
La chute de l'Empire - Les Guerres Napoléoniennes (1808-1815)
21 chapitres
- Introduction et contexte de 1808Récapitulatif antérieurNapoléon a cherché à dominer l'Europe de 1800 à 1807 pour isoler la Grande-Bretagne sur son île et la forcer à la paix en occupant toutes les autres nations.Tournant de 1808L'année 1808 marque un changement fondamental : Napoléon passe d'une stratégie défensive contre la domination britannique à des ambitions personnelles d'expansion territoriale.Changement de méthodes• La guerre devient plus brutale et hypocrite • Les prétextes invoqués deviennent légers et peu justifiés • Napoléon se dissocie des intérêts nationaux françaisQuestionnements majeursNapoléon poursuit-il un idéal anachronique de domination universelle ou cède-t-il à l'ambition personnelle ? La réponse reste difficile à déterminer.
- L'annexion de l'Italie et la rupture avec la papautéPrétexte douanierLes ports de Livorno et de Civita-Vecchia ne s'intègrent pas au blocus contre la Grande-Bretagne, servant de motif pour annexer toute l'Italie entre 1808 et 1809.Actions radicales• Annexion complète de l'Italie, incluant Rome • Incorporation des États Pontificaux • Emprisonnement du pape Pie VII en personneConséquences politiquesCette rupture des accords diplomatiques déséquilibre tout le continent, menace les alliances existantes et expose les droits d'une religion vieille de 1800 ans à un risque majeur.Absence de sagesseLe manque de sens de l'équilibre produit des conquêtes ultra-rapides suivies immédiatement de soulèvements, sans bénéfices durables pour l'Empire.
- La Péninsule Ibérique et l'occupation de l'EspagneStratégie initialePour compléter le blocus anti-britannique, Napoléon doit conquérir le Portugal. L'Espagne sert de base arrière au début de 1808.Intervention politique• Profite d'une guerre de succession mal réglée par les traités de 1795-96 • La famille royale espagnole traverse une crise interne • Ordonne l'occupation des forteresses espagnoles sous prétexte de contrôler la route vers le Portugal • Évince le roi Charles IV et son fils Ferdinand pour placer son frère Joseph Bonaparte sur le trôneAvantages militairesL'occupation de l'Espagne représente une excellente affaire stratégique : contrôler la puissance navale et coloniale espagnole permettrait enfin de battre le Royaume-Uni sur son terrain.Oubli du peupleL'opinion de l'époque considère le peuple espagnol comme rétrograde et moyenâgeux, donc on ne le prend pas en compte dans les décisions politiques, une erreur stratégique majeure.
- Insurrection et résistance espagnoleDéclenchement populaire• 2 mai 1808 : la population de Madrid s'insurge • 23 mai : annonce des abdications de Charles IV et Ferdinand provoque le soulèvement national • Des assemblées administrent les régions libérées au nom du roi absent, Ferdinand VIIDébandade françaiseLe général Dupont doit évacuer l'Andalousie et capitule à Baylen le 21 juillet 1808. Joseph Bonaparte ne peut plus tenir Madrid, et le général Junot doit évacuer le Portugal renforcé par les Britanniques.Intervention de NapoléonNapoléon arrive avec 170 000 hommes, force le passage de Somosierra et s'empare de Madrid le 2 décembre 1808, mais abandonne sans avoir résolu les problèmes : corps britannique à La Corogne et insurrection à Saragosse persisten.Conflict prolongéCinq années d'une véritable guerre dans la guerre avec sièges, batailles rangées et guérilla. Trois tentatives d'invasion du Portugal de 1807 à 1811 échouent, mais succès en Andalousie, Aragon et Valence de 1810 à 1812.
- Contexte impérialiste et justifications napoléoniennesLogique d'expansionChaque empire possède sa propre dynamique : initiatives britanniques, françaises et russes se croisent, se ripostent et se devancent mutuellement. L'Empire français doit croître pour résister à la domination britannique.Précédents historiques• 1649 : traités de Westphalie redistribuent les territoires entre Suède, Brandebourg et Bavière • 1713 : traités d'Utrecht font changer de main des royaumes entiers comme Sicile, Sardaigne, Naples et Espagne • Dynasties comme les Habsbourg, Stuart et Bourbons s'affaiblissent, s'élèvent ou disparaissentJustification napoléonienneNapoléon déclare au Sénat le 18 mars 1805 qu'il ne fait que suivre une règle existant partout en Europe : dans un monde d'empires, les réunions territoriales sont une nécessité vitale, l'équilibre étant déjà rompu au détriment de la France.Compréhension géopolitiqueÉclairé par son expérience égyptienne, Napoléon comprend la géopolitique mondialisée. Il voit l'Angleterre comme une nouvelle Carthage dont la supériorité navale impose une tyrannie des mers.
