Moyen Âge/RICHES VS PAUVRES - Les Loisirs au Moyen Âge - Nota Bene #25
RICHES VS PAUVRES - Les Loisirs au Moyen Âge - Nota Bene #25

RICHES VS PAUVRES - Les Loisirs au Moyen Âge - Nota Bene #25

Nota Bene14 minDec 14, 2017
17 chapters
  • Introduction - Les loisirs entre riches et pauvres(0'000'56)
    Aujourd'hui, les différences de loisirs entre riches et pauvres sont évidentes : Jean-Mi regarde un stream de MisterMv tandis que Charles-Edouard se divertit en jet-ski.
    Au Moyen Âge, les disparités de loisirs entre riches et pauvres existaient de manière similaire, bien que sous des formes différentes.
    Le Moyen Âge est souvent présenté comme une période sombre, violente et dépressive, image popularisée par l'historien Jules Michelet qui le décrivait comme une époque d'esprit collectif, de religion et d'autorité.
    La vérité est bien plus compliquée que cette image simplifiée du Moyen Âge.
  • L'organisation sociale médiévale et ses trois ordres(0'561'24)
    • Les Laboratores : ceux qui travaillent • Les Oratores : ceux qui prient • Les Bellatores : ceux qui se battent
    Cette division hiérarchique s'incarne dans tous les aspects de la vie, y compris la manière dont on veut ou peut se divertir.
    Des pratiques populaires sont souvent reprises par les nobles qui s'approprient le truc en interdisant aux pauvres de le faire.
    La chasse illustre parfaitement ce phénomène d'appropriation et de restriction des loisirs populaires.
  • La chasse : du privilège populaire au monopole noble(1'242'25)
    Au départ, tout le monde peut chasser. Le peuple chasse surtout par nécessité pour se nourrir ou défendre ses récoltes contre les loups et les renards.
    À partir de l'époque mérovingienne, très tôt au début du Moyen Âge, la pratique est peu à peu encadrée et limitée pour devenir un privilège exclusif de la noblesse.
    Un seigneur sans guerre, croisade, joute ou tournoi pour se distraire faisait la guerre aux animaux pour se divertir.
    Louis XI interdit aux non-nobles de chasser à partir de 1470, interdiction valable aussi pour les clercs et gens d'armes.
  • Les forêts royales : espace symbolique et juridique(2'253'41)
    La forêt devient un espace symbolique qui appartient au roi, réglementée par le régime juridique des foresta, soit le droit de chasse des souverains ou suzerains.
    Ceux qui décident de ne pas respecter ce droit commettent un délit de chasse, passible de la peine de mort.
    • Les paysans perdent l'accès au bois pour se chauffer • Perte d'espace pour l'élevage de porcs, chevaux et bovins • Réduction des opportunités de travail pour les bûcherons • Disparition du refuge pour les braconniers et marginaux
    En Angleterre, sous Henri II, les gros chiens à proximité des forêts royales devaient être amputés à trois doigts par patte, et être vêtu de vert en forêt était interdit sous Henri III en 1225.
  • Représentations artistiques de la chasse noble(3'413'59)
    • Les Très riches heures du duc de Berry • La Tapisserie de Bayeux • La Chasse au Cerf de Lucas Cranach l'Ancien (1529)
    Ces œuvres permettent d'apprécier l'importance octroie à la pratique de la chasse à cette époque.
    Alors que les nobles célèbrent la chasse dans l'art, le peuple est privé de ce loisir et doit trouver d'autres formes de divertissement.
    Le peuple se divertit surtout lors des grandes fêtes religieuses, notamment le cycle carême-carnaval.
  • Le carnaval : fête du peuple et critique sociale(3'595'17)
    Le carnaval va de l'Épiphanie au mercredi des Cendres et précède le carême, une période de jeûne et d'abstinence de 40 jours instituée au 4e siècle.
