
De la propagande pour le pouvoir - Musée de Picardie
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- La transformation des musées au XIXe siècleContexte historiqueLes musées passent de lieux de prestige au service du pouvoir à des lieux de vulgarisation et de partage de la connaissance au cours du XIXe siècle.Évolution révolutionnaire• Mise en valeur du patrimoine national lors de la Révolution • Jacques-Louis David demande que les musées deviennent des écoles imposantes accessibles aux élèves et familles • Volonté d'un savoir encyclopédique pour tousObjectifs muséaux• Collections rares et curieuses d'Histoire naturelle, sciences, industrie, beaux-arts et antiquité • Partage de la connaissance de génération en génération • Développement de l'archéologie et de l'histoire locale par les sociétés savantesExpansion rapideEntre 1815 et 1848, le nombre de collections publiques passe de 20 à 200 en France, multiplié par 10 en 33 ans.
- Création et construction du Musée de PicardieFondation et vision• Fondé par la Société des Antiquaires de Picardie créée en février 1836 • 15 fondateurs et moins de 40 membres avec faibles ressources financières • Vision d'un musée d'antiquités nationales réunissant objets d'art et d'histoireLeadership et persuasion• Le comte Félix de Beaumont et l'avocat Charles Dufour pilotent le projet • Dufour envoie une lettre au comte de Nieuwerkerke, directeur des Musées impériaux et du Louvre • Argument économique : Amiens est un carrefour de trois grandes lignes de chemin de fer avec 50 000 habitants et nombreux touristes étrangersRuse et financement• Dufour obtient l'autorisation d'une loterie en prétendant être sourd quand Napoléon III le refuse d'abord • Trois loteries sont organisées (1853, 1859, 1863) pour collecter 1 600 000 francs • Terrains offerts gratuitement par Napoléon III et la mairie d'AmiensProcessus architectural• 39 architectes présentent des projets • Henri Parent classé 2e est retenu mais doit intégrer des éléments des rivaux • Charles Diet classé 3e achève finalement le bâtiment et ses décors
- Architecture et innovations du bâtimentInspiration impériale• Plans et pavillon central citent le nouveau Louvre et la cour Napoléon • Image de bâtiment intimement lié au pouvoir impérial • Plus de 8 000 m² servant de lieu d'expérimentationInnovations conservatrices• Objets archéologiques présentés sur des dressoirs inclinés, non attachés ni encastrés • Éclairage zénithal à travers verres dépolis pour tamiser la lumière • Système de tringles avec vis à pression permettant de suspendre les tableauxSystèmes techniques• Plafonds amovibles des galeries permettant la remontée des œuvres dans les ateliers sous les combles • Poulies fixées dans la charpente pour hisser les œuvres dans les greniers-réserves • Caches auraient été installées pour préserver les collections en cas de guerre ou révolutionRéférences historiquesLe bâtiment qualifié de Versailles picard ou Louvre de la province incarne le modèle du palais-musée.
- Décor et symbolique impérialeSalons impériaux• Salon de l'Impératrice et de l'Empereur intégrés au musée • Plafond du salon représentant la France couronnant les gloires artistiques, militaires et scientifiques de la Picardie • Tout le décor du musée encourage le culte de l'EmpereurCycles picturaux• Pierre Puvis de Chavannes réalise le premier cycle décoratif avec toiles marouflées au grand escalier : Repos, Travail, Ave Picardia Nutrix • À l'étage : Bellum et Concordia, mélange d'envois de l'État et commandes du musée • Ensemble décoratif de plus de 275 m² initie de nombreuses autres commandes publiques pour Marseille, Lyon et RouenThèmes emblématiques• Nation, art, industrie, culture et paysage dans les œuvres • Thèmes correspondant pleinement à l'évolution de la société sous le Second Empire • Pro Patria Ludus commandé en 1881 pour couvrir la cour centraleCollections de peintures• Galerie Nieuwerkerke présente grands formats de peintures d'histoire : Siècle d'Auguste de Gérôme (6m20 × 10m14) • Galerie Dufour présente tableau de Court avec membres de la commission soumettant le plan à Napoléon III et Dernier carré de la Garde impériale à Waterloo de Bellangé • Environ 70% des collections proviennent de dépôts de l'État
- Chapelle et galeries antiquesGaleries classiques• Galerie des antiquités avec décoration évoquant le style des maisons pompéiennes • Chauvin et Gastine, artistes de la maison pompéienne des Champs-Élysées du prince Napoléon, participent à l'élaboration des décors • Succession des galeries du Moyen Âge et de la RenaissanceLa ChapelleSalle la plus curieuse du musée accueillant tous les objets qui ont servi au culte chrétien, distincts des objets antiques relatifs à des croyances obscures.Message religieuxInscription en latin : Reddite Quae Sunt Caesaris Caesari et Quae Sunt dei Deo, illustrant la pensée des Antiquaires et leur vision de la société sous la protection du césarisme bonapartiste.Atmosphère crééeLe décor plonge le spectateur dans le recueillement aux objets religieux et montre l'adhésion de la Société des Antiquaires aux idéaux impériaux.
- Projection comme annexe du Louvre et projet avortéReconnaissance nationaleLe musée devient un acteur culturel de premier plan et le projet de le faire annexe du Louvre est régulièrement évoqué.Demande officielle• Demande formelle en 1863 pour transformer le musée Napoléon en annexe du Louvre • Directeur des musées impériaux approuve le projet • Véritable préfiguration des annexes réalisées récemment par le Louvre à Lens et le Centre Pompidou à MetzIntérêt politiqueSituation géographique d'Amiens permettrait d'attirer de nombreux visiteurs ; opération de décentralisation culturelle jamais réalisée auparavant avec possible donation d'œuvres du palais du Luxembourg.Refus impérialNapoléon III refuse devant le coût de l'opération, l'argent manquant déjà aux musées.
- Démantèlement de l'iconographie impériale et héritage républicainRupture politiqueAprès la chute du Second Empire le 4 septembre 1870 suite à la guerre franco-prussienne, le musée construit en l'honneur des Napoléonides devient éloigné des aspirations républicaines de la société française.Dénapoléonisation• En 1878, effort d'effacer les symboles impériaux trop présents • Nombreux aigles du décor gommés, notamment celui coiffant la grille d'entrée • Médaillons de l'Empereur et l'Impératrice sur le pavillon d'entrée remplacés par ceux de Michel-Ange et RaphaëlPersistance architecturaleMalgré les suppressions, l'immense dédicace à Napoléon III reste visible sur la façade ; l'iconographie impériale effacée est insignifiante face à la puissance de l'architecture citant le grand Louvre.Influence durable• Musée d'Amiens devient l'exemplum recherché par les architectes français • Constructions des palais-musées de Bayonne, Laval, Rouen, Lille, Nantes, Bordeaux, Toulon clairement influencées par Amiens
- Rayonnement et héritage républicain des musées de provinceSuccès des musées provinciaux• Favorisés par les donations impériales et collections développées par nombreux dons de la société civile • Encouragés par les sociétés savantes locales • Bénéficiaires d'une période de réflexion, stabilisation institutionnelle et enrichissementOutils de vulgarisationLes musées de province deviennent de formidables outils de vulgarisation dont profitera la IIIe République.Impact sociétalL'histoire culturelle montre l'impact du politique, de la science et d'autres disciplines sur l'évolution de la société.ConclusionLe musée de Picardie est un musée de référence exemplifiant la transformation des institutions muséales en tant qu'outils de pouvoir, d'éducation et de vulgarisation culturelle.





