
Il a volé 200 millions et relancé l'économie du Portugal !
9 chapitres
- La jeunesse d'Arturo et ses débuts en AngolaOrigines et formationArturo Alves dos Reis naît à Lisbonne en 1896 et commence des études d'ingénieur sans les terminer. Il se marie avant la vingtaine avec une femme issue d'une famille fortunée.Installation en AngolaEn 1916, lors de l'engagement du Portugal dans la Première Guerre mondiale, Arturo part en Angola où il obtient un poste d'ingénieur supervisant les réparations des trains pour la compagnie nationale.Premières escroqueries• Il falsifie un diplôme d'ingénieur de l'École Polytechnique d'Oxford pour obtenir son emploi • Oxford ne possède aucune École Polytechnique, révélant son talent précoce pour la fraudeSuccès et audace• Excellentes compétences réelles en diagnostic et réparation des locomotives • Pousse la compagnie à commander des trains américains trop lourds pour les infrastructures • Teste personnellement ces trains avec sa famille, qui passent malgré les calculs des vrais ingénieurs
- Le stratagème de la Compagnie ferroviaire transafricaineSituation financièreDe retour à Lisbonne en 1923, Arturo occupe une bonne position mais ses investissements peu fructueux l'ont appauvri. Une part majoritaire de la Compagnie ferroviaire royale transafricaine d'Angola est à vendre.Le problème circulaire• La compagnie dispose de 100 000 dollars en trésorerie, suffisant pour l'acheter • Arturo n'a pas les fonds nécessaires pour l'acquérir • Il faut être propriétaire pour accéder à la trésorerieSolution temporelleEn 1923, les transferts bancaires par bateau prennent du temps. Arturo ouvre un compte à la City Bank de New York et signe un chèque pour acheter la compagnie, devenant propriétaire avant que le chèque arrive.Conséquences• Il approvisionne rapidement son compte personnel avec les fonds de la trésorerie • Des membres du Conseil détectent la manœuvre et le dénoncent • Il est condamné à 54 jours de prison
- Structure de la Banque du Portugal et sa vulnérabilitéRôle uniqueLa Banque du Portugal est la banque centrale du pays, avec pour mission exclusive d'émettre la monnaie en pressant les pièces et en imprimant les billets.Structure semi-publique• Le gouvernement portugais n'est qu'actionnaire minoritaire • La majorité du capital est détenue par des acteurs privés • Cette structure la rend vulnérable à une prise de contrôle par achat d'actionsSous-traitance de l'impressionLa Banque du Portugal n'imprime pas elle-même ses billets mais les fait fabriquer par Waterlow and Sons, un imprimeur anglais basé à Londres qui possède les plaques d'impression.Faille critique du contrôle• La Banque fournit les numéros de série à l'imprimeur • Waterlow fabrique les billets et les renvoie • La Banque du Portugal ne possède pas de service de vérification des numéros de série pour détecter les doublons • Un doublon peut se glisser accidentellement sans être détecté
- Montage du complot et premiers contacts frauduleuxConstitution de la bande• José Bandeira, petit truand de Lisbonne dont le frère Antonio est ambassadeur du Portugal aux Pays-Bas • Antonio Bandeira a des dettes et accepte de participer • Adolf Hennies, financier allemand • Karl Marang von Ysselverre, homme d'affaires néerlandaisContact initial avec l'imprimeurArturo contacte Waterlow and Sons en se faisant passer pour un agent de la Banque du Portugal avec un faux document. Il explique une opération spéciale pour faciliter le développement de l'Angola.Schéma de la fraude• Un groupe d'investisseurs internationaux (en réalité la bande d'Arturo) accordent un prêt à l'Angola • Le Portugal n'a pas besoin de sortir du cash mais donne une autorisation d'impression équivalente plus les intérêts • La bande commandera directement les billets à l'imprimeur anglaisAuthenticité apparente• Les billets sont produits dans les mêmes ateliers que les vrais • Ils sont techniquement identiques aux billets officiels • Arturo fabrique un faux contrat authentifié par un notaire et vérifié par les consulats allemand, britannique et français
- Exécution du plan et impression des billets frauduleuxPrésentation à LondresEn décembre 1924, Karl Marang se présente à l'imprimeur avec le contrat falsifié et une lettre de recommandation signée par l'ambassadeur Antonio Bandeira. Sir William Waterlow est surpris mais demande une confirmation.Confirmations frauduleuses• Marang suggère de faire passer la lettre par l'ambassadeur Bandeira • Un faux courrier du gouverneur de la Banque du Portugal confirme la manœuvre • L'imprimeur est complètement convaincu par cette validationCondition de discrétionMarang insiste sur le caractère spécial et confidentiel de l'opération entre Angola et Portugal. Il demande à l'imprimeur de rester discret et de ne pas multiplier les correspondances ni contacter la Banque du Portugal directement.Production et livraison• Arturo fournit une liste de numéros de série devinés à partir de billets authentiques • Premier lot de 580 000 billets de 500 escudos livré en février 1925 • Autres livraisons en août et septembre 1925 • Valeur totale actuelle : 200 millions d'euros
- Création de la Banque d'Angola et MétropolePartage et conversionLa bande se partage le magot aussitôt converti en livres sterling et dollars pour l'utiliser sans éveiller les soupçons.Premiers doutes• Plusieurs agents de change soupçonnent des faux-monnayeurs en voyant arriver les nouveaux billets • Ils contactent la Banque du Portugal • La Banque examine les billets du fournisseur officiel et les considère comme authentiquesCréation d'une banque légitimeEn juin 1925, Arturo crée sa propre banque, la Banque d'Angola et Métropole, pour faire circuler de grandes quantités d'argent avec moins de soupçons.Position renforcéeArturo dirige désormais une institution officielle avec des dizaines de vrais millions à sa disposition, lui permettant de tenter son coup de maître : s'emparer de la Banque du Portugal elle-même.
