
La catastrophe de Tchernobyl
10 chapters
- L'arrivée de Gerd Ludwig à TchernobylContexte et missionEn 1993, Gerd Ludwig, photographe reconnu travaillant pour Time et National Geographic, est envoyé par National Geographic en ex-URSS pour documenter la vie quotidienne dans l'ancien Bloc de l'Est quatre ans après la chute du mur de Berlin.Destination et accèsLudwig se rend en Ukraine, à quelques kilomètres de Prypiat, pour photographier la centrale nucléaire de Tchernobyl. C'est le premier journaliste occidental autorisé à accéder à la zone depuis l'accident du 26 avril 1986.Expérience sur place• La radioactivité est invisible, inaudible, insipide et imperceptible mais crée une tension constante • Ludwig doit avancer rapidement dans des pièces sombres remplies de débris métalliques et de poussière radioactive • Face à une porte verrouillée, on ne lui donne que quelques secondes pour photographierDécouverte symboliqueLudwig découvre une horloge gelée à 1h23'58, l'heure exacte à laquelle le temps s'est arrêté dans le réacteur n°4 le 26 avril 1986.
- Le jour avant la catastropheVie ordinaireLe 25 avril 1986, Prypiat vit une journée banale : le printemps est là, les enfants sont à l'école et chacun vaque à ses occupations.Test de routineÀ la centrale de Tchernobyl, le réacteur n°4 fait l'objet d'un exercice important : vérifier que le turboalternateur prendrait le relais en cas de panne électrique pour alimenter les systèmes de sécurité.Complications du protocole• La puissance du réacteur n'est réduite que de moitié pour ne pas compromettre l'approvisionnement électrique régional • La demande du centre de distribution provoque des retards et complique l'horaire prévu • À 23 heures, on recommence à réduire la puissance alors que le cœur du réacteur est déjà difficile à contrôlerLancement de l'essaiL'essai démarre à 1h23'04 du matin le 26 avril quand on ferme les vannes alimentant la turbine en vapeur, marquant le début d'une cascade d'événements catastrophiques.
- L'explosion du réacteurEscalade critique• 36 secondes après le début de l'essai, le chef opérateur Aleksandr Akimov demande un arrêt d'urgence à 1h23'40 • À 1h23'44, le cœur produit cent fois plus d'énergie que prévu • Les barres de contrôle nécessitent au moins vingt secondes pour descendre mais le réacteur ne dispose que de quatre secondesFormation d'hydrogèneL'eau entourant le réacteur subit la radiolyse, transformant l'hydrogène et l'oxygène en mélange explosif qui détonera violemment.Déflagration massiveL'explosion soulève la dalle de 2000 tonnes de béton armé qui recouvre le réacteur, équivalent à 40 tonnes de dynamite. La dalle s'affaisse et enfonce la partie supérieure du cœur qui se retrouve à l'air libre.Incendie du graphiteLe graphite du cœur prend feu créant un halo bleuâtre apocalyptique visible à Tchernobyl. Aucun équipement classique ne peut éteindre ce type d'incendie.
- Les retombées radioactivesAmpleur de la contamination• L'explosion libère des particules radioactives jusqu'à 1200 mètres de haut • En dix jours, la centrale émet 10 à 12 milliards de milliards de becquerels • C'est 30 000 fois les rejets radioactifs de toutes les centrales nucléaires mondiales pour toute l'année 1986Matière résiduelleLa centrale n'a éjecté que 5% de sa lave radioactive. À Tchernobyl aujourd'hui, 1 400 tonnes de magma restent dans les profondeurs, dont 190 tonnes d'uranium et de plutonium.Mythe du pontContrairement à la série HBO, il n'y a probablement pas eu de rassemblement spontané sur le pont de la mort car l'explosion s'est produite à 2 heures du matin et n'a pas réveillé la plupart des habitants.Réalité des exposésLes seules personnes exposées immédiatement étaient les employés de la centrale et les pompiers appelés d'urgence pour combattre l'incendie sans équipement adapté.
- La réponse désorganisée des autoritésIncompréhension initialeLe directeur Viktor Petrovitch Brioukhanov, ingénieur en thermodynamique et non spécialiste du nucléaire, appelle les pompiers comme pour un feu classique. Moscou ne reçoit un rapport que trois heures plus tard affirmant que le cœur n'est probablement pas endommagé.Absence d'évacuation• Aucune évacuation n'est ordonnée la nuit de l'explosion malgré 200 salariés sur site et des centaines d'ouvriers dormant à proximité • Le 26 avril au matin, Prypiat continue sa vie normale avec des habitants au marché • 900 enfants participent au marathon de la paix autour de la centraleArrivée de la commissionUne commission gouvernementale de Moscou découvre que personne n'a pris les décisions de base : les employés sont toujours présents, la ventilation intérieure n'a pas été débranchée, libérant de la poussière radioactive dans tous les systèmes.Décision d'évacuationBoris Chtcherbina, chef de la commission, ordonne enfin l'évacuation d'une zone de 30 kilomètres le 28 avril à 14 heures, deux jours et demi après l'explosion, suivi d'un élargissement du périmètre à 100 kilomètres entre mai et août.