- Comparaison des impérialismes européensMachine britanniqueL'Empire britannique possède la même logique de conquête que la machine napoléonienne, mais ses méfaits se déroulent loin de l'Europe et attirent moins de critiques chez les Occidentaux.Expansion russe• Logique d'expansion impérialiste entre Crimée, Bessarabie, Moldavie et Valachie • Conquêtes en Pologne, Kharthli-Kakhétie et Finlande • Politique comparable aux autres puissances mais perçue différemmentPrincipe d'équivalenceLa diplomatie française défend le principe d'équivalence : réajuster la puissance territoriale française à la mesure de ses rivaux pour ne pas se laisser distancer et voir sa sécurité menacée.Stabilité impériale espéréeOn espère que l'ère des empires mettra fin aux cycles de domination des petits États. Les derniers petits pays disparaîtront et les grands ensembles garderont des frontières stables et pacifiées.
- Campagne d'Autriche en 1809Offensive autrichienneEn 1809, l'Autriche lance une grande offensive contre la Bavière, avec opérations en Italie et dans le Duché de Varsovie, exploitant aussi les raids de corps francs en Westphalie.Résistance tyroleLa population du Tyrol, territoire cédé aux Bavarois, se soulève contre la domination française. Le reste ne constitue pas une véritable insurrection populaire.Jeu des coalitions• L'Autriche rejoint la Cinquième Coalition avec le Royaume-Uni, la Sicile et la Sardaigne • Objectif à long terme : déborder le dispositif français dans l'espace germanique • Partie d'échecs entre impérialismes plutôt que soulèvement populaireBataille du DanubeLes armées française et autrichienne se rencontrent au bord du Danube. Les Français sont bousculés et bloqués sur la rive gauche. Napoléon utilise l'île Lobau pour jeter un pont de bateau.
- Bataille d'Aspern-Essling et WagramBataille d'Aspern-Essling• 20-22 mai : affrontement au bord du Danube • Les Autrichiens profitent de la crue du Danube pour disloquer les ponts • Attaque contre le corps de Masséna dangereusement isolé sur la rive droite • L'armée d'Italie arrive et défait l'archiduc Jean, renforçant les FrançaisVictoire de Wagram6 juillet 1809 : Napoléon pilonne les Autrichiens à Wagram après avoir pris pied sur la rive droite du Danube.Traité de Schönbrunn• 14 octobre 1809 : l'Autriche subit la paix du vainqueur • Salzbourg donnée à la Bavière • Galicie passe au Duché de Varsovie • Carinthie, Carniole et Croatie deviennent les Provinces illyriennes sous contrôle françaisSystème de redistributionLe même système s'applique : découpage, redistribution des terres, récompense des fidèles alliés comme la Bavière.
- L'expansion continue et les conflits périphériquesExpansion territorialeDe 1809 à 1812, l'expansion territoriale se poursuit toujours avec des motifs douaniers pour parfaire le blocus contre les îles britanniques.Situation en EspagneJoseph Bonaparte est forcé de fuir Madrid en novembre 1812 face aux assauts de Wellington. L'occupation française s'écroule à la bataille de Vitoria le 21 juin 1813.Rupture russo-française• Les Russes stabilisent leurs frontières suédoise et ottomane par des traités en avril-mai 1812 • Le Tsar lève le blocus, réouvrant les échanges commerciaux avec le Royaume-Uni • Napoléon doit retourner en Russie pour refermer les ports russesDécision inévitableNapoléon entre réticent dans cette guerre, mais décide d'assembler la Grande Armée pour la remporter décisivement.
- La Grande Armée et l'invasion de la RussieConstitution de l'armée• 400 à 450 000 hommes initialement • Rejoints par d'autres durant la campagne • Total monstrueux de 600 000 hommes combattants • Moitié seulement sont français : armée des vingt nationsLogistique extrêmeNourrir, organiser et manœuvrer 600 000 hommes de concert pour une campagne planifiée sur 3 mois. Le rouleau compresseur pousse les Russes à reculer en profondeur.Progression et épuisement• 24 juin : franchissement du Niémen • 28 juillet : arrivée à Vitebsk • 17 août : arrivée à Smolensk • Aucun combat majeur mais la longue marche épuise déjà les troupesBataille décisive7 septembre à Borodino sur la Moskova : affrontement frontal et meurtrier contre Koutouzov, nouveau général en chef russe. Les Russes se retirent en bon ordre, mais la victoire ne résout rien.
