
La joute médiévale et Chevalier - Motion VS History #17
Le film raconte une histoire simple, celle d'un jeune homme idéaliste qui, à force de travail et de pas mal de chance, deviendra ce qu'il rêve d'être, un chevalier.
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- Introduction au film Chevalier et son contextePrésentation du filmLe film Chevalier, sorti en fin 2001, raconte l'histoire d'un jeune homme idéaliste qui devient chevalier grâce au travail et à la chance. Heath Ledger joue le rôle principal.Titre et localisationLe titre original anglais est 'A Knight Tale', traduit sobrement en français par 'Chevalier', perdant ainsi une partie du sens de l'intention du scénariste.Approche narrative• Le film adopte un ton décalé par rapport aux films médiévaux habituels • Utilise une bande sonore moderne avec Queen et David Bowie • Propose une mise en scène très dynamique et des scènes de joutes impressionnantesStructure du récitLe film raconte l'éducation d'un jeune chevalier naïf nommé William Thatcher, qui apprend progressivement les codes et règles de la chevalerie aux côtés de ses compagnons.
- Le personnage de William et ses archétypes littérairesStatut fictionnelWilliam Thatcher est un pur personnage de fiction, fils de couvreur devenu écuyer d'un chevalier errant à la suite de sa mort lors d'une joute.Archétype littéraire• Répond à l'archétype du chevalier surdoué mais naïf des romans de chevalerie • Parallèle avec Perceval du Conte du Graal de Chrétien de Troyes • Apprend progressivement les codes chevaleresques et l'amour courtoisIdentité usurpéeWilliam adopte l'identité d'Ulrich von Liechtenstein, un vrai poète chevalier du XIIIe siècle autrichien, passionné d'amour courtois et auteur de soixante œuvres liées à cette thématique.Éducation et ascensionWilliam apprend à maîtriser les disciplines aristocratiques : arts martiaux, techniques de joute, et séduction courtoise auprès de la dame Jocelyn.
- Les compagnons et personnages historiques du filmGeoffrey ChaucerUn vagabond ruiné par les jeux de hasard qui rejoint le groupe. Référence au vrai Geoffrey Chaucer, poète anglais du XIVe siècle, auteur des Contes de Canterbury.Le Prince NoirLiteralement Édouard de Woodstock, fils du Roi d'Angleterre, figure marquante de la Guerre de Cent Ans et leader des succès anglais en France au XIVe siècle.Adhémar d'Anjou• Personnage entièrement fictif malgré son titre aristocratique • Incarné par Rufus Sewell, athlète accompli et rival de William • Devient méchant par rancœur et tricherie plutôt que par nature villaineRéférences littérairesLes usuriers du film sont inspirés de personnages des Contes de Canterbury, notamment le conte de l'huissier d'église et celui du vendeur d'indulgence.
- Origines et techniques de la joute médiévaleHistorique et innovation• La joute trouve ses origines autour du XIe siècle en France • Liée à la nouvelle technique de la 'lance couchée' • Résulte d'inventions et transferts technologiques comme les étriers permettant une meilleure stabilitéMécanisme de la techniqueLa lance n'est plus levée ou brandie mais couchée, c'est-à-dire allongée devant le cavalier, bloquée sous le bras. Le cavalier devient une espèce de missile vivant capable de réaliser une charge dévastatrice.Distinctions terminologiques• Le tournoi : l'événement dans son ensemble • La joute : duel équestre spécifique avec une lance utilisant la technique de la lance couchée • Au sein d'un tournoi peuvent se dérouler aussi des combats à pied avec épées, haches ou daguesRègles et objectifsLes deux adversaires ont droit à un certain nombre de courses où ils tentent de casser des lances l'un sur l'autre. Briser la lance sur l'adversaire est l'objectif constant, et 'déheaumer' est un coup de grand prestige.
- Règles de victoire et déroulement des joutesZones et pointsCertains tournois attribuent des points selon la zone touchée : plus on se rapproche de la tête, meilleur est le résultat, le haut du corps étant une cible noble mais aussi la plus difficile à viser.Conditions de défaite• Tomber au sol : défaite immédiate car la chute est publique et visible de tous • Blesser ou tuer le cheval de l'adversaire : motif de défaite car la joute n'est pas une boucherieViolence des impactsLes tournois sont des affaires publiques et des spectacles martiaux. Le film montre bien cette violence avec des chevaliers désarçonnés, éjectés ou traînés par leur cheval, et des lances qui volent en éclat.Sécurité et accidentsMalgré les règles, il y a des accidents réguliers et gravissimes, comme Henri II de France qui s'est pris une lance dans l'œil et en est mort.
