Contemporary era/Le naufrage meurtrier de l'Atlantic
Le naufrage meurtrier de l'Atlantic

Le naufrage meurtrier de l'Atlantic

Nota Bene19 minAug 23, 2021
Un paquebot de la White Star Line, l'un des plus luxueux de son temps, qui heurte un obstacle en pleine nuit sur l'Atlantique Nord et coule en devenant le naufrage le plus meurtrier de son époque
7 chapters
  • Introduction et contexte maritime du XIXe siècle(0'252'47)
    Un paquebot luxueux de la White Star Line heurte un obstacle en pleine nuit sur l'Atlantique Nord et coule, devenant le naufrage le plus meurtrier de son époque, mais il ne s'agit pas du Titanic.
    • Au milieu du XIXe siècle, de plus en plus de passagers traversent l'Atlantique pour affaires, tourisme ou émigration • Les compagnies profitent des innovations technologiques pour construire des navires plus grands et confortables • L'Atlantique Nord est dangereux avec un temps capricieux, des tempêtes fréquentes et des risques de collision
    • Absence de télécommunications, seuls les signaux optiques permettent de prévenir du danger • Beaucoup de navires disparaissent sans laisser de traces • Les entreprises maritimes font face à des risques considérables mais le secteur peut être très lucratif
    La Collins Line de Edward Knight Collins a connu le naufrage de l'Arctic en 1854 (280 à 370 morts) et la disparition du Pacific en 1856, ce qui a entraîné l'effondrement rapide de la compagnie.
  • Naissance de la White Star Line et la révolution de la classe Oceanic(2'477'22)
    À la fin des années 1860, Thomas Henry Ismay, armateur de Liverpool, rachète la White Star Line alors en faillite et décide de faire construire une série de navires révolutionnaires par les chantiers Harland & Wolff.
    • Coques en fer, plus longues et fines que les navires traditionnels, malgré les craintes des passagers habitués au bois • Propulsion hybride : quatre mâts avec voiles combinés à une hélice alimentée par deux machines à vapeur • Capacité de 13 à 14 nœuds, permettant une traversée Liverpool-New York en 8-9 jours en conditions excellentes
    • Classe cabine avec grande salle à manger servant aussi de salon, bibliothèque et salle de détente avec piano • Boudoir réservé aux femmes, bar, pont promenade dégagé sans installations maritimes • Trois baignoires avec eau chaude, sonnettes électriques pour appeler les stewards, éclairage par chandelles et lampes à pétrole
    L'entrepont accueille jusqu'à 1 000 passagers dans des dortoirs spartiates avec lits superposés, sans draps, séparés par genre, avec repas simples mais de bonne qualité et toilettes rudimentaires générant odeurs et étouffement.
  • Succès de l'Atlantic et préparation de la traversée fatale(7'228'48)
    À sa mise en service en 1871, l'Oceanic est bien accueilli mais sa modernité effraie : sa première traversée ne compte que 64 passagers. Le succès s'installe rapidement quand ses jumeaux entrent en service.
    Entre 1871 et 1873, l'Atlantic connaît le plus grand succès de ses jumeaux, transportant 16 000 passagers au cours de ses 18 allers-retours. Le 20 mars 1873, il part de Liverpool pour son dix-neuvième voyage.
    • Capitaine Williams : expérimenté, ayant déjà commandé l'Atlantic sans problèmes, mais légèrement blessé d'une tempête l'année précédente • Quatre officiers : tous détenteurs de brevets de capitaine, choisis pour le prestige de servir sur un paquebot de la White Star • Équipage bien préparé aux situations difficiles
    Environ 1 000 personnes embarquent, incluant une centaine d'enfants et de nombreuses femmes seules. Le navire est populaire et bien rempli, inconscientes du drame qui les attend.
  • La tempête et les décisions fatales(8'4811'03)
    • Après quelques jours de beau temps, le vent se lève le 24 mars avec des vagues énormes • Les passagers restent enfermés, souffrant du mal de mer pendant plusieurs jours • La tempête empire progressivement, ralentissant le navire de 14 à 8, puis 5 nœuds
    Le chef mécanicien Foxley sous-évalue régulièrement les stocks de charbon par précaution. Le 31 mars, il calcule 190 tonnes disponibles mais rapporte seulement 127 tonnes au capitaine, quantité insuffisante pour atteindre New York.
