World War I/3 guerres sans mourir - L’étonnante histoire du musée de Picardie
3 guerres sans mourir - L’étonnante histoire du musée de Picardie

3 guerres sans mourir - L’étonnante histoire du musée de Picardie

Nota Bene14 minJul 26, 2021
7 chapters
  • Introduction et contexte du Musée de Picardie(0'000'58)
    Le musée de Picardie est un exemple remarquable d'un musée qui a traversé trois conflits majeurs : la guerre franco-prussienne de 1870-1871, la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale.
    • Vols et dégradations • Accidents et humidité • Sécheresse et infestations d'insectes
    La mission fondamentale d'un musée est de protéger les œuvres qu'il renferme, un défi qui se complique dramatiquement en période de guerre.
    Le musée devait affronter des menaces existentielles à trois reprises, ce qui en fait un cas d'étude unique de résilience patrimoniale.
  • La Guerre franco-prussienne (1870-1871) et l'occupation d'Amiens(0'583'33)
    La France prend les armes contre le royaume de Prusse en 1870. L'armée prussienne occupe Amiens à partir du 29 novembre 1870, et le président de la commission du Musée, Charles Dufour, craint les pillages des soldats ennemis.
    Charles Dufour décide de cacher les œuvres ayant le plus de valeur au sein même du bâtiment du musée, espérant que les soldats prussiens ne fouillent pas les lieux trop en profondeur.
    Au lieu de piller le musée, les Prussiens le transforment en hôpital militaire. Des lits sont dressés dans les salles du Musée Napoléon d'Amiens, où des toiles sont accrochées aux murs et les blessés se retrouvent en convalescence entourés de chefs-d'œuvre comme une réplique à échelle 1:1 du Radeau de la Méduse de Géricault.
    • L'occupation dure 237 jours (du 29 novembre 1870 au 22 juillet 1871) • Les planchers sont dégradés et les décors sérieusement endommagés • Le musée rouvre en 1872 après des mois de travaux • En 1875, le Musée Napoléon devient le Musée de Picardie
  • La Première Guerre mondiale et les bombardements(3'337'07)
    En 1914, la Première Guerre mondiale éclate et Amiens est de nouveau sur le chemin des armées allemandes. L'État, mieux préparé qu'en 1870, fait rapatrier une partie des œuvres du musée à Paris pour les mettre en sécurité.
    Une occupation brève du 31 août au 11 septembre 1914 se termine rapidement grâce à la bataille de la Marne, qui oblige les troupes allemandes à quitter Amiens sans endommager le musée. Les Allemands bombardent toutefois la cathédrale de Reims, ce qui a un retentissement international et sert la propagande alliée.
    • En 1918, le front se rapproche dangereusement d'Amiens • Le 26 mars 1918, deux bombes tombent sur le musée, détruisant plusieurs peintures et de nombreux dessins de la collection Duthoit • Un mois plus tard, de nouveaux obus frappent le musée • Les œuvres mises en sécurité à Paris doivent être évacuées jusqu'à Toulouse en raison des bombardements
    Le Service de protection et d'évacuation des œuvres et objets d'art, une unité militaire spécialisée dans la sauvegarde du patrimoine, intervient pour évacuer les œuvres. Les peintures monumentales de Puvis sont démarouflées et préservées. Le musée demeure inutilisable jusqu'à l'armistice du 11 novembre 1918 et ne rouvre qu'en 1922.
  • La Seconde Guerre mondiale et la stratégie d'Albert Roze(7'078'55)
    En 1938, Albert Roze, nouveau conservateur du Musée de Picardie et célèbre sculpteur, prévoit déjà des plans d'évacuation des œuvres, mise en caisse et mesures de protection face à la menace de guerre.
    Dès l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale en 1939, le plan d'Albert Roze est mis en exécution. Une partie des collections quitte le musée pour être mise en sécurité dans différents lieux. En 1942, le musée est entièrement vidé de son contenu.