- La prise de Moscou et la terre brûléeEntrée à MoscouLa Grande Armée entre à Moscou la semaine suivante, mais la ville a été abandonnée par ses habitants et livrée aux flammes.Stratégie russeC'est le paroxysme de la stratégie russe : la terre brûlée. Démonstration que gagner seulement par les armes ne sert à rien.Absence de traitéS'il n'y a personne pour dialoguer, si le pays est vide et qu'aucun traité ne suit la victoire, il n'existe réellement pas de victoire.Décision de retraiteAprès un mois, Napoléon se résout à la retraite, forcé de quitter une ville devenue inhabitable et sans ressources.
- La retraite de Russie et ses dramesRoute dévastée• La prospère route du sud passant par Kalouga est coupée par les Russes • Marche vers l'Ouest, vers Smolensk • La voie est totalement sinistrée avec patriotes et troupes ennemies harcèlant les Français • Froid glacial s'ajoute aux difficultésÉpreuves humainesLes conditions extrêmes testent le corps et l'esprit de chaque soldat, affectant la cohésion et la combativité des unités.Passage de la Berezina• 26-29 novembre : traversée du fleuve • La Grande Armée échappe à l'anéantissement par une belle victoire • Mais elle subit des pertes massivesBilan de la campagneLa campagne est un véritable échec. Napoléon reste avec les débris de ses troupes jusqu'au 5 décembre avant de regagner Paris pour reconstituer ses forces.
- Structure et effondrement du système impérialComposition territoriale• Départements réunis : 134 au total, parties intégrantes de la France • Territoires à administration directe : Neuchâtel, Lucques, Bénévent, Catalogne, Provinces illyriennes • États satellites vassaux : Royaumes d'Espagne, Naples, Italie, Grand-Duché de Varsovie, Suisse, Confédération du Rhin • États alliés bon gré mal gré : Prusse, Autriche, Danemark, Suède, Empire ottomanFragilité du château de cartesLe système hégémonique français dépend entièrement de la quantité de troupes armées à disposition. Après la Russie, il y a pénurie de forces militaires.Revirement prussien• Un nouveau discours se diffuse dans l'espace germanique : communauté de culture et génie germanique propre • 17 mars 1813 : Frédéric-Guillaume III lance un appel À mon peuple, unissant tous les sujets dans une guerre de libérationEffondrement politique• Hambourg se soulève • La Suède rejoint la guerre aux côtés des Prussiens • Le château de cartes commence son effondrement
- Batailles de 1813 et dissolution de la Confédération du RhinVictoires tactiques• 2 mai à Lützen : Russo-Prussiens vaincus reculent en bon ordre • 20-21 mai à Bautzen : victoire française • 30 avril : prise de HambourgArmistice et regroupement4 juin : armistice permettant aux deux camps de refaire leurs forces. En Espagne, l'occupation française s'écroule à Vitoria le 21 juin.Basculement du rapport de force• L'Empire est trop intransigeant contre le Royaume-Uni • Il ne concilie pas ses intérêts avec ceux des nations occupées • De plus en plus de fronts s'ouvrent pour disloquer l'empire lui-même • 12 août : Vienne entre en guerreStratégie effondrée• La Sixième Coalition forme une quadruple alliance bien déterminée • Les alliés cherchent à battre un par un les lieutenants de Napoléon • La stratégie française de division des ennemis ne marche plus
- Bataille de Leipzig et fin de l'année 1813Affrontement majeur• Appelée la Bataille des Nations • 16-19 octobre : combats sur plusieurs fronts et villages • Effectifs alignés énormesDébâcle française• Provinces Illyriennes perdues en octobre • Triomphe des forces réunies de Saxe, Suède et Russie • Soldats français bloqués par les eaux de l'Elster, impossibilité de battre en retraiteRetraite et effondrement• Napoléon se replie et repousse les Austro-Bavarois à Hanau • 30 octobre : arrivée à Mayence avec troupes étrillées et atteintes du typhus • 3 novembre : Confédération du Rhin dissoute • Mi-novembre : chute de la HollandeNature fragile de l'empireLa Sixième Coalition renverse un édifice français qui ne repose ni sur un réseau de places fortes ni sur une population séduite. L'empire s'effondre en peau de chagrin.
- Murat à Naples et perte des territoires périphériquesJeu ambigu de Murat• Maréchal français devenu roi de Naples • Joue une carte personnelle, ambivalente et dangereuse • Désire ménager à la fois Autrichiens et Français • Veut répondre aux aspirations italiens d'unificationDésolidarisationMurat se désolidarise de la France de Napoléon et ne vient pas à son secours.Perte de territoires• Départements récemment réunis rapidement perdus • Genève, rive gauche du Rhin et grande partie de la Belgique chutent • Alsace, Toulouse et Haute-Marne tombent l'une après l'autreIsolementL'Empire est isolé et attaqué sur son propre territoire. L'armée de Bohême attaque Lyon qui tombe le 21 mars.
- Campagne de France et première abdicationConditions extrêmesAvec seulement 50 à 70 000 hommes, Napoléon doit battre deux adversaires (Blücher et Schwarzenberg) l'un après l'autre ou empêcher leur réunion. Les masses d'ennemis se réunissent finalement, et l'empereur s'incline le 1er février à La Rothière.Brève succès• 27 janvier : succès tactique à Saint-Dizier • 29 janvier : succès à Brienne • 10-14 février : victoires à Champaubert, Montmirail et Vauchamps • 18 février : victoire à Montereau • 25 février : Troyes repriseManque d'effet• Tous ces coups d'éclats ne divisent plus les alliés • Les puissances alliées forment une quadruple alliance bien déterminée • Les forces françaises s'usent en vainFin et abdication• Paris mal défendue et facilement envahie • Barrage de Clichy le 30 mars 1814 • Maréchal Marmont capitule dans la nuit suivante • 2 avril : déchéance de l'empereur votée par le Sénat • 6 avril : abdication de Napoléon à Fontainebleau
- Traité de Paris et réintégration de la FranceConditions du traité• Signé le 30 mai 1814 • Territoires occupés sont perdus • Les nouveaux départements réunis représentant 13 millions d'habitants et 22 ans d'efforts de guerreClémence envers la France• Territoire français lui-même reste intact • France épargne d'une occupation militaire • Absence d'indemnités de guerre • Certains territoires outre-mer sont même rendus : Guadeloupe, Guyane, île Bourbon, comptoirs des IndesConservation mineureFrance garde 450 000 nouveaux citoyens, notamment Avignon et le Comtat Venaissin, pris à l'Église.Logique de compensationLe modèle classique de compensations diplomatiques reprend : broyer la France déséquilibrerais tout le continent. Les Britanniques gagneraient tout. La France doit être ménagée et réintégrée dans l'ordre européen avec les Bourbons.
- Les Cent Jours et bataille de WaterlooRetour de Napoléon• Napoléon échappe à son exil sur l'île d'Elbe • Revient à la tête du pays • Retour d'un chef signifie un changement interne français, normalement une affaire interneCondition du retour• La réintégration de la France au concert européen repose sur la présence d'un Bourbon au trône • Les puissances européennes réunies à Vienne condamnent le retour de Napoléon • Septième Coalition se forme pour attaquerJustification nouvelleNapoléon campe sa campagne de 1815 comme reconquête nationale pour la souveraineté de l'État, l'indépendance et le libéralisme, non comme nouvelles conquêtes territoriales.Waterloo• 18 juin 1815 : bataille contre Wellington solidement campé • Stratégie de vitesse : frapper Prussiens et Anglo-Bataves avant l'arrivée des Autrichiens et Russes • Assauts répétés sans succès, ni avec la cavalerie ni avec la Garde • Débandade et défaite finale
- Conclusion : les Guerres Napoléoniennes et leur héritageClôture du cycle23 ans de French Wars ou Guerres Napoléoniennes se bouclen avec Waterloo le 18 juin 1815.Attribution historique• Ces guerres ne doivent pas absolument être identifiées à une seule personne • Seconde invasion bien plus violente que la première • Population française perçue comme récidiviste est brutalisée • 58 départements sont occupésSecond traité punitif• 20 novembre 1815 : Second Traité de Paris • France réduite à ses limites de 1790 • Perte de places fortes du 17e siècle sécurisant les frontières Nord et Est • France punit, pas seulement l'empereur • 700 millions de francs d'indemnités à payer • Occupation militaire de 150 000 hommes pendant 5 ansMessage politique• Impérialisme français accepté contre impérialisme britannique • Mais sans menacer l'équilibre continental ni les puissances européennes • France redirige expansionnisme vers colonisation outre-mer • Interventions ultérieures : Algérie, Mexique, Uruguay, Maroc, Tahiti, Vietnam
- Réflexions finales sur la perspective historiqueVariation de perspectiveNotre vision d'un évènement change radicalement selon notre angle d'observation : court terme pour les guerres napoléoniennes, moyen terme pour les guerres révolutionnaires, long terme pour le choc des impérialismes planétaires.Actualité de l'impérialisme• Colonisation du 19e siècle • Deux guerres mondiales • Guerre froide • Présence française mondialisée : Dom-Tom, interventions ONU, sous-marins nucléairesPertinence contemporaineOn ne peut pas laisser la question de l'impérialisme derrière soi comme appartenant au passé, car tout cela reste très actuel et structurant.Leçons de l'histoire• Comprendre les grandes guerres de l'aube du 19e siècle aide à comprendre l'actualité • Elles éclairent notre rôle et notre place dans l'Histoire • Remerciement à Aurélien Lignereux pour l'analyse historique





