World War II/Desmond Doss, le soldat volontaire qui refusait de tenir une arme
Desmond Doss, le soldat volontaire qui refusait de tenir une arme

Desmond Doss, le soldat volontaire qui refusait de tenir une arme

Nota Bene19 minSep 9, 2024
11 chapters
  • Introduction et concept de l'objection de conscience(0'561'39)
    L'objection de conscience est le refus de obéir à un ordre venant d'une autorité (parent, patron, juge, militaire) lorsque cet ordre contredit profondément ses convictions personnelles.
    Ce concept n'est pas nouveau : le cas le plus célèbre remonte à la Grèce antique avec le mythe d'Antigone raconté par Sophocle au 5ème siècle avant notre ère.
    L'objection de conscience est reconnue aujourd'hui par la Charte des Droits Fondamentaux de l'Union Européenne comme faisant partie de la liberté de conscience.
    Desmond Doss, un soldat américain de la Seconde Guerre mondiale, incarne l'un des cas les plus célèbres d'objection de conscience basée sur des convictions religieuses.
  • L'exemple antique : Antigone et la loi divine(1'393'15)
    Antigone est une princesse de Thèbes qui vit une guerre civile entre ses deux frères, Etéocle et Polynice, qui s'affrontent et meurent tous les deux.
    Le nouveau roi de Thèbes, Créon, ordonne que seul Etéocle reçoive les honneurs, tandis que Polynice n'aura pas le droit à un enterrement. Cette loi s'applique sous peine de mort.
    Antigone désobéit à la loi du roi car elle reconnaît une loi supérieure et divine qui préexiste à celle de l'État : une sœur se doit d'honorer son frère mort, peu importe la loi civile.
    Antigone enterre Polynice malgré l'interdiction, sachant que Créon la fera exécuter pour cette désobéissance consciente à une loi inhumaine.
  • Les adventistes du 7ème jour et leurs principes religieux(3'154'39)
    Desmond Doss est né le 7 février 1919 à Lynchburg en Virginie, élevé dans une famille chrétienne protestante du culte adventiste du 7ème jour.
    • Les adventistes appliquent le principe de 'Sola Scriptura', c'est-à-dire 'l'Écriture Seule' • Le texte de la Bible a une autorité absolue sans aucune exception • Par exemple, le commandement 'tu ne tueras point' s'applique littéralement en toutes circonstances : dans une bagarre, à la guerre, ou même pour l'exécution d'une peine de mort
    Les adventistes du 7ème jour refusent catégoriquement de porter les armes, même lorsqu'ils y sont obligés par une conscription militaire.
    Pendant la Première Guerre mondiale, 162 adventistes américains sont passés devant une cour martiale pour objection de conscience. À la fin de la guerre, les 35 qui servaient une peine de travaux forcés ont été graciés à l'occasion de l'Armistice.
  • La solution des adventistes : le service médical(4'395'41)
    Les adventistes ne s'opposent pas à servir leur pays : la Bible encourage la soumission aux autorités civiques. Cependant, il existe une contradiction insurmontable : même en service, impossible de porter des armes.
    • Les adventistes développent un accord avec l'armée américaine • Un corps médical de cadets est créé pour former les jeunes adventistes avant l'âge du service • Tous les appelés adventistes sont automatiquement assignés au service médical, qui n'utilise jamais d'armes
    Tout le monde y gagne : l'armée a des jeunes motivés pour son personnel médical, et les convictions religieuses de chacun sont respectées.
    Le Congrès américain adopte une loi stipulant que tout objecteur de conscience, qu'il soit adventiste ou non, sera automatiquement intégré au service médical.
  • L'engagement de Desmond et l'hostilité de ses camarades(5'417'41)
    Lorsque les États-Unis entrent en guerre contre le Japon après Pearl Harbor, Desmond Doss s'engage volontairement en avril 1942. Il commence sa formation d'infirmier au sein de la 77ème division d'infanterie et apprend les premiers secours du champ de bataille : bandages, morphine, attelles de fortune, transfusions de plasma sanguin.
