Contemporary era/Comment un pays sombre dans la dictature ? (Guerre d'Espagne)
Comment un pays sombre dans la dictature ? (Guerre d'Espagne)

Comment un pays sombre dans la dictature ? (Guerre d'Espagne)

Nota Bene21 minFeb 11, 2019
Comment un pays sombre dans la dictature ? (Guerre d'Espagne)
9 chapters
  • L'Espagne en crise au début du XXème siècle(0'301'55)
    L'Espagne a perdu sa puissance économique avec la perte de ses colonies en Amérique. Bien que le pays soit resté neutre pendant la Première Guerre mondiale, il stagne depuis et connaît une économie paralysée.
    • Un tiers de la population vit dans la misère • Un tiers des Espagnols est analphabète • Les terres agricoles sont aux mains d'une riche minorité • 2 millions d'agriculteurs ne possèdent aucun terrain
    La monarchie parlementaire du roi Alphonse XIII s'enfonce dans la crise avec des élections truquées, des insurrections ouvrières latentes et une montée du militarisme.
    Le général Miguel Primo de Rivera organise un coup d'État et s'intronise premier ministre avec la bienveillance du roi Alphonse XIII, qui espère sauver son trône.
  • La dictature de Primo de Rivera et ses conséquences(1'553'48)
    • Rapprochement avec l'Italie de Mussolini • Répression des républicains et des syndicats ouvriers • Grande politique d'industrialisation • Engagement de l'armée dans une campagne au Maroc
    L'armée intervient pour mettre fin à la rébellion de la République du Rif au Maroc depuis 1912. Francisco Franco se distingue en organisant le débarquement d'Al Hoceïma avec l'aide de la marine française, considéré comme le premier débarquement aéronaval de l'histoire.
    Le succès militaire au Maroc vaut à Franco d'être nommé général et de recevoir la Légion d'Honneur sur recommandation du maréchal Pétain.
    Après l'effondrement de l'économie espagnole en 1929, le général Berenguer pousse Primo de Rivera vers la sortie en 1930 et prend sa place. Son gouvernement est appelé la « Dictablanda » pour son caractère moins répressif.
  • L'avènement de la Seconde République et ses tensions(3'485'54)
    Le 12 décembre 1930, les républicains organisent le soulèvement de Jaca en Aragon. Ramón Franco, frère de Francisco et républicain convaincu, s'empare de l'aéroport de Cuatro Vientos et largue des tracts révolutionnaires au-dessus de Madrid avant de s'enfuir au Portugal.
    Les élections municipales convoquées voient les républicains remporter la plupart des grandes villes et capitales. Le roi Alphonse XIII, politiquement affaibli et isolé, s'enfuit le 14 avril 1931, marquant le début de la Seconde République espagnole.
    • Répartition des terres agricoles • Extension du suffrage universel aux femmes et aux soldats • Création de postes d'instituteurs pour résorber l'analphabétisme • Prise en compte des revendications autonomistes en Catalogne
    En 1933, une coalition de centre-droit remporte les élections générales. Suivent en 1934 de multiples insurrections socialistes et anarchistes, violemment réprimées notamment par Franco. José Antonio Primo de Rivera fonde la Phalange Espagnole, organisation ouvertement fasciste.
  • Le Front Populaire et la marche vers la guerre civile(5'547'28)
    En février 1936, une coalition de gauche, le Front Populaire, parvient à remporter la majorité aux élections. Une amnistie est décrétée pour les prisonniers politiques de 1934, lanç­ant un élan de grèves et les premières occupations de terres.
    • 269 tués et 1 287 blessés dans des bagarres de rues depuis les élections de février • 381 bâtiments attaqués ou endommagés • 43 locaux de journaux attaqués ou saccagés • 146 attentats à la bombe
    Les généraux nationalistes organisent leur soulèvement presque ouvertement. Le 17 juillet, depuis le Maroc, le Général Franco lance son coup d'État, suivi par les putschistes en métropole le lendemain.
    Après trois jours d'indécision, le 20 juillet 1936, l'Espagne est coupée en deux : un tiers du territoire est aux mains des nationalistes, le reste étant toujours contrôlé par la République. La guerre civile a commencé.
  • Les belligérants et l'aide internationale(7'2813'16)
    • La Phalange, les Carlistes monarchistes et la CEDA • Les forces armées stationnées au Maroc et une partie de l'armée régulière • Organisation cohérente obéissant au Généralissime Franco • Exceptions : la Marine et l'aviation restent fidèles à la République
    • Confédération Nationale du Travail (CNT) anarchiste • Parti Ouvrier d'Unification Marxiste (POUM) • Parti Socialiste Ouvrier Espagnol et Union Générale des Travailleurs (UGT) • Parti Communiste Espagnol (PCE) • Milices créées dans chaque région pour la défense
    L'Italie envoie environ 50 000 volontaires et fournit des avions, navires, chars et plus de 200 000 armes. L'Allemagne détache la Légion Condor, force aérienne d'environ 6 000 hommes, et fournit des avions, panzers, canons et fusils.
