Algérie/La décolonisation de l'Algérie
La décolonisation de l'Algérie

La décolonisation de l'Algérie

Nota Bene24 min1 sept. 2025
Une guerre de décolonisation dont les ressorts sont parfois flous et complexes pour la plupart d'entre nous.
6 chapitres
  • Les prémices du mouvement nationaliste (1937-1954)(0'005'56)
    La 4e République proclame l'égalité mais ne l'applique pas électoralement. Les colonies comptent de nombreux "non-citoyens" ou "citoyens diminués". Les inégalités sont flagrantes sur les plans culturels, religieux, économiques et sociaux.
    • Le PPA (Parti du Peuple Algérien) est fondé en 1937 sous la direction de Messali Hadj, un pionnier du nationalisme révolutionnaire • Le MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques) est fondé en 1946 comme façade légale • L'Association des oulémas musulmans algériens défend la langue arabe et l'autonomie du culte • Les écrivains algériens comme Mouloud Feraoun, Mohammed Dib et Mouloud Mammeri expriment les aspirations d'un peuple en quête de liberté
    • En 1945, des manifestations pacifiques du PPA tournent à la violence policière dans la région de Constantine • La répression dure 7 semaines et fait des dizaines de milliers de victimes • L'Organisation Spéciale (OS) est fondée en secret en 1947 pour préparer un soulèvement paramilitaire mais est démantelée en mars 1950
    La victoire française reconnue en Indochine entre mai et juillet 1954, suivie de l'indépendance du Cambodge, du Laos et du Vietnam, montre que la victoire est possible. Cela renforce les tendances révolutionnaires au sein du mouvement indépendantiste.
  • L'insurrection du 1er novembre 1954 et ses suites(5'569'13)
    Dans la nuit du 1er novembre 1954, des anciens de l'OS lancent 70 attaques surprises. Les attentats font 8 morts et 40 blessés, avec des dégâts matériels comme l'incendie de l'usine Cellunaf à Alger et l'assaut de la gendarmerie de T'Kout à Constantine.
    Deux nouveaux sigles apparaissent la nuit du 1er novembre : le FLN (Front de Libération Nationale) et l'ALN (Armée de Libération Nationale). Ces organisations semblent surgir de nulle part, augmentant l'impact psychologique de l'insurrection.
    • Le 5 novembre, le MTLD est dissous par le Président du Conseil Pierre Mendès-France et le ministre de l'Intérieur François Mitterrand • François Mitterrand déclare que "la seule négociation, c'est la guerre" • Le 7 novembre, dans une allocution radio, Mitterrand affirme que "l'Algérie, c'est la France" • Plusieurs opérations militaires sont déployées à grande échelle en décembre 1954 (Verveine, Orange amère, Violette, Aloès)
    Ramdane Abane, à la tête du FLN en Algérie, revendique le monopole de la représentation et veut faire oublier Messali Hadj. Des antagonismes s'expriment par des tracts injurieux, des assassinats et des affrontements dans les maquis entre indépendantistes.
  • L'escalade du conflit (1955-1957)(9'1313'33)
    • Le 3 avril 1955, l'état d'urgence est déclaré • Le 20 août, Youcef Zighoud lance une offensive dans 30 localités du Nord-Constantinois • Les massacres d'El Alia et Aïn Abid font 123 morts, principalement des civils européens • La répression française, assimilée à une "chasse à l'Arabe", fait environ 7 500 morts parmi la population musulmane
    Suite aux massacres, l'ORAF (Organisation de la Résistance de l'Afrique Française) est créée. Ces anti-indépendantistes se définissent comme des "contre-terroristes" et utilisent les mêmes méthodes que leurs adversaires, conduisant à une guerre secrète parallèle.