    Présenté souvent comme la fête des Fous et une forme de critique de l'ordre établi, le carnaval est en réalité une fête d'église devenue fête du peuple avec repas copieux, farces grossières et chansons gaillardes.
    • Processions avec un âne richement vêtu • Déguisements et port de masques • Démesure et oubli du quotidien • Anonymat dans une foule déguisée
    On endosse le rôle de personnages connus, d'animaux ou du diable, les interdits sont pris à bras le corps dans une mascarade grotesque.
  • Les charivaris : moquerie publique et ordre social(5'176'11)
    Le charivari est le tumulte organisé pour se moquer des gens qui se marient en étant d'âge fort inégal ou des veufs et veuves qui se remarient trop peu de temps après le décès de leur conjoint.
    Les habitants se réunissent avec des trompettes pour manifester bruyamment devant la maison des nouveaux amants et ne se retirent qu'après avoir perçu un montant de jusqu'à 100 livres, versé aux œuvres charitables.
    Si la personne visée par le charivari ne paie pas, l'occupation de la maison commence et on s'expose aux moqueries, insultes et coups.
    Malgré la violence, le charivari fonctionne comme un mécanisme de contrôle social pour enforcer les normes matrimoniales et sociales.
  • Le carnaval de Romans : quand la fête devient violence(6'117'06)
    Certaines pratiques carnévalières sont légèrement plus brutales, surtout quand les jeunes voient l'occasion de tester leurs capacités face à de nombreux concurrents.
    En février 1580 durant le carnaval de Romans dans le Dauphiné, les impôts royaux, les rancœurs des guerres de religions et les rivalités de voisinage minent la vie des habitants.
    Deux groupes s'affrontent : les riches représentés par des animaux symboliques comme l'aigle ou le coq, et les pauvres déguisés en chapons ou en mouton.
    • Les premiers combats commencent vers 22 heures • Entre 20 à 30 morts lors des affrontements • Entre 1 500 à 1 800 individus tués lors de la répression entre le 26 et le 28 mars 1580
  • La domestication du carnaval par l'élite(7'067'26)
    À partir du 14e siècle, les mascarades où l'on se déguise sont réservées à une élite.
    La forme de la fête évolue, le carnaval accueille des spectacles sur des tréteaux remplaçant les manifestations qui incitaient à la débauche et au désordre social.
    Des fêtes institutionnelles remplacent les pratiques populaires, réduisant le peuple urbain à l'état de spectateur.
    Cet épisode de Romans confirme la lente reprise en main du carnaval par les plus aisés.
  • Les divertissements urbains de la rue(7'267'58)
    Si les habitants des campagnes se divertissent surtout lors des fêtes tout au long de l'année, les citadins peuvent passer leurs loisirs à observer les spectacles de la rue.
    Du lever au coucher du soleil, la rue est remplie de mouvement et de bruit où se balader aux carrefours et sur les places est un plaisir mais aussi une obligation.
    Les gens plus pauvres ne disposent que d'un intérieur peu agréable, exigu et mal éclairé car le verre à vitre coûte très cher et le parchemin huilé laisse mal pénétrer la lumière.
    Passer du temps dans les rues est particulièrement une obligation pour les habitants des villes de conditions modestes.
  • Les trouvères et troubadours : poésie et musique(7'588'40)
    À partir du XIIe et surtout au début du XIIIe siècle, au sud comme au nord se développe une poésie lyrique cultivée par des poètes qui sont aussi des musiciens.
    • Trouvères en langue d'oïl • Troubadours en langue d'oc
    Ils chantent la poésie du trobar ric (formulation très riche et stylisée), le trobar leu (plus populaire) et le trobar clus (hermétique et secrète, compréhensible seulement des gens cultivés ou de la femme aimée).
    • L'amour • La guerre • La foi
  • Les joglars et instrumentistes : orchestre itinérant(8'409'09)
    Le troubadour ne se déplace pas seul, il est suivi des joglars qui soutiennent ses poésies d'un accompagnement musical.