    La France et l'Angleterre refusent d'intervenir, l'opinion publique française étant opposée à l'aide à la République espagnole. Un embargo est établi par un Comité de Londres, mais l'Allemagne et l'Italie le contournent facilement tandis que l'URSS fournit armes et personnel aux républicains.
  • Les opérations militaires de 1936-1937(13'1615'42)
    Après l'échec du coup d'État total, Franco profite de l'arrivée des renforts allemands pour transférer les troupes du Maroc en août 1936 et lancer une offensive vers Madrid. Le 14 août, les rebelles prennent Badajoz, mais Franco détourne ses troupes vers Tolède le 21 septembre pour sauver les cadets assiégés. Madrid est pour l'instant sauvée.
    L'offensive rebelle reprend en février 1937 sur Madrid mais tourne en faveur des républicains grâce aux chars soviétiques. Franco, contre les conseils allemands, refuse d'utiliser ses blindés pour la blitzkrieg. Une seconde offensive en mars échoue également, notamment à cause des conditions météorologiques favorisant l'aviation républicaine.
    Au nord, la situation est différente : encerclés, le Pays basque et sa capitale Bilbao tombent le 19 juin 1937. Les nationalistes prennent également Irun et Saint-Sébastien, progressant vers Barcelone.
    Faute de supériorité nette, les deux camps campent sur leurs positions et une guerre de retranchement se met en place. Cette alternance entre offensive et statu quo durera tout le conflit. Georges Orwell, participant dans les milices du POUM, décrit une guerre de tranchée où les deux camps passent surtout leurs journées à se crier des insultes et à tirer quelques balles sans conviction.
  • La révolution intérieure et les tensions républicaines(15'4218'37)
    Le coup d'État précipite la constitution en milices des organisations politiques. Ces milices tiennent tête aux nationalistes en 1936, mais l'entente entre anarchistes, trotskystes, socialistes et communistes est précaire. Les miliciens refusent la rigueur militaire : beaucoup rentrent dormir chez eux le soir et rechignent à creuser des tranchées ou monter la garde.
    • Au sein des milices, tout le monde reçoit la même solde malgré l'existence de grades • Les officiers n'ont qu'une autorité opérationnelle • Les milices veulent être le premier lieu de réalisation de la société sans classes • Georges Orwell observe un officier supplier un jeune recruté de revenir après qu'il quitte l'entraînement en grommelant
    Dans les campagnes, principalement en Catalogne, les agriculteurs collectivisent les terres. Les ouvriers s'emparent des usines, chassant les propriétaires vers le camp nationaliste. Pour la CNT et le POUM, la révolution est tout autant importante que la victoire contre le franquisme.
    Le Parti Communiste Espagnol, sous l'influence de Moscou, lance une campagne pour affaiblir les partis révolutionnaires. Les tensions culminent le 2 mai 1937 quand la CNT s'empare du central téléphonique de Barcelone, déclenchant des affrontements internes pendant 4 jours. Le POUM est dissous et un gouvernement de centre-gauche sous Juan Negrin est formé avec les communistes aux portefeuilles clés.
  • La fin de la guerre et ses conséquences(18'3720'06)
    L'hiver 1937 voit le dernier affrontement majeur à Teruel, tête de pont nationaliste gênant la communication entre Madrid et Barcelone. Si Teruel est prise dans un premier temps, une contre-offensive nationaliste met en déroute les républicains. Cette défaite ouvre le chemin vers Barcelone qui tombe en février 1939.
    Madrid est bientôt suivi par d'autres villes. Le 1er avril 1939, Franco fait diffuser sur toutes les ondes radio un communiqué annonçant sa victoire définitive, mettant fin à plus de trois années de conflit sanglant.
    • Entre 100 000 et 250 000 soldats tombés au combat • Entre 120 000 et 220 000 civils tués par violences nationalistes et républicaines • Entre 40 000 et 60 000 morts suite à famine et bombardements • Environ 200 000 exécutions des vaincus entre 1939 et 1943
    • Rapprochement définitif de l'Allemagne et l'Italie, signature du traité de l'Axe le 1er novembre 1936 • Test en condition réelle du matériel et troupes allemands et italiens • Affirmation de la volonté pacifiste des pays alliés et perception de leur faiblesse • Isolement de l'URSS, peut-être expliquant en partie le Pacte germano-soviétique
  • La dictature franquiste et ses répercussions(20'0621'51)
    La victoire franquiste marque le début d'une dictature qui durera presque 40 ans en Espagne. Avec un pays exsangue, Franco ne rallie pas l'Axe et se voit contraint de rester officiellement neutre pendant la Seconde Guerre mondiale.
    Bien que restant officiellement neutre, Franco donne un coup de main sous la table à l'Allemagne. Un deuxième front au sud de la France aurait bien arrangé Hitler, mais l'Espagne ravagée ne peut le fournir.
    La guerre d'Espagne est une période sombre et complexe marquée par le affrontement entre forces progressistes et fascistes, par des luttes internes au camp républicain et par l'intervention étrangère décisive.
    Le conflit espagnol illustre comment un pays peut sombrer dans la dictature par l'accumulation de crises économiques, sociales et politiques, ainsi que par les divisions internes qui affaiblissent les forces démocratiques face aux mouvements autoritaires organisés.