
Comment on dormait au Moyen Âge ?
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- La chambre médiévale et son organisationConcept d'espaceAu Moyen Âge, il n'existe pas de chambre à coucher dédiée. Les pièces sont neutres et peuvent changer de fonction selon les besoins de la journée. Le terme « chambre » désigne l'ensemble des meubles d'une pièce plutôt que la pièce elle-même.Organisation domestique• La pièce principale contient le feu et sert de cuisine, séjour et espace de travail • À la campagne, elle est centrale avec des chambres et espaces de stockage sur le côté • En ville, elle est à l'avant de la maison, donnant sur la rue pour l'éclairage • Les pièces pouvant servir de chambres sont reléguées à l'arrière-cuisine ou à l'étageIntimité limitéeLes chambres ne sont pas des lieux intimes. On invite volontiers amis, famille et voyageurs à partager sa chambre, voire le même lit.Chauffage absentLa chambre n'est pas chauffée, ce qui rend important de disposer d'un bon lit pour rester au chaud.
- Le partage du lit et les arrangements couchageLits familiauxLes lits de plusieurs « lés » permettent de dormir à plusieurs : parents, enfants et même invités. Un lit peut avoir 2, 3 ou 4 lés selon le nombre de couchages possibles.Préférence personnelleL'Église recommande de ne pas dormir tous ensemble, et dès qu'on peut, on évite. Chacun préfère avoir son propre lit, surtout qu'on dort nu sous les draps.Cas d'exceptionQuand les auberges sont pleines, les marchands accueillent des invités et les lits manquent. Dans ces situations, plusieurs personnes dorment ensemble, ce qui crée des situations périlleuses.Évolution socialeChez les riches, la situation évolue : le couple marié a sa propre chambre intime. Certains nobles fortunés ont même leurs propres appartements avec chambre, antichambres et pièces privées.
- La structure et composition du lit médiévalÉvolution du mobilierLe lit s'élève progressivement du sol au cours du Moyen Âge, jusqu'à nécessiter parfois une marche pour y monter à la fin de la période. Le terme « châlit » désigne le cadre de bois du lit.Architecture en couches• Le châlit : cadre de bois garni de planches ou cordes tendues • La paillasse : de la paille pour garnir le châlit • Le matelas : tissu rembourré • Les draps, couvertures et couvre-lit • Coussins, traversins et oreillers • Le ciel de lit : colonnes et tissu isolant du froidDifférences de classeLes pauvres ont paillasse et couverture simples avec matelas de toile bourrée de paille. Les riches disposent de matelas en soie garni de plumes et duvet, avec fourrures garnissant les couvertures. Les très riches ont toutes les couches du lit avec ciel de lit complet.Accessoire essentielLe bonnet de nuit est absolument nécessaire pour ne pas attraper froid à la tête. Une auberge peut attribuer quatre bonnets de nuit à chaque dormeur, empilés les uns sur les autres.
- La peur de la nuit et l'univers nocturnePerception médiévaleLa nuit représente les ténèbres, la peur du noir, l'inconnu, la mort et les diableries. Cette peur généralisée est fondée sur les conditions réelles : pas d'électricité et risques réels de criminalité.Mesures de sécurité• Châteaux et villes s'encerclent de remparts et ferment leurs portes la nuit • En ville, un couvre-feu s'impose et la milice fait des rondes • Les crimes spécifiés dans les procès se font à des heures « suspectes » ou « prohibées » • Dans l'imaginaire : démons, sorcières et sabbats peuplent la nuitExceptions professionnellesCertains métiers comme la boulangerie ou la tannerie peuvent continuer la nuit. Le guet surveille et un contre-guet surveille le guet. Les tavernes bravent l'interdit en donnant à boire toute la nuit.Veilles et sociabilitéEn famille ou entre amis, on veille parfois en mangeant et parlant jusqu'au chant du coq. Ces univers nocturnes, souvent violents et parfois drôles, sont décrits dans l'ouvrage de Jean Verdon « La Nuit au Moyen Âge ».
