World War II/La sombre histoire des kamikazes
La sombre histoire des kamikazes

La sombre histoire des kamikazes

Nota Bene23 minAug 15, 2022
12 chapters
  • Origines du mot kamikaze et contexte historique(0'322'28)
    En 1281, les armées de Kubilaï Khan tentent d'envahir le Japon mais sont détruites par un typhon. Les Japonais voient ce phénomène comme une intervention divine et appellent ce vent salvateur le 'kami-no-kaze' (vent des dieux).
    Pendant des siècles, le terme kamikaze signifie la bonne fortune, le miracle et l'intervention divine. Le premier avion portant ce nom en 1937 relie Tokyo à Londres en moins de 100 heures sans incident.
    • Invasion de la Mandchourie en septembre 1931 • Troubles à Shanghai en janvier 1932 • Bataille de Shanghai justifiée par une intervention militaire
    Trois jeunes soldats se font sauter dans les tranchées chinoises en 1932. La propagande impériale les transforme en héros, bien que cet événement soit probablement le fruit d'une erreur dans la préparation des explosifs.
  • Évolution de la tactique pendant la guerre sino-japonaise(2'284'00)
    Pendant la guerre sino-japonaise de 1937, l'armée japonaise n'envisage pas d'organiser des attaques suicides programmées. Seuls quelques pilotes irrémédiablement touchés choisissent de s'écraser sur leur cible.
    Les premières actions suicides servent de dernier recours défensif durant la guerre sino-japonaise, sans être des objectifs premiers des missions.
    La tactique suicide se développe surtout contre les Américains lors de la guerre du Pacifique, après 1942.
    • 17 août 1942 : raid américain sur l'île de Makin • Charges d'infanterie désespérées nommées 'charges banzaï' • 21 août 1942 : même tactique contre Henderson Fields à Guadalcanal • Les charges banzaï sont stratégiquement inefficaces
  • Charges banzaï et Gyokusai : sacrifices massifs(4'006'16)
    Banzaï signifie '10.000 ans'. Lors des charges, les soldats crient 'Tennō heika banzai' (10.000 ans pour l'Empereur), un cri de ralliement plutôt qu'une intention suicidaire programmée.
    Le premier Gyokusai officiel célébré au Japon a lieu à la bataille d'Attu en mai 1943, avec seulement 28 survivants sur 2.900 à 3.000 hommes.
    • Juin-juillet 1944 : 4.500 soldats japonais attaquent • 4.300 morts japonais pour 650 pertes américaines • 24.000 morts japonais au total à la bataille • 22.000 civils philippins meurent également, souvent forcés au suicide par l'armée
    Le Gyokusai est présenté comme un massacre sublime et une alternative au seppuku. La propagande en fait un exemple de dévotion à l'Empereur pour réconforter les familles des soldats morts.
  • Bushidō : la réinterprétation du code samouraï(6'169'01)
    L'image du samouraï vertueux est largement mythifiée. Depuis le VIIe siècle, ils ont été courtisans, administrateurs et guerriers utilisant arcs, armes à feu et katanas.
    • Les samouraïs pratiquaient coups fourrés et traîtrises comme les autres guerriers • Ils se rendaient plutôt que de mourir • Le suicide rituel servait à éviter torture ou exécution, non par obligation morale
    Le vrai Bushidō est créé par les écrivains Tokugawa à partir du XVIIe siècle face à une paix durable. Des ouvrages comme le Livre des Cinq Anneaux (1645) et le Hagakure (1716) mystifient l'esprit guerrier.
    Le gouvernement japonais utilise cette vision idéalisée du bushidō durant la guerre, présentant le samouraï noble comme modèle aux soldats et insistant sur la honte de la reddition.
  • Naissance de la stratégie kamikaze organisée(9'0112'11)
    Les attaques suicides programmées ne sont proposées qu'en 1944, quand le Japon constate son infériorité numérique et technologique face aux Américains. L'armée n'a plus le temps de former les soldats de remplacement.
    Le 15 octobre 1944, le contre-amiral Masafumi Arima se jette sur le porte-avion USS Franklin. Bien qu'il rate sa cible, cet acte frappe les esprits et inspire la création des unités spéciales.
    • Création des 'tokubetsu kôgeki tai' (tokkotai) : unités d'attaques spéciales • Noms symboliques : bouclier, chrysanthème dans l'eau, pays apaisé • Stratégie 'tai atari' : choc physique des sumos pour faire basculer le conflit par la force de volonté
    Le 25 octobre 1944, bataille du golfe de Leyte : le vice-amiral Ônishi désigne 5 pilotes 'volontaires'. Quatre réussissent à toucher des navires américains, coulant le porte-avions d'escorte St. Lo.
  • Recrutement et volontariat forcé(12'1114'34)
    Les unités de kamikazes sont composées en majorité d'étudiants fraîchement appelés sous les drapeaux. Jusque-là épargnés de la conscription, ils sont jeunes, terrorisés et loin d'être des nationalistes fanatiques.
    Fin 1944, 2.000 étudiants des meilleures universités sont convoqués. Avec des questionnaires anonymes offrant le choix, 95% se disent volontaires, 4% acceptent sur ordre et 1% refuse. 100 sont sélectionnés, d'autres demandent en larmes à être choisis.
    • La plupart des questionnaires ne sont pas anonymes, imposant forte pression morale • Réunions patriotiques où seuls les refusants doivent se signaler • Refus signifiaient envoi presque certain au front sud et mort certaine
    Un pilote déclare : 'Je priais pour ne pas être désigné. Ceux qui ne l'avaient pas été se réjouissaient secrètement.' Les futurs kamikazes subissaient un entraînement réduit à 7 jours avant de partir sans parachutes.