    • À cordes : violons, harpes, rotes à 17 cordes, lyres • À vents : chalumeaux • À percussion : tambourins, sistres, castagnettes
    Des saltimbanques, hommes et femmes, complètent la caravane avec tout un équipage d'animaux savants, se chargeant des pauses entre les spectacles.
    Peu à peu, ces troubadours, jongleurs, chanteurs et autres artistes se font sédentaire.
  • Les jongleurs : diversité de talents et influence sociale(9'0910'00)
    • Montreur d'animaux (ours, singe ou chiens savants) • Acrobate (corde, couteaux, avaleur de feu) • Musicien jouant de divers instruments et faisant danser • Conteur narrant des fables ou des romans • Ménestrel composant des ouvrages
    Les jongleurs narrent sur les places des villes l'histoire des héros d'autrefois en s'accompagnant d'instruments comme la vielle.
    Les foires tenues lors de certaines fêtes dans les villes ou les villages leur offrent l'occasion de divertir la foule, et ils sont indispensables aux noces chez les gens d'humble condition comme chez les nobles.
    Les jongleurs talentueux développent une certaine influence sur le peuple en parlant des problèmes de la société et en se prononçant en faveur ou contre des hommes ou des idées, même si leur critique se réduit souvent à une taquinerie.
  • Satire sociale et stéréotypes culturels(10'0010'17)
    • On se moque des Bretons établis à Paris parce qu'ils parlent mal le français • On accable l'Anglais en plaisantant sur ses beuveries • On l'imite en rigolant de son accent
    On lance des rumeurs sur le fait que l'Anglais serait doté d'une queue à la manière des animaux.
    Les jongleurs amusent la foule en se moquant des groupes sociaux et nationaux, créant une forme de critique douce par le rire.
    Cette forme de satire populaire se poursuit sous d'autres formes à travers les âges comme moyen de divertissement social.
  • Charlatans et gitans : spectacle et commerce sur les places(10'1711'22)
    Au 15e siècle, apparaissent des gitans et parmi eux les femmes disent la bonne aventure en regardant dans les mains des gens ce qui leur est advenu ou à advenir.
    En parlant aux créatures par art magique ou par l'ennemi d'enfer, ou par entregent d'abilité, ils faisaient vider les bourses aux gens.
    On aime également entendre les charlatans qui vendent leurs drogues sur les places publiques, aux carrefours, là où se rassemblent les gens.
    • Tentent de retenir les passants et de les amuser • Évoquent l'Orient comme terre de miracles avec parfums, épices, baumes et encens • Invoquent les grands médecins de l'Antiquité comme Hippocrate et Galien • Parlent de maladies bizarres et marmonnent des formules de conjuration
  • Imitation et parodie : du théâtre à la publicité(11'2211'35)
    Des jongleurs ont imité de façon burlesque les discours des charlatans pour amuser la galerie.
    En regardant la publicité moderne, on se dit finalement qu'il y a pas que les jongleurs qui se sont inspirés des techniques persuasives des charlatans.
    Les techniques de marketing et de divertissement des charlatans médiévaux trouvent des échos dans la publicité contemporaine.
    De la place publique médiévale à l'écran moderne, la manière d'attirer l'attention et de convaincre suit les mêmes principes fondamentaux.
  • Conclusion : le peuple médiéval et l'art de vivre(11'3514'53)
    Le peuple médiéval n'est pas cette masse informe qui ne fait que travailler, mais une population qui sait se divertir et profiter de la vie.
    Faites pareil dès que vous le pouvez, parce que si les conditions de vies sont plus faciles aujourd'hui, on n'est jamais à l'abri d'une emmerde et il faut profiter des petits plaisirs.
    Laurent Turcot, historien ayant écrit l'épisode sur les JO de Berlin, a aidé sur cet épisode en livrant les informations, et a écrit un livre sur les sports et loisirs au Moyen Âge.
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