    Malgré son statut d'objecteur de conscience reconnu et sa fonction de sauveteur, Desmond est mal perçu par ses camarades qui voient dans son refus de porter les armes un refus de servir.
    • Desmond refuse de s'entraîner le samedi, jour du Shabbat dans sa foi • Il refuse de boire et de fumer • Son principal passe-temps lors des pauses est de lire la Bible • Ses absences lors des entraînements du samedi le rendent absent du groupe et aggravent son intégration
    Desmond est régulièrement moqué et harcelé. Un jour, un camarade lui promet même qu'au premier combat, il profitera de l'occasion pour l'abattre comme un chien.
  • Les conflits avec les officiers et les restrictions(7'418'15)
    Avec toutes ses paperasses et dérogations répétées, Desmond Doss agace aussi ses officiers qui voient ses accommodements religieux comme des 'privilèges' et le contournement de leur autorité.
    Quand un supérieur refuse une dérogation à Desmond, celui-ci en réfère immédiatement au chapelain de la compagnie, qui s'adresse directement au commandant de division, contournant l'autorité des officiers de terrain.
    La situation s'améliore quand, lors d'une longue marche d'entraînement, Desmond soulage les ampoules et les pieds meurtris de ses camarades. À partir de ce jour, il commence à s'intégrer mieux dans la compagnie et une vraie camaraderie s'installe.
    Les officiers, excédés par les requêtes de Desmond pour ses samedis spéciaux, le présentent devant un comité de décharge pour instabilité mentale. Cinq docteurs militaires le déclarent inapte et affirment que ses absences du samedi pourraient coûter cher à lui ou à ses camarades sur le terrain.
  • Le refus du fusil et les permissions suspendues(8'1511'19)
    Desmond refuse catégoriquement d'être considéré comme mentalement inapte à cause de sa conviction religieuse. Il pousse les jurés à admettre que son travail a toujours été satisfaisant et révèle un arrangement : Glenn, un autre infirmier catholique devenu son meilleur ami, accepte de le remplacer les samedis.
    Transféré au QG du régiment et assigné à une section du génie chargée du transport des munitions, Desmond reçoit un fusil du lieutenant Gosner. Bien que Gosner prétende ne pas vouloir qu'il tue mais seulement s'entraîne avec les armes, Desmond refuse catégoriquement.
    Quand le lieutenant demande à Desmond ce qu'il ferait si un homme violait sa femme, Desmond répond : 'Je n'utiliserais pas d'arme à feu, je ne tuerais pas. Mais il aurait préféré être mort quand j'en aurais fini avec lui !'
    • Toutes ses permissions sont suspendues et il est assigné à une corvée de vaisselle permanente • On lui refuse une permission pour voir son frère qui s'apprête à partir en mer dans la Navy • Le prétexte : la réglementation exige d'avoir validé sa qualification d'arme à feu pour obtenir une permission, ce qu'il n'a jamais fait • Aucun recours n'est possible : ni le chapelain, ni le colonel ne peuvent débloquer la situation
  • Intervention paternelle et préparation au combat(11'1914'19)
    Le père de Desmond, lui-même vétéran de la Première Guerre mondiale, appelle directement Carlyle Boyton Haynes, le dirigeant de la commission qui gère l'accord entre l'armée et les adventistes. Washington finit par régler le problème en haut lieu, permettant à Desmond d'obtenir sa permission.
    • Guam appartient aux États-Unis depuis 1898 mais a été capturée par les Japonais 3 jours après Pearl Harbor • Reconquérir Guam est important pour des raisons stratégiques et symboliques • La compagnie de Desmond doit s'emparer d'un des rares points d'eau de l'île
    Pendant le trajet, un soldat ramasse un stylo plume piégé qui déclenche l'explosion d'une grenade au phosphore blanc. Cette technique japonaise consiste à piéger des objets pour détruire le moral ennemi. Desmond effectue les premiers soins avec calme et efficacité : bandages, priorisation des blessés, évacuation sur civière et jonction du poste de secours.