- Découverte de la fraude et arrêt d'ArturoIronique paradoxeLa Banque du Portugal, institution chargée de lutter contre la contrefaçon, était censée être acquise avec des billets frauduleux fabriqués dans ses propres ateliers.Attachement au Portugal• Arturo reste nostalgique et romantiquement attaché à l'Angola • Il utilise sa banque pour financer réellement des investissements en Angola • Les industriels locaux, jaloux, émettent des soupçons sur l'origine des fondsDétection définitiveEn décembre 1925, un agent de change signale à la Banque du Portugal des doublons parmi les billets de la Banque d'Angola et de Métropole. Une enquête approfondie révèle toute une série de doublons, pas seulement un ou deux.Audace jusqu'au bout• Arturo, à bord d'un bateau en route pour le Portugal, aurait pu prendre la fuite • Au lieu de cela, il reste tranquille chez lui • Il est arrêté le 6 décembre 1925
- Procès, prison et départ d'ArturoStratégie de défense• Arturo prétend être la victime, arnaqué par le gouverneur et le sous-gouverneur de la Banque du Portugal • Il affirme qu'ils l'ont manipulé pour imprimer en douce leurs propres billets • Il produit les faux documents comme preuve de sa prétendue bonne foiIntervention gouvernementale• Le juge fait initialement arrêter le gouverneur et le sous-gouverneur • Le gouvernement intervient, les libère et remplace le juge • Arturo reste emprisonné pendant que l'enquête avance lentementMoment de crise• En 1928, l'enquête n'a toujours pas mené à un procès • Arturo, fatigué et découragé, écrit une lettre de confession • Il tente de se suicider mais est sauvé par les médecinsCondamnation et exil• En décembre 1929, Arturo se vante devant un codétenu infiltré d'imiter les signatures de plusieurs officiels • L'histoire est publiée et sa défense s'effondre • En mai 1930, il est reconnu coupable et reçoit le choix : 25 ans d'exil complet ou 20 ans (8 en prison, 12 en exil) • Il choisit la deuxième option et retrouve la liberté en mai 1945 • Il meurt 10 ans plus tard sans succès dans les affaires
- Destins des complices et conséquences pour le PortugalFates des comparses• Adolf Hennies évite la prison mais disparaît en 1936 • José Bandeira suit globalement le même parcours qu'Arturo et meurt peu de temps après lui • Karl Marang s'en sort très bien avec seulement 11 mois de prison aux Pays-Bas, puis s'installe confortablement en France à Paris et Cannes, rachetant l'entreprise ChaufelecImprimeur poursuivi• Waterlow and Sons est poursuivi par la Banque du Portugal • Condamné pour négligence en 1932 • L'amende représente 51 millions d'euros • L'entreprise finit par être rachetée • William Waterlow devient maire de Londres en 1929Impact économique immédiat• En une dizaine de mois, l'arnaque augmente la masse monétaire du Portugal de 6 % • Arturo injecte tellement d'argent qu'il relance à lui seul le PIB portugais de 0,9 % • Équivalent d'injecter 20 milliards d'euros dans l'économie française aujourd'huiCrises politiques• Quand l'arnaque est révélée, le cours de l'escudo s'effondre • La Banque du Portugal doit rappeler tous les billets de 500 escudos pour faire le tri • Le gouvernement entre dans une crise grave • Un coup d'État militaire est organisé le 28 mai 1926 • En 1928, Antonio Salazar prend le ministère des Finances, puis le pouvoir avec son régime autoritaire L'État Nouveau jusqu'à la Révolution des Œillets en 1974