  • Rituels et équipements des missions kamikazes(14'3415'11)
    • Prêt d'allégeance à l'empereur avant le départ • Récitation d'un poème sur le devoir du sacrifice • Dernier saké bu en direction de la région natale
    Bandeau blanc noué autour du front par-dessus le casque, orné d'un disque rouge aux couleurs du Japon. Dans la marine, variante du chrysanthème avec ses seize rayons.
    À la fin de la guerre, l'entraînement dure 7 jours : 2 jours pour apprendre le décollage, 2 pour le pilotage et 3 pour les tactiques d'attaque. L'atterrissage est délibérément omis.
    Les pilotes décollent sans parachutes, armés de bombes de 250 kg, avec pour objectif de s'écraser sur des bâtiments de la flotte américaine ou des bombardiers ennemis.
  • Avions spécialisés pour missions kamikazes(15'1117'14)
    Toutes sortes d'avions sont utilisés, surtout des bombardiers légers rapides pour échapper aux chasseurs. Le Mitsubishi Zéro, complètement dépassé, est l'arme favorite des pilotes suicidaires.
    • Transporté par bombardier et largué à proximité de la cible • Plus proche de la bombe volante que de l'avion manœuvrable • Trois moteurs-fusées atteignant 650 km/h, jusqu'à 800 km/h en piqué • Dizaines déployées à Okinawa : ne coulent qu'un seul destroyer
    Véritable avion à hélice constructible par des ouvriers non spécialisés à partir de bois et matériaux courants. Prévu à 8.000 par mois mais ce chiffre ne sera jamais atteint. Archainul, les prototypes s'écrasent en grand nombre.
    Inspiré du V1 allemand avec puissant pulsoréacteur, il n'est développé qu'en mi-1945, trop tard pour participer aux combats.
  • Bilan des attaques aériennes kamikazes(17'1417'45)
    • 2.800 aviateurs kamikazes lancés au total • 70 navires endommagés ou coulés • 7.000 soldats américains blessés ou tués
    La plus grosse attaque suicide aérienne a lieu lors de la bataille d'Okinawa d'avril à juin 1945, avec 400 avions-suicides utilisés pendant la seule opération Kikusui.
    Malgré les pertes humaines massives côté japonais, l'arme kamikaze s'avère la plus efficace du Japon : plus de la moitié des dégâts aux navires américains sont causés par des kamikazes, utilisés seulement les derniers mois.
    Au-delà des avions, d'autres méthodes sont développées : parachutistes kamikazes, armes terrestres, torpilles pilotées, vedettes-suicides et même plongeurs kamikazes.
  • Variantes terrestres et marines des attaques suicides(17'4519'41)
    • 126 Giretsu Kūteitai formés par Michiro Okuyama • Largués de nuit, font s'écraser leur transport et se battent jusqu'au dernier • Mission sans retour sans explosion délibérée • Première opération programmée 24 décembre 1944, reportée à avril 1945 à Yontan
    • Perche de bambou de 2 mètres avec charge explosive de 5,3 kg pénétrant 15cm • Soldat la dégoupille et la plaque contre le tank • Variante sans perche : se jeter sous un tank en tenant une mine • Aucun rapport ne mentionne de chars effectivement détruits de cette façon
    Bien que techniquement inefficaces, ces armes provoquent une psychose chez les tankistes américains. L'impact psychologique compte davantage que les dégâts mécaniques réels.
    Avions, fusées, torpilles, vedettes, scaphandriers et mines créent un champ de défense inextricable. Les Japonais montrent une grande astuce et détermination à tout dépenser pour défendre l'archipel.
  • Armes marines spécialisées et plongeurs kamikazes(19'4122'31)
    • Kairyu : submersibles de 17 mètres armés de 2 torpilles et 600 kg d'explosif • Conçus pour anéantir de grandes cibles et défendre ports comme Tokyo • Jamais utilisés car Américains ne se sont jamais risqués près des côtes
    • Lancée depuis navire ou sous-marin avec 1.550 kg d'explosif • Première victime : pétrolier USS Mississinewa coulé 20 novembre 1944 • 45 Kaiten atteignent cibles, causant perte 3 petits navires et 179 marins • Coûtent 10 sous-marins et 1.500 morts à la flotte japonaise dont 600 à l'entraînement
    • Shin'yo (Maru-ni) : vedettes-suicides bourrées de grenades anti-sous-marin • 9.200 fabriquées, plupart jamais engagées au combat • Fukuryu : plongeurs kamikazes lestés de plomb avec perches de 5m et mines de 15kg • Déployés en ligne à 60m d'intervalle pour fermer entièrement un port
    • 6.000 hommes prévus, 1.200 seulement recrutés • Seulement 600 combinaisons disponibles • Problèmes d'équipements causant morts par noyade • Aux îles Palaos : seulement 2 navires coulés
  • Conclusion : impact et débat historique(22'3123'45)
    Les kamikazes, bien que causant des pertes humaines grotesques et disproportionnées, s'avèrent finalement l'arme la plus efficace du Japon : plus de la moitié des dégâts aux navires américains sont causés par des kamikazes durant les derniers mois.
    Face à cette menace, les États-Unis prévoient une attaque terrestre massive. L'armée japonaise était déterminée à repousser encore plus loin le recours aux attaques suicides pour défendre l'archipel.
    La question de savoir si les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki ont sauvé plus de vies en évitant l'invasion terrestre reste débattue plus de 75 ans après.
    La bataille pour les côtes n'aura jamais lieu grâce à l'intervention atomique. Le bricolage martial japonais rencontre une attaque céleste, terrible et définitive.