    En novembre 1944, la division est envoyée sur l'île de Leyte. Un mitrailleur est blessé, Glenn (le meilleur ami de Desmond) va le secourir mais est touché à son tour. Desmond et un camarade nommé Herb se portent volontaires pour les secourir, mais Glenn meurt finalement malgré leurs efforts. Pour ce premier acte de bravoure, Desmond reçoit la recommandation pour la Bronze Star.
  • La bataille d'Okinawa : l'escarpement de Maeda(14'1915'35)
    • Okinawa est la dernière étape avant une éventuelle invasion du Japon • La compagnie doit s'emparer de l'escarpement de Maeda, une crête avec une falaise d'une dizaine de mètres de haut • De là haut, on peut observer tout le dispositif américain, donnant à cette position une importance cruciale • Les Japonais ont fortifié le site avec bunkers, tunnels et casemates
    Chaque jour, les Américains lancent des assauts sur la crête, détruisent une ou deux casemates, puis doivent se replier. Chaque nuit, les Japonais reprennent le terrain, lancent des infiltrations par les tunnels et égorient les ennemis dans leur sommeil, créant un cycle interminable de combat et d'épuisement.
    Desmond, en tant que dernier infirmier de la compagnie, refuse d'être évacué même quand il se blesse à la jambe lors d'une chute. L'épuisement physique et mental grimpe en flèche chez tous les soldats.
    Le 5 mai 1945 marque l'énorme contre-offensive japonaise qui provoque la panique. Tous les Américains touchés, morts comme blessés, sont abandonnés sur le champ de bataille - sauf Desmond qui reste seul dans le no man's land, entre les deux camps, continuant à faire son travail.
  • L'exploit du 5 mai 1945 : 75 hommes sauvés(15'3516'46)
    • Ses camarades repliés en contrebas hallucinent en voyant une civière descendre le long de la paroi rocheuse • Desmond a harnaché un blessé et le fait descendre à la seule force de ses bras en prenant appui sur un arbre • Pour accélérer, il abandonne la civière et se contente d'attacher solidement chaque blessé à une corde
    Le petit manège de Desmond dure près de 12 heures. Pendant ces 12 heures, il descend 75 hommes le long de la falaise, un par un, au milieu du carnage de la bataille.
    Les Japonais tirent moins qu'avant, mais seulement parce qu'il y a un tir de barrage américain ! Desmond fait le job malgré les bombes qui tombent franchement pas loin de sa position.
    Le 5 mai 1945 est un samedi, le jour du Shabbat ! Desmond a jusque-là refusé de travailler le samedi pour respecter sa foi. Cependant, 75 vies sauvées rattrape largement tous les samedis loupés à l'entraînement.
  • La conclusion et l'héritage de Desmond Doss(16'4619'15)
    Après la bataille d'Okinawa, Desmond et sa compagnie ont droit à 2 semaines de repos bien méritées. À nouveau sur le front, Desmond est blessé à la jambe par une grenade et au bras par une balle de sniper, mettant fin à son engagement sur le terrain.
    Promu caporal, Desmond reçoit la Medal of Honor des mains du président Harry Truman en personne. C'est la plus haute distinction militaire des États-Unis, un comble ironique pour le soldat qui a refusé toute sa vie de toucher une arme.
    Desmond Doss vit jusqu'en 2006, mourant à l'âge de 87 ans. Son histoire est immortalisée dans le film 'Tu ne tueras point' (2016), réalisé avec Andrew Garfield dans le rôle titre.
    • L'objection de conscience n'est pas limitée à des raisons religieuses, comme le montre le cas du pacifiste français Louis Lecoin qui a refusé d'être mobilisé en 1916 et a fait de la prison • Les formes d'objection varient : refus de se battre, refus de fabriquer des armes, refus de payer certains impôts contre sa conscience • Quand elle devient collective, on parle de 'désobéissance civile' ou de 'clause de conscience' dans certains secteurs comme la santé • L'objection doit être profondément ancrée dans la conscience, pas un simple caprice ou acte politique symbolique