    Les Allemands envisagent d'installer la Kommandantur dans le musée. Albert Roze, conscient des dommages subis lors de la première occupation, fait tout pour empêcher ce projet, y compris en dormant au sein du musée. À force de négociations et d'influence, il parvient à éviter que les Allemands n'installent leurs quartiers dans le bâtiment.
    • À partir de 1944, le front s'ouvre à nouveau en France et menace des dépôts d'œuvres • Les œuvres doivent être déplacées plusieurs fois pour échapper aux bombardements • Les châteaux à l'écart des bombardements et les entrepôts souterrains gardés par l'armée servent de lieux de stockage • La France dispose toujours aujourd'hui de plans d'évacuation de ses œuvres
  • Techniques de protection et fortification des musées(8'5510'26)
    • Barricades aux fenêtres pour protéger du souffle des bombes • Montagnes de sacs de sable pour renforcer les structures • Poutres de soutien pour les éléments risquant de s'écrouler • Renforcement général de la structure du bâtiment
    Les verrières précieuses sont souvent démontées, mises en caisses et évacuées. Les sculptures sont protégées par de véritables sarcophages de bois, au sein desquels les œuvres peuvent résister à la plupart des chocs.
    Les éléments mobiles sont placés dans des caisses rembourrées, réalisées par des experts qui décrochent et démontent les œuvres avant de les charger à bord de camions ou de trains pour les envoyer vers les lieux de stockage.
    • Châteaux à l'écart des bombardements • Entrepôts souterrains capables de résister aux bombardements • Installations gardées par l'armée • Exemple contemporain : le Louvre a eu recours à ces plans en 2016 pour la mise en sécurité préventive d'œuvres en vue de la crue de la Seine
  • La reconstruction d'après-guerre sous Robert Richard(10'2613'34)
    À la Libération, Robert Richard devient conservateur du Musée de Picardie. Ancien responsable des dépôts de protection des œuvres du département de la Somme, il est désigné pour rapatrier les collections dispersées sur tout le territoire et relever le musée au milieu des ruines d'Amiens.
    • Multiplier les expositions dont les vernissages deviennent des événements sociaux • Lutter contre l'image poussiéreuse des musées • Mettre en place des œuvres d'artistes locaux, d'enfants et d'étudiants du département • Proposer un programme culturel varié et innovant avec jusqu'à plus d'une dizaine d'expositions thématiques par an
    En 1950, le musée accueille 9 000 visiteurs annuels. Sept ans plus tard, grâce aux idées de Robert Richard, il en accueille 42 000, soit presque 5 fois plus, et ce malgré le rapatriement incomplète des collections qui ne s'achève qu'en 1960.
    • Ouverture du musée aux associations culturelles locales • Direction de l'Association de la Maison de la culture dès sa création • Création de nouveaux musées hors des murs : Musée d'histoire naturelle, musée d'art local, musée d'histoire régionale • Achat et intégration d'un théâtre de marionnettes pour y organiser des représentations
  • Héritage et conclusion sur la résilience du musée(13'3414'36)
    Lorsque Robert Richard quitte ses fonctions en 1978, sa mission est accomplie : le Musée de Picardie s'est remis de la guerre et est plus dynamique que jamais. Ses bâtiments ont été modernisés et ses expositions sont prisées.
    Robert Richard a tellement innové que ses projets ont fait de l'ombre aux collections permanentes du musée. La nouvelle conservatrice, Véronique Alemany, doit alors mettre en valeur les richesses du musée désormais en temps de paix.
    • Trois guerres (1870-1871, 1914-1918, 1939-1945) • Deux occupations militaires • Bombardements répétés • Évacuations multiples des collections
    Le Musée de Picardie est la preuve qu'un musée n'est pas seulement un lieu pour parler d'histoire : c'est aussi un lieu où l'histoire s'écrit et se déroule. Son parcours témoigne de la résilience du patrimoine culturel face aux destructions de la guerre.