- Les règles médicales du sommeilPrincipes fondamentauxIl faut bien dormir : ni trop, ni trop peu. Ce principe est énoncé dans le Tacuinum sanitatis, un traité inspiré des enseignements d'Hippocrate et de la médecine antique.Conditions de qualité• Ne pas faire de grasse-matinée qui engendre paresse et lassitude • Dormir dans une couche saine, débarrassée des puces et mouches avec des fougères et de la glu • Ne pas dormir sur le ventre, qui rend malade • Ne pas s'agiter et changer de position durant la nuitPosition et fonctionLes iconographies montrent des gens assis et d'autres étendus dans leur lit. Le lit sert aussi à discuter et à recevoir « à son chevet » car c'est un meuble de luxe manifestant la richesse de l'hôte.Sommeil des enfantsLes médecins débattent pour empêcher les petits enfants de dormir le jour, non pour des raisons de santé mais pour permettre à la famille de dormir d'une traite la nuit. Les berceaux d'ébène, très noir, sont utilisés car la superstition veut que ce bois chasse la peur du noir.
- Sommeil biphasique et remèdes du sommeilModèle de reposDans les sociétés préindustrielles, un sommeil biphasique est courant : on dort en deux fois. Après s'être couché tôt, on se réveille avant minuit pour souper ou vaquer à des occupations avant de retourner dormir.Aides à l'endormissement• La musique ou autres activités paisibles sont recommandées pour s'endormir dans le calme • Les berceuses sont beaucoup utilisées, même pour les adultes • La lecture se pratique à voix haute comme activité commune • Certaines tavernes bravent l'interdit pour aider les gens à s'endormirPlantes et droguesPivoine, valériane, jusquiame, belladone, mandragore sont utilisées. L'opium, obtenu en incisant une fleur de pavot pour en extraire le « Lait de Pavot », semble être le plus fréquent et est 100% historique.Soin du sommeilTous ces conseils et médicaments existent car on connaît au Moyen Âge les troubles du sommeil. Bien que moins de stress qu'aujourd'hui, il y a les soucis, la promiscuité et les maladies à affronter.
- Les troubles du sommeil médiévalTypes de troubles• Insomnie : empêche de s'endormir ou réveille au milieu de la nuit, associée mentalement à la dépression • Hypersomnie : excès de sommeil chez les angoissés et traumatisés, dormant mal et se réveillant difficilement • Parasomnie : cauchemars nocturnes et somnambulismeCas du somnambulismeLe somnambule qui se réveille, prend une épée et tue quelqu'un dans son sommeil est appelé « dormeur » ou « furieux ». Il n'est pas considéré comme pénalement responsable des actes commis lors d'une crise.Distinction des rêvesIl existe le vrai rêve et le faux rêve appelé chimère. Le premier sommeil est troublé par la digestion et crée des chimères sans valeur. Passé minuit, les rêves peuvent être authentiques et doivent être interprétés.Science de l'oniromancieL'oniromancie, science d'interpréter les rêves, existe au Moyen Âge bien qu'elle soit souvent stigmatisée. Contrairement à une idée reçue, elle n'est pas interdite par l'Inquisition et des religieux la pratiquent.
- L'interprétation des rêves et influencesThéorie de Thomas d'AquinThomas d'Aquin attribue une certaine utilité aux rêves selon leurs influences. Il distingue quatre types d'influences qui peuvent inspirer les rêves pendant le sommeil.Influences psychiquesOn rêve bêtement à ce qu'on pensait, à ce qu'on a l'esprit après la journée. C'est une manifestation de nos pensées conscientes devenant rêve.Influences physiologiquesSelon que le corps a froid, chaud ou est fiévreux, on fait un rêve qui peut aider le diagnostic du médecin. L'état physique du dormeur influence directement le contenu des rêves.Influences cosmiques et spirituelles• Corporelle : l'air ambiant, les astres et l'atmosphère du moment inspirent des rêves • Spirituelle : Dieu ou les démons peuvent inspirer des rêves selon les croyances médiévales
- Conclusion : le sommeil comme sagesse médiévaleCompréhension holistiqueLes gens du Moyen Âge avaient compris l'importance du sommeil. Ils disposaient de lits variés, de méthodes pour se garder du froid et de règles d'hygiène pour bien dormir.Ressources thérapeutiquesDes médecines existaient pour favoriser le repos et chasser les cauchemars et le désespoir. Bien que la nuit les terrifie, le sommeil les réconforte et les fortifie.Bénéfices reconnusOn ne perd pas son temps à bien dormir. Au contraire, on est reposé, dispo, l'esprit est plus clair et le corps en meilleure santé. Ils comprenaient que le sommeil était crucial.Héritage durableLe sommeil n'est pas du temps perdu : c'est ce qu'avaient compris les médiévaux et c'est tout ce qu'on devrait souhaiter pour affronter chaque lendemain avec vigueur.





