
Pourquoi les élections américaines posent problème ?
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- Introduction et présentation du système électoral américainContexteLes élections présidentielles américaines approchent et fonctionnent de manière très différente du système français.Différence majeureEn France, le président est élu au suffrage universel direct depuis 1965 : le candidat qui obtient plus de 50% des suffrages exprimés gagne. Aux États-Unis, le système est très différent.PartenariatPrésentation du service Saily pour contrôler sa data à l'étranger avec une eSIM compatible iPhone et Android valable dans 160 pays et 8 régions.TransitionL'explication détaillée du système électoral américain commence.
- Les grands électeurs et le fonctionnement du collège électoralPrincipes de base• Les États-Unis sont composés de 50 États différents qui votent chacun séparément • Chaque État élit des grands électeurs selon ses résultats de vote • Le candidat qui obtient la majorité des suffrages dans un État remporte l'ensemble de ses grands électeursExemple concretEn 2008, Barack Obama remporte 61% des suffrages en Californie et obtient les 55 grands électeurs de cet État, tandis que John McCain en a zéro.Répartition des électeurs• Seuls le Maine et le Nebraska répartissent leurs grands électeurs par territoire • Pour tous les autres États, le système est tout ou rienCalcul des électeursLe nombre de grands électeurs de chaque État s'obtient en additionnant le nombre de représentants à la chambre et le nombre de sénateurs.
- L'inégalité du poids électoral entre ÉtatsDisparité de population• La Californie avec 39,5 millions d'habitants envoie 52 représentants à la Chambre • Le Wyoming avec 576 000 habitants envoie seulement 1 représentant à la ChambreÉquilibre au SénatChaque État envoie au Sénat un nombre égal de sénateurs : la Californie a deux sénateurs, tout comme le Wyoming.Déséquilibre du pouvoir• La Californie a 55 grands électeurs, soit un grand électeur pour 730 000 citoyens • Le Wyoming a 3 grands électeurs, soit un grand électeur pour 192 000 citoyens • La voix d'un habitant du Wyoming pèse 3,5 fois plus que celle d'un CalifornienClarification importanteLes sénateurs et représentants ne sont pas nommés grands électeurs : les nombres correspondent mais ce sont des gens totalement différents.
- Problèmes d'égalité et l'exemple de 2016Constat de déséquilibreLes candidats n'ont pas besoin d'obtenir la majorité des suffrages populaires : ils ont seulement besoin de la majorité des 538 grands électeurs.Cas emblématiqueEn 2016, Donald Trump remporte l'élection alors qu'il a 3 millions de voix de moins que Hillary Clinton.Problème démocratiqueCe système pose un problème d'égalité : pourquoi un citoyen aurait plus de poids qu'un autre selon son État de résidence ?Biais idéologique• Le Wyoming est majoritairement peuplé de blancs conservateurs • La Californie est plus mixte et progressiste • Le système en place favorise mécaniquement un électorat plutôt conservateur
- Origines historiques du système des grands électeursFormation des États-UnisLes États-Unis regroupent à l'origine 13 colonies britanniques, chacune avec son fonctionnement propre et ses intérêts particuliers.Création d'une constitutionÀ la fin des années 1780, après avoir vaincu les Britanniques, tous les États cherchent à se doter d'une constitution commune.Conflit majeur• Les États du nord, très peuplés, sont en grande partie contre l'esclavage • Les États du sud, bien moins peuplés, sont pour l'esclavage car leur économie repose sur les plantations • Ces intérêts divergents créent un blocage constitutionnelCompromis des grands électeursSous la pression de grands leaders du sud comme James Madison, on imagine le système des grands électeurs pour résoudre ce conflit.
- La clause des trois-cinquièmes et l'esclavageLe compromis détestablePour déterminer le nombre de grands électeurs, on compte non seulement tous les votants (citoyens blancs libres) mais aussi trois-cinquièmes des esclaves noirs, même s'ils ne votent pas.Avantage esclavagisteLa clause des trois-cinquièmes favorise mécaniquement tout État comptant beaucoup d'esclaves.Comparaison Pennsylvanie-Virginie• La Pennsylvanie a aboli l'esclavage dès 1780 et est très peuplée, avec 10% de population libre de plus que la Virginie • La Virginie a un tiers d'esclaves sur son sol • Malgré sa plus petite population libre, la Virginie obtient 25% de votes de plus que la PennsylvanieImpact électoralLa voix d'un citoyen pèse plus ou moins lourd selon l'État où il vit ; les États esclavagistes sont vraiment favorisés.
- Résultats de la clause des trois-cinquièmes sur les électionsÉlection de 1800Thomas Jefferson, candidat du sud et propriétaire d'esclaves, gagne contre John Adams, un homme du nord ouvertement critique sur l'esclavage.Domination sudisteSur les 12 premiers présidents des États-Unis, seuls deux n'ont jamais possédé d'esclaves.Tentatives de réformeIl y a eu plusieurs tentatives pour abolir le collège électoral, notamment en 1816 quand le sénateur de Pennsylvanie Abner Lacock propose sans succès que le président soit élu au suffrage universel masculin direct.Fin de l'esclavageÀ l'issue de la guerre de Sécession, l'esclavage est aboli partout, mais le système des grands électeurs persiste.