- Les compétitions secondaires en tournoiÉpée à piedWilliam est imbattable à l'épée et remporte avec facilité les épreuves à pied après sa défaite contre Adhémar, bien qu'il la considère secondaire par rapport à la joute équestre.Les quatre pointes• Quand deux chevaliers s'affrontent à pied, ils font usage des 'quatre pointes' • Celles de la lance, de l'épée, de la hache et de la dagueProgression des affrontementsLes compétiteurs commençaient souvent par des projections de javelot, suivies d'un duel à l'épée tenue à deux mains, un affrontement à la hache d'armes, et plus rarement une dernière rencontre à la dague.Rôle dans le spectacleCes activités secondaires servaient souvent à introduire la joute avec son spectacle bruyant et flamboyant, bien que plusieurs étapes soient parfois laissées de côté pour se concentrer sur l'essentiel.
- L'équipement du jouteur et les armuresPoids et spécialisationLes armures de joute sont relativement lourdes, pesant en moyenne une cinquantaine de kilos. Ce sont des vêtements spécialisés conçus pour les jouteurs, non pour l'usage quotidien ou à pied.Asymétrie protectrice• Les armures sont dissymétriques car les chocs et risques sont beaucoup plus élevés du côté gauche • C'est le côté où les jouteurs se croisent et reçoivent les lances • La rondelle, pièce circulaire sous l'épaule, apporte protection supplémentaire à l'aisselleLe heaumeCasque spécifique à la joute qui reçoit une grande partie des chocs. Celui de Charles Quint conservé à l'Escorial pèse environ 7 kg et possède une épaisseur de 3 cm d'acier à l'avant.Rôle narratif dans le filmWilliam porte une armure plus légère et maniable fabriquée par Kate la forgeronne, contrastant avec les armures lourdes et inesthétiques des autres jouteurs, et symbolisant l'innovation et la prise de risque.
- La violence et la portée des lancesPuissance de l'impactL'énergie développée par la lance d'un cavalier en armure est équivalente, sinon supérieure, à celle d'une arme de guerre moderne. Les lanciers ont été utilisés jusqu'aux XIXe et XXe siècles pour cette raison.Comparaisons d'intensitéUn cavalier en armure avec un cheval de 600 kg chargeant à 25 km/h produit un impact comparable aux scènes les plus gores du film Saving Private Ryan.Protection contre les lancesLes armures de joute protègent bien des lances de joute, mais comme le montre le film lors du dernier combat, elles peuvent être percées par une lance de guerre.Justification de l'épaisseurLes épaisseurs importantes des casques et armures sont totalement justifiées par la violence inimaginable des chocs ressentis lors des compétitions.
- Médiation cinématographique et approche historiqueContraste moderne• Le film joue sur le contraste entre ancien et moderne • Musique contemporaine avec Queen et David Bowie • Dialogues dynamiques et légèreté du tonContexte historique impliciteLe film se situe durant la Guerre de Cent Ans, une période où la chevalerie vit une crise de son utilité sociale et militaire.Respect des codes médiévaux• Le récit respecte bon nombre de codes de la narration médiévale • Transpose plusieurs personnages historiques dans l'intrigue • Présente avec clarté les rapports sociaux durs de la féodalité et le contrôle absolu par l'aristocratie guerrièreValeur pédagogique subtileLe film en dit beaucoup plus sur les mentalités médiévales qu'on ne pourrait le penser, à travers un conte qui valorise le rôle de la chevalerie comme experts martiaux, protecteurs généreux, et permet une ascension sociale.
- Conclusion et pertinence historique du filmStatut du filmBien que ce ne soit pas un film documentaire, Chevalier est beaucoup plus médiéval qu'il n'y paraît à première vue.Pouvoirs du récitMalgré sa naïveté apparente, le film aurait pu être écrit par un auteur médiéval sans aucun souci, tant il respecte les conventions narratives de l'époque.Appréciation globaleAu premier regard, c'est un film d'aventure et de comédie avec des blagues potaches amusantes. En grattant la surface, c'est une œuvre qui permet d'aborder le Moyen Âge comme peu de films le font.RemerciementsUn grand merci au docteur Pierre Alexandre Chaize, spécialiste du combat médiéval, pour son collaboration sur cet épisode.





