus tard.
    Trafford ne se présente pas à l'audience publique qui le condamne à 6 mois de prison.
    Il quitte son domicile depuis 1914 et la police croit qu'il est rentré en Angleterre, croyance erronée.
    • Trafford embarque avec toute sa famille vers les États-Unis • Ses noms sont retrouvés dans les registres de passagers du port de New York • Il tire une croix sur son passé et trouve du travail dans une maison d'édition • Les bénéfices du commerce illégal lui ont permis de payer largement le voyage