
Les chars français de 1940 étaient-ils moins bons que les autres ?
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- Introduction et contexte de la campagneMythe populaireL'invasion de 1940 est souvent présentée comme une victoire de l'armée allemande blindée contre des Alliés techniquement dépassés, mais cette vision relève davantage de la propagande nazie que de la réalité militaire.Idées reçues• L'armée française traîne son lot de clichés concernant son équipement blindé • Ses chars seraient trop lents, mal utilisés et dispersésDonnées numériquesL'armée française compte 3066 chars modernes opposés aux 2439 allemands, montrant une supériorité française en nombre contrairement au mythe d'une supériorité allemande.Objectif de l'analysePasser en revue les clichés et la réalité pour clarifier la situation réelle des forces blindées françaises.
- Démantèlement des mythes tactiquesConcentration des charsLe mythe affirmant que tous les chars français étaient parqués au même endroit est faux : au 10 mai 1940, l'armée française compte six divisions blindées et deux autres en formation.Distribution réelleCes divisions regroupent environ la moitié des chars français, loin du mythe des mille paquets de trois chars dispersés, souvent utilisé pour expliquer la défaite.Comparaison avec les AlliésCe ratio de six divisions blindées est comparable à celui des armées US et soviétique en 1944, montrant que la distribution française était cohérente avec les pratiques alliées.Véritable enjeuLa question n'est pas la concentration des chars mais plutôt leurs performances et leur utilisation tactique dans le contexte global de la campagne.
- Critères d'évaluation des charsFacteurs techniquesLes performances des chars dépendent de la protection, la puissance de feu et la mobilité.Facteurs contextuels• Utilisation tactique • Ergonomie • Quantité engagée • Coordination entre unités • Valeur des équipagesOrganisation françaiseContrairement à l'Allemagne qui regroupe ses chars dans la Panzerwaffe, la France partage ses blindés entre l'infanterie et la cavalerie avec des usages et modèles différents.Modèles à analyserQuatre blindés emblématiques seront examinés : deux chars d'infanterie et deux chars de cavalerie.
- Le défaut omniprésent : les tourelles monoplaceConception françaiseTous les chars français étudié ont une tourelle monoplace, contrairement aux tourelles allemandes qui accueillent deux ou trois personnes.Problèmes opérationnels• Le chef de char doit commander, prendre des décisions et observer la situation • Il doit simultanément gérer le canon, recharger, viser et s'occuper de la mitrailleuse • Cela crée une surcharge cognitive majeure du chef de charComplications additionnellesLes périscopes limités et les petites ouvertures d'observation réduisent la visibilité, et la communication interne se fait parfois à coups de pied sur le dos du pilote.Impact tactiqueUn chef de char allemand peut se consacrer entièrement à la prise de décision tandis que son homologue français est débordé par les événements.
- Communication et coordination intercharsHiérarchie de commandementUn des chefs de char doit diriger l'unité en plus de piloter son propre véhicule, ajoutant une charge supplémentaire.Absence de radiosLa communication entre chars est un défaut majeur : les radios sont rarement installées sauf sur les chars les plus récents ou lourds.Systèmes improvisésEn l'absence de radios, la communication entre chars se fait en agitant des petits drapeaux, ce qui expose le chef de char au feu ennemi.Conséquences pratiquesLes chars scrutent le char de commandement et imitent son comportement en espérant l'absence d'imprévus, réduisant la flexibilité tactique réelle.
- Le Renault R35 : char d'infanterie légerCaractéristiques principalesProduit à 1685 exemplaires de 1936 à 1940, le R35 est le char le plus répandu de l'armée française et représente fidèlement les qualités et défauts de l'équipement français du début de guerre.Protection remarquable• Blindage moyen de 40mm, mieux protégé que tous les chars allemands de 1940 • Peut résister à l'armement antichar standard au-delà de 400m • Même les meilleurs chars allemands ne peuvent l'endommager au-delà de 500mArmement et mobilitéÉquipé d'un canon court de 37mm et d'une mitrailleuse coaxiale, il atteint 20km/h sur route et 12km/h en tout terrain, adapté à sa mission de soutien de l'infanterie.Rôle et performanceEngagé par petits groupes contre l'infanterie allemande, le R35 a été efficace pendant la bataille de la ligne Weygand mais inadapté contre les manœuvres de percée des divisions blindées.
- Le Renault B1 bis : char lourd de ruptureSpécifications techniquesTrois fois plus lourd que le R35 avec 31,5 tonnes, armé de deux canons, le B1 bis est le plus puissant char de la campagne de 1940, tous camps confondus.Armement impressionnant• Canon de 47mm en tourelle avec mitrailleuse • Obusier de 75mm en caisse capable de pilonner les positions fortifiées et efficace contre les chars à distance respectable • Blindage homogène minimum 55mm, le double du char allemand le plus blindéPoints faiblesCoûteux à produire et entretenir, seulement 259 exemplaires au front en mai 1940, vitesse réduite de 28km/h sur route et nécessite un carburant spécifique dérivé de moteurs d'aviation.Destin au combatMalgré sa supériorité technique et sa survivabilité remarquable lors de la bataille d'Abbeville, le B1 bis reste vulnérable aux canons antichar de 88mm et à l'artillerie lourde allemande.
- La cavalerie : mission de mobilité et percéeDoctrine et organisationPour les chars de cavalerie, la vitesse est primordiale : ils doivent être rapides et puissants pour percer, exploiter et reconnaître le terrain.Réorganisation structurelle• L'armée crée les Division Légère Mécaniques (DLM) à l'image des Panzerdivisionen allemandes • Les divisions de cavalerie traditionnelle, appelées 'gasoil-picotin' mélangeant chars et chevaux, doivent être transformées en DLMEnjeux de productionLa production du Somua S35 s'avère trop lente, forçant la cavalerie à chercher un autre modèle comme le H35 adapté en H39.Adaptation tactiqueCes chars doivent supporter des missions éclaireurs et de débordement nécessitant une mobilité supérieure aux chars d'infanterie.
- Le Hotchkiss H39 : char de cavalerie amélioréDéveloppement et productionVersion améliorée du H35, le H39 est produit en plus grande quantité que le Somua S35, suffisamment pour armer les escadrons de cavalerie.Protection équivalenteFormat similaire au R35 et seulement 2 tonnes plus lourd, le H39 bénéficie du même blindage rendant tous les chars français mieux protégés que leurs homologues allemands.Amélioration décisive : mobilité• Vitesse de pointe de 37 km/h sur route et 16 km/h en tout terrain, comparable aux modèles allemands • Amélioration majeure par rapport aux autres chars français • Environ un quart des H39 équipés d'une radio pour les engins des chefs de section et commandantsEngagement au combatLes H39 forment une part significative des 400 chars engagés à la bataille d'Hannut en Belgique et contribuent au succès de l'opération Dynamo, bien qu'une grande partie soit perdue à Dunkerque.
- Le Somua S35 : le meilleur char de 1940Blindage supérieur• Blindage moulé de presque 40mm sur la caisse et 50mm sur la tourelle • Mieux protégé que tous les chars allemands, les forçant à s'approcher dangereusement • Parmi les meilleurs blindages de 1940Puissance de feu remarquableCanon de 47mm identique à celui du B1 bis, capable de détruire ses homologues à 800m, le double de la distance prévue par le cahier des charges.Atténuation des défautsBien que la tourelle soit monoplace, le canon peut être rechargé par l'homme en charge de la radio, allègeant les tâches du chef de char et partiellement résolvant la surcharge cognitive.Performances globalesVitesses comparables aux Panzer IV allemands avec 20 tonnes, meilleure autonomie tous modèles confondus, idéal pour les manœuvres de débordement et considéré par certains comme le meilleur char tous camps confondus.
- Engagement des chars de cavalerie et héritagePiège tactiqueLes S35 et H39 sont engagés dans les divisions prises au piège avec l'armée du nord, formant une mauvaise surprise pour les blindés allemands qui étaient surpassés en combat direct.Ravitaillement critiqueLes chars se retrouvent rapidement coupés de leur ravitaillement après la percée allemande, contraints d'être abandonnés une fois le corps expéditionnaire britannique rembarqué à Dunkerque.Impact stratégique limitéMalgré leur supériorité technique, les chars ne parviennent pas à inverser le cours de la campagne faute de coordination stratégique globale.Héritage et influencePlusieurs concepteurs du Somua S35 partent aux USA et participent à la conception du char Sherman, le char emblématique de l'US Army, assurant une certaine postérité au design français.
- Conclusion : les vraies causes de la défaitePerformance collectiveL'armée blindée allemande a montré une performance collective supérieure, avec la Panzerwaffe jouant un rôle décisif contrairement aux chars français qui n'ont pas pu inverser les événements.Pertes et mythes• Les deux tiers des blindés alliés sont perdus lors des quatre premières semaines • Seulement 35 chars sont détruits par les Stukas, contredisant le mythe bien répandu sur l'efficacité des avions en piquéInfériorité technique réelleLes chars français n'étaient pas techniquement inférieurs aux allemands, ni numériquement inférieur, ni même désavantagés dans leur organisation.Véritable cause de l'échecLa défaite trouve ses racines dans une erreur de stratégie militaire, notamment l'adoption d'une posture défensive qui permet à l'Allemagne de concentrer ses efforts à un point décisif tandis que la France dilue son effort sur toute la largeur du front.