- Les opérations de sauvetage héroïquesIntervention aérienne• Des centaines de pilotes d'hélicoptères se relaient pour larguer des tonnes de sable, d'argile, de plomb et de bore • Les hélicoptères doivent rester immobiles 200 mètres au-dessus du cœur de 10 mètres de diamètre pendant huit secondes maximum • Un hélicoptère s'écrase six mois plus tard après avoir accroché un filin, pas immédiatement après l'explosion comme le montre la fictionProtection souterraineLe cœur en fusion menace de percer la dalle sous-jacente. Des centaines de mineurs du Donbass creusent un boyau de 170 mètres de long et utilisent de l'azote liquide pour refroidir le réacteur et protéger la nappe phréatique.Doses massivesTous ces secouristes, au sol et dans les airs, reçoivent des doses de radiation absolument monstrueuses pour protéger la population des retombées radioactives.Évacuation d'urgenceL'armée réquisitionne 1 200 bus le 28 avril pour évacuer 45 000 habitants en urgence. On leur ordonne de prendre seulement l'argent, les papiers et la nourriture, avec la promesse de revenir en deux ou trois jours. Personne ne reviendra.
- L'exode et la contamination prolongéeAccueil inadéquat• Les 45 000 évacués sont accueillis 50 km plus loin au milieu de nulle part dans des granges et étables réquisitionnées • Les habitants montrent des signes inquiétants : vomissements, diarrhée, vertiges, troubles de la vue • Aucun hôpital ne se trouve dans le secteur d'accueilZone déjà contaminéeLa zone où sont envoyés les évacués est elle-même déjà contaminée par les retombées radioactives.Tentatives de contrôleLes autorités soviétiques barrent les routes avec des cordons de police pour limiter les rumeurs mais des milliers d'habitants contournent la zone pour rejoindre Kiev.Construction d'une nouvelle ville• Prypiat devient une ville fantôme après l'évacuation complète • On construit Slavoutitch à 60 km de Tchernobyl pour accueillir les habitants déplacés • Fin 1987, Slavoutitch compte déjà 30 000 habitants • Le Kremlin verse 4 000 roubles par adulte et 1 500 par enfant comme indemnités
- La réaction internationale et la transparenceDécouverte en SuèdeLe 28 avril, les employés de la centrale suédoise de Forsmark détectent des niveaux de radiation anormalement élevés. En vérifiant la direction du vent, ils réalisent que les particules proviennent d'Europe de l'Est.Annonce officielleL'agence de presse soviétique TAS attend 24 heures avant un communiqué très atténué parlant d'un « accident de gravité moyenne » à Tchernobyl, ce qui suscite des inquiétudes dans toute l'Europe.Perte de crédibilitéL'Union soviétique ne peut pas arrêter les rumeurs : trop de témoins et trop de personnes évacuées rendent l'information impossible à contrôler.Virage vers la transparence• Trois semaines après la catastrophe, Mikhail Gorbatchev change de tactique en privilégiant la transparence (glasnost) • Le 14 mai, Gorbatchev s'adresse à la télévision pendant 45 minutes pour admettre que l'URSS n'a pas compris l'ampleur du désastre • C'est le premier signe que les temps changent et que le Kremlin s'affaiblit
- Les liquidateurs et le sarcophageMobilisation massive• 700 000 hommes sont mobilisés entre l'été 1986 et l'été 1988 : soldats, ouvriers, volontaires • Ces liquidateurs nettoient la région et confinent les zones contaminées • Beaucoup ne savent pas vraiment contre quoi ils se battent et sont très mal protégésConstruction du sarcophage• Un sarcophage de béton et d'acier est construit sur six mois pour empêcher les particules radioactives du corium (magma radioactif) de s'échapper • On élève un dôme de 66 mètres de haut recouvert de poutrelles d'acier • Le dernier jour, trois militaires plantent le drapeau de l'URSS au sommet sous l'œil des camérasNettoyage régional• Les retombées radioactives ne sont pas uniformément distribuées, certaines zones proches sont épargnées tandis que des zones éloignées reçoivent des doses plus fortes • On racle la terre sur des dizaines de km², enterre des dizaines de tonnes de débris contaminés dans 600 fosses tapissées de plomb et béton • Des villages entiers sont rasésFonctionnement continuPendant toutes les opérations de sauvetage, les trois autres réacteurs de Tchernobyl continuent de fonctionner jusqu'en 2000 avec 10 000 ouvriers faisant la navette quotidienne depuis Slavoutitch et Kiev.
- Le bilan incertain de la catastropheChiffres officielsOfficiellement, les opérations de liquidation ont pris fin en 1988. La Russie affirme que Tchernobyl n'a provoqué la mort que de 31 personnes, ce que tout le monde sait être inexact.Impossibilité du décompte• Personne ne peut dire qui est mort à cause de Tchernobyl précisément • Les liquidateurs rongés par les radiations et les habitants morts dans les années suivantes sont des milliers • Aucun cancer, leucémie ou malformation ne peut être directement lié à Tchernobyl avec certitude à 100%Flou persistantQuarante ans après l'accident, on dispose toujours d'un gigantesque flou sur le véritable bilan de Tchernobyl car aucune cause de décès ne peut être affirmée avec certitude.Catastrophe inachevée• L'accident n'est toujours pas terminé quarante ans plus tard, ses effets sont encore présents • Les inquiétudes autour des dommages au coffrage de protection restent vives, notamment avec la guerre en Ukraine • Tchernobyl est une catastrophe qui a de l'avenir