    • Le 2 janvier 1956, le Front Républicain gagne les élections législatives • Guy Mollet devient Président du Conseil avec le général Georges Catroux comme ministre-résident en Algérie • Le 28 février, Mollet lance un appel au cessez-le-feu et propose des élections sous 3 mois • Le 12 mars, l'Assemblée Nationale lui accorde des "pouvoirs spéciaux"
    • Après l'exécution d'Ahmed Zabana et Abdelkader Ferradj le 19 juin 1956, Ramdane Abane menace: "Pour chaque maquisard guillotiné, cent Français seront abattus" • Le FLN lance 72 attentats avant la fin de juin, causant 49 victimes • Le 30 septembre, attentat du "Milk-Bar" avec la bombe déposée par Zohra Drif • Le 10 août, l'ORAF riposte avec une explosion de plastic dans la Casbah d'Alger causant 70 morts et une centaine de blessés
  • La bataille d'Alger et le tournant politique (1957-1958)(13'3317'43)
    • En janvier 1957, le général Jacques Massu brise le mouvement insurrectionnel lors de la grève générale • Les parachutistes procèdent à des arrestations, tortures, viols et exécutions extrajudiciaires • Le capitaine Paul-Alain Léger mène l'opération "KJ-27" pour intoxiquer les maquis de Kabylie • Les patriotes sont atteints de "bleuite": ils se tuent entre eux par milliers, croyant abattre des collaborateurs
    Le Ministre de la Défense André Morice ordonne la réalisation de barrages frontaliers pour empêcher le transit d'armes ou de combattants en provenance du Maroc et de la Tunisie. Le dispositif de "pacification" s'appuie sur des dizaines de milliers de "harkis".
    • En mai 1958, Robert Lacoste rentre en France et l'armée prend le pouvoir avec un Comité de Salut Public dirigé par le général Massu • Le 1er juin 1958, Charles de Gaulle est investi comme Président du Conseil • À Alger le 4 juin, il lance un "Je vous ai compris!" • À Mostaganem le 6 juin, il déclare "Vive l'Algérie française!"
    • Le 3 octobre, de Gaulle annonce son "plan de Constantine" avec réformes économiques et sociales • Le 23 octobre, il propose la "Paix des braves" avec reddition et amnistie • Le 19 septembre 1958, le FLN fonde le GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) avec Ferhat Abbas à sa tête
  • L'autodétermination et la fin du conflit (1959-1962)(17'4321'41)
    • Le 8 janvier 1959, de Gaulle devient Président de la République • Le 16 septembre, il lance le principe de l'autodétermination avec trois pistes: la sécession, la "francisation complète" ou "le gouvernement des Algériens par les Algériens" • Le GPRA rejette l'offre de de Gaulle • Cette proposition crée une division entre les Français de métropole et de France d'Algérie
    • En janvier 1960, les opposants à l'autodétermination lancent la "semaine des barricades" à Alger • Le 11 décembre, la majorité musulmane manifeste par dizaines de milliers aux cris de "l'Algérie algérienne" et "Vive l'indépendance" • Le 22 avril 1961, les généraux Maurice Challe, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et André Zeller tentent un putsch qui échoue • L'OAS (Organisation Armée Secrète) s'implante en Algérie et mène des actions meurtrières
    • Le 17 octobre 1960, la police parisienne sous Maurice Papon se livre à un massacre d'État contre une manifestation pacifique du FLN avec plus de 100 victimes • Le 8 février 1962, la répression contre une manifestation de la gauche française tue 9 militants • L'OAS intensifie sa politique de terre brûlée avec destructions d'édifices publics et attentats contre les Musulmans
    • Le 8 janvier 1961, le référendum sur l'autodétermination est approuvé à 75% • Le 7 mars 1962, les négociations à Évian aboutissent le 18 mars avec les accords signés par Louis Joxe et Belkacem Krim • Le 1er juillet, le référendum sur l'indépendance est approuvé à 99% • Le 5 juillet 1962, l'indépendance est fêtée (132 ans après la capitulation du dey d'Alger en 1830)
  • Les débuts de l'Algérie indépendante(21'4124'22)
    Le 3 juillet, les autorités françaises transfèrent leurs prérogatives à l'Exécutif provisoire présidé par Abderrahmane Farès. C'est la troisième et dernière étape de la décolonisation.
    Après l'indépendance, différentes factions s'affrontent dans une course au pouvoir. La population, épuisée par la guerre coloniale, refuse un nouveau conflit fratricide, clamant "Sept ans, ça suffit!".
    Le 15 septembre 1963, Ahmed Ben Bella devient le premier Président de la République algérienne démocratique et populaire. Il héritera d'une nation meurtrie avec des contestations, manifestations et coups d'État à venir.
    L'indépendance ouvre un nouveau chapitre pour une Algérie libérée du joug colonial, avec des défis internes et une histoire politique complexe qui continue au-delà de cette période.