    Williams décide de rediriger vers Halifax, au Canada, qui est à quelques heures, pour se réapprovisionner. Cette côte est cependant dangereuse, remplie de rochers et de hauts fonds.
    • Williams prévoit d'arriver près des côtes à 3 heures du matin le 1er avril et d'attendre le lever du jour pour manœuvrer • Il ordonne à ses officiers d'arrêter le navire dès qu'un phare sera en vue et demande à son steward de le réveiller à 2h45 • Le navire va plus vite que prévu et dérive à cause des courants, se rapprochant plus tôt que calculé
  • Le naufrage et ses conséquences immédiates(11'0313'54)
    • À 2h45, le steward est empêché d'apporter le chocolat du capitaine par l'officier Metcalf • À 3 heures, Metcalf attend avant de le réveiller, attendant trop longtemps • Un cri s'élève : « Rochers droits devant ! » Le navire va trop vite et s'écrase sur les obstacles
    • L'eau glacée des chaudières génère des nuages de vapeur rendant la vision difficile • Les passagers d'entrepont se précipitent sur les échelles, créant encombrement et panique • Le navire bascule, piégeant la plupart des passagers d'entrepont à l'intérieur • Les femmes seules à la poupe sont noyées immédiatement dans leurs dortoirs
    • Dortoir des hommes à l'avant : plus de sursis grâce à la proue sur les rochers, certains peuvent espérer s'échapper par les hublots • Dortoir des familles au centre : pires conditions, piégées avec l'eau montant progressivement sans aide possible • Classe cabine : passagers jetés dans l'eau glacée malgré un pont plus élevé
    • Capitaine Williams se démène pour entraîner des personnes vers la proue plus sûre • Plusieurs marins nagent vers un rocher proche avec des cordes pour que les rescapés s'y réfugient • L'officier Brady nage jusqu'à une île proche, trouve un cottage, et organise l'envoi de messages aux hameaux de pêcheurs
  • Bilan du drame et enquête sur les responsabilités(13'5416'58)
    • Sur environ 1 000 personnes à bord, environ 430 survivants et près de 550 victimes • Aucune femme n'a pu être sauvée • Un seul enfant sur une centaine, John Hindley, a été sauvé car il dormait avec son frère dans le dortoir des hommes
    • Les rescapés sont hébergés et réchauffés par les habitants des environs • Brady et d'autres arrivent à Halifax l'après-midi, où la nouvelle est accueillie avec des doutes sur son authenticité • Les habitants se demandent si ce naufrage ne serait pas un poisson d'avril du 1er avril
    • Le capitaine Williams est principalement désigné responsable de ne pas avoir pris les mesures nécessaires et de ne pas avoir fait sonder régulièrement • Son comportement héroïque durant le naufrage sauve son honneur : il n'est suspendu que deux ans • La construction du navire n'est pas en cause, les jumeaux étant de bons navires, solides pour l'époque
    • Le charbon : enquête conclut que l'Atlantic avait assez de charbon, la décision de Williams était basée sur fausses informations du chef mécanicien • Le chef mécanicien Foxley : avait seulement suivi la pratique commune de sous-évaluer les stocks • L'officier Metcalf : mort cette nuit-là, ses raisons de ne pas réveiller le capitaine resteront à jamais un mystère
  • Leçons du drame et mémoire(16'5819'10)
    Le naufrage de l'Atlantic est le résultat de nombreux éléments coordonnés, de hasards, d'erreurs humaines, de facteurs naturels qui, tous pris indépendamment, n'auraient pas entraîné de conséquence.
    Les gens responsables de l'Atlantic ont cru prendre toutes les précautions nécessaires et se sont trompés. Quelle que soit sa compétence, personne ne se trompe jamais, et parfois il y a des menaces qui ne pouvaient pas être évitées.
    Le drame devrait nous ramener à plus d'humilité face aux risques, même quand on croit les maîtriser parfaitement.
    • Aujourd'hui, l'épave est visitée par les plongeurs et est finalement protégée par les lois pour éviter les pillages • À Terence Bay, un musée et un parc commémoratif contribuent à entretenir la mémoire de ce drame oublié et de ses victimes