- Persistance du système après l'abolition de l'esclavageRaisons de la continuité• Le collège électoral est bien entré dans les mœurs • Avec la fin de la clause des trois-cinquièmes, on pense que l'équilibre entre grands électeurs et vote populaire est rétabliPerformance au XXe sièclePendant tout le 20e siècle, le système fonctionne plutôt bien : le candidat qui reçoit le plus de votes est aussi celui qui reçoit le plus de grands électeurs.Cas de résultats serrésParfois, un résultat populaire très serré ne se reflète pas dans le vote des grands électeurs, comme en 1960 quand John F. Kennedy bat Richard Nixon de seulement 100 000 voix mais reçoit 303 grands électeurs contre 219.Bilan historiqueLa clause des trois-cinquièmes disparaît mais le système perdure, ancré dans les institutions américaines.
- Problèmes modernes depuis 1992Tendance républicaineDepuis 1992, les candidats républicains ont gagné la présidentielle trois fois alors qu'ils n'ont remporté le vote populaire qu'une unique fois, en 2004.Blocage électoral• La sociologie des États fait que la plupart basculent automatiquement dans un camp plutôt que dans un autre • La Californie vote constamment Démocrate depuis 30 ou 40 ans • Le Texas vote toujours Républicain depuis 30 ou 40 ansÉtats pivots• Seuls quelques rares États restent indécis comme la Pennsylvanie ou la Géorgie • Ces États pivots sont décisifs car à eux seuls, ils peuvent déterminer le résultat de l'élection au niveau national • Les candidats à la présidentielle se concentrent à fond sur ces ÉtatsExemple 2020Joe Biden gagne de justesse les 3 États pivots de Géorgie, Pennsylvanie et Arizona à seulement 100 000 voix près, alors qu'au niveau national, Biden a battu Trump de 7 millions de voix.
- Les citoyens américains exclus du système électoralChiffre alarmantIl y a 4 millions de citoyens américains qui ne peuvent pas participer à l'élection présidentielle américaine. Jamais. Ils ne votent pas du tout.Territoires concernés• Porto Rico • Guam • Les îles Mariannes du Nord • Les Samoa américaines • Les îles Vierges des États-UnisAbsence de représentationCes territoires font partie des États-Unis mais n'ont pas le statut d'État : ils ont zéro sénateur, zéro représentant à la chambre, et donc zéro grand électeur.Statut paradoxalLes citoyens de Porto Rico paient des impôts et partent à la guerre, mais ne votent pas pour les élections présidentielles.
- Origines raciales de l'exclusion des territoiresContexte historiqueCes territoires ont été colonisés au 19e et au 20e siècles et depuis, on ne les a pas reconnus comme des États.Fondement racialLa question derrière cette exclusion est raciale, selon ce que déclare la Cour Suprême des États-Unis en 1901.Citation officielleLa Cour Suprême déclare que les nouvelles possessions sont habitées par des races étrangères ayant une religion, des coutumes, des lois différentes, et que les pratiques gouvernementales anglo-saxonnes y sont impossibles à mettre en place.Implications racistes• La démocratie est réservée aux membres de la race anglo-saxonne et aux gens dits intégrés • Les autres n'auront accès à ces droits que lorsqu'ils seront suffisamment éduqués • Les Amérindiens, Afro-Américains et Asiatiques sont carrément exclus du système
- Représentation satirique et persévérance de l'exclusionCritique visuelleLe magazine satirique Puck en 1899 représente cette situation avec un Oncle Sam en professeur, des bons élèves blancs pour les États de l'Union, et des mauvais élèves à la peau sombre pour les nouveaux territoires.Persistance moderneDe nos jours, ce vieux système perdure malgré son caractère anachronique.Ironie historiqueC'est méga ironique quand on sait que c'est à cause du refus anglais de donner une représentation aux colonies que les États-Unis sont devenus indépendants.Paradoxe actuelLes Américains ont combattu pour la représentation mais continuent à en priver 4 millions de leurs propres citoyens.
- Réformes proposées et accord du vote populaire nationalConsensus populairePlus de 60% des Américains sont pour qu'on passe au suffrage universel direct selon les sondages.Voix pour les territoiresDepuis longtemps, des voix s'élèvent en faveur de Porto Rico et de Guam pour qu'ils obtiennent le droit de voter aux élections présidentielles.Accord inter-États• En 2006, un projet d'accord inter-États du vote national populaire a été lancé • Chaque État adhérent promet que ses grands électeurs voteront automatiquement en faveur du candidat ayant le plus de votes citoyens à l'échelle de tous les États-UnisProgrès limitéMalheureusement, seuls 17 États sur 50 ont signé cet accord, et il reste encore du travail à faire.
- Conclusion et perspectives pour 2024Impact sur 2024L'accord du vote populaire national ne concernera pas l'élection de 2024 car il n'a pas été ratifié par suffisamment d'États.Question ouverteOn verra bien si le vainqueur de l'élection 2024 est élu par une minorité ou par une majorité des votes populaires.Remerciements• William Blanc pour l'expertise historique • Jan Sekal pour sa relecture et ses corrections attentivesAppel à interactionSi vous avez des questions ou des remarques, n'hésitez pas à les partager en commentaire et l'équipe verra ce qu'on